DANGER DE GUERRE
Liban, de 1975 à 2005.
Trente ans après le déclenchement de la guerre civile, le 13 avril 1975, qui allait ravager le pays pendant quinze ans, l’armée syrienne se retire du pays deux mois
après l’assassinat de l’ex-premier ministre Rafic Hariri (le 14.02.2005), représentant de la droite affairiste. Les Etats-Unis et leurs alliés israéliens ont réussi à impliquer la Syrie en lui
collant sur le dos l’organisation de l’assassinat sur la base de témoignages bidons obtenus d’un témoin unique parjuré*. Depuis aucune preuve tangible n’a permis d’étayer cette thèse de
l’implication syrienne.
Première interrogation : la dictature syrienne n’est pas exempte de coups tordus, mais en l’occurrence il faut se poser la question : à qui profite le
crime ? De même à qui profite les assassinats de députés chrétiens libanais à la veille des élections à la Présidence ? Plutôt d’accuser la Syrie ne pourrait-on pas regarder du côté des
clans chrétiens qui se la disputent puisque le Président au Liban ne peut-être que Chrétien…
La Syrie sortie du Liban, les Etats-Unis et Israël pensaient avoir neutraliser le Liban et isolé le Hezbollah . Mais ce dernier est resté la force principale, alliée
à la gauche libanaise, dominant le Sud du pays et Beyrouth.
Le 12 juillet 2006, l’armée d’Israël, sous le prétexte fallacieux de l’enlèvement de soldats israéliens qui en fait avaient pénétré dans un secteur contesté de
la frontière libanais attaque le Liban pour détruire le Hezbollah.
La population syrienne -je peux en témoigner car j’étais sur place- témoignait de sa solidarité et de son soutien unanime au peuple libanais : pas une échoppe,
pas un taxi, sans le portrait du chef du Hezbollah voisinant avec celui de Bachar Al Assad. Les autorités syriennes malgré toutes sortes d’accusations et de provocations sont restées calmes pour
n’offrir aucun prétexte à une attaque militaire contre la Syrie. Elles avaient parfaitement compris que ceux qui étaient visés par cette opération étaient les alliés potentiels de l’Iran en cas
de conflit avec ce pays.
Parallèlement en juin 2006, Israël avait entrepris d’envahir et de détruire Gaza, d’arrêter les dirigeants du Hamas.
Washington et Tel Aviv, en isolant la Syrie, détruisant Gaza et le Hamas, Le Hezbollah, pensaient pouvoir se mettre à l’abri de représailles qui ne manqueraient pas
de suivre un bombardement préventif de l’Iran.
Alors pourquoi ne pourrait-on pas penser que l’assassinat du premier ministre libanais serait le fait d’une manipulation ou d’un coup tordu du Mossad (les services
secrets israéliens). Ce ne serait pas la première fois si on se rappelle ses implications dans l’affaire Ben Barka, un certain attentat de Carlos en France, ou le montage du détournement d’un
avion sur Entebbe (Révélé récemment par les archives britanniques)…
Farfelu mon hypothèse ! Pas plus que les armes de destruction massive introuvables en Irak…
Après l’ Irak, et le Liban, L’IRAN
C’est en 1970, en pleine guerre froide, que l’Iran du Shah a signé le traité de non-prolifération nucléaire. Ce traité garantit l’accès à un usage pacifique de
l’énergie atomique, sous réserve de contrôles effectués par l’Agence internationale de l’énergie atomique ( AIEA).
Le TNP a été ratifié par 188 pays y compris par les cinq puissances nucléaires membres permanents du Conseil de sécurité, mais pas par les alliés des Etats-Unis qui
possèdent la bombe : Israël, le Pakistan, et par l’Inde qui est très courtisée actuellement par Washington…à la recherche d’alliances.
Le 18.12.2003, Téhéran signe le protocole additionnel du TNP qui renforce considérablement les capacités de surveillance de l’AIEA.
