.
La CFDT multiplie alors les contacts avec les autres organisations syndicales, contacts qui aboutissent à un accord d'unité d'action avec la CGT signé le 10 janvier 1966, puis à nouveau en 1970.
En mai 1968, la CFDT appelle les travailleurs à agir sur les lieux de travail et sera à l’origine de la création des sections syndicales
d’entreprises.
L’élaboration idéologique de la nouvelle centrale
La CFDT s’oriente vers l’idée de la planification démocratique. Pour se différencier du socialisme soviétique, elle veut inventer un autre type de socialisme avec
la démocratie pour moteur : le socialisme autogestionnaire. Cependant il subsiste une ambiguïté dans ce projet :
- vers quel type de société ? Dépasser le capitalisme ? Le moderniser ? promouvoir une autre révolution ?
Cette approche permet des alliances politiques au sein du PSU où militent nombre de dirigeants et syndiqués de la nouvelle centrale. Ce parti est une sorte de
chambre d’écho où s’affrontent ces idées défendues par Michel Rocard contre le courant laïque de Jean Poperen.
Le nouveau concept est une transformation des rapports sociaux d’une manière globale.
- Le syndicalisme dans l’entreprise n’existe légalement que depuis 1968* ( création de la section syndicale d’entreprise ).
Cette revendication était au cœur des revendications de la CFDT en 1968. pour elle, c’était l’instrument essentiel du contrôle ouvrier qui, à partir de
l’entreprise, peut s’étendre à l’ensemble de la société.
Avant 1968, l’idée défendue était plutôt celle de la participation et de la cogestion (à l’allemande). Principe qui reste celui de la CFTC maintenue.
Stratégie
Après avoir tenté vainement le rapprochement avec FO, la CFDT s’oriente vers une autre option : le Pacte d’Unité d’ Action (PUA) avec la CGT signé en 1966.
Il est le fruit du refus patronal de négocier. Consciente de l’insuffisance de son influence, la CFDT s’allie à la CGT. C’est un grand tournant dans le syndicalisme français ; il va
transformer considérablement le paysage social et sans aucun doute politique.
Cependant en 1968, l’analyse du mouvement qui a été quelque peu le fruit du Pacte par les deux grandes centrales françaises est différente.
Entre en 1966 et 1968, les grèves et les luttes se sont multipliées, particulièrement en 1967. Ce que l’on oublie souvent quand on ne considère ce grand mouvement
social que d’un point de vue sociétal, un désir de changement du blocage de la société qui n’aurait été exprimée que par les étudiants.
A sein de la CFDT, des courants s’opposent sur la question de la stratégie du rapport avec le politique, en lien avec le rapprochement entre la
SFIO et le PCF, depuis la candidature commune de François Mitterrand aux élections présidentielles de 1965. Il s’était déjà posé avec le MRP après la guerre.
Dix années de contacts, de discussions, d’échec de la tentative Deferre-Mendès en 1969, aboutissent en 1970 à la signature du Programme commun.
Deux courants s’affrontent : celui de l’autonomie et celui de l’action commune.
Pour le courant autonomiste, ce qui prévaut c’est le rapport de force, l’action directe, le conflit. L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre
des travailleurs eux-mêmes. C’est un rapprochement, un retour au syndicalisme révolutionnaire d’avant 1914.
Pour les tenants de l’action commune, l’idée est que la gauche va accéder au pouvoir et qu’il faut favoriser les actions en lien avec le
rapprochement politique. (Il faudra attendre 1981 pour voir cet espoir se concrétiser).
Cette stratégie se fonde sur le réalisme, dans l’hypothèse d’un syndicalisme compatible avec les orientations de la Gauche gouvernementale. Ce courant syndical
met l’accent sur les négociations avec le gouvernement de gauche en vue d’établir une convergence.
Cette idée, portée dans d’autres pays, est qu’il doit y avoir un échange politique entre syndicats et gouvernement, dans la mesure où la Gauche satisfait les
revendications…C’est une stratégie mise actuellement en pratique dans de nombreux pays d’Amérique latine où la Gauche, dans des conditions et avec des modèles différents, est arrivée au
pouvoir.
