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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 23:38

LAURENT GRANDGUILLAUME, DEPUTE :

DOUBLE LANGAGE OU EVOLUTION POSITIVE ?

Aux questions de Médiapart[1], LG exprime des idées auxquelles je pourrais souscrire, sur le non-cumul des mandats (Etre élu ne doit pas être un métier), le respect des engagements politiques, les réponses aux inquiétudes des classes sociales, des plus populaires aux professions indépendantes, l’Europe.

« Déjà en 2012, il avait refusé de cumuler son mandat national avec une responsabilité locale, ce qui avait mis en rogne son ancien mentor et engendré une brouille de plusieurs années. «L'ordre des choses installe une forme de glaciation qui empêche le renouvellement des idées, l'audace et la prise de risque, fustige-t-il. Il faudrait être candidat à tout, partout et tout le temps pour exister. C'est cela aussi le moteur de la défiance.» Ses camarades cumulards, et candidats jusqu'à plus d'âge à toutes les élections qui se présentent, apprécieront[2]...

Cette déclaration était tout à son honneur.

LG - Que l’on rénove nos institutions pour que l’on n’attende pas 10 ans, sans passer par de nombreuses étapes pour obtenir un brevet de bon socialiste, et que l’on vous dise enfin que vous pouvez aspirer à être un candidat à une élection...

Parce que la seule ambition citoyenne, pour les socialistes, se résumerait à être candidat, à faire carrière...

LG -La question institutionnelle, les socialistes dans leur ensemble se sont mis dans les chaussons de la V° République qui est une démocratie brutale, puisque l’exécutif à beaucoup plus de pouvoir que le législatif ; or, quand on est de gauche et révolté par l’injustice, on doit se préoccuper à la fois de la démocratie sociale – on l’a vu lors de confrontations sur la loi travail.

Dans le même temps on doit faire en sorte de porter un certain nombre d’idées dans les institutions pour les rénover et les dépasser. Pour toute idée il faut se battre.

Pour moi la crise n’est pas que liée aux institutions, elle est d’abord sociale. Si aujourd’hui il y a une fracturation dans la gauche et surtout dans les territoires, entre l’urbain et le péri-urbain, elle est dans le salariat, elle est entre ses millions d’invisibles qui ne sont pas pris en compte, par exemple les indépendants dont on parle très peu...il y a plein de questions auxquelles on n’a pas apporté les bonnes réponses. Un parti politique n’a pas qu’une fonction électorale, normalement il doit avoir une fonction de formation, une fonction idéologique.

Heureux de t‘entendre dire cela Laurent !

A chaque fois qu’il y a eu des débats de fond, on a mis le couvercle...Et ça ne date pas de 2012.

Si on prend la question européenne, après le référendum sur le TCE, on a mis le couvercle sur cette question fondamentale.

Je suis quelque peu surpris par ces réponses - plutôt positives à mon sens - quand on se rappelle que comme député, Laurent a voté toutes les lois des gouvernements de Hollande, sauf une (celle sur le renseignement),accepté des milliards de cadeaux aux entreprises avec le CICE[3], qu’il soutient toujours et qui n’a apporté aucun des emplois espérés, la loi Macron, jusqu’à la récente loi El khomri sur la réforme du code du travail, bien qu’il en regrette les fortes tensions, la violence et les fracturations. Il a été un collaborateur fidèle de François Rebsamen, tant au PS où je l’ai bien connu («Pathé Marconi : La voix de son maître !!!), ayant été dans la même section que lui, au Conseil et au bureau fédéral), qu’à la mairie, jusqu’à leur désaccord sur le non-cumul après son élection de député.

Je me souviens particulièrement qu’à propos de l’UE, dont il regrette aujourd’hui l’évolution négative, il m’a fait expulser d’une réunion des formateurs nationaux du PS auxquels j’appartenais, puis tenté de me faire exclure du Parti en compagnie de Vincent Assante (ex-secrétaire national chargé des handicapés) parce que nous menions en Côte d’Or, la campagne pour le Non au référendum sur le TCE, avec Jean Luc Mélenchon et Henri Emmanuelli. A laquelle s’était joint Laurent Fabius...dont Rebsamen fût un temps le partisan. Ce denier a été aussi un fidèle de Jospin, de Ségolène puis de Hollande, après des débuts politiques à la LCR. Il a navigué au gré de ses ambitions, entre Vouillot, Carraz, Neugnot, dans le cadre local, si bien que François Patriat lui a dit un jour, qu’à force de trahir tout le monde, il finirait seul...

Pour en revenir au référendum européen, tirant les conclusions de l’attitude peu démocratique de Laurent, des François et des autres, j’ai quitté un parti qui ne respectait justement pas les engagements socialistes dont il se réclamait, de la défense des intérêts des classes sociales populaires dont il se disait porteur, et qu’il était censé représenter. Ce ne fût pas le cas de Laurent qui déclare aujourd’hui ce que j’exprimais à l’époque dans les actes. C’est pourquoi, responsable du club Nouveau Monde d’Henri Emmanuelli en Côte d’Or, j’ai rejoint l’association PRS[4] avec Jean Luc Mélenchon et suis devenu le premier responsable de la Coordination du comité de Côte d’or du Parti de Gauche et de la région Bourgogne. Vincent Assante nous a rejoints un peu plus tard.

Il reconnait qu’il n’y a pas eu le changement promis, depuis 2012, mais il est resté au PS jusqu’à maintenant, n’a pas rejoint les contestataires, n’a pas eu le courage de l’économiste Liem Hoang Ngoc, même pas le positionnement des frondeurs. Il déclare encore :

On aurait pu s’appuyer sur la force des citoyens pour faire en sorte que l’on ne soit pas uniquement une puissance électorale qui a montré ses faiblesses, mais au contraire que l’on débatte des problématiques posées pour que les citoyens interpellent. Mais que n’a-t-il répondu aux demandes, aux interpellations du Front de Gauche, de Jean Luc Mélenchon sur les questions de l’austérité, de la transition écologique, de la politique européenne ?

Un des risques pour le PS serait de revenir à une sorte de SFIO avec des baronnies locales, où il n’y a plus de débats, où on entretient un réseau d’élus, ce n’est pas cela la fonction première du PS.

Bonne analyse, mais ce n’est pas nouveau, et je ne me souviens pas Laurent, que tu aies dénoncé ces méthodes déjà en pratique quand ton mentor Rebsamen était secrétaire de la section de Dijon et membre du secrétariat fédéral et dirigeant national.

Si la gauche fracturée n’est pas rassemblée, elle peut disparaître. Il faut que la Gauche puisse rejoindre la majorité sociale qui est dans le rural, le périurbain, la périphérie sur les questions sociales, une majorité sociale qui se sent parfois abandonnée.

Certes mais sur quelle politique, celle de Hollande et Valls que tu as soutenue, ou une autre politique radicalement différente ? Tu cites les différences entre les salariés urbains et les autres, les chômeurs de longue durée, depuis plus de 3 ans, mais tu condamnes en même temps l’analyse marxiste de la situation, qu’il faudrait dépassée. Ne serait-ce pas pourtant un exemple de l’exploitation capitaliste, de la lutte des classes – qui n’est pas une volonté de la classe ouvrière de lutter contre les vilains bourgeois– on dit populaire aujourd’hui, comme si c’était une injure d’être ouvrier, alors que les ouvriers et les employés sont toujours la majorité sociale du pays – mais c’est une réalité de la domination du capital sur le salariat.

Il faut des confrontations, mais la logique des primaires renforce la logique de la V° République en privilégiant les personnes au détriment des débats, dis-tu. C’est exact. Et c’est bien pourquoi il faut en finir avec cette république monarchique, élire une Assemblée constituante et élaborer ensemble une autre République, citoyenne, démocratique, solidaire, écologique.

Aujourd’hui, tu quittes toute responsabilité, tu ne te représenteras pas à l’échéance de 2017. Fort bien, mais pour aller vers où et vers quoi ? Est-ce comme ces rats qui quittent un navire, qui après avoir longtemps louvoyé pour atteindre un cap, qui n’était pas, loin de là, celui de la Bonne espérance, mais plutôt un courant qui mène le vaisseau socialiste droit sur des écueils. Il risque de se fracasser et sombrer dans les abysses après une longue dérive à l’image de tous les partis de la social-démocratie européenne, qui à force de compromis avec le capital, comme le revendique Henri Weber, également dans un article de Mediapart, sombrent dans la compromission avec le capital financier, le libéralisme globalisé.

Aussi faute de réponse précise sur tes engagements futurs, on ne peut que se poser cette question concernant les idées que tu exprimes :

Es-tu sincère ? Ou est-ce une fois de plus que l’expression d’un double langage ?

Il faut te reconnaître la qualité d’un député actif et sérieux. Mettras-tu enfin ces qualités au service du changement politique, économique, institutionnel, social, écologique, que la grave situation de notre pays exige ?

Le 28.09.2016

Allain Louis Graux

Porte-parole du PG 21

Membre du Conseil national du PG

[1] https://www.mediapart.fr/journal/france/210916/garder-le-parti-socialiste-le-quitter-le-reconstruire-pour-en-faire-quoi

[2] LE FIGARO - Pourquoi le député Laurent Grandguillaume tire sa révérence... à 38 ans, par Marc Landré- 07/09/2016

[3] La créance cumulée progressivement par les entreprises au titre du Cice depuis 2013 s'élevait au 31 juillet à 43 milliards d'euros, dont 27,5 milliards effectivement perçus sous forme de baisses ou de restitutions d'impôt.

Pour la seule période 2013-2014, la créance cumulée s'élevait à 28,7 milliards d'euros et le coût budgétaire effectif pour ces deux années à 18,6 milliards... La commission des finances du Sénat avait dressé dans un rapport rendu public en juillet un bilan très mitigé du Cice, jugé trop complexe et à l'efficacité incertaine pour un coût budgétaire élevé. (https://La commission des finances du Sénat avait dressé dans un rapport rendu public en juillet un bilan très mitigé du Cice, jugé trop complexe et à l'efficacité incertaine pour un coût budgétaire élevé.)

[4] Pour la République Sociale

Published by Allain Louis Graux - dans politique
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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 09:33

J'ai eu le plaisir de rencontrer Valérie en 2015 à Jérusalem

Vallée du Jourdain : une guerre sans merci contre les Bédouins

http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/vall-e-du-jourdain-une-guerre-sans-merci-contre-les-b-douins-1912414558

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Vallée du Jourdain : une guerre sans merci contre les Bédouins

#IsraëlPalestine

Dans cette région de la Cisjordanie occupée, les destructions dans les campements bédouins ne sont qu’un aspect de la politique israélienne d’expulsion des Palestiniens

Le campement bédouin de Hadidiyeh, en Cisjordanie (MEE/Valérie Féron)

Valérie Féron

1 août 2016

Dernière mise à jour :

02 août 2016

Campement bédouin de Hadidiyeh, CISJORDANIE OCCUPÉE – En contemplant les vastes pâturages de la vallée du Jourdain, nul ne saurait imaginer la violence de la bataille qui se joue ici. Pour en comprendre l’ampleur, il faut se rendre dans des communautés bédouines comme celle de Hadidiyeh, dans le nord de la vallée, où vit Abou Saqer.

Avant même que celui-ci n’explique en détail ce que sa famille endure, l’état du campement nous fait comprendre les difficultés auxquelles font face ces communauté, ne serait-ce que pour accéder à leur lieu de résidence. Lorsque l’on vient de l’intérieur de la Cisjordanie via Tubas, au nord de Naplouse, le dernier kilomètre se fait à travers champs, ce qui rend tout déplacement compliqué, que ce soit pour acheminer du matériel et des vivres ou pour envoyer les enfants, dont certains en bas âge, à l’école.

Vivre la peur au ventre

Si la vingtaine de tentes couleur sable se fondent harmonieusement dans le paysage, les débris de celles détruites ces derniers mois témoignent du bras de fer permanent entre l’armée israélienne et les Palestiniens qui, dans toute cette zone, sont seuls face aux soldats et colons israéliens. 95 % de cette région, qui représente un tiers de la Cisjordanie, fait en effet partie de la « zone C » qui désigne, selon la terminologie des Accords intérimaires de paix d’Oslo, les 60 % de la Cisjordanie restés sous occupation israélienne directe depuis 1967.

À Hadidiyeh, les destructions du mois de janvier dernier sont encore dans tous les esprits. « Ils sont arrivés avec les bulldozers et ont commencé à raser plusieurs tentes », raconte Abou Saqer, calé dans une chaise en plastique au milieu d’une des tentes réservées aux invités.

« Ils ne se sont pas contentés de les mettre à terre. Ils ont ensuite rassemblé les débris pour en faire un tas qu’ils ont écrasé comme pour en faire une sorte de pâte. Je les regardais faire en souriant, ce qui a largement énervé leur chef, que je connaissais bien, car il était déjà là pour de précédentes opérations de destruction. Il m’a demandé pourquoi je riais. Je lui ai répondu que je ne comprenais pas pourquoi ils s’acharnaient autant, et que de toute manière, j’allais reconstruire, et à neuf.

« Pour se venger, il a ordonné aux soldats de nous interdire de reconstruire quoi que ce soit, pas même de quoi protéger mes enfants de la pluie. C’était en hiver, il faisait froid, on est restés quinze jours comme ça. »

À quelque pas de là, dans une autre tente où sa famille termine son déjeuner, les regards sont tous posés sur le benjamin de la bande, 3 ans, présenté comme un héros. L’histoire familiale raconte qu’alors qu’il ne tenait pas encore debout, il avait pris un petit caillou et l’avait lancé en direction des soldats qui opéraient une descente dans le camp.

Si le souvenir de la scène provoque des sourires, les visages des adolescents présents se ferment dès qu’on leur demande de parler de leur vie quotidienne. « Les soldats viennent tout le temps, et souvent ils nous frappent, dit l’un d’entre eux en hachant ses mots. Et on ne peut rien faire, juste se taire et attendre qu’ils repartent. Si je réagis, ils risquent de s’en prendre encore plus à mon père et à ma famille. »

Les débris des tentes détruites par l’armée israélienne dans le campement de Hadidiyeh sont encore visibles (MEE/Valérie Féron)

La guerre de l’eau

À l’autre bout du camp, Rokaya, l’épouse d’Abou Saqer, est affairée près d’un des enclos abritant des moutons et engage aussitôt la conversation sur le « nœud » de cette guerre de l’ombre : l’eau. La vallée du Jourdain en est riche, mais la précieuse ressource est détournée par la puissance occupante au profit de ses colonies. Résultat : une précarité extrême pour les humains comme pour les animaux.

« Ils nous ont totalement coupés des puits et des sources, et vous voyez combien c’est difficile d’accéder ici. Les voitures et même les tracteurs ont du mal à nous amener des réservoirs, surtout en hiver, quand il a plu. »

« Il y a des fois où l’on va dormir en ayant soif, avoue Rokaya. Comment voulez-vous que mes enfants, surtout les petits, supportent ça ? Ils sont tout le temps malades ! ». De graves problèmes que ne connaissent pas les colons des implantations israéliennes proches de Ro’i et de Beka’ot, illégales aux yeux de la loi internationale mais qui sont directement alimentées en eau courante par la compagnie israélienne Mékorot.

