Pour justifier la politique du gouvernement de l'extrême-doite trumpiste, le secrétataire d'Etat Marco Rubio fait allusion, sans le nommer, à des citations d'Adolf Hitler :
L'écho des discours d'un peintre frustré, né à Braunau am Inn en 1889, est plus que manifeste : « le plus fort l'emporte, le faible périt ».
Le secrétaire d'État Marco Rubio a tenu une réunion ministérielle sur la résurgence du terrorisme politique, tentant d'établir un lien entre le retour du maccarthysme et la politique étrangère américaine. Lors de cette même réunion, les candidats proches du maire de New York, Zohran Mamdani, les immigrés, les organisations antiracistes de défense des droits civiques, les groupes antifascistes, la menace cubaine et toute forme d'expression religieuse liée à l'islam ont été diabolisés. Cette réunion évoque le maccarthysme et une nouvelle forme de guerre froide où les ennemis d'aujourd'hui ne forment plus, comme il y a 80 ans, un bloc plus ou moins homogène, mais une myriade d'individus sans lien apparent, associés à des phénomènes disparates : manifestations contre les rafles de l'ICE, mobilisations électorales anti-Trump, prises de position antifascistes et/ou attaques perpétrées par des loups solitaires. Toutes ces situations sans rapport les unes avec les autres ont été arbitrairement amalgamées par Rubio dans son discours à Washington pour instaurer ce nouveau danger fantasmagorique. Cet Axe du Mal, contrairement aux précédents, ne requiert aucun parti, organisation, programme ni chef d'aucune sorte. Le simple fait d'être mentionné à Washington suffit à lui conférer son existence diabolique.
La lutte antiterroriste vise à affronter les structures violentes en leur fournissant financement, logistique et actions concrètes. Or, le trumpisme cherche à la détourner vers des identités politiques afin de légitimer leur persécution, leur censure et leur surveillance. Ce changement d'orientation implique d'ignorer les dangers intérieurs réels observés aux États-Unis, liés aux accélérationnistes, aux milices racistes et aux réseaux d'extrême droite violents. Pour le FBI, les groupes suprémacistes blancs représentent la plus grande menace terroriste intérieure aux États-Unis. L'agence qualifie ces actions de terrorisme extrémiste violent à motivation raciale. Afin de masquer cette réalité et de renforcer le noyau dur des trumpistes, l'immigration est associée au terrorisme, au socialisme démocratique de Mamdani et présentée comme une condition préalable à la lutte antifasciste, à l'islamisme radical, au communisme chinois et à toute association prônant la solidarité face au darwinisme social de l'individualisme égoïste qui justifie une guerre de tous contre tous.
Rubio invente le danger et, ce faisant, autorise le brutalisme trumpien à mener une croisade contre un ennemi multiforme et insaisissable. Dans ce contexte, les faits, les responsabilités et les preuves ne font plus l'objet de débats : une essence diffuse et insaisissable est invoquée, cessant d'être un sujet politique pour devenir une pathologie. Lorsque la politique adopte le langage de la purification, listes, proscriptions, sanctions et chasses aux sorcières ont tendance à émerger. L'exagération de Rubio quant à sa différence avec les immigrants – étant le fils de Cubains – est motivée par le désir d'obtenir une légitimité suffisante pour briguer l'investiture républicaine en 2028. La réunion visait également à transformer le répertoire de la droite américaine en doctrine hémisphérique. Ce qui est annoncé comme coopération contre le terrorisme mènera sans aucun doute à un réseau transnational de surveillance idéologique permettant de limiter les souverainetés afin d'orienter les alliances politiques et de mettre les ressources naturelles (minéraux critiques, terres rares, énergie) et l'infrastructure numérique au service des intérêts de Washington.
Le différend stratégique entre les États-Unis et les BRICS, et en particulier contre la Chine, ne se limite pas aux déploiements militaires. Il concerne également le lithium, les semi-conducteurs, les câbles sous-marins et les centres de données. La géopolitique contemporaine mise en œuvre par la Maison-Blanche combine porte-avions, algorithmes, satellites et réseaux sociaux. Elle s'appuie sur la méfiance, la haine et la consolidation des menaces pour rassembler des forces dans une confrontation qu'elle perd, pour la première fois depuis un siècle, sur le plan géoéconomique. La « Pax Silica », qui associe le trumpisme à Peter Thiel, est un complément à la réunion sur la lutte contre le terrorisme. Sous couvert de coopération en matière de sécurité technologique, les États-Unis cherchent à réguler les chaînes d'approvisionnement et à exercer un contrôle mondial sur l'intelligence artificielle, deux éléments essentiels à leur projet de réindustrialisation. C'est pourquoi la lutte contre le terrorisme prônée par Rubio ne se résume pas à une simple question de maintien de l'ordre. Elle sert de support symbolique à un arsenal néo-impérialiste : diabolisation idéologique, ingérence électorale, surveillance numérique, harcèlement du Venezuela, blocus génocidaire de Cuba, droits de douane imposés au Brésil, sanctions financières, dette conditionnelle et contrôle des technologies stratégiques. Sous couvert de sécurité, elle vise la domination.
Cuba, comme toujours, occupe une place centrale dans ce récit fabriqué de toutes pièces. Chaque fois que Washington se retrouve isolé par le rejet international du blocus – comme ce fut le cas la semaine dernière –, les États-Unis recourent à de nouvelles accusations délirantes : au lieu de s’attaquer à l’étranglement économique et financier qu’il impose, ils réactivent le discours de la menace. L’accusation remplace l’argumentation ; le blocus est présenté comme une défense. Les scénarios militaires potentiels contre Cuba sont indissociables de cette rhétorique. Les interventions américaines ne commencent jamais par des bombardements. Elles débutent par des caractérisations et des justifications. Le Brésil figure sur le même échiquier. Les droits de douane imposés la semaine dernière à Brasília, en pleine année électorale, contribuent à lier l’approche interventionniste appliquée en Équateur, au Honduras, au Costa Rica, en Argentine, en Bolivie, au Chili et en Colombie à la diabolisation du « terrorisme ».
Cette démonstration impérialiste transparaît également dans la menace proférée par Rubio contre la Cour pénale internationale, qu'il accuse de « déclarer la guerre aux États-Unis » pour avoir décidé d'enquêter sur la responsabilité de responsables américains dans les attentats des Caraïbes, le meurtre de jeunes filles en Iran, le génocide à Gaza et l'enlèvement de Nicolás Maduro. Pour Washington, les règles ne sont utiles que si elles visent ses ennemis. Si elles touchent Washington ou ses alliés, elles deviennent intolérables.
Jeudi dernier, le secrétaire d'État a affirmé, au sujet de la gauche radicale, qu'il est nécessaire de vaincre « les faibles et les lâches » qui luttent « contre les forts et les bons ». L'écho des discours d'un peintre frustré, né à Braunau am Inn en 1889, est plus que manifeste : « le plus fort l'emporte, le faible périt ». Rubio ne le cite pas textuellement. Il puise dans sa vision du monde, forgée par une époque commune : le sentiment de vivre dans une civilisation assiégée par le ressentiment des « inférieurs » ; le droit des forts à se défendre ; et la nécessaire purification du corps social. Il n'a pas besoin de nommer Hitler pour invoquer ses fantômes. Une politique où la différence devient dégénérescence, la protestation terrorisme, et la domination la destinée manifeste d'une nation supérieure suffit.
Auteur : Jorge Elbaum
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