La CFDT va épouser largement mai 1968 et le prolonge au cours des années suivantes. Elle pousse le principe de la section syndicale d’entreprise jusqu’à sa
reconnaissance par la loi quelques mois après les évènements.
La reconnaissance de la section syndicale d’entreprise.
*Avant 1968, le syndicat ne pouvait pas s’organiser et exercer son activité de défense des salariés à l’intérieur des entreprises. Seuls les délégués
élus pouvaient présenter des revendications. L’activité syndicale, recrutement, réunions, distributions de tracts d’information ne pouvaient pas avoir lieu à l’intérieur de l’entreprise. La
reconnaissance de la section syndicale d’entreprise est une grande victoire du mouvement social de 1968 pour l’amélioration des droits des travailleurs salariés.
C’est une loi aussi importante que les accords Matignon en 1936 sur les délégués ouvriers et celle sur les Comités d’entreprise à la Libération. Ces trois grandes
institutions installent le syndicalisme dans la société et les entreprises.
De 1970 à 1978 La CFDT s’oriente à gauche et se radicalise.
Le congrès de 1970 met en place de nouveaux statuts et propose une alternative à la société capitaliste : l'autogestion des entreprises. C’est aussi celui dont le
document d’orientation analyse la société capitaliste et lui oppose une société prenant pour modèle l’expérience yougoslave. Les piliers de la doctrine sont les options pour un socialisme
démocratique:
- la planification démocratique, l’autogestion, la propriété sociale des moyens de
production
L’action revendicative :
L’accent est mis sur les luttes sociales et l’appui à certaines revendications comme celles concernant :
- la contestation de la hiérarchie des salaires, avec des augmentations uniformes ( et non au %, à la différence de la CGT et de FO ) ;
- les conditions et l’organisation du travail, peu prises en compte par la Cgt ;
- le soutien à des grèves dures et radicales peu prises en compte auparavant pour des catégories marginales du salariat : femmes, immigrés, jeunes ouvriers. C’est
l’héritage de mai 68.
- au delà de l’entreprise : les luttes autour de l’école, de l’armée avec le soutien aux comités de soldats ;
- le soutien aux paysans du Larzac.
Ce sont de nouvelles thématiques qui s’épanouissent et ancrent l’identité particulière de la CFDT face à une CGT plus traditionnelle qui voit ces
nouvelles formes d’action comme des luttes de type gauchiste. Comme :
- le soutien aux luttes régionalistes ;
- aux mouvements alternatifs.
Le meilleur exemple est le conflit phare de LIP à Besançon en 1973 où la CFDT est en pointe :
- occupation de l’entreprise ;
- fabrication et vente du produit pendant plusieurs années par les salariés et ensuite - après la fin de l’expérience Neuschwander ( le repreneur « social ») - avec les coopératives ouvrières qui ont succédé à Lip.
Rapports avec la gauche non communiste
Le congrès d’Epinay (11 au 13 juin 1971) donne naissance au nouveau PS. Une partie des militants CFDT et du PSU s’y engagent.
Edmond Maire est élu secrétaire général en 1971. Il le restera jusqu'en 1988.
Il est plus réformiste que son prédécesseur Eugène Descamps et s’il ne s’oppose pas au programme commun signé en 72 entre le PS et le PCF, il souhaite contenir le
courant unitaire suscité par la perspective politique qu’il ouvre.. Face à l’échec des partis de gauche aux élections législatives de 1973, la CFDT propose une « Union des forces
populaires ».
Edmond Maire qui ambitionne de supplanter la CGT comme Mitterrand souhaite le faire du PC appuie l’idée d’assises du socialisme en 1974. La CFDT lance un appel en
faveur des assises :
« la nécessité d’une force socialiste puissante et populaire, insérée dans toutes les luttes sociales dan set hors de l’entreprise, et capable d’être un
pôle de rassemblement autour d’un projet socialiste fondé sur l’autogestion, nous apparaît plus urgente que jamais.
C’est pourquoi nous avons accueilli favorablement l’appel lancé par François Mitterrand….