Toute tentative de pallier l’absence de services de base dans ces communautés en construisant quatre murs pour servir d’école ou de centre médical est vouée à l’échec, Israël détruisant systématiquement les structures rénovées ou bâties à neuf sous prétexte qu’elles sont « illégales », puisque construites sans permis. Permis qu’il faut demander à la puissance occupante et qui, en conséquence, sont quasiment impossibles à obtenir dans cette région fragmentée en « zones militaire », « zones de tirs » et « réserves naturelles » censées être interdites d’accès aux populations palestiniennes.

Le terme de « réserves naturelles » fait sourire Abou Saqer : « Normalement, ces zones sont supposées servir à préserver la nature et à être bénéfiques à l’être humain. Mais ici, elles servent les objectifs de l’armée et des colons. Tous les ans, ils mettent le feu à certaines terres, et si un berger ou fermier palestinien pénètre dans ces secteurs, il doit payer de lourdes amendes ». Cette politique est inévitablement destructrice pour l’environnement, dans la mesure où elle contribue à la création de zones arides dans cette région fertile.

Les animaux comme les humains

Outre la terre et l’eau, l’armée israélienne s’en prend aussi à l’autre richesse de toute communauté bédouine : le cheptel. Moutons et chèvres sont régulièrement confisqués à leurs propriétaires et emmenés dans ce qui est appelé « la quarantaine », un autre terme qui déclenche ironie et amertume chez Abou Saqer.

« Mettre un animal en quarantaine dans le monde entier veut dire l’isoler du reste d’un troupeau s’il est malade, rappelle-t-il en allumant une énième cigarette. Mais pour les Israéliens, ce mot a un tout autre sens. Ils prennent nos bêtes qui sont en pleine forme et les parquent avec d’autres qui, elles, sont parfois malades, ce qui contamine tout le troupeau !! De plus, ils ne s’en occupent pas bien et elles nous sont rendues en mauvaise santé ».

En outre, pour récupérer les animaux ainsi confisqués, les propriétaires doivent payer des amendes : « Ils nous obligent à payer dès le premier jour l’équivalent de 6 euros par tête et par nuit, précise-t-il, et cela peut monter jusqu'à 14 euros ».

La réalité sur le terrain tranche radicalement avec les discours officiels israéliens que dénonce cet homme d’une soixantaine d’années qui ne quitte jamais en public son keffieh à damier noir et blanc : « Ils clament partout qu’ils sont une démocratie ! Voyons un peu ce que ce système démocratique et sa justice font ici. Les terres sur lesquelles nous nous trouvons nous appartiennent, nous possédons le tabou, le titre de propriété. Celui-ci a été reconnu aussi bien par les Britanniques [durant la Palestine mandataire, 1920-1948] que par les Israéliens ! ».

Mais posséder un acte de propriété n’a jamais signifié pour Israël que cela donnait le droit aux Palestiniens de vivre sur leur bien foncier. Titre de propriété ou pas, ces derniers sont considérés comme des intrus sur leur sol national.

« En 2006, après une longue bataille judiciaire, la Cour suprême israélienne nous a déclarés… illégaux ici ! », poursuit Abou Saqer. « Le citoyen palestinien né sur cette terre, où son père et son grand-père sont nés, et qui possède l'acte de propriété de cette terre reconnu par Israël, est illégal.... c'est ça, la Cour suprême israélienne… la justice israélienne. »

Abou Saqer explique la situation dans le camp à des visiteurs (MEE/Valérie Féron)

Forcer Israël à respecter les droits des Palestiniens

Pour les aider à rester sur leurs terres en attendant des jours meilleurs, la communauté internationale, dont la France, fournit une aide à ces communautés bédouines. Celle-ci consiste entre autres à leur procurer des tentes pour remplacer celles détruites par les autorités israéliennes. Or ces dernières n’hésitent pas non plus à détruire les infrastructures fournies par la communauté internationale, dans un cycle sans fin.

C’est ainsi que depuis le début de l’année 2016, au seul niveau européen, 72 structures en zone C financées par le service d'aide humanitaire et de protection civile de la Commission européenne (ECHO) ont été détruites, selon un communiqué du bureau de la Commission à Jérusalem reçu par MEE.

L’État d’Israël estime pour sa part avoir le droit de détruire tout projet qu’il définit comme « illégal », c’est-à-dire n’ayant pas fait l’objet d’une autorisation et d’une coordination préalable avec ses services.

Selon ce même communiqué de la Commission européenne, depuis 2009, quelque 600 projets financés par la Commission et les États membres, pour un montant de 2 300 000 euros, ont déjà été démolis, ou sont menacés de l’être. Ce qui prouve, pour Abou Saqer, que cette aide n’est pas la réponse appropriée si elle n’est pas accompagnée de sanctions claires envers Israël.

« Pourquoi les États, organisations internationales et associations qui nous aident ne réagissent pas lorsque le matériel qu’ils nous donnent est confisqué ou détruit ? Quelle est donc cette hypocrisie générale qui consiste d’un côté à nous aider, et de l’autre à continuer à avoir des relations normales avec Israël malgré toutes ses violations du droit international ?

« En fait, nous n’avons pas besoin de cette aide, nous avons juste besoin de nos droits à vivre librement sur notre terre », ajoute-t-il en guise de conclusion.

L’Union européenne assure régulièrement dans ses communiqués être déterminée à poursuivre son action auprès des populations palestiniennes en zone C, conformément à la loi internationale et aux Accords de paix d’Oslo. Le tout pour parvenir à l’objectif final : la construction d’un État palestinien viable aux côtés de l’État d’Israël.

Mais c’est justement dans la vallée du Jourdain que ces déclarations de principe sont les plus mal reçues, cette région étant cruciale à toute viabilité d’un État Palestinien. Pour les Palestiniens, bien au-delà des communautés bédouines, le soutien affiché des Occidentaux à la solution à deux États non accompagné de sanction n’a aucun sens, face à un État d’Israël qui poursuit son expansion territoriale, via notamment sa politique d’expulsion des communautés les plus démunies.

Lire également :

La négation systématique du droit à l’eau des Palestiniens par Israël #IsraëlPalestine

Published by VALERIE FERON - dans PALESTINE
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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 13:11

POUR COMPRENDRE :

LE PROBLÈME DES COOPERATIVES MINIÈRES EN BOLIVIE

Après avoir été ratifiée par un référendum, la constitution promulguée par le MAS en 2009 reconnaît plusieurs formes d'organisation économique y compris celle de la coopérative, en tant que forme associative à des fins non-lucratives. Depuis une semaine, les coopératives minières ont lancé une offensive pour obtenir du gouvernement certains avantages qu'elles estiment indispensables pour leur fonctionnement. Nous essayerons ici d'analyser les raisons qui poussent cette offensive à des extrêmes criminels.

Les coopératives minières sont apparues dès 1985, après la décision du gouvernement de fermer les mines (nationalisées en 1952) en vue de leur incapacité à atteindre la rentabilité. La majorité des mineurs licenciés a quitté les régions minières pour chercher à survivre en zones urbaines ou dans la zone tropicale (en plantant de la coca).

Les premières coopératives minières ont obtenu du gouvernement qu'on leur cède des mines épuisées, ou les dépôts de minerai de basse qualité qui se sont amoncelés au cours des siècles autour des gisements les plus importants.

Les premiers coopérativistes ont eu à affronter non seulement un travail ingrat et mal rémunéré, mais aussi des tâches auxquelles ils n'étaient pas préparés, à savoir l'administration de leur coopérative et la commercialisation du fruit de leur travail.

C'est alors que commence l'évolution de la coopérative en entreprise; n'ayant pas les moyens d'investir en moyens de transport, ni en technologie d'extraction, la coopérative se voit obligée à établir des relations économiques avec les investisseurs étrangers qui ont racheté les meilleurs gisements et les entreprises de transport qui travaillent pour eux.

Ces relations prennent diverses formes:

-sous-traitance des secteurs moins rentables des exploitations, ou des plus dangereux à exploiter

-création de petites entreprises de transport qui desservent plusieurs coopératives et/ou mines voisines

-vente du produit brut d'extraction à l'entreprise

-association contractuelle avec une entreprise qui permet de lui transférer les privilèges de la coopérative

Cette évolution s'accompagne d'une pénétration du secteur coopérativiste par des entrepreneurs issus des classes moyennes et hautes, qui en profitent pour développer l'appui politique dont ils ont besoin pour obtenir de l'état de nouvelles concessions et ou facilités qui élèvent leurs revenus.

Avec la hausse des prix des commodities, entrepreneurs et coopérativistes commencent à engranger des bénéfices élevés qui ne font qu'augmenter leur appétit et à les enfoncer dans une mentalité toujours plus soumise à l'individualisme compétitif qui est diffusé par le néo-libéralisme.

Les coopératives commencent à offrir des emplois aux paysans de l'Altiplano qui y trouvent une source de revenus pour les périodes de peu d'activité agricole, constituant ainsi un sous prolétariat abondant qui sert de force de travail, avec une forte capacité de mobilisation, et avec l'expérience de l'utilisation de la dynamite qui les rend redoutables.

Les gouvernements antérieurs à celui de Evo Morales coopèrent à ce processus qui les met à l'abri de toute revendication directe des salariés de ce secteur, en favorisant les intérêts des dirigeants des coopératives. Le mot d'ordre est simple: "Vous avez des problèmes? Adressez-vous à vos dirigeants; nous traiterons avec eux".

Ce sont ces coopératives qui ont décidé en 2003 le sort de la "Guerre du Gaz". La population de El Alto a eu beau manifester héroïquement et bloquer les rues de La Paz, ils n'arrivaient pas à mettre en déroute les militaires qui défendaient le gouvernement. Ce sont 5000 coopérativistes, venus des régions minières armés de dynamite, qui forcèrent le départ de Gonzalo Sanchez de Lozada, ce qui leur valut encore plus de prestige politique; un prestige qu'ils ont toujours cherché à monnayer, au cours des 10 années de gouvernement de Evo, qui a pratiquement toujours cédé à leurs exigences, vu le double poids de ce secteur.

Les coopératives minières constituent une force électorale importante; entre les vrais "associés" (environ 12.000) et leurs "travailleurs" (environ 100.000) c'est un secteur fondamental du "vote dur" pour Evo. Mais c'est aussi un total d'environ 120.000 hommes organisés, encadrés, parfaitement capables de s'imposer sur les forces de police, avec accès illimité à la dynamite comme "outil de travail".

À titre d'exemple, rappelons qu’Evo a accepté que les coopératives, assistées par des entrepreneurs privés, rédigent eux-mêmes en 3 ans de travail la nouvelle "loi des Mines", avec l'appui technique du ministère de tutelle. C'est cette loi que Evo à présenté lui-même en 2014 au Parlement en demandant qu'elle soit approuvée "sans modification". Pour une fois, le parlement a protesté et a introduit un certain nombre de changements, malheureusement insuffisants. Les coopérativistes n'ont pas réussi à éviter ces changements, car l'appui populaire à Evo était encore très élevé.

Aujourd'hui, nous assistons à une élévation du niveau de pression qu'elles exercent sur Evo. Elles exigent, entre autres:

- l'interdiction pour les "travailleurs" de se syndicaliser, comme le prévoit la Constitution.

- l'autorisation de signer des contrats d'association avec des compagnies privées ou transnationales

- l'approbation de ces contrats sans les soumettre à examen par le Parlement

- l'exemption pleine d'impôts en tous genres pour elles et pour les compagnies signataires

- l'abolition de l'autorité minière de la Comibol sur l'attribution de gisements en concession

- l'assignation d'un quota de représentants aux plus hauts niveaux de l'état (vice-ministre, députés, sénateurs)

- le renforcement d'un fond financier pour l'acquisition de technologie pour leurs activités

- la création d'un réseau de transmission pour fournir de l'énergie électrique à toute coopérative, avec tarifs de faveur

- l'assignation de nouvelles concessions dont la richesse aura été démontrée par les services de l'état

On peut donc conclure que les exigences des coopératives, loin de correspondre à une vision "communautaire, associative, sans but lucratif", sont en fait dignes des rêves les plus fous d'entrepreneurs capitalistes purs et durs.

Passons maintenant à un autre niveau de cette analyse.

Pourquoi les coopératives lancent-elles aujourd'hui un tel assaut contre le gouvernement Evo Morales, contre ce que devrait être un "processus de changement" anticapitaliste et anti-impérialiste, et contre les intérêts du peuple de Bolivie dans son ensemble?

D'un côté, la baisse des prix des matières premières a obligé le gouvernement à augmenter la pression fiscale pour compenser la baisse des revenus. En ce qui concerne les coopératives il est impératif de permettre la syndicalisation de leurs "travailleurs", ce qui apporterait le moyen de détecter les coopératives et leur chiffre d'affaires, et donc d'en imposer les revenus.

À titre d'information, les coopératives du secteur aurifère ont exporté, à elles seules, en 2014 un total de 48 tonnes d'or, équivalentes à environ 1.300 millions de dollars. Ici, on parle gros sous, sans impôts.

D'un autre côté, le referendum du 21 Février 2016 a décrété que Evo ne peut plus se représenter comme candidat à la Présidence de l'État Plurinational. Les propriétaires de ces coopératives, ainsi que leurs associés, se font du souci pour leur avenir et tentent d'obtenir encore plus de privilèges en soumettant Evo à un chantage scandaleux; le message est clair: "tu nous donnes encore plus de privilèges, et nous voterons pour toi". D'autres secteurs (cocaleros, transport, commerce) font de même, mais sans dynamite…

CONCLUSION:

Le processus de changement en Bolivie, en n'apportant aucun changement sur le développement capitaliste des moyens de production, a surtout servi pour approfondir chez les paysans de l'Altiplano l'emprise de la mentalité d'individualisme compétitif propre de l'idéologie du capitalisme néo-libéral. Ce sont eux qui, aujourd'hui, revendiquent le droit à renforcer leurs relations avec le marché capitaliste mondialisé, sans se soucier des droits du reste de la population, consacrés par la constitution du MAS.

Il est clair aussi que les vertus de la culture communautaire ne peuvent, à elles seules, combattre cette idéologie qui confronte des patrons indigènes à des travailleurs indigènes, à des policiers indigènes, à un président tout aussi indigène, et à un projet d'État qui se voulait plurinational et qui ouvrirait la voie vers le "socialisme communautaire".

Pour finir, l'histoire enregistrera le fait que le "proceso de cambio" en Bolivie s'est bel et bien terminé le 21 Février 2016.

Christian Rodriguez

Published by Christain Rodriguez - dans AMERIQUE LATINE
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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 11:25

J’apprends, selon l’agence Reuters[1], que les forces de sécurité éthiopiennes ont tué 33 personnes durant le week-end dernier lors de manifestations dans la région d'Oromia, dans le centre de l'Ethiopie. Mulatu Gemechu, député du Congrès fédéraliste Oromo, a déclaré que des policiers et des militaires avaient exécuté des manifestants dans dix villes de la région, dans laquelle des projets d'expropriation de terres agricoles ont provoqué des tensions depuis plusieurs mois. Le 11 Août L’humanité annonce que la répression des manifestations pacifiques de ces derniers jours a fait près de cent morts.