Le 15.11.2004, l’Iran par un accord signé à Paris, s’est engagé à suspendre toutes ses activités d’enrichissement d’uranium. En échange, la France, l’Allemagne, la
Russie devaient faire des propositions de coopération au plus tard pour le 7.08.2005.
Si l’Iran se préoccupe d’être en mesure d’assurer sa défense, c’est que ce régime a de bonnes raisons de penser que le gouvernement de Bush veut en finir avec lui.
Il n’est que de regarder un atlas pour constater que ce pays est encerclé de bases américaines, en Irak mais aussi en Arabie, En Afghanistan, dans les ex-républiques soviétiques d’Asie centrale,
et de gouvernements voisins qui lui sont hostiles et pour Israël menaçant et doté de la bombe. Et sous la menace directe des porte-avions nucléaires américains qui croisent dans le détroit
d’Ormuz
Depuis plus de dix ans, des opérations menées par Etats interposées, se poursuivent pour déstabiliser l’Iran :
- fournitures d’armes et
d’argent aux groupes rebelles kurdes, baloutches, arabes sunnites, Azéris *
- guerre économique par
la manipulation des taux de change.
- des
« preuves » d’implication en Irak : fausses cartes, explosifs, et arrestations de diplomates iraniens… (On sait depuis les déclarations de Powel à l’ONU, ce que valent les preuves
américaines.)
Pourtant l’Iran avait coopéré avec les services américains contre les partisans d’El Qaida en Irak et en Afghanistan.*(Al Hayat – Londres – Courrier
international N°878)
Cette politique est allée à l’encontre des buts recherchés, elle a renforcé le pouvoir du président extrémiste Ahmadinejad. Au lieu d’ébranler le régime, les
pressions américaines ont exaspéré les Iraniens de toutes tendances.
Les raisons invoquées pour attaquer l’Iran, dictature théocratique, ne valent pas plus que celles qui pourraient être invoquées à l’égard du Pakistan ou de
l’Arabie saoudite:
- la misogynie et l’homo
phobie …
- L’Iran veut détruire
Israël ? En dehors du fait que les propos du Président iranien ont été sciemment mal traduits en anglais, il est remarquable que tous les pays arabes disent la même chose pour dénoncer la
politique à l’égard des Palestiniens, y compris les saoudiens sans que pour autant cela soit suivi d’effet.
- Avoir la bombe serait
courir le risque de la vitrification s’ils l’utilisaient. En réalité ils ne sont pas prêts de l’avoir…En avril 2007 l’AIEA estimait que l’Iran ne disposera pas des capacités à produire la bombe
d’ici quatre à six ans.
Une politique ancienne
Dès le 29 janvier 2002, Georges Bush classait l’Iran, avec la Corée du Nord et l’Irak, dans l’axe du mal. Le 18 juin 2003, il ne tolèrerait pas
l’accession de l’Iran à l’arme nucléaire. Pourtant à cette époque, c’est le bon Président Khattami qui était au pouvoir et appelait : au dialogue des civilisations. Il
avait même proposé une négociation en trois points à Washington : les armes, la sécurité et le terrorisme, la coopération économique et à …contribuer à la transformation du Hezbollah en
parti politique.
Une nouvelle aventure militaire.
Malgré le désastre Irakien, rien n’indique que le président Bush ait renoncé à attaquer l’Iran. Cet objectif s’inscrit dans sa vision « d’une
troisième guerre mondiale » contre le « fascisme islamique ». (Alain Gresh*)
Cette stratégie de diabolisation, outre qu’elle assimile injustement l’Iran (ses Pasdarans) au terrorisme islamique des talibans et d’El Qaida, peut déboucher sur une aventure
militaire catastrophique, non seulement pour les Etatsuniens, mais pour tout le Moyen-Orient et l’Europe. Les risques encourus sont incommensurables. Que fera le Pakistan en pleine période
d’instabilité électorale si les intégristes prennent le pouvoir, en cas de frappes militaires d’Israël sur l’Iran ? Ce pays dispose de la bombe et Israël aussi…
Or certaines sources bien informées indiquent que les Etats-Unis et Israël pourraient procéder à l’envoi de cinq mille missiles en une heure sur l’Iran d’ici novembre
à février…
Paul Craig Roberts, ancien secrétaire d’Etat de Reagan a déclaré à l’agence russe Novosti le 20 juillet que Georges W. Bush
avait élaboré les bases juridiques permettant d’instaurer l’état d’urgence et que d’ici un an, les Etats-Unis pourraient devenir un Etat policier dictatorial, en guerre
contre l’Iran. ..