La résolution de la direction politique nationale du PSU exprimant la volonté de donner à la perspective autogestionnaire toute son ampleur et de créer les
conditions d’une force politique puissante et crédible nous paraît témoigner d’un souci et d’une démarche analogue. »
Le débat entre partisans de la stratégie autonome et ceux de la stratégie convergente trouve là son illustration concrète. La concurrence entre les rocardiens et
les membres du CERES de Jean Pierre Chevènement pour le contrôle du nouveau parti se répercuta au sein du Bureau national de la CFDT.
Il fallut que le conseil national adopte en 1975 un texte sur l’autonomie syndicale en avril 1975 pour clore le débat. (Réflexion 1978 p.218.219)
Le partenariat avec la Cgt s’affaiblit dans la mesure où la gauche socialiste se renforce au détriment de la gauche communiste.
En Septembre 1977, c’est la rupture du programme commun décidée et voulue par le PCF de Georges Marchais. Edmond Maire « recentre » l’action de
la CFDT qui rompt le pacte d’unité d’action avec la Cgt en 78, après l’échec de la gauche aux élections législatives. Edmond rencontre Giscard d’Estaing, le Président de la
République…
Le Conseil national de 1978 estime que la politisation de la CFDT a été excessive et qu’il convient d’avoir une pratique qui vise à promouvoir la
négociation.
La CFDT a adhéré en 1974 à la Confédération européenne des syndicats (CES) créée en 1973.
Elle adhèrera à la Confédération internationales des syndicats libres (CISL) en 1988.
Le 38° congrès -Brest 1979.
Le rapport du bilan de la décennie défendu par Jacques Moreau est adopté. « La CFDT a marché sur deux pieds :
- un pied syndical avec la Cgt ;
- un pied politique avec la Gauche non communiste.
Cette stratégie a été une erreur, il faut abandonner le terrain politique et aussi l’unité d’action avec la Cgt. »
C’est l’idée du recentrage, de la « resyndicalisation », se concentrer sur l’activité syndicale quelque soit le gouvernement.
Les moyens choisis pour réaliser cette union des forces populaires, la nature et les contenus des alliances ne doivent pas entraver le développement propre de
l’action de la CFDT et ne compromettre en rien sa fonction spécifique d’organisation syndicale, porteuse à tout moment des aspirations des travailleurs. Tout accord avec d’autres suppose donc
le maintien de la capacité autonome d’action et de mobilisation de la CFDT, une maîtrise totale de sa décision en toute circonstance, quel que soit le type de rapports qu’elle établit avec ses
partenaires.
La CFDT renoue secrètement des contacts avec le CNPF, considérant que la dynamique de l’union de la Gauche est brisée. C’est le retour au syndicalisme du
compromis et des petits pas explique E. Maire au patronat et au gouvernement, tout en se rapprochant de FO. L’accent est mis sur le réalisme revendicatif par la négociation plutôt que sur la
lutte et la grève.
De 1979 jusqu’à nos jours la CFDT privilégiera cette politique contractuelle.
On observe une certaine convergence tactique entre les conceptions du courant Rocard exprimée dans la revue Faire et celles de la revue CFDT aujourd’hui.
1981 - Face à la gauche au pouvoir.
Contrairement aux prévisions cédétistes, bien que le programme commun ait été rompu, François Mitterrand est élu.
La Gauche revient au pouvoir après 24 ans de gaullisme et gouvernements de droite, dans un contexte de crise économique depuis 1974, de chômage, d’une inflation à
14 %.
L'élection de François Mitterrand est considérée comme la possibilité d'un renouveau pour le mouvement syndical. La CFDT
veut faire aboutir rapidement ses revendications prioritaires : réduction de la durée du travail, lutte contre les inégalités de salaires et de pouvoir d'achat, droits nouveaux accordés aux
salariés. Pour appuyer ces revendications, elle rencontre François Mitterrand puis son premier ministre Pierre Mauroy. Toutefois, la question de la réduction du temps de travail va provoquer
une première distorsion car la CFDT y voit la possibilité de diminuer les inégalités en créant des emplois et en améliorant les bas salaires. Ce point de désaccord est révélateur de
l'orientation que va prendre la CFDT à partir du Congrès de Metz (1982), celle des « nouvelles solidarités ».