En cause : les conflits fonciers et les griefs politiques à l’égard des Tigréens qui s’emparent du pouvoir. La politique d’instrumentalisation des appartenances ­ethniques par le Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens, qui monopolise le pouvoir depuis 1991, est-elle en train de lui revenir en boomerang ? Ces derniers jours, le régime a réprimé dans le sang les manifestations qui secouent les régions d’Oromia et d’Amhara, faisant près de 100 morts et des centaines de blessés, selon un bilan établi par Amnesty international. La capitale, Addis-Abeba, n’est pas épargnée : samedi, les protestataires réunis à Meskel Square ont été brutalement dispersés et la police a procédé à des dizaines d’arrestations. Pour tenter d’éviter toute contagion, les autorités bloquent, depuis vendredi, l’accès aux réseaux sociaux. Sans succès, puisque le mouvement de contestation connaît une ampleur inédite. « C’est un mouvement de masse de désobéissance civile qui n’est pas organisé par les partis politiques, les gens en ont assez de ce régime et expriment leur colère partout », a expliqué à l’AFP Merera Gudina, figure de l’opposition et président du Congrès du peuple oromo[2].

Comme pour d’autres peuples de l’Ethiopie et notamment les ethnies du Sud, c’est la politique autoritaire de développement industriel forcené, de vente des terres ou de leur location à des grands groupes multinationaux, au mépris des droits des paysans et habitants qui est en cause. L’ethnie Oromo est la communauté la plus nombreuse de l’Ethiopie, représentant près de 35 % de la population du pays qui est proche de 100 millions d’habitants.

Depuis novembre 2015, alors qu’une famine touche les populations du Nord-Est (10 millions de personnes) l’Ethiopie est le théâtre d’un mouvement de contestation et d’une répression féroce, dans la tradition autoritaire d’un pouvoir qui ne tolère aucune opposition.

C’est, au départ, un projet d’expansion urbaine d’Addis-Abeba qui a mis le feu aux poudres. Ce plan d’urbanisme controversé, abandonné depuis, menaçait d’empiéter sur les terres ancestrales des Oromo. Ces dix dernières années, déjà, 150 000 paysans oromo ont été chassés de leurs terres par l’explosion démographique de la capitale ou par la location à long terme de terres cultivables à des capitalistes étrangers. Une politique délibérée, puisque, en vertu du droit éthiopien, la terre est propriété de l’État, ses occupants bénéficiant de droits coutumiers. Or, depuis 2010, le gouvernement éthiopien fait des ponts d’or aux multinationales de l’agrobusiness, auxquelles il a octroyé 3 millions d’hectares de terres sous forme de crédit-bail (leasing). Au détriment des éleveurs et cultivateurs locaux déjà durement affectés par de sévères et récurrentes sécheresses. Dans la région d’Amhara, où la contestation est plus récente, c’est la décision du gouvernement central de rattacher un district à la région voisine du Tigré qui alimente la colère.

L’échec d’un fédéralisme ethnique de façade

Ces conflits fonciers se conjuguent avec un ressentiment grandissant à l’égard des Tigréens, accusés d’accaparer les postes clés au sein du gouvernement et des forces de sécurité. L’actuel pouvoir puise en effet ses racines dans le Front de libération du peuple du Tigré, dont les forces se sont substituées à l’armée nationale après avoir chassé du pouvoir le colonel Mengistu Haile Mariam en 1991. « Tous les partis d’opposition accusent (…) le Front révolutionnaire et démocratique des peuples éthiopiens de favoriser la domination et de maintenir les privilèges d’un seul groupe ethnique, celui du Tigré (…) et de dresser systématiquement les groupes ethniques les uns contre les autres pour parvenir à ses fins hégémoniques », écrit Berouk Mesfin, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS) à Addis-Abeba. Les récentes manifestations témoignent de l’échec de ce fédéralisme ethnique de façade, désormais lourd de risques de balkanisation dans un pays qui compte 80 groupes ethniques. Le premier ministre Haile Mariam Dessalegn, qui pourrait tenir lieu de fusible dans cette grave crise, a beau jeu, désormais, de dénoncer les menaces planant sur l’« unité du pays [3]».

Nota :

On peut se référer à mes articles et livres précédents dans les chapitres sur la politique agricole, le développement, l’accaparement des terres, qui préfiguraient ces tragiques évènements récents.

Les Oromo sont en majorité musulmans, (religion de 33% de la population du pays. C’est un islam très modéré[4] qui s’était toujours accommodé de la coexistence avec la religion catholique orthodoxe dominante (environ 44 %). Une partie des Oromo, dans la région de la capitale, sont chrétiens, ceux du groupe Tulama, au sud-ouest du Choa.

Avec le voisinage des Shebabs intégristes somaliens, une contamination fondamentaliste pourrait s’opérer au travers des frontières du Tigré et de la province éthiopienne Somalie, vers l’Oromia. J’y remarquais déjà quelques traces visibles dans la tenue vestimentaire des femmes, quoique très minoritaire, en septembre-octobre 2015.

Les Oromo

A l’origine, ce sont des éleveurs de zébus, des nomades qui vivaient dans l’actuelle Somalie. Les somaliens, éleveurs de chèvres et de dromadaires les ont poussés vers l’Ouest où ils se sont sédentarisés, à la fin du XVIème siècle. Ils ont atteint les frontières du Tigré et se sont progressivement répartis et adaptés aux climats et conditions de diverses régions, éleveurs et agriculteurs dans les hautes-terres et le Harar, pasteurs et semi-nomades dans les basses-terres. C’étaient aussi des guerriers très organisés et redoutés, appelés du terme péjoratif Galla (barbares) par leurs adversaires.

Ils se subdivisent en de nombreux clans : Boranas, Gudgis, Arsis, Ittus, Metchas, dispersés aux quatre coins du pays.

L’Oromo Libération Front (OLF) s’est organisé et militarisé en 1974, soutenu par le Soudan et la Somalie dans la rébellion contre le Derg de Mengistu[5], le dictateur rouge. Il a participé au renversement du régime en 1991. Mais il a été rapidement exclu du processus constitutionnel du gouvernement fédéral, en raison de ses revendications indépendantistes. Les Oromo disposent néanmoins d’un Etat fédéral situé à l’Ouest du pays et autour de la capitale.

Paradoxalement, l’idéologie nationaliste oromo a été forgée par des générations d’intellectuels formés par le protestantisme évangélique de l’église de Mehkane Ye, une secte influente.

Rassemblés en une entité politique et religieuse, les Oromo représenteraient une grande force qui pourrait contester un pouvoir dirigé d’une main très ferme par les héritiers du Derg et soumis à l’influence prépondérante de la hiérarchie catholique orthodoxe.

Les évènements récents sont-ils des prémices qui pourraient enflammer un nouvel Etat de la corne de l’Afrique, déjà encadré par des pays en guerre : Soudan-Sud, Soudan, Somalie, par ailleurs si proche d’un Moyen-Orient enflammé ?

Addis-Abeba, c’est aussi le siège de l’Union africaine (UA qui a succédé à l’OUA).

Allain Louis Graux

Le 12.08.2016

Mes livres sur l’ETHIOPIE

- Un panorama sur le pays de la reine de Saba - Lulu.com - Août 2014

- ABYSSINIE - Lulu.com - décembre 2014

- A la découverte des peuples du Sud - Edilivre - 2015

- Le pèlerinage de Sheikh Hussein - TheBookEdition.com – dec.2015

- Au pays des Surma - à paraître

[1] Reuters 16.08.08 -

[2] L’Humanité – 16.08.10 - Éthiopie. L’accaparement des terres au cœur de la crise - Rosa Moussaoui

[3] Ibid

[4] Lire mon ouvrage sur le pèlerinage musulman, de Sheikh Hussein

[5] Toujours vivant et réfugié chez Mugabé au Zimbawe.

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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 09:49

Dans Libé: une tactique de la lutte idéologique du FN pour faire taire toute opposition qui avait été déjà mise en œuvre par Bompard dès sa première élection à Orange, reprise aujourd’hui par toutes les municipalités conquises par l’extrême-droite. Voilà ce qui attend les Français si la fifille à Pépé le Pen et “Marion Maréchal nous voilà “ parvenaient au pouvoir au niveau national : pressions, persécutions de l’opposition et de la presse, procès à répétition ( même s’ils les perdent le FN fini par gagner par lassitude et problèmes financiers des opposants). Le stade suivant, quand ils sont au pouvoir, c’est la Hongrie ou la Turquie...

Cordialement

Allain Graux

Journaux régionaux : le FN arrache la page

Par Dominique Albertini — 31 juillet 2016 à 20:01

Insultes, pressions, état civil non communiqué… certains maires FN rejettent à grand bruit les quotidiens locaux, une stratégie populiste pleinement assumée.

  • Journaux régionaux : le FN arrache la page

Entre le Front national et la presse, les relations n’ont jamais été au beau fixe. Mécontent de son traitement médiatique, le parti d’extrême droite crie régulièrement à la persécution et ne manque pas une occasion de s’en prendre aux «journalistes militants» . Et ces mauvais rapports ne concernent pas que la direction du parti : ils se prolongent dans certaines communes conquises par le FN en mars 2014, et dont les maires sont à couteaux tirés avec la presse locale.

Ces derniers temps, c’est en vain que les lecteurs du quotidien Var-Matin y cherchent les annonces d’état civil concernant la ville de Fréjus : «Par décision de la municipalité FN, ces informations ne nous sont désormais plus communiquées» , a annoncé le journal. Cette hostilité et cette stratégie de la tension sont assumées par le maire, David Rachline, mais aussi par d’autres édiles frontistes. Et les bulletins municipaux se transforment en instruments de combat contre les «médias du système».

Fréjus : «parole confisquée»

Entre David Rachline et Var-Matin, les choses n’avaient pourtant pas si mal commencé. «On n’avait pas encore vu le FN à l’œuvre, alors j’avais demandé à mon journal de ne pas tomber dans la caricature et de traiter ce parti comme les autres , raconte le journaliste Eric Farel, qui couvre l’actualité fréjussienne depuis 2013. Même après son élection, nous avons conservé des relations courtoises.» Mais, vexée du traitement de plusieurs actualités locales, la municipalité a coupé les ponts et Rachline tape avec volupté sur le quotidien. Plusieurs communiqués de la mairie accusent celui-ci de pratiquer un «journalisme aux relents de totalitarisme»,ou encore de relayer la «propagande immigrationniste».

«Il y a toujours eu des problèmes avec certains maires, mais en quarante ans de métier, je n’ai jamais vu cela, poursuit Eric Farel. Sur les réseaux sociaux, nous sommes régulièrement pris à partie par les sympathisants de Rachline, parfois relayés par des élus. Au conseil municipal, nous n’avons plus accès à la table de presse et devons suivre les débats depuis le public. Les élus et les chefs de service ont reçu la consigne de ne plus communiquer avec nous, même si certains le font quand même.» Sur les réseaux sociaux, le maire s’est récemment vanté d’avoir «retourné à l’envoyeur»une palette d’exemplaires du Guide de l’été produit par Var-Matin, adressé à l’office de tourisme de Fréjus et coupable de ne pas assez mentionner la programmation estivale de la ville.

Le quotidien régional n’est pas la seule victime de ces humeurs : par communiqué, David Rachline a aussi attaqué nommément une journaliste de France 3, accusée d’avoir «sali» la ville après sa couverture d’un conseil municipal. «Pour avoir fait de la publicité à des sujets qui, à mon avis, n’en valaient pas la peine» , corrige le maire, qui juge quant à lui que certains médias ont «fait le pari de la caricature et de l’esprit militant pour vendre du papier» : «Puisqu’ils disent ce qu’ils pensent, je me sens le droit d’en faire autant.» Face à cette résolution, la rédaction de Var-Matin a dénoncé, dans un éditorial paru le 4 juin, une «parole confisquée» et la «stratégie bien commode du complot : la politique légèrement parano du "avec nous ou contre nous", le bunker plutôt que le balcon». Sans effet apparent sur Rachline, qui fait feu de tout bois via des outils à sa main - site de la mairie, journal municipal ou réseaux sociaux. Le tout assisté d’anciens journalistes de… Var-Matin , désormais employés par son service communication. Et c’est également sur Twitter que David Rachline a prévenu ses détracteurs, le 12 juillet : «Accrochez-vous, ce n’est que le début !» Jeudi dernier, le conseil municipal a encore été houleux entre une opposition municipale de droite dénonçant une «confiscation partielle» de son espace d’expression dans le bulletin municipal et un maire (également sénateur) qui multiplie, lui, les procédures en diffamation contre l’opposante socialiste Elsa Di Méo.

Hénin-Baumont : mesures vexatoires

«Certaines digues intellectuelles et morales ont été franchies.» Ainsi la Voix du Nord décrivait-elle, dans son édition du 19 janvier, l’attitude de la mairie FN de Hénin-Beaumont à son égard. Déjà fraîches après la victoire de Steeve Briois au premier tour des municipales de 2014, les relations sont particulièrement tendues depuis quelques mois. «Nous ne sommes plus invités aux événements municipaux, nous ne recevons plus les informations d’état civil, nous n’avons plus de table dans la salle du conseil municipal et on ne nous communique plus le programme de celui-ci…» énumère Pascal Wallart, qui couvre l’actualité de la commune pour le quotidien régional.

Côté Front national, on assume tranquillement ces mesures vexatoires : «On a décidé de ne plus bosser avec eux, de ne plus les traiter comme un média ordinaire, confirme Bruno Bilde, adjoint de Steeve Briois et chargé de la communication. Le point de non-retour, c’est lorsqu’ils ont fait trois unes pour appeler à nous faire battre lors des dernières régionales. Désormais, nous les traitons donc comme des adversaires politiques. Je ne leur file plus aucune information, sauf cas extrême.» Bruno Bilde multiplie également les droits de réponse dans le quotidien : «C’est presque un job à plein temps, un combat quotidien.» Ces mauvaises relations ne datent pas d’hier : «Pascal Wallart est au journalisme ce que la pornographie est à l’amour», écrivait dès 2009, sur son blog, un Briois encore opposant municipal.

A l’ostracisme aujourd’hui pratiqué par l’équipe frontiste s’ajoutent de nombreuses prises à partie. En février, le journal municipal Hénin-Beaumont, c’est vous ! consacrait même sa une à la Voix du Nord, accusée - sur la base de propos sortis de leur contexte - d’avoir «insulté» les habitants de la ville. Dans le magazine, une page est même consacrée à des attaques ad hominem visant Pascal Wallart, qualifié de «larbin» et de «militant» . Le ton est encore plus virulent sur la page Facebook «la Voix d’Hénin», manifestement favorable à la majorité FN, qui moque le «gros Wallart» et prétend révéler le «pacte secret» entre la Voix du Nord et l’opposition. «Cette attitude est contre-productive pour eux, s’étonne le journaliste. Car le résultat, c’est que l’on ne couvre plus l’actualité politique de la ville. Ils font sans doute des choses très bien, mais on ne les voit plus et le maire n’apparaît plus en photo. Ils auraient intérêt à afficher leur sérénité, plutôt que de fonctionner à la trique.»

Béziers : bulletin tabloïd

«Midi libre : tous les jours, l’info en laisse». Ce titre s’étale en gros caractères dans un récent numéro du Journal de Béziers , le bulletin bimensuel de la municipalité biterroise. Depuis l’élection de Robert Ménard, soutenu par le Front national, la commune mène un combat sans merci contre le quotidien. Patron, dans une autre vie, de Reporters sans frontières (RSF), Ménard n’a plus que mépris pour ses anciens confrères, cette «caste journalistique», «persuadée d’incarner le bien, le beau, le juste» . Comme ses homologues Front national, Ménard s’estime maltraité par la presse locale. Alors il tape fort. «Dans le meilleur des cas, il est acide avec nous, dans le pire, insultant», expliquait Arnaud Gauthier, chef d’agence de Midi libre, à l’Obs, en avril.