Il a mis en garde contre l’administration Bush, qui prépare quelque chose afin d’effrayer le pays et réunir la population autour des
républicains, qui dans le cas contraire pourraient perdre totalement le pouvoir lors des prochaines élections.
L’amiral Willian Fallon, le nouveau chef du commandement central s’inquiète, paraît-il (selon Frank Rich du New York Times*) de
« notre refus d’agir militairement si le conflit s’étendait au-delà de l’Irak…et de la demi douzaine de généraux qui ont refusé le poste de « chef de guerre » à la Maison
Blanche, l’année dernière.
D’autres éléments sont inquiétants comme la récente incursion reconnue de l’aviation israélienne en Syrie* qui a visé « au moins un
centre de lancement de missiles Scud et d’entreposages d’armes de destruction massive » selon l’agence de presse francophone Métula basée en Israël. Selon CNN, c’était un
convoi d’armes qui était visé…Pour le New York Times, il s’agissait de photographier des installations nucléaires syriennes...L’observer de Londres titre « le raid sur la Syrie,
une répétition avant l’Iran ? ». * En fait des fuites organisées dans les milieux proches de Bush associent des livraisons nucléaires de la Corée du Nord à la Syrie, axes du mal
avec l’Iran. Les connaisseurs de ces pays accueillent ces affirmations avec scepticisme. Ils soulignent que la Syrie, au bord de la faillite, n’a, ni les moyens économiques ni la base
industrielle nécessaire pour développer un programme nucléaire auquel elle a renoncé depuis longtemps.
On peut légitimement discuter de la nécessité de déclencher une guerre préventive, en fonction des objectifs réels, d’un danger potentiel. On doit
plus que s’interroger sur la nécessité de déclencher « la guerre mondiale contre le terrorisme » en attaquant l’Iran.
En fait il s’agit pour Bush de poursuivre par tous les moyens sa politique de remodelage du Moyen-Orient, en réalité de détruire toutes les
capacité militaires opposées à sa politique dans la région et de contrôler les ressources pétrolières du Golfe.
En fait d’armes nucléaires, l’évocation d’utiliser les mini-nukes, les armes nucléaires tactiques, marque une évolution extrêmement dangereuse
pour l’humanité toute entière du concept de dissuasion.
En France, Nicolas Sarkozy et son ministre Kouchner (qui était favorable à l’intervention en Irak)ont donné tous les signes d’un soutien à la
politique guerrière de l’empire américain :
- menaces de bombardement sur l’Iran ;
- rapprochement avec les Etats-Unis et retour prévu de la France au commandement intégré des forces de l’Otan.
- la France s’est aussi dotée de missiles nucléaires tactiques…
Une prise de conscience de l’opinion devant les dangers d’une guerre qui pourrait se généraliser semble pour le moins nécessaire
Allain Louis GRAUX
le 4 octobre 2007
*James Petras – professeur émérite de sociologie – Université Birmingham de New York.
*Selig S.Harrison- Directeur du programme Asie du Center for International Policy (Washington)- Le Monde diplomatique – octobre 2007 – et Alain Gresh ( Manière de
Voir : Tempêtes sur l’Iran – Juin. Juillet 2007.)
*Courrier international N°881
*Libération du 13.09.07 et Courrier international 881
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