Les dirigeants CFDT investissent les cabinets ministériels ; ils vont jouer un rôle marquant dans le cadre des réformes de la gauche au pouvoir :
- Les lois
Auroux sont inspirées du programme de la CFDT*
1983. C’est le tournant économique du gouvernement d’Union de la gauche vers la rigueur.
Ce virage à 180° est accepté et défendu par Edmond Maire : il définit « les nouvelles solidarités » :
car : « les tentatives de la gauche ayant échoué, le capitalisme est indépassable. Les solidarités doivent jouer entre les salariés. »
En septembre 82, il critique le « barrisme de gauche » et en janvier 83 sur le perron de l’Elysée, il déclare que « le pouvoir d’achat est menacé et un deuxième plan de rigueur
risque de devenir nécessaire ». Il critique une ligne politique attribuée au PCF et à J.P.Chevènement au sein du gouvernement en exprimant son opposition à toute radicalisation politique
et le protectionnisme. (syndicalisme N° 1950).
Cette démarche est un syndicalisme de régulation sociale qui place au cœur de sa logique :
- la négociation à
froid ;
- les concessions
permanentes.
1986. La Cohabitation
La Cfdt renoue avec l’association capital-travail. C’est une rupture avec le syndicalisme de transformation sociale et autogestionnaire. Cette évolution va se voir confirmée à la fin des années
80 avec une série de crises internes.
1988 - Pour un syndicalisme d'adhérents. Le congrès de 1988,
qui voit Jean Kaspar succéder à Edmond Maire, met l'accent sur le syndicalisme d'adhérents dans le prolongement de l'action menée par le Gaps (Groupe d'action pour la syndicalisation) et sur
l’adaptation du syndicalisme face aux mutations économiques et sociales. Il s'agit de redonner aux salariés l'envie d'adhérer, stratégie qui va porter ses fruits à partir de 1989, avec une
progression régulière des effectifs..
Une opposition « Tous ensemble » naît dans les luttes de terrain Elle sera défaite, poussée à la porte,
exclue. En particulier dans les fédérations des PTT et de France-Télécom. Cela donnera naissance à l’émergence des syndicats Sud.
Il est difficile d’avoir un regard distancié sur les évènements qui ont traversé depuis lors la CFDT.
En 1992, Nicole Notat devient secrétaire générale, avec l’éviction de Jean Kaspar.
La CFDT abandonne définitivement « la transformation sociale » pour se livrer au pragmatisme qu’elle nomme la recentralisation de l’action syndicale. Elle s’oppose à la grève de 1995
et soutient les réformes Juppé sur les retraites lors des évènements de novembre- décembre..
1998 – Le congrès de Lille. Ce congrès est essentiel puisqu’il a permis de clarifier la conception du syndicalisme CFDT :
un syndicalisme confédéré qui fait le choix de l'adaptation, de la négociation, de la lutte contre l'exclusion et pour l'emploi, d'une mondialisation ordonnée et solidaire.
2002 – 45° congrès de la CFDT.Réunis à Nantes du 27 au 31
mai, plus de 1 600 délégués font vivre le 45° congrès de la CFDT. Avec 78,51 % des mandats, le rapport d’activité est adopté par la plus large majorité de toute l’histoire de la CFDT. Plein
emploi, travail de qualité, protection sociale, fonctions publiques et développement syndical sont les cinq thèmes des résolutions approuvées par les congressistes. Avec des pourcentages
oscillant entre 70 % et 90 %.
C’est aussi le dernier congrès de Nicole Notat, remplacée à la tête de l’organisation par François Chérèque, ancien secrétaire général de la fédération Santé-sociaux et fils d’un ancien
dirigeant de la CFDT des années 70/80 qui fût nommé préfet pour être chargé du problème de la liquidation de la sidérurgie lorraine.
En 2003, la CFDT soutient les réformes Fillion, également sur la question des retraites.
Cet accompagnement des réformes néolibérales de la Droite au pouvoir va créer de nouvelles scissions. * (voir ci-dessous)
Il amène certains militants à se poser quelques questions sur ce :
« Libéral syndicalisme »
Aujourd’hui la CFDT est cependant la plus importante des centrales en terme d’adhérents (mais pas en influence et représentativité électorale) avec environ 800 000 cartes contre
700 000 à la CGT.