«Je ne me laisse pas faire, revendique Ménard. Ils me font la guerre, je leur fais la guerre. Traditionnellement, la ville vend de l’espace publicitaire à Midi libre lors de la feria, en août. Cette année, pour la première fois, ce sera non.» De toute façon, juge-t-il, «le rapport de force a changé : sur Internet, je touche plus de gens que [ce quotidien]. Et on fait un journal municipal que les gens s’arrachent». Entièrement repensé par la nouvelle équipe municipale, le bulletin a des allures de tabloïd : textes courts, grandes photos, titres chocs. Et un contenu très engagé, reflétant les convictions identitaires et réactionnaires du maire de Béziers. Réalisé par un salarié anonyme de la mairie, le journal est supervisé par Ménard lui-même, ainsi que par son conseiller, André-Yves Beck, issu de l’extrême droite radicale.

Symbole de l’hostilité ambiante, la médiation tentée, en mai 2015, par deux représentants du Club de la presse de Languedoc-Roussillon. Parti à la rencontre du maire, le duo ne restera pas plus de sept minutes dans le bureau de celui-ci avant d’en être expulsé manu militari. «Aucune discussion n’a été possible puisque Robert Ménard a immédiatement envoyé les deux journalistes "se faire foutre", les chassant de "sa" mairie en proférant des insultes», dénoncera le Club de la presse dans un communiqué. Ajoutant que le maire aurait qualifié les journalistes locaux de «tocards», les médias régionaux de «sous-presse», et Midi libre de «journal de merde». Un épisode que Robert Ménard assume parfaitement aujourd’hui : «Oui, je les ai foutus dehors. Je ne vais pas recevoir de leçons de morale de la part de petits pingouins.»

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27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 15:40

J’honore la mémoire de Jacques Hamel, nouvelle victime d’un terrorisme imbécile et non moins horrible, exécuté par de prétendus islamistes.

À l’effroi, à l’inquiétude légitime, succède la bêtise quand ce n’est pas l’abjection de nombreuses réactions qui vont dans le sens de ce que souhaitent nos ennemis : nous diviser. N’est-ce pas Monsieur Sarkozy ? N’est-ce pas Monsieur Gaudin, entendus ce matin sur la France inter. Cette après-midi, c’était Brassens et le «roi des cons » ; c’est un royaume que vous partagez messieurs !

Ce ne sont pas « les catholiques qui ont été frappés » mais un citoyen qui a été lâchement assassiné alors qu’il célébrait le culte dont il était prêtre, et donc à travers lui c’est la liberté de culte qui était visée, le « croisé » dénoncé par les salauds qui manipulent des idiots.

C’est encore une fois la République laïque qui est visée, après Charlie et la liberté de la presse, les juifs de l’Hyper Cacher, des femmes, des hommes, des enfants « choisis parfois pour ce qu’ils symbolisent, mais toujours victimes de ce qu’ils sont tous : des membres de l’humanité qui vivent sur des territoires empreints de démocratie et d’universalisme »(UFAL)

Le fanatisme est en guerre contre la République pour ses principes et ses valeurs. C’est bien la liberté de conscience, la liberté de culte, qui est la cible d’un totalitarisme politico-religieux.

Laïques, nous défendons le libre exercice des cultes aussi énergiquement que la liberté de critiquer les religions ou de s’en moquer.

Allain

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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 11:52

Un article de mon ami Raphaël Porteilla, Professeur de sciences politiques à L'université de Dijon, spécialiste de l'Afrique du sud et de la Palestine.

Si le contexte actuel est largement dominé au Moyen-Orient par l'avancée de Daesh, la question palestinienne n'en demeure pas moins encore -toujours- d'actualité en tant que laboratoire à la fois d'un système d'oppression et de domination mais aussi de résistance à celui-ci et donc d'espoir pour de nombreux peuples en vue de recouvrer la liberté et leur droit à l'auto-détermination[1].

Certes la situation en Palestine ne fait plus la « une » des journaux, et pourtant deux événements récents (l'« affaire » du football[2] et celle dite des bus[3]) témoignent des réalités palestiniennes, confirmant que la politique mise en place par l'Etat israélien sur l'espace constitué aujourd'hui par Israël, la Cisjordanie et Gaza est devenu un vrai système d'apartheid entendu dans le sens des textes internationaux pertinents[4] et définit par trois éléments clés : la présence de deux groupes « raciaux » distincts, la commission d'actes reconnus comme inhumains et la nature institutionnalisée de la domination[5].

En dépit de différences historiques entre le régime d'apartheid en Afrique du Sud/australe et la situation des Palestiniens[6], l'évolution du conflit israélo-palestinien le rapproche de plus en plus du modèle de l'apartheid sud-africain en tant que système de domination raciale et de contrôle total, formant un « tout » oppresseur et discriminant à l'encontre de tous les Palestiniens (des Territoires Occupés -TPO-, d'Israël, de Jérusalem et les réfugiés).

Aussi, l’emploi politique du mot apartheid relatif au système mis en place par Israël n’est pas une tentative de condamnation juridique (ce travail est conduit par de nombreux juristes et une littérature abondante a été publiée[7]) mais plutôt ici une appréciation du caractère systématique de la domination et de la discrimination à l'encontre de tous les Palestiniens[8]. Ce système ne peut pas en effet être qualifié de manière convaincante de non-discriminatoire, ni ne peut-être justifié par des nécessités raisonnables en matière de sécurité israélienne.

Pour les Palestiniens, le sentiment d’apartheid est diffus et fragmenté correspondant à de nombreux sous-régimes de contrôle établis par Israël pour faire face aux différents segments de la population palestinienne. Et c'est pour cette raison qu'il convient dorénavant de considérer l'espace « Palestine-Israël » comme un tout en référence à la Palestine mandataire dans la mesure où l'emprise israélienne est complète sur cet espace, confinant donc à un système d'apartheid comme en témoigne le juge sud-africain, Dennis Davis :« Partout la présence de l’armée, ces queues aux check-points, ces raids de soldats sont pour moi pires que l’apartheid. Cela ne fait aucun doute. C’est plus pernicieux, plus sophistiqué grâce aux ordinateurs n’existant pas à l’époque de l’apartheid. Ce sont des méthodes déshumanisantes »[9].

Bien entendu, cette qualification a suscité des réponses argumentées et nombreuses de la part des défenseurs de l'Etat israélien pour qui cette simple allégation d’apartheid est perçue comme totalement erronée, visant à délégitimer[10] Israël et conduit à considérer toute personne qui l'insinue comme antisémite. Pour défendre ses politiques concernant les Palestiniens d’Israël et des territoires occupés, Israël invoque son caractère démocratique dans le cadre duquel les Palestiniens votent, forment des partis politiques et peuvent être membres de la Knesset[11]. Même des personnalités respectées et éminentes, comme Jimmy Carter et l’archevêque Desmond Tutu ont été critiquées après avoir exprimé leur opinion quant au phénomène d’apartheid israélien[12].

Malgré cette tentative d’intimidation, l’usage du terme d’apartheid pour décrire non seulement l’occupation et la colonisation de la Cisjordanie, mais aussi les régimes discriminatoires qui sont effectifs en Israël même et à Jérusalem-Est, ainsi que la violence militaire oppressante à Gaza et aussi à l'endroit des réfugiés privés de leur droit au retour, se répand à travers le monde[13], y compris à l’ONU[14].

Cet article entend analyser le concept d'apartheid israélien en suivant l'approche sociolinguistique[15] du discours qui se référe aux trois fonctions que peut remplir un discours : une fonction descriptive dans la mesure où elle donne à voir précisément ce que recouvre la réalité palestinienne ; une fonction illocutoire, en indiquant ce qui pourrait faire sens pour ceux qui y ont recourt (ici, un argument de mobilisation) ; et une fonction perlocutoire, en cherchant à agir sur l'interlocuteur et les tiers (ici, en ouvrant des pistes pour l'avenir).

Le système d'apartheid israélien : la réalité palestinienne

La référence à la notion d'apartheid permet une caractérisation précise de la situation faite au peuple palestinien[16]. Dans un article paru en 2013[17], Samer Abdelmour démontrait ainsi que le système complexe de violence raciale, de ségrégation, de discrimination et dépossession reposant sur une logique d'inclusion territoriale et d'exclusion démographique/humaine s'articulait autour d'un apartheid physique, un apartheid architectural et un apartheid idéologique. A ces trois aspects s'ajoute la dimension économique qui a semblé pour beaucoup être une différence essentielle avec l'apartheid sud-africain mais qui s'est avérée constituer, depuis le protocole de Paris d'avril 1994, un autre élément caractérisant l'apartheid israélien.

L'apartheid physique repose sur des éléments visibles et mesurables comme les diverses violences, les destructions et surtout l'incroyable « matrix of control » déjà largement décrit et argumenté par Jeff Halper[18]. Cette matrice de contrôle dont la finalité est de paralyser l'adversaire en l'immobilisant par le contrôle de tous les points d'accès, se matérialise à trois niveaux. Le premier niveau est constitué par le strict contrôle militaire qui englobe les check-points, les prisons, les chars, les drones, les bombes, les arrestations et les détentions administratives. Le second niveau entend créer des faits accomplis irréversibles comme les colonies, les routes de contournement, les expropriations de terres ou d'aquifères, les zones industrielles attenantes aux colonies, etc. Pour ce faire, il implique des personnels militaires, civils, des forces de sécurité plus ou moins privées, les juges, les colons, la police et toutes les autres institutions ou entreprises, publiques comme privées, qui de manière directe ou indirecte, contribuent et participent à la colonisation et à l'occupation, y compris des universités. Enfin, le dernier niveau s'appuie sur un ensemble d'instruments bureaucratiques de contrôle reposant sur de nombreuses lois discriminatoires aussi bien en Israël que dans les TPO. En Israël, le corpus législatif[19] réserve des droits pleins et entiers aux seuls « nationaux » de même qu'il octroie un statut d'organe public à des institutions sionistes dont le travail est réalisé au profit exclusif des citoyens juifs. Ce même corpus exclut tout retour pour les réfugiés palestiniens et confère aux Arabes d'Israël un statut de citoyen de seconde zone. Ces lois facilitent également l'appropriation des terres en transférant leur propriété aux citoyens juifs. Dans les TPO, Israël utilise des ordres militaires qui établissent une dualité des droits[20] : pour les colons, le droit israélien s'applique alors que pour les Palestiniens le droit applicable provient de ces ordres militaires instituant un état d'exception permanent.

Cet apartheid israélien constitue le cadre quotidien de la vie des Palestiniens depuis bientôt soixante ans où qu'ils résident, y compris pour les réfugiés dans d'autres pays limitrophes. Les média ont certes pu rendre compte de manière irrégulière de cette situation mais cela n'a pas réduit pour autant la prétention à légitimer toutes ces mesures et tous ces moyens au nom de la sécurité, voire de la légitime défense (préventive selon les périodes). Le résultat présent, issu de l'échec des accords d'Oslo, donne à voir une population éparpillée et séparée, dont l'histoire est occultée sinon effacée (ethnocide), souvent même repoussée ou expulsée (à Jérusalem ou les Bédouins du Néguev) ; un territoire fragmenté (spaciocide), formant un archipel[21] éclaté en plusieurs zones séparées par des routes à usage exclusif des Israéliens, dont les entrées et sorties sont commandées par des points de contrôles et sans accès réel aux ressources naturelles (écocide), rappelant alors les bantoustans sud-africains, ces zones réservées dans lesquelles étaient parqués les Noirs en trop (surplus people) en fonction de leur « identité ethnique » et en prévision d'une autonomie/indépendance octroyée unilatéralement par Pretoria[22]. Enfin, la souveraineté revendiquée par l'Autorité Palestinienne (AP) ne s'exerce que de manière parcellaire et discontinue, préfigurant la poursuite d'une domination (sociocide) que nombre de Palestiniens estiment par ailleurs être une forme de sous-traitance de l'occupation à travers la coopération sécuritaire, qui semble être la seule « réussite » d'Oslo. Au final donc, un Etat qui n'en est pas un car l'apartheid israélien a créé les conditions de son inexistence et qui pour Gaza s'autorise en tant que de besoin à une intervention militaire brutale régulière démontrant une volonté irrépressible de force et de terreur en poursuivant, pour Illan Pape, une stratégie de « génocide incrémental »[23].

L'apartheid israélien se décline aussi dans sa double dimension architecturale, construction/structure institutionnelle et construction matérielle/« urbanistique ».

D'une part, entendue comme l'ensemble des éléments politiques et économiques, sociaux et juridiques qui participent à la marginalisation et à la ségrégation des Palestiniens, la dimension architecturale croise tous les secteurs d'actions de l'Etat israélien en la rendant souvent complexe voire peu visible mais bien réelle, qu'il s'agisse de l'industrie de l'armement, de la technologie, de l'économie, etc. Une carte compréhensible de l'architecture de cet apartheid requiert en effet une analyse précise des articulations entre les diverses institutions, corporations et la société civile et politique israéliennes qui participent au système d'apartheid. Un récent ouvrage de deux auteurs sud-africains, Suraya Dadoo et Firoz Osman, entreprend justement de démontrer les nombreuses facettes de ces politiques publiques israéliennes formant un « apartheid très sophistiqué » : « La version israélienne de l’apartheid est donc plus sophistiquée que la version sud-africaine. L’apartheid sud-africain était rudimentaire, mesquin, primitif – littéralement en noir et blanc, avec une séparation nette et aucun droit. L’apartheid d’Israël est dissimulé par l’image fallacieuse de « démocratie » qu’il se donne. Si les citoyens palestiniens d’Israël ont le droit de vote, dans tous les autres domaines, la loi et la politique les discriminent, tout comme le sont les autres Palestiniens des territoires »[24].

L'apartheid architectural se donne aussi à voir de manière très concrète à travers les innombrables constructions urbanistiques qui parsèment les TPO et Gaza ; le paroxysme de cette architecture étant incarnée par le mur de séparation ou mur d'apartheid. En ce sens, « l'architecture est un instrument incontournable de l'occupation aussi bien en Cisjordanie qu'à Gaza. Elle matérialise un espace précis, elle définit et se donne les moyens de protéger ses limites. En inventant un mur, on invente les conditions de vie de chaque côté, celui de l'intérieur et celui qui est séparé, exclu[25]». Les militaires israéliens accomplissent ainsi la même fonction que les autres architectes militaires du monde : ils cristallisent les rapports politiques et génèrent une violence terrible. Ce mur relève d'une évolution spécifique du processus d'occupation de la Palestine qui correspond dans ses grandes lignes à une mutation de la domination coloniale, passant de l'administration et du contrôle des Palestiniens à la ségrégation et la séparation. Cette barrière n'est qu'un élément d'un dispositif technologique et stratégique plus global qui vise à dissocier physiquement et diviser spatialement deux populations.[26] « Nous ici, eux là bas » sert toujours de socle idéologique à l'Etat d'Israël.

En tant qu'idéologie, le sionisme politique forme le troisième élément de l'apartheid israélien. Quelques soient les formes que cette idéologie a prises au cours des époques, nationalisme reposant sur la séparation ou colonialisme fondé sur l'élimination, puis les deux en même temps, le sionisme politique constitue le substrat structurant du système d'apartheid israélien[27]. Le sionisme politique a ordonné et ordonne toujours l'ensemble des politiques publiques à l'égard des Palestiniens avec comme objectif le maximum de terres et le minimum de « natifs ». Cette idéologie vise donc, sinon l'élimination des Palestiniens, du moins leur refoulement et leur remplacement. Elle a en outre réussi à façonner les structures mentales des Israéliens (excepté une minorité) de telle sorte que la peur et l'hypocrisie soient finalement le cœur de leur pensée facilitant l'exploitation de leur vulnérabilité[28]. Fonctionnant sur l'exclusion et la séparation, cette idéologie d'apartheid sert de justification aux violences racistes et à la ségrégation conduisant à une totale déshumanisation des Palestiniens[29], comme le fut l'apartheid en Afrique du Sud. L'affaire dite des bus témoigne de cette pente idéologique qu'une partie de l'opinion publique israélienne est encline à suivre.[30]

La dimension économique constitue enfin le quatrième élément de cet apartheid israélien. Si pour beaucoup, cette dimension n'est pas assimilable à l'organisation mise en place par les Blancs à l'encontre des Noirs en Afrique du Sud, il est cependant difficile de ne pas en tenir compte tant l'économie impacte les réalités quotidiennes des Palestiniens en terme de domination et de soumission. Cet aspect a été largement documenté et analysé depuis la mise en œuvre du protocole de Paris en 1994 qui a institutionnalisé l'asymétrie économique entre Israéliens et Palestiniens, conduisant à une forme de « dé-développement »[31] de la Palestine, en l'enfermant, soit dans une situation de dépendance/contrôle à l'égard de l'économie israélienne, soit de dépendance/tutelle à l'égard de l'aide internationale. Aux quatre caractéristiques qui ordonnent l'économie palestinienne depuis 1967 (économie périphérisée autour d'Israël, aucune maîtrise des priorités en matière d'investissement et de développement, fuite des capitaux et économie captive en termes d'exportations/importations) s'ajoutent depuis Oslo, l'intensification de l'exploitation des ressources naturelles (terre/eau), la limitation du nombre de travailleurs palestiniens en Israël dont son économie ne veut pas dépendre[32] et un total désintérêt ou indifférence à l'égard de la vie des populations palestiniennes. Au final, l'Etat d'Israël contrôle et soumet de façon systématique toute l'économie de la Palestine, notamment à travers les divers comités de liaison à caractère économique ou de développement qui on été mis en œuvre avec Oslo ou comme par exemple, à travers le mécanisme de reconstruction de Gaza, aboutissant à un Etat « failli »[33].

Si l'ensemble des dimensions de cet apartheid israélien forme bien un système particulièrement sophistiqué, « total » dans le sens orwellien du terme (contrôle du passé du présent et du futur[34]), il bénéficie aussi d'un double soutien exceptionnellement conséquent et durable : celui des Etats-Unis, qui comme pour l'Afrique du Sud, ont démontré leur capacité à endiguer toute action contre leur allié, et, celui des médias généralistes occidentaux propageant souvent une (seule) analyse ponctuelle ou événementielle, tout en assurant une forme de banalisation/naturalisation de ce cette situation et qui, au final, a établi une totale impunité en faveur de l'Etat hébreu.

Cet apartheid israélien, maintenant avéré, l'administration des preuves étant largement crédibilisée, doit permettre de faire prendre conscience aux autres Juifs occidentaux, mais aussi à l'opinion publique plus largement, de la nocivité et de la perversité de cette stratégie et les inciter à prendre de la distance avec les gouvernants israéliens.

L'apartheid israélien : un réveilleur de conscience dans la lutte de légitimité

La fonction illocutoire entend informer sur ce que le concept d'apartheid israélien révèle pour ceux qui y ont recourt, c'est-à-dire en quoi cette argumentation pourrait servir à renforcer la mobilisation en faveur des revendications du peuple palestinien en réveillant les consciences. Par son fort potentiel évocateur, recourir à cette qualification permettrait en effet de maintenir en interne une revendication collective, et en externe, à travers la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS), assurer une solidarité internationale nécessaire, sinon vitale, dans la lutte pour les droits du peuple palestinien.

Au niveau interne, l'apartheid israélien constitue de façon paradoxale un puissant argument/outil pour maintenir une cohésion entre les dirigeants et le peuple palestiniens.

Il peut en effet être un vecteur d'unification politique en tant que politique à combattre au bénéfice de tous les Palestiniens. La reconnaissance du droit à l'autodétermination de l'ensemble du peuple palestinien comprend aussi bien (et pas seulement) la fin de l'occupation et de la colonisation des terres arabes et le démantèlement du mur comme l'exige l'avis de la CIJ en juillet 2004, mais aussi la reconnaissance des droits fondamentaux des citoyens arabes en Israël et le respect des droits des réfugiés palestiniens au retour, comme précisé par la résolution 194. Il s'agirait donc à travers la mobilisation autour de ce concept de maintenir une cohérence et une unité politiques mises à mal depuis la scission entre Gaza et la Cisjordanie avec la prise du pouvoir par le Hamas en juin 2007, ce qui semble être possible depuis le printemps 2014 bien que dans des conditions délicates et toujours soumise à de fortes tensions[35]. Sans doute, ce seul concept sera-t-il en lui-même insuffisant mais au moins pourrait-il servir de socle d'accord et en cela tenir les revendications des trois segments du peuple palestinien comme objectifs communs et complets à atteindre.

Dans ce sens, le concept d'apartheid israélien doit servir en quelque sorte d'antidote à la pénétration potentielle de ce qui peut être dénommé « virus d'Oslo »[36].

« Le virus d'Oslo » (croire qu'un Etat palestinien sera viable sur des portions de territoires sous contrôle de l'occupant israélien) a ainsi créé une fausse conscience qui a transformé la lutte pour la libération de tous les Palestiniens, le retour des réfugiés et le droit à l'égalité en une lutte pour l'indépendance avec une souveraineté limitée à travers quelques oripeaux : un drapeau, un hymne national et un minuscule territoire fragmenté sur lequel ont été installés des « ministres municipaux » ; le tout sous le contrôle d'Israël[37].

Dans ces conditions, le virus s'est propagé rapidement en donnant à croire que l'élection de l'AP (en 1996, puis dans des conditions très différentes en 2006) assurerait en retour une légitimité incontestée qui ouvrirait sur l'indépendance revendiquée et qui aurait alors été « gagnée ». Or, si les élections ont donné l'illusion d'une légitimité acquise, contrairement à ce que l'Afrique du Sud a réalisé avec les bantoustans, imposés par Pretoria, l'AP s'est en réalité installée dans une acceptation volontaire de cette (unique?) perspective[38], sur un territoire réduit et fragmenté sans accès libre à ses propres ressources naturelles.

Le « virus d'Oslo » a également corrompu le discours de libération nationale en instillant les recettes du libéralisme économique à travers la stratégie de dépolitisation du développement économique[39]. Cette approche conduit en effet à un affadissement des programmes de développement seulement centrés sur les objectifs d'efficacité (rentabilité, traçabilité et évaluation des fonds alloués) et sur des solutions techniques, sans réel lien avec les réalités socio-économiques vécues. Cette forme de « techno-fétichisme », qui a produit dans d'autres contextes des résultats catastrophiques, a généré dans le cas présent des effets délétères sur les conditions de vie des plus défavorisés en Cisjordanie et a ralenti les efforts de reconstruction de Gaza à la suite des différentes attaques depuis 2006. Mais surtout cette approche a érodé le discours collectif de libération, le réduisant à une revendication d'indépendance sans consistance socio-économique et politique. Le plan Fayyad de 2009 et le plan de développement 2014-2016 proposé par l'AP en témoignent : ils s'inscrivent dans cette perspective pour lesquels les résultats en termes de réformes administratives/bureaucratiques/institutionnelles sont considérés comme primordiaux au sens d'assurer la stabilité politique des institutions (y compris de la sécurité intérieure) au détriment de l'amélioration des conditions de vies des Palestiniens, quand bien même elles en forment les objectifs à atteindre. Une telle politique libérale appliquée en contexte de colonisation/occupation s'incarne dans la ville de Ramallah qui en représente l'archétype[40], laissant observer l'émergence d'une société à deux vitesses : les élites palestiniennes et la masse de la population confrontée aux affres des difficultés quotidiennes.

Dans ce contexte, le « virus d'Oslo » s'est encore manifesté à l'occasion des engagements de reconnaissance des divers Parlements européens à l'automne 2014 qui, bien qu'importants sur le plan symbolique en signe d'une prise en compte de certains droits des Palestiniens, n'en restent pas moins la reconnaissance d'un Etat « fantôme/failli » disposant d'une souveraineté inexistante et sans capacité à peser sur (voire à délaisser) les deux autres questions essentielles : le sort des Arabes d'Israël (et par ricochet du caractère raciste de l'Etat d'Israël) et celui des réfugiés. Aussi, l'appel BDS lancé en 2005 par la société civile palestinienne s'appuie-t-il sur cette notion d'apartheid israélien pour maintenir un ensemble de revendications cohérent portant sur l'ensemble du peuple palestinien et non pas sur une quelconque revendication d'indépendance sans consistance.

Au niveau externe, l'apartheid israélien a donc été au fondement de la campagne BDS qui envisage « des mesures punitives non violentes jusqu'à ce qu'Israël reconnaisse le droit inaliénable des Palestiniens à l'autodétermination et respecte complètement le droit international ».

Inspiré de la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud, cet appel repose sur plusieurs aspects essentiels qui en font toute sa puissance potentielle. Il s'inscrit, aux côtés des autres formes de résistances, dans une stratégie de lutte populaire et non-violente contextualisée reposant sur des revendications[41] considérées comme « radicales » à la fois parce qu’elles défendent des valeurs morales universelles (les droits de l’homme et du peuple palestinien) et parce qu’elles préconisent l’application de ces principes jusqu’à leur satisfaction complète et totale. Une telle campagne est bien une arme non-violente, juste moralement, pour libérer l’oppresseur de son oppression et instaurer une véritable paix afin que l’oppressé ne soit plus en position de ne pouvoir qu’accepter sa situation de dominé. Pour y parvenir, Richard Falk considère que le développement de cette campagne « revient à mener une guerre de légitimité contre Israël sur la base de son incapacité à traiter le peuple palestinien conformément au droit international -[42] ». Trois types d'actions sont proposés : le boycott de l'économie et des institutions israéliennes y compris sous la forme d'un boycott culturel (PACBI[43]), le retrait des investissements étrangers et des sanctions contre l'Etat et ses dirigeants. Cet appel invite toute personne de conscience du monde entier à soutenir et agir dans ce sens ainsi que « les Israéliens de conscience au nom de la justice et d'une véritable paix [44]».

Toutefois, si pendant quelques années cette campagne a eu un peu de mal à se déployer, partisans et opposants sont d'accord pour admettre que la période récente a permis des développements importants au-delà sans doute des espoirs de ses initiateurs. Sans entrer dans les détails de chaque action[45], il est cependant notable de souligner que le retentissement des affaires Sodastream, Veolia (pourtant médiatiquement bien contrôlées) ou plus récemment Orange[46], a eu des répercussions en Europe, aux USA et dans divers pays sud-américains et africains.

La diffusion de cet appel, bien qu'invisible dans les grands médias, s'est élargie et les actions menées à travers le monde (en particulier autour de la Semaine de l'Apartheid Israélien[47]) ont contribué à la prise de conscience de la situation d'apartheid qui prévaut, loin de la présentation convenue/entretenue pendant (trop) longtemps d'une responsabilité partagée dans ce conflit. Incontestablement, chaque séquence de guerre déclenchée par Israël contre Gaza (depuis 2006) a accru l'audience de cette campagne au point de faire l'objet d'une attention sérieuse de la part des autorités israéliennes inquiètes de la « menace stratégique[48]» que BDS représente et d'en faire dorénavant un sujet légitime de débat dans les médias. D'ailleurs, en réponse, Israël et son réseau mondial d’ONG qui le soutient, cherchent à incriminer les initiatives de la société civile qui soutiennent cette campagne[49]. L'exemple français est particulièrement révélateur de cette capacité à criminaliser les soutiens à BDS[50].

L'impact réel de BDS est sans doute encore peu aisé à déterminer mais incontestablement, « le moment sud-africain » des Palestiniens a réussi à cristalliser la solidarité internationale en renforçant la lutte dans la bataille de légitimité qui a changé de dimension[51]. Le concept d'apartheid israélien exprimerait désormais mieux la nature fondamentale des politiques israéliennes envers le peuple Palestinien que n’importe quelle autre expression[52]. En tant que réveilleur de consciences, il pourrait ainsi constituer un puissant outil permettant de dessiller les yeux de la société internationale ; à tout le moins, elle ne pourra plus faire comme si elle ne savait pas, ni comme si l'avenir ne pouvait se décliner que dans un seul cadre.

L'apartheid israélien : de nouvelles pistes d'avenir ?

Un concept peut enfin remplir une fonction perlocutoire c'est-à-dire avoir un effet sur les interlocuteurs eux-mêmes et les tiers. Dans ce sens, le concept d'apartheid israélien, pourtant négativement connoté, pourrait en creux ouvrir sur de nouvelles pistes de discussion pour l'avenir qui élargiraient les horizons des possibles.

Si l'on garde à l'esprit que sur l'espace Jourdain/Méditerranée, un seul Etat -unique[53]- exerce déjà son pouvoir, l'AP ne dispose alors que de compétences octroyées depuis les accords d'Oslo dans le cadre de « régions » qu'elle administre sous le contrôle du gouvernement israélien. En revanche, cet Etat n'est pas commun car précisément le droit israélien différencie les conditions et les droits des citoyens israéliens, des Arabes d'Israël, des Palestiniens des TPO, de Jérusalem et de Gaza[54].

Aussi le concept d'apartheid israélien apparaît-il ici comme structurant c'est-à-dire comme créant les conditions d'une réflexion sur l'avenir qui peut, à la fois obliger à agir (comme un aiguillon ou une menace potentielle) pour que la « solution à deux Etats » soit enfin réalisée ou, s'affranchir de cette solution présentée comme la seule réaliste et ouvrir sur d'autres perspectives. C'est donc bien dans ce cadre global qu'il serait possible d'envisager un règlement à cette situation, qui par ailleurs ne semble plus tout à fait relever de la catégorie « conflit » mais bien de celle d'un Etat d'apartheid qui refuse de se transformer et de s'ouvrir à la démocratie[55]. Dans ce sens, l'apartheid israélien oblige à penser à partir de l'ensemble du territoire de sorte que la question principale porte sur la revendication des droits égaux pour tous les (futurs) citoyens dans un cadre démocratique et laïc, bien que la séparation imposée par Israël produise des effets inverses et la violence de la répression cristallise les rancœurs.

Cette politique israélienne a produit les conditions d'un impossible Etat palestinien tant dans sa nature, sa forme que dans sa matérialité. Ainsi pour Robert Falk, « la solution à deux Etats a longtemps été ce que l’éditorialiste du New York Times, Paul Krugman, nomme « une idée zombie », c’est-à-dire une idée discréditée qu’on continue d’accepter comme moyen de résoudre un problème parce qu’elle défend l’intérêt personnel de certains acteurs politiques puissants, détournant ainsi l’attention des solutions alternatives qui pourraient être contraignantes pour ceux qui profitent d’un statu quo immobile ; c’est un zombie, comme un fantôme, qui vit encore au-delà de sa mort naturelle et tourmente ceux qu’il hante. A cet égard, on considère toujours la solution à deux Etats comme la seule solution pour contenter les parties, parmi lesquelles les Etats-Unis, l’Europe et l’ONU, bien qu’ils aient conscience en privé de son inutilité. Quand j’étais rapporteur spécial de l’ONU, j’avais souvent accès à des conversations de couloir qui reconnaissaient l’absence de tout espoir pour une solution à deux Etats, mais en public c’était comme d’habitude les mêmes personnes qui exprimaient leurs fervents espoirs que les pourparlers reprennent bientôt et qu’ils aboutissent à un terrain d’entente »[56].