SUITE :.....
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Je suis à votre disposition pour tous renseignements complémentaires et vous prie d'agréer mes sincères salutations.
amicalement
Allain GRAUX
( ancien responsable syndical)
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Les responsables de la CFTC depuis 1919
1919 -1940 Président : Jules Zirnheld (1)
Secrétaire général : Gaston Tessier
1944 -1946 Secrétaire général : Gaston Tessier
1946 -1948 Président : Georges Torcq
Secrétaire général : Gaston Tessier
1948 -1953 Président : Gaston Tessier
Secrétaire général : Maurice Bouladoux
1953 - 1961 Président : Maurice Bouladoux
Secrétaire général : Georges Levard
1961 -1967 Président : Georges Levard (2)
1964-CFDT Secrétaire général : Eugène Descamps
1967 -1970 Président : André Jeanson
Secrétaire général : Eugène Descamps
1970 -1971 Secrétaire général : Eugène Descamps (3)
1971 -1973 Président : Laurent Lucas
1971 - Secrétaire général : Edmond Maire
1973 -1988 Secrétaire général : Edmond Maire
1988 -1992 Secrétaire général : Jean Kaspar
1992 - 2002 Secrétaire générale : Nicole Notat, c’est la première fois qu’une femme est élue à la direction d’une organisation
syndicale ouvrière.
- Jules Zirnheld meurt en décembre 1940. La CFTC étant officiellement dissoute, il n'y aura pas de congrès pour le remplacer avant 1945.
- Depuis 1961, la fonction prédominante au sein de l'exécutif de la confédération est celle de secrétaire général; auparavant c'était celle de président.
- En 1970, le poste de président est supprimé. Il a été rétabli de 1971 à 1973 en raison de la maladie d'Eugène Descamps
Depuis 2002 Secrétaire général : François
Chérèque Naissance : 01 Juin 1956
Contrairement à la CGT, François Chérèque, à la tête de la CFDT depuis 2001, se montre plus ouvert à la réforme et prêt à accepter les mesures drastiques
du gouvernement en matière de lois.
François Chérèque n’a de cesse de marquer sa différence. Comme lorsqu’il s’oppose à la journée de grève du lundi de Pentecôte. « On ne peut pas s’octroyer par la grève ce que
l’on réclame par la grève ». Paroles sibyllines d’un dirigeant syndical qui n’assume pas toujours sa différence d’opinion. Ou sa facilité à s’entendre avec Laurence Parisot, à la tête du Medef.
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· Voir le film « l’imagination au pouvoir » sur Lip – Charles Piaget, militant CFDT et PSU était le
leader de ce mouvement exemplaire et original. On y voit les conceptions différentes de la lutte syndicale de la Cgt et de la Cfdt. Tous les thématiques chères à la nouvelle orientation
de la CFDT sont essayées : autogestion, contrôle ouvrier, participation féminine. On y observe également comment le gouvernement de l’époque a cassé l’expérience du patron
progressiste qui avait repris l’entreprise en supprimant les commandes de l’armée à Lip).
· , parmi les ouvriers,
« il y en a un qui a dit : et si on prenait les montres ? » Soit, mais qu’en faire. Et est-ce un vol ? un péché ? (la tradition chrétienne imprègne la
région). Plutôt maoïste, un ouvrier dominicain absout d’avance les « paroissiens de Palente ». Des voitures sont chargées de montres et partent « les planquer ».
Mais les ouvriers ont garde d’oublier de s’emparer des fichiers et des plans, car ceux-ci ne doivent pas tomber entre les mains des concurrents de la marque horlogère. Ces syndicalistes
d’un genre nouveau ont beau avoir les cheveux très longs et ne pas manquer d’audace, ils tiennent au soutien de l’évêque et ont l’esprit d’entreprise…Que faire de toutes ces
montres ? On décide de les vendre et de remettre en route l’usine pour en produire de nouvelles, cette fois sans patron (« tu n’as pas besoin de
lui »).