Aussi, et c'est un réel paradoxe, affirmer qu’Israël est devenu un Etat d’apartheid est certes très important pour comprendre le destin qu’a subi le peuple palestinien pendant ces cents dernières années, mais permet aussi d'ouvrir des alternatives car la solution dite « à deux Etats » n'a toujours pas été mise en œuvre. Sans mésestimer les facteurs puissants qui s'opposent à la vision d'un Etat unique[57], trois facteurs peuvent être soulignés[58] qui permettent de poser les termes d'un nécessaire débat.

En premier lieu, il s'agit d'un bel idéal, loin d'un Etat ethnique et des nettoyages ethniques que cela implique. Cet idéal n'établit pas un programme d'institutions étatiques mais fixe un cadre de discussions reposant sur le partage et non plus la partition en s'appuyant sur la réalité historique et l'existant présent : l'imbrication géographique, humaine, économique, sociale, environnementale de toutes les populations, en dépit des nombreux « murs » qui ont été érigés. Cet idéal méritera d'être conforté par un réel effort de construction institutionnelle, mais là ce sont les peuples qui seuls pourront décider.

En second lieu, cette alternative puise ses racines dans les deux camps. L'OLP dès 1969 puis en 1974, envisageait déjà un Etat laïc et démocratique pour tous les habitants quel que soit leur confession. Du côté de la communauté juive, dès les années 40, l'idée d'un Etat comme patrie commune du peuple juif et du peuple arabe avait été envisagée par Martin Buber notamment, dans une formule fondée sur la compréhension mutuelle et le binationalisme. Certes, les conditions actuelles sont assez éloignées de cette perspective mais cela ne doit pas signifier pour autant qu'il est inconcevable de pouvoir en parler.

Enfin, c'est une formule qui à la fois, expérimente une décolonisation différente de celle déjà observée, sur le modèle sud-africain en quelque sorte, et propose de renoncer au vieux modèle d'Etat-nation qui n'a pas, loin s'en faut, toujours répondu aux besoins réels des populations. Cette perspective, portée par divers courants israéliens comme palestiniens, repose sur la mise en commun d'une égalité des droits civiques et politiques dans un cadre démocratique et laïc comme solution juste et morale[59].

Il demeurera toutefois une dernière difficulté à trancher, quel que soit la forme que cet Etat unique pourra prendre (sans doute aussi si la solution à deux Etat venait à se matérialiser) et que l'exemple sud-africain n'a pas encore réussi à concrétiser : l'émancipation humaine et la transformation sociale, ce qui nécessitera sans nul doute d'autres rapports de forces. L'indépendance sans une radicale métamorphose des structures sociales pourrait simplement formaliser la hiérarchie sociale actuelle dans le cadre d'un système libéral ouvert. Cette perspective conduirait alors à assurer le maintien des privilégiés de l'ancien système (Israéliens comme Palestiniens) sans modifier le sort des « subordonnés »[60] ; l'exemple sud-africain ne plaide (encore?) pas en faveur d'une telle « révolution » et pose une question redoutable « What happens to a dream deferred »?

Les réalités contemporaines observables et vécues sur le terrain[61]-l'apartheid israélien-obligent à une prise de conscience collective (interne et internationale) pour qu'enfin tous les peuples de cet espace (y compris les réfugiés) envisagent leur destin en commun sur une terre partagée et dans un cadre démocratique, non-ethnique et laïc. Construire une société commune, fondée sur la justice et la paix durables, au lieu de poursuivre la destruction de la Palestine, voilà une ambition, qui à l'aune des conflits au Moyen-Orient, pourrait redonner de l'espoir à tous les peuples.

Raphaël PORTEILLA

CREDESPO,

Université Bourgogne-Franche-Comté

[1] Voir notre article, Où en est la Palestine en 2014 ?, Recherches Internationales, n°101, oct-déc. 2014, p. 25-40.

[2] La Palestine, membre de la Fifa depuis 1998, souhaite que l'organisation interdise à Israël de participer aux compétitions internationales en sanctionnant ainsi les restrictions imposées par les autorités israéliennes à la liberté de déplacement des joueurs palestiniens. L'Etat hébreu entrave les activités sportives dans les Territoires occupés, notamment en imposant des restrictions de mouvement aux sportifs palestiniens entre la bande de Gaza et la Cisjordanie occupée, mais aussi en en arrêtant plusieurs ainsi qu'en contrôlant l'importation d'équipements sportifs. Les Palestiniens dénoncent également le "racisme" anti-arabe de certains clubs israéliens ainsi que la création de cinq clubs dans des colonies implantées sur les terres occupées depuis 1967. Express.fr 19 mai 2015. Le Président de la fédération palestinienne a cependant retiré à la dernière minute sa motion demandant la suspension d’Israël sans réelle explication. Site Capjpo euro-palestine, 2 juin 2015.

[3] Le nouveau ministre de la défense israélien Moshe Yaalon a annoncé le 20 mai 2015 l'interdiction pour les Palestiniens travaillant en Israël de retourner chez eux par les mêmes bus que les Israéliens (soit les colons) ; annonce qui a été suspendue par le Premier ministre mais non retirée, démontrant que la séparation (hafrada) est bien un objectif politique. L'Humanité 21 mai 2015.

[4] La convention internationale sur l'élimination de toutes formes de discrimination raciale (CIEDR) de 1965 (article 3), la convention de 1973 sur l'élimination et la répression du crime d'apartheid (articles 1 et 2) et l'article 7 (2-h) du statut de Rome relatif à la CPI.

[5] Lors de la session du Cap en novembre 2011, le Tribunal Russel sur la Palestine a tenté de répondre la question de savoir si la politique menée par Israël affectant la population palestinienne dans son ensemble était de nature à relever d'une violation de l'interdiction internationale d'apartheid et si les actes de persécution étaient considérés comme des crimes contre l'humanité. Ont ainsi été établis très clairement les éléments de définition de l'apartheid, p. 8.

[6] Le Monde Diplomatique janvier 2004.

[7] Outre le Tribunal Russel lors de sa session en novembre 2011, voir Human Rights Watch, Separate and Unequal. Israel's Discriminatory Treatment of Palestinians in the Occupied Palestinian Territories, December 2010, « Plaider les droits palestiniens conformément au droit international », Institut de Droit de l'Université de Birzeit, mai 2013 et les sites onedemocraticstate.org et BDSmovement.net.

[8] Si en 1991, la résolution n° 3379 de 1975 des Nations unies établissant que le sionisme est une forme de racisme a été abrogée afin de favoriser un climat apaisé en vue des négociations entre Israéliens et Palestiniens, lors de la conférence de Durban (sept. 2001) contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui est associée, la conférence des ONG a repris la critique du sionisme et a qualifié la politique d'Israël « comme politique d'apartheid, crime raciste contre l'humanité, incluant le nettoyage ethnique et des actes de génocide » et appelait « à l'isolement total de l'Etat d'Israël par le boycott et la rupture des relations diplomatiques ».

[9] Bole Richard Michel, in Blog d'Alain Gresh, 8 juin 2013.

[10] Cohen Mattew and Freilich Charles, Delegitimization of Israel : Diplomatic Warfare, Sanctions and Lawfare, Israel Journal of Foreing Affairs, vol. 9, n°1, 2015, p. 29-48.

[11] Le Monde diplomatique janvier 2004.

[12] Le secrétaire d'Etat américain J. Kerry a également subi les critiques d'Israël en avançant que « le risque qu'Israël se transforme un jour en Etat d'apartheid faute d'un accord de paix », repris dans le Monde.fr 29 avril 2015.

[13] Parmi une abondante littérature encore non citée ici, Carter Jimmy, Palestine : la paix ou l'apartheid, L'archipel, Paris, 2007 ; Cohen Derek, Apartheid et Israël, Actes Sud, Paris, 2008 ; Uri Davis, Apartheid Israel, Possibilities for the Struggle Within, Zed Books, London, 2013 (réed.).

[14] En 2007, le rapporteur spécial John Dugard, en 2008, la Président de l' AGONU, Miguel D'escoto Brockman ou, Richard Falk en 2007 et 2011, ont utilisé le concept d'apartheid. Pour ce dernier, « la politique d’Israël en Cisjordanie et dans la bande Gaza semble mener à l’apartheid, en raison de l’oppression systématique du peuple palestinien et de l’expropriation de facto de leurs terres ». UN Special Report on Human Rights in th OPT, A/HRC/16/72, 10 january 2011.

[15] Alpha Ousmane BARRY, Les bases théoriques en analyse du discours, Chaire de Recherche du Canada en Mondialisation, Citoyenneté et Démocratie, in http://www.chaire-mcd.ca/

[16] Un sondage publié en octobre 2012 par Dialog, une institution d'enquêtes israélienne, a montré que 39% des interviewés pensaient qu'il y avait de l'apartheid en Israël de plusieurs manières et 19% de beaucoup de manières. Enfin 47% des interviewés estimaient aussi que la population arabe d'Israël devait être transférée à l'AP et un tiers des répondants soutenaient le refus du droit de vote aux Arabes israéliens. Haaretz 12-12-2012.

[17] AlShabaka, 4 april 2013.

[18] Halper Jeff, The Key to Peace : Dismantling the Matrix of Control, Publishing by GSE, july 2002.

[19] Aux six lois formant le substrat discriminatoire principal -Law of Return (1950) ; Absentee Property Law (1950) ; Citizenship Law (1952) ; World Zionsit Organzation-Jewish Agency Status law (1952) ; Jewish National Fund Law (1953), s'ajoutent les onze lois fondamentales et une trentaine d'autres lois. Pour le détail de ces textes, voir le site BDSmovement.net, 10 december 2014, qui livre une analyse juridique précise.

[20] Voir Salingue J., Territoires palestiniens occupés, Administration civile et apartheid, in Lebrun C. et Salingue J., Israël, Un Etat d'apartheid ?, Enjeux juridiques et politiques, L'Harmattan, Paris, 2013, p. 105-116.

[21] Voir la carte devenue célèbre dans L'atlas du Monde Diplomatique, Un monde à l'envers, Paris, mars 2009.

[22] Sur cette politique Porteilla Raphaël, Le nouvel Etat sud-africain, Des bantoustans aux provinces, 1948-1997, L'Harmattan, Paris, 2008.

[23] Electronic Intifada, 1 » juillet 2014 reprenant son article paru en 2006.

[24] Dadoo S. and Osman F., Why Israel ? The Anatomy of Zionist Apartheid, A South African Perspective, Procupine Press, Meleville, 2013.

[25] L'Humanité 20 avril 2015.

[26] Sur les fonctions évolutives du mur, Brown Wendy, Murs, les murs de séparation et le déclin de la souveraineté étatique, Les Prairies ordinaires, Paris, 2009, p. 30-44.

[27] Lebrun C., Le sionisme politique : un projet nationaliste et colonial à l'origine d'un régime d'apartheid ?, in Lebrun C. et Salingue J., op. cit., p. 133 et s. Voir aussi Stambul Pierre, Le sionisme en question, Acratie, La Bussière, 2012.

[28] Falk Richard, traduit par AURDIP, 7 mais 2015.

[29] Electronic Intifada, 2 août 2010.

[30] Electronic Intifada, 10 juin 2015.

[31] Reprenant le terme de Sarah Roy, Salingue J., Les dynamiques économiques dans les territoires palestiniens (1967-2010), Intégration inégale, dé-développement et économie-casino, in Porteilla R. et al., Quel Etat ? Pour quelle Palestine ?, L'Harmattan, Paris, 2011, p. 211-228.

[32] Sur ce point, voir le rapport du BIT, La situation des travailleurs des territoires arabes occupés, 10e session, Genève, 2015.

[33] Voir l'intéressant article de Shikaki I. and Spinger J., Build a failed state : Palestine Governance and Economy Delinked, Electronic Intifada, 21-04-2015.

[34] Aljazeerah.english.com, 7 mai 2015.

[35] Al Araby Al Jadeed, 6-06-2015.

[36] Electronic Intifada, 2-08-2010.

[37] Ibid.

[38] Joseph Massad va dans ce sens en précisant que la cohérence politique de l'OLP d'abord puis de l'AP s'est effritée dès les années 90 glissant vers une lutte pour l'indépendance politique et non plus en faveur de tous les droits des Palestiniens, condamnant toute sortie soucieuse de justice ni paix durables. Electronic intifada 14-05-2015.

[39] Le protocole de Paris signé en avril 1994 complète les accords d'Oslo en formant leur volet économique.

[40] Voir Barthe Benjamin, Ramallah Dream, Voyage au cœur du mirage palestinien, La Découverte, Paris, 2011.

[41] « Mettre fin à l’occupation et à la colonisation de toutes les terres arabes et démantèlement du mur ; reconnaissance du droit fondamental des citoyens arabo-palestiniens à une égalité totale et respect et protection du droit des réfugiés palestiniens au retour dans leurs foyers comme le stipule la résolution 194 », in Barghouti O., BDS contre l'apartheid et l'occupation de la Palestine, La Fabrique, Paris.

[42] Falk Richard, «Statement on Gaza to the Human Rights Council », 23 mars 2009, cité par Barghouti O., ibid.,

[43] Pour Eyal Sivan, « BDS existe parce que les pays occidentaux refusent d’imposer à Israël des sanctions diplomatiques pour son non-respect du droit international... Aidez-nous à faire peser sur la société israélienne le poids de l’occupation. Celle-ci paraît bien lointaine depuis Tel Aviv. Or on ne peut pas vivre dans cette normalité sans accepter d’en payer le prix. Il y a parfois aussi une hypocrisie de classe. Ceux qui s’opposent au boycott culturel et académique sont souvent favorables au boycott économique, qui va peser sur l’ouvrier israélien. On considère donc que ce dernier peut en faire les frais, mais pas les artistes et les professeurs d’université. ». Site UJFP, 29 mars 2015.

[44] Voir Barghouti O., Ibid., p. 182-184.

[45] Les sites BDSfrance.org, BDSmovment.net ainsi qu'Electronic Intifada relatent régulièrement les actions engagées.

[46] Stéphane Richard, PDG du groupe Organe a indiqué sur Arte le 3 juin 2015 : « notre intention est de nous retirer d'Israël. Cela va prendre du temps mais nous allons certainement le faire... » créant un choc considérable dans divers milieux. Il a par la suite atténué son propos.

[47] Depuis quelques années dans le cadre du BDS, une semaine spécifique est dédiée à l'apartheid israélien (Israeli Apartheid Week). Au printemps 2015, l'activiste sud-africain, Farid Essad, a effectué une tournée en France, ponctuée par de nombreuses difficultés mais il a pu préciser à plusieurs reprises : « Quand la ségrégation des humains devient un dogme et une idéologie, quand elle est imposée et mise en application par la loi, cela s’appelle l’apartheid. Quand certains sont privilégiés simplement parce qu’il sont nés dans un groupe ethnique donné et qu’ils exploitent leurs privilèges pour déposséder d’autres personnes et user de pratiques discriminatoires à leur encontre, cela s’appelle l’apartheid. Aussi réel que soit le traumatisme qui l’a engendré, aussi profonde que soit la croyance religieuse qui sous-tend le tout, cela s’appelle l’apartheid. Notre façon de répondre à notre propre souffrance et à l’indifférence ou la culpabilité du monde ne justifie jamais le fait de faire souffrir d’autres personnes ou de rester indifférent face au traumatisme qu’ils subissent. La ségrégation devient alors un principe qui permet d’ignorer l’existence de l’autre avec lequel nous partageons un espace de vie. Et il devient aussi le moyen de nier les souffrances et les humiliations subies par l’autre ». Voir le site de l'UJFP, 29 mars 2015.

[48] B. Nétanyahu puis le Président israélien Rivlin ont assuré que « BDS est devenu une menace stratégique de premier ordre ». Le Monde diplomatique, juin 2014, Haaretz 1-06-2015 et AlAraby Al Jadeed, 12-06-2015.

[49] En 2005, l’Etat hébreu a lancé une grande campagne nommée « Branding Israël ». Elle formule la nécessité de re­dorer l’image du pays, ternie dans le monde, selon trois axes : promouvoir la culture dite progressiste, recourir à des personnalités publiques en tant qu'ambassadeurs de bonne volonté et vendre Tel Aviv comme une ville accueillante pour les homosexuels.

[50] Les procès intentés en France contre des militants BDS ont servi de caisse de résonance à cette campagne comme le procès d'Alain Pojolat, accusé d'avoir organisé des manifestations interdites en solidarité avec la Palestine en juillet 2014 à Paris. Il a été relaxé le 22 octobre suivant.

[51] Cohen Mattew and Freilich Charles, op. cit.

[52] Falk Robert, in AURDIP, op. cit.

[53] Gideon Levy en octobre 2014 a pu écrire : « The binational State is already here and has been for a long time... The only question still open is what kind of state it will be : a binational democracy or binational with an apartheid regime » Haaretz 5-10-2014.

[54] Hazan Eric et Sivan Eyal, L'Etat commun,Conversations potentielles, La Fabrique, Paris, 2002, p. 13-14.

[55] Prendre conscience de ces réalités et les admettre comme fondements de cette situation devrait permettre non seulement de changer les mentalités (même si cela semble loin d'être acquis au regard des résultats électoraux de mars 2015 en Israël) mais aussi de peser davantage sur les conditions d'octroi des aides et des subventions à l'Etat israélien sans lesquelles il serait dans l'incapacité de poursuivre ses politiques.

[56] Falk Robert, in AURDIP, op. cit.

[57] Quatre arguments sont ainsi à noter :

-la volonté des deux peuples est à ce jour plus que distendue et le discours du nouveau gouvernement israélien n'augure rien de bon à l'image de la nouvelle Ministre des Affaires Etrangères israélien, Tzipi Hotevely :« This land is ours. All of it is ours. We did not come here to apologize for that...We expect as a matter of principle of the international community to recognize Israel's right to build homes for Jews in their homeland, everywhere ». Electronic Intifada 23-05-2015 reprenant Associated Press ;

-un Etat unique quelque soit sa forme signifierait la fin de l'Etat Juif d'Israël ;

-un Etat unique ne serait que l'institutionnalisation des réalités présentes soit un Etat d'apartheid (ce qui confirmerait alors la réalité... pourtant niée par les dirigeants israéliens) ;

-le droit international fonde la solution à deux Etats bien qu'il n'ait pas été capable de la réaliser (la dernière proposition française de résolution repose sur cette dimension).

[58] Les propos qui suivent s 'appuient sur la conclusion de Dominique Vidal dans notre ouvrage, op. cit., ainsi que sur l'introduction à son ouvrage, Un Etat ? Deux Etats ?, Sindbad, Paris, 2011 et sur Hazan Eric, op. cit.

[59] Voir One Democratic State.org. qui rassemble des Israéliens et des Palestiniens, ou la revue française, Dialogue, mais dont l'audience est loin d'être celle du courant dit « de la solution à deux Etats ».

[60] Electronic Intifada, 13-01-2015.

[61] C’est ce que soulignait déjà Edward Said en 2001 dans sa dernière interview, « My Right of Return », Power, Politics, and Culture : Interviews with Edward W. Said, Ed. Gauri Viswanathan, Pantheon, 2001, p. 443-458.

Published by Raphaël PORTEILLA
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17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 13:31

Qu’est-ce-que le trading ?

C’est une opération de négoce, c’est-à-dire d’achats et de ventes d’actions, d’obligations, de produits bancaires dérivés, pour une très courte durée. Si courte, qu’elle peut-être de l’ordre de quelques secondes, le temps de passer à une autre spéculation jugée plus intéressante, soit rapportant puis de profit. Le but du trading c’est le profit. Le moins que l’on puisse constater, c’est qu’il s’agit d’un profit à court terme ! Et de caractère le plus souvent spéculatif. Cette activité est pratiquée par des traders, agents d’institutions financières dont les banques. La vôtre - pas la mienne (mais le groupe auquel elle est associée, si !). Grâce à des ordinateurs en réseaux qui utilisent des logiciels et des algorithmes ayant des temps de réponse extrêmement brefs, les transactions s’effectuent en millième de seconde.

En novembre 2011, plus de 90 % des ordres de bourse sur le marché européen étaient émis par des traders haute-fréquence. Il s’agit de 38 % des transactions mondiales sur le marché des changes, soit près de 40 % des transactions sont des opérations spéculatives qui ne produisent aucune richesse, mais qui enrichissent les spéculateurs et en particulier les grands établissements bancaires, les 28 plus grandes banques dites systémiques qui dominent le monde économique capitaliste, à partir de robots informatiques...

Ces banques développent ce qu’on appelle des dark pool (places de l’ombre) à travers des filiales, dans des marchés de gré à gré opaques (dans l’ombre !) ou l’anonymat des investisseurs est garanti... Malgré des rappels à l’ordre pour pratiques douteuses, notamment pour la Deutsche Bank et UBS (Union des banques suisses), le trading haute fréquence est devenu la principale mine d’or de la haute finance. Il est dominé par cinq banques américaines avec 54,2 % des parts du marché, sui vi par trois banques de la zone euro (16,7%), les trois britanniques (14,5%), les deux banques suisses (11,8%). Elles y réalisaient en moyenne 22 % de leur profit en 2013. Avec un record pour l’Américain Goldman Sachs (42 %) où vient d’entrer l’ancien Président de la commission européenne, où opérait M. Draghi, le directeur général de la BCE (Banque Centrale européenne), banque responsable de la crise économique mondiale des subprime en 2008, des dissimulations et trafics sur les comptes bancaires de la Grèce... Le rendement propre des capitaux de Goldman Sachs s’était situé à 40 % en 2006.

Ces banques ont de fait une dimension oligopolistique et sont en capacité d’influencer la formation des prix. Un pouvoir dominant écrasant, qui fait peser des risques majeurs sur l’économie mondiale et les sociétés, provoquant des bulles financières, des crises dont les peuples sont les victimes.

Allain Louis Graux

Le 17 juillet 2016

Référence : François Morin – L’Hydre mondiale ( Lux)

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4 juillet 2016 1 04 /07 /juillet /2016 09:54

Dans une publicité intitulée « For Jerusalem » et reproduite par l’International Herald Tribune (16 avril 2010), Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, réaffirme son inquiétude. Ce texte affirme hautement que « Jérusalem est au-dessus de la politique ». Ce qui, pour l’auteur, signifie qu’elle doit... rester israélienne.

Pour lui, précise-t-il, sa présence dans l’histoire juive est totale, elle est mentionnée « 600 fois dans les écritures et pas une seule fois dans le Coran ». Outre que cela est discutable (je ne vais pas entrer ici dans une interprétation du texte coranique), on ne voit pas en quoi la mention d’une ville dans un texte vieux de quelques milliers d’années donnerait un droit de propriété à quiconque. Ou alors il faudrait redéfinir les frontières de l’Europe en fonction des textes latins du Moyen Age ou des textes grecs de l’Antiquité.

« Il n’y a pas de prière plus émouvante dans l’histoire juive, poursuit-il, que celle qui exprime notre (les juifs) désir ardent de retourner à Jérusalem. » Cette interprétation politique d’une prière n’a évidemment aucun sens. Pendant des siècles, les juifs religieux ont effectivement prononcé cette prière, mais sans jamais vouloir la mettre en œuvre. Jusqu’en 1948, les juifs pouvaient se rendre à Jérusalem (certains y allaient pour être enterrés). C’est seulement avec la naissance du mouvement sioniste que l’objectif est devenu politique. Comme l’écrit si pertinemment Gilles Perrault dans sa biographie d’Henri Curiel, Un homme à part (Fayard), « la minorité sioniste exceptée, personne ne ressentait la nécessité d’un Etat juif et l’on n’éprouvait pas le besoin de psalmodier “l’an prochain à Jérusalem” quand il suffisait de prendre le train de 9h45 pour s’y rendre ».

« Aujourd’hui, poursuit Wiesel, pour la première fois dans l’histoire, juifs, chrétiens et musulmans peuvent accomplir leurs rites religieux librement. Et, contrairement à certaines affirmations des médias, juifs, chrétiens et musulmans ONT (en capitale) l’autorisation de construire leurs foyers n’importe où dans la ville. »

Il faut le dire clairement : il s’agit d’un honteux mensonge. Non seulement chrétiens et musulmans sont sans arrêt interdits d’accès à leurs lieux saints, non seulement ils n’ont pas le droit de construire dans Jérusalem, mais les maisons qu’ils ont sont détruites, comme l’ont reconnu mille et un rapports d’organisations diverses, mais aussi de gouvernements. Même les Etats-Unis se sont émus de la destruction de maisons arabes (« U.S. furious over Israel’s demolition of East Jerusalem homes », par Barak Ravid et Natasha Mozgovaya, Haaretz, 22 mars 2009). Et il suffit de lire le rapport des consuls européens à Jérusalem (« Jérusalem, le rapport occulté »). Wiesel l’ignore-t-il ?

Dans une réponse à ce texte, « For Jerusalem, a response to Elie Wiesel » (Haaretz, 18 avril), Yossi Sarid écrit :

« Quelqu’un vous a trompé, mon cher ami. Non seulement un Arabe ne peut pas construire “n’importe où”, mais il peut remercier son Dieu s’il n’est pas expulsé de sa maison et jeté à la rue avec sa famille et des biens. Peut-être avez-vous entendu parler de résidents arabes de Sheikh Jarrah, qui ont vécu là depuis 1948, qui sont à nouveau devenus des réfugiés déracinés, parce que certains juifs se jouent des contraintes de l’espace à Jérusalem. »

« Ces juifs zélés insistent même pour s’insérer comme autant d’os dans les gorges des quartiers arabes, pour les purifier et les judaïser avec l’aide de riches bienfaiteurs américains, dont vous connaissez plusieurs personnellement. Dans les coulisses, notre premier ministre et le maire de Jérusalem activent les fils de ce spectacle de marionnettes tout en se défaussant de leur responsabilité face à cette anarchie et cette cupidité. C’est la raison réelle pour laquelle “les nouvelles et les anciennes tensions” dont vous parlez dans votre lettre refont surface, “avec une telle rapidité”. »

Wiesel conclut en appelant à ne pas résoudre le problème de Jérusalem, c’est-à-dire, clairement, à maintenir la ville sous occupation.

Ce n’est pas sa première intervention sur la question de Jérusalem. Déjà, durant les négociations entre Israéliens et Palestiniens avant la seconde Intifada, alors que la presse évoquait un partage de Jérusalem, il prenait la plume et publiait une tribune dans le quotidien Le MondeJérusalem, il est urgent d’attendre », 17 janvier 2001), reprochant au premier ministre israélien d’alors ses éventuelles concessions. Ce texte, repris sur tous les sites pro-israéliens les plus extrémistes, pouvait ainsi se résumer : mieux vaut le mur des lamentations que la paix.

Dans les deux textes, celui de l’IHT et celui du Monde, Wiesel cite le rabbin hassidique Nahman de Breslev (né en 1772) pour justifier ses dires. Que dirait-on d’un intellectuel musulman qui citerait une sommité religieuse de l’époque des califes pour justifier la revendication musulmane sur Jérusalem ?

Cette « grande conscience », rarement critiquée publiquement, est pourtant un imposteur moral qui mériterait un traitement différent dans les médias.

Rappelons que, outre ses positions sur le conflit israélo-palestinien, il a fait l’éloge de la torture, celle du financier Bernard Madoff chez qui il avait placé une partie de sa fortune (il ne lui a jamais semblé immoral de gagner des millions de dollars grâce à lui quand ses combinaisons financières marchaient), comme le rapportait LeMonde.frBernard Madoff est un “psychopathe”, selon Elie Wiesel », 27 février 2009).

« “Psychopathe est un mot trop gentil pour le qualifier”, a déclaré M. Wiesel. “Il devrait être placé à l’isolement pendant au moins cinq ans avec un écran sur lequel seraient diffusées des photos de ses victimes. [...] Il faudrait inventer n’importe quoi pour le faire souffrir. (...) Il devrait être présenté à des juges qui trouveraient un châtiment”", a ajouté ce survivant de l’Holocauste. »

D’autre part, comme le rappelle Max Blumenthal, un membre du lobby J-street, Elie Wiesel s’est adressé le 25 octobre 2009 à 6 000 chrétiens sionistes adeptes du pasteur John Hagee, un homme qui tient des propos homophobes, mais aussi négationistes et antisémites (rappelons qu’une partie des chrétiens sionistes sont antisémites) (« Elie Wiesel’s “Dear Pastor” Hagee Trashes Obama (and my response to Goldfarb/Goldberg) », 29 octobre 2009). En échange, si l’on peut dire, il a obtenu un chèque de 500 000 dollars pour sa fondation. Cette somme était d’autant plus nécessaire que la crise financière a frappé ce pauvre Wiesel et qu’il ne s’en est pas remis.

Nous avons déjà rappelé ce que le grand auteur de science-fiction Isaac Asimov écrivait de Wiesel, « qui a survécu à l’Holocauste et, depuis, ne sait plus parler d’autre chose. Ce jour-là, il m’a agacé en prétendant qu’on ne pouvait pas faire confiance aux savants, aux techniciens, parce qu’ils avaient contribué à rendre possible l’Holocauste. Voilà bien une généralisation abusive ! Et précisément le genre de propos que tiennent les antisémites : “Je me méfie des Juifs, parce que jadis, des Juifs ont crucifié mon Sauveur.” » Et Asimov ajoute : « J’ai laissé les autres débattre un moment en remâchant ma rancœur puis, incapable de me contenir plus longtemps, je suis intervenu : “Monsieur Wiesel, vous faites erreur ; ce n’est pas parce qu’un groupe humain a subi d’atroces persécutions qu’il est par essence bon et innocent. Tout ce que montrent les persécutions, c’est que ce groupe était en position de faiblesse. Si les Juifs avaient été en position de force, qui sait s’ils n’auraient pas pris la place des persécuteurs ?” »

Alain Gresh

Le fait d'être une victime du nazisme n'autorise pas l'imposture, la déformation de la réalité des faits, sous des prétextes religieux.

Allain

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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 10:55

Dijon le 25 juin 2016

Association France Palestine Solidarité

de Côte d’Or

2 rue des Corroyeurs

boîte AA1 21000 Dijon

Monsieur le Président de la République

Monsieur le Premier ministre

Monsieur le Ministre des affaires étrangères

Le 28 novembre 2014, Laurent Fabius déclarait la position de la France devant l’Assemblée nationale avec une proposition relative à la reconnaissance de l’Etat palestinien :

« La paix, nous en connaissons depuis longtemps les contours. Elle doit reposer sur l’existence de deux États souverains et démocratiques, vivant côte à côte en paix et en sécurité, sur la base des lignes de 1967 et avec Jérusalem pour capitale. [1]» ...