…« La question des femmes a été la révolution dans la révolution ». Pour être un militant exemplaire, Piaget lui-même n’en
abandonne pas moins la charge de ses six enfants à son épouse. Il admet volontiers : « C’est vrai que je n’ai pas été très bien ». Quant aux enfants, cette variable qui pèse
sur le temps des militants va quitter à son tour le domaine privé pour être posée collectivement. « A travail égal, salaire égal ? » Ce n’est pas si facile : faut-il
payer autant les couples, ceux qui ont des charges de famille ? Le dominicain est favorable à l’égalité des salaires.
Pourtant, Besançon, ce n’est pas toute la France.
…Le
pouvoir fait évacuer l’usine, propose un nouveau plan, avec à la clé 159 licenciements. La majorité des ouvriers le refuse. Le premier ministre Pierre Messmer conclut,
furieux : « Lip c’est fini. » Il se trompe. L’entreprise est reprise par un « patron de gauche », M. Claude Neuschwander. Un peu plus d’un an après, en
décembre 1974, le conflit semble terminé : d’un côté, l’autogestion a vécu ; de l’autre, tous les ouvriers ont été réembauchés.
Mais en mai 1974, M. Giscard d’Estaing a été élu à l’Elysée. Pour lui et pour son premier ministre Jacques Chirac, c’est surtout le
second point qui pose problème, ce bras de fer remporté par les syndicats contre le chômage alors que les plans de licenciement essaiment un peu partout en France. Ministre de
l’industrie en 1973, M. Jean Charbonnel confie que M. Giscard d’Estaing estimait, en substance : « Il faut les punir [les Lip]. Qu’ils soient chômeurs et
qu’ils le restent. ? Renault, alors nationalisé, annule du jour au lendemain ses commandes de montres ; le ministère de l’industrie supprime un versement promis ; le
robinet à capitaux se tarit d’un coup. Révoqué par l’actionnaire, M. Neuschwander en tirera plus tard la leçon que jusqu’à Lip, le capitalisme était dominé par l’entreprise. Après
cela, la finance l’emporta. - Le Monde diplomatique de mars 2007- Serge Halimi
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Edmond Maire est né le 24 janvier 1931 à Epinay-sur-Seine, sixième enfant d’une famille de cheminots. Il entre, sans le bac, à l’âge de dix-huit ans chez
Valentine, entreprise de peinture de cinq cents personnes. Adhérent à la CFTC en 1954, il gravit rapidement les échelons de son syndicat en devenant permanent du syndicat de la chimie
en 1958, puis secrétaire général du syndicat parisien des industries chimiques CFDT (STIC) avant de devenir celui de la fédération de la chimie (FIC).
Durant cette période, il poursuit la transition engagée par son prédécesseur en ancrant définitivement le syndicat à gauche de l’échiquier politique et
social. Habile négociateur, esprit libre au sein même de l’organisation qu’il dirige, il engage la CFDT tour à tour sur la voie de l’autogestion, du socialisme démocratique et du
"rencentrage".
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Un rapport sur "Les droits des travailleurs", affirme notamment que "les travailleurs doivent être citoyens à part entière dans l'entreprise" et se donne
pour objectif de "promouvoir une démocratie économique fondée sur de nouvelles relations du travail et sur l'élargissement du droit des travailleurs.
À la suite du rapport, une ordonnance et quatre lois sont promulguées, les 5 février, 4 août, 28 octobre, 13 novembre et 23 décembre 1982.
Elles s'inscrivent dans la ligne du mot d'ordre "autogestion" lancé après Mai 68 par le PSU.
Les lois Auroux transforment les relations sociales au sein des entreprises, au moins dans les textes sinon toujours dans les faits : elles fixent les pouvoirs
disciplinaires du chef d'entreprise et limitent très précisément le règlement intérieur ; celui-ci ne peut pas porter atteinte aux libertés individuelles et collectives ; de
même, soucieux de mieux protéger les personnes victimes de discrimination dans le cadre de la vie professionnelle, un nouvel article du Code du
Travail (L122-45) qui prohibe la sanction ou le licenciement d’un salarié fondé sur “son origine, son appartenance à une ethnie, une nation ou une
race”...
Elles rendent obligatoire dans chaque entreprise une négociation collective annuelle sur les salaires, la durée et
l'organisation du travail.
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