Il proposait, outre la reconnaissance de l’Etat palestinien, la tenue d’une conférence internationale :

« La France souhaite entraîner dans cette démarche à la fois l’Union européenne, la Ligue arabe, les membres permanents du Conseil de sécurité, dont les États-Unis, dans une mobilisation collective en faveur de la paix au Proche-Orient. Une conférence internationale pourrait être organisée afin d’appuyer cette dynamique indispensable. La France est disposée à en prendre l’initiative. Dans cette négociation diplomatique, la reconnaissance de l’État palestinien constituera un instrument du règlement définitif du conflit, un levier au service de la paix. »

En cas de refus du gouvernement israélien dans un délai de trois ans pour aboutir à une solution pour une paix juste et durable, il proposait de reconnaître l’Etat de Palestine comme 130 membres de l’ONU l’ont déjà voté en assemblée générale.

« Et si ces efforts échouent, dira-t-on ? Si cette ultime tentative de solution négociée n’aboutit pas ? Alors, il faudra que la France prenne ses responsabilités, en reconnaissant sans délai l’État de Palestine. Nous y sommes prêts. »

Cette conférence, initiative louable, s’est tenue à Paris le 3 juin. M. Ayrault, à juste titre déclarait : « Si l’on ne sort pas de l’impasse, nous courons à la catastrophe ».

La déclaration finale appelle certes à : « créer les conditions d’une fin complète de l’occupation sur l’ensemble des territoires occupés en 1967 ». Mais elle est extrêmement floue sur les responsabilités. Alors que le texte initial proposé soulignait que la solution à deux Etats « seule option viable » pour résoudre le conflit était « menacée au point d’être rendue « presque impraticable par le développement incessant de la colonisation, y compris dans les zones les plus sensibles », le communiqué final de la réunion se borne à constater que les « actes de violence qui se poursuivent et l’activité de colonisation en cours mettent gravement en péril les perspectives de solution à deux Etats ».

Il propose de résoudre tous les problèmes du statut permanent à travers des négociations directes. Mais, cela n’est-il pas contradictoire avec le principe proposé de cette conférence internationale et si l’on constate l’échec permanent de ces négociations directes depuis 20 ans, du fait :

- du refus israélien de reconnaitre l’Etat palestinien (alors que l’OLP a reconnu l’Eta israélien) ;

- de la poursuite de la colonisation des territoires occupés illégalement ;

- du déséquilibre du rapport de force entre le puissant Etat Israélien et la faible Autorité palestinienne dont des ministres et élus sont emprisonnés par Israël, des dirigeants assassinés...

Pour le texte préparatoire, la recherche d’une solution devait être fondée sur cinq résolutions du Conseil de sécurité, les principes de la Conférence de Madrid, l’Initiative de paix arabe de 2002 et la feuille de route du Quartet. Le communiqué final ne mentionne plus que deux résolutions réclamant le retrait israélien « de » ou « des » territoires palestiniens occupés et l’Initiative de paix arabe.

Le « non-papier » mentionnait la nécessité d’adopter « une méthode et un calendrier » précis pour le déroulement des négociations à venir et annonçait la création d’un « groupe de pilotage » chargé de préparer la seconde conférence, au dernier trimestre de cette année, avec la participation, cette fois, des Israéliens et des Palestiniens.

Mais, le communiqué final se borne à indiquer, en conclusion que les participants ont favorablement accueillie « l’offre de la France de coordonner l’effort des pays intéressés et d’organiser une conférence régionale avant la fin de l’année ».

Hélas, qu’en est-il des engagements pris par M. Laurent Fabius ?

Qu’est devenue la proposition de reconnaître l’Etat palestinien, alors que le gouvernement jusqu’auboutiste de Benjamin Netanyahou refuse toute négociation autre que bilatérale et s’obstine sur la reconnaissance d’un Etat juif, faisant fi de l’existence de citoyens d’origines et de religions différentes du judaïsme ?

Pas un mot sur les six dossiers majeurs de la négociation : tracé des frontières, arrangements et garanties de sécurité, destin des réfugiés, partage de Jérusalem, question des colonies et des échanges de territoire, répartition des ressources en eau.

Rien sur les moyens d’inciter ou de contraindre Israël à accepter une négociation sur des bases nouvelles, c’est-à-dire sous le regard de représentants de la communauté internationale, et non, comme ce fut - vainement – le cas jusqu’à présent, dans un face à face à huis clos, sous le patronage bienveillant de Washington.

La politique de la France est-elle indépendante de celle des Etats-Unis et de son allié privilégié israélien au Moyen-Orient ? Après cet exposé des faits que votre gouvernement a lui-même constaté, ne pensez-vous pas que seules des sanctions à l’égard du gouvernement israélien sont en mesure de le contraindre à respecter les résolutions de l’ONU qui condamnent sa politique de colonisation, comme le Boycott – ainsi que cela fut fait à l’égard de la politique similaire d’apartheid en Afrique du Sud – et la reconnaissance, évidemment, du droit des Palestiniens à un Etat, sous la forme qu’ils souhaitent, par voie d’autodétermination ?

Veuillez agréer Messieurs, l’expression de notre haute considération.

Pour l’AFPS 21

Allain Graux

[1] Proposition de résolution relative à la reconnaissance de l’Etat palestinien - Discours de Laurent Fabius (28 novembre 2014) à l’assemblée nationale.

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LES RECITS ALLAINVOYAGE

 

LE LAOS AU FIL DU MEKONG

Il s’agit d’un récit du voyage que j’ai effectué en novembre 2007 au Laos agrémenté de très nombreuses photos qui vous permettront de découvrir ce pays tel que je l’ai découvert moi-même, au fil de l’eau et dans mes pas.

En préliminaire je présente ce petit pays de l’Indochine française qui se relève maintenant d’un siècle de colonisation, de conflits dont le plus sanglant a été celui lié à la guerre des Etats Unis d’Amérique contre le peuple Vietnamien.

Vous découvrirez quelques unes des nombreuses ethnies qui vivent au Laos, la géographie, l’histoire, et quelles sont ses perspectives d’avenir, entre ses puissants voisins : La Chine, le Vietnam, La Thaïlande, le Cambodge.

Vous vivrez un peu avec les peuples lao, ferez la fête au That Luang à Vientiane, ou vous recueillerez dans les nombreux temples de Luang Prabang. Le Laos, c’est aussi tout le raffinement artistique, artisanal et culinaire, de civilisations millénaires.

Bonne lecture !

Allain Louis Graux

 

http://www.thebookedition.com/le-laos-au-fil-du-mekong-allain-louis-graux-p-7852.html

 

 

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Après le Laos , Allain Louis Graux publie le NICARAGUA

Ce livre de photos et récit de voyage a été écrit après un voyage au Nicaragua.

Je présente ce pays sous ses différents aspects : géographie, histoire, politique, économie, culture.  Dans mes pas, vous rencontrerez des paysans de fermes agro-écologiques, des femmes des casas de la mujer, les chercheurs d’or de Santo Domingo, une française installée au Nicaragua, des pêcheurs, de villageois. Vous visiterez ce pays attachant, en bateau sur le lac Cocibolca, sur les pistes, en voiture et en bus, de simples villages, et des villes au riche passé culturel et historique, depuis le Costa Rica jusqu’à la côte Caraïbe, Léon et Granada.

 

 

 

 

 

 

En ligne : http://www.thebookediton.com/nicaragua-nic-atl-nahuac-allain-louis-graux-p-47747-ht ml ou s’adresser à allainvoyage@orange.fr pour un achat direct                              35 € (+ frais d’envois)

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ALLAINVOYAGE au VENEZUELA

 

Ce livre sur le Venezuela est un récit en photos et le témoignage des deux voyages que j’ai effectués dans ceVotre bannièrepays, l’un en janvier 2006 avec une délégation du Monde diplomatique, à l’occasion du Forum Social Mondial, l’autre en septembre-octobre 2012 avec une délégation de l’Humanité, pour la campagne électorale de l’élection présidentielle.

Sur le plan de la découverte, cela ne représente qu’une vision partielle, mais assez représentative de la diversité et des contrastes du pays, que ce soit sur le plan géographique, touristique, politique. Ces deux voyages, à six ans d’intervalle m’ont permis d’observer l’évolution de ce pays révolutionné par l’élection d’Hugo Chávez en 1998.

J’aborde les divers aspects politiques du régime bolivarien dans un autre livre : « Panorama sur l’histoire du Venezuela ».

Néanmoins, je rappelle ici, d’une façon assez détaillée et précise, l’histoire du pays, son évolution sous ses différents aspects : politiques, économiques, sociaux, humains, au fur et à mesure de mes rencontres

dans les régions que j’ai parcourues.

Vous pourrez découvrir le Venezuela tel que je l’ai vu, avec mes découvertes, chez les amérindiens Warao de l’Orénoque, les pêcheurs de la presqu’ile de Paria, la côte Caraïbe, à Mérida et chez les paysans andins, enfin à Caracas le jour de l’élection présidentielle.

 

Le voyage est ma passion pour rencontrer les « Autres », ces étrangers parfois étranges, mais tous des êtres humains qui se ressemblent tellement au travers de la perception de leur humanité commune. Ils vivent différemment, mangent différemment selon les opportunités que leur offre la nature et ses ressources, prient différemment mais avec la même obsession d’un autre monde où se perpétuerait leur conscience, leur identité. Mon rêve, mon souhait, est que par l’écriture et les images, je puisse vous faire partager ces rencontres, mes impressions, et découvrir les paysages merveilleux que j’ai eu le privilège d'arpenter au cours de ces voyages.

 

Allain Louis Graux

 

COMMANDE : Editions papier à : www.thebookedition.com

Ou :allainvoyage@orange.fr

Montant : 32€ + frais d’envoi 4,40 = 36,40 €

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ETHIOPIE : Chez Lulu.com

Prix : 18 €  - Edition numérique : 7 €

Ce livre a été conçu pour présenter ce pays original et largement méconnu. Il est destiné à accompagner les récits des voyages que j’y ai effectués. Je ne connaissais l’Ethiopie que par les informations relatant les famines, les guerres, la dictature sanglante du Négus rouge. L’Ethiopie a gardé ce parfum de légendes qui se confondent avec son histoire dans l’imagination populaire. L’Abyssinie a recouvert des territoires qui se trouvent aujourd'hui en Éthiopie, en Érythrée et au Soudan, et des espaces situés actuellement au nord de la Somalie, à Djibouti et au Yémen. Ce qui en fait un pays très contrasté, avec des régions géographiquement très différentes ; des hauts-plateaux, des hautes montagnes, des déserts, des savanes, des peuples variés, et de différentes cultures.

 

Numéro ISBN: 978-1-291-97246-7

 

http://www.lulu.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

ABYSSINIE ( 52 €) : reportage photo et textes

ABYSSINIECe livre constitue le reportage de mon voyage en Abyssinie, berceau historique de l’Ethiopie. Je ne connaissais ce pays que par les informations relatant les famines, les guerres, la dictature sanglante du Négus rouge, et les aventures de Rimbaud qui y débarqua en novembre 1880. L’Ethiopie a gardé ce parfum de légendes qui se confondent avec son histoire dans l’imagination populaire. J’ai découvert cette région, souvent d’une très forte densité de population, selon les lieux traversés, et qui vit majoritairement de l’agriculture dans des espaces très cultivés, dont beaucoup de terres arables sont d’origine volcanique, donc très riches. Les Ethiopiens ont largement apprivoisés une nature aux larges immensités qui surprennent par leur fertilité, loin des habituels clichés.

 

http://www.lulu.com/shop/allain-louis-graux/abyssinie/paperback/product-21955955.html

 

Edition numérique : http://www.lulu.com/content/e-book/abyssinie/16002827

 Au prix de  6 €

 

 

ESSAIS

 

- PANORAMA sur l’HISTOIRE DES SYNDICATS – Les Points sur les I Editions - juin 2012 – (20€)

 

Préface : Georges Ubbiali, Mcf en sociologie, Université de Bourgogne.

 

Le livre qu’offre Allain Graux présente cette caractéristique heureuse de se présenter comme une synthèse grand public des principales questions afférentes à l’état des organisations syndicales dans l’hexagone, essentiellement, mais avec de bienvenues ouvertures au-delà.

L’appui revendiqué sur différentes disciplines (histoire, sociologie, science politique, économie également) procure une large vision du phénomène syndical dans ce pays. Il en résulte une contribution fournie, documentée et précise du mouvement syndical, de ses composantes, de son évolution, de quelques un des problèmes auxquels il doit faire face.

 

- De Simon Bolivar à Hugo Chavez

Le Venezuela, c’est à la fois le pays du pétrole où l’essence est moins chère que l’eau, des concours de miss, de la passion pour le base-ball, des télénovelas (feuilletons télévisés), de la musique et des bières glacées).

Le Vénézuélien est volontiers chauvin : le meilleur café au monde se récolte dans le Tàchira, les meilleurs cigares se roulent à Cumanà et non à Cuba, le meilleur rhum est le Pampero Aniversario, la meilleure bière est la polar (vendue en bouteilles miniatures), le meilleur cacao vient de Chuao, et bien sûr les plus belles femmes sont vénézuéliennes !

Deux figures sont emblématiques du Venezuela, une ancienne, Simon Bolivar le Libertador, et depuis 1992 une nouvelle : Hugo Rafael Chávez Frías

Le « Chavisme » est à la fois le plus commenté et le plus méconnu des systèmes politiques. Pour les uns, c’est un régime populiste autoritaire, tendant à étouffer la société civile et à menacer les libertés démocratiques. Pour les autres, le « socialisme du XXIe siècle » défriche la voie des lendemains qui chantent pour les peuples de la région. La réalité est plus compliquée. Essayons d’y voir clair ! Pour cela, il est indispensable de visiter sa géographie comme son histoire, afin de placer dans son contexte, l’évolution particulièrement intéressante et originale de ce pays.

 

Date de parution : 2013-12-15 Format : 148X210 / 380 pages ISBN : 978.2.35930.099.4  - Prix : 18 €

 

 

 

 

 

 

 

- PANORAMA sur l’histoire de l’extrême-droite et du fascisme

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Date de publication : décembre 2014 – PRIX : 18€

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Découvrez et commandez le nouveau livre d’Allain Louis GRAUX : Nation, nationalisme, République

http://www.thebookedition.com/images/couv-products-121495.pngEst-il fatal que le mot Nation provoque soit le rejet par une certaine gauche du fait de son utilisation nationaliste et xénophobe, ou pourrons-nous lui redonner le sens que prit ce mot à Valmy sous la révolution française de 1789 ? Celui d’un lien fraternel qui unit des citoyens résolus à vivre ensemble dans un cadre républicain de liberté et ayant pour objectif de parvenir à plus d’égalité.

Ce court essai a pour but de montrer les liens qui unissent la Nation à la République, sans verser dans le nationalisme, tout en étant ouvert à l'international, à la coopération entre les peuples dont on ne saurait ignorer l'importance de l'idée nationale au regard de leur histoire.

Auteur : Allain Louis Graux

Rubrique : Culture & Société

Style : Histoire & actualité

Livre de poche (11x17cm)

Noir & Blanc

66

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978-1-326-16510-9

PRIX : 9 €

Edition numérique : 6 €

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