Allain Graux

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Photos manifestation anti Otan

Texte Libre

Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 12:05

 Sarkozy, pour les raisons électoralistes que l’on sait, poursuit sa course effrénée derrière le FN en développant les concepts éhontés de ce mouvement fascisant. Cette surenchère, la violence des propos, les injures prononcées, les mensonges proférés et répétés à satiété pour en faire des évidences, font les choux gras des médias français et européens, pour notre honte. Ce n’est pas digne de la fonction présidentielle.

Mais jugeons son fameux bilan à l’aune du miroir européen.

La France s’en serait mieux sorti que le reste de l’Europe.

Et comme il était le Président, ce serait grâce à lui, évidemment. Si les Français ont évité - partiellement - le sort peu envieux des Grecs, des Espagnols, des Portugais, des Irlandais, écrasés par les dogmes austéritaires de la « troïka » (FMI, BCE, Union européenne), ce n’est pourtant pas grâce à lui qui a signé le plan « Merckozy » qui consacre cette austérité. En effet, la France fait moins bien que nombre de ses voisins. La Belgique comme l’Allemagne résistent mieux que nous. Si la France s’en tire mieux que les plus affaiblis, c’est plutôt malgré Sarko que grâce à lui ! Son gouvernement n’a pas pu détruire – encore complètement - les Services publics et la protection sociale héritée des conquêtes sociales et démocratiques de la Résistance à la Libération, et par la lutte des salariés et de leurs organisations syndicales et politiques. Ce sont ces services républicains qui ont permis d’amortir le choc de la crise du système capitaliste déclenchée par la spéculation financière.

Si le chômage n’atteint pas les records espagnols (25 % - 50 % chez les jeunes), la situation serait meilleure sans la loi sur la RGPP qui supprime un fonctionnaire sur deux aux mépris des besoins non satisfaits dans l’éducation, la santé, et même la police, sans la loi sur la défiscalisation et la subvention aux heures supplémentaires qui a restreint les embauches : cela représente 400 000 emplois par an. Il faut y ajouter 150 000 emplois publics supprimés depuis 2007. Or, il aurait été nécessaire de créer 620 000 emplois pour les nouveaux entrants sur le marché du travail entre 2007 et 2011. Faites le compte !

Si l’emploi a moins baissé en France, c’est à cause de la relative rigidité du marché du travail hexagonal et grâce aux 35 heures : elles ont effet donné beaucoup de flexibilité aux entreprises pour s’adapter à ce genre de situation sans devoir licencier[1].

Championne du monde de la productivité, la France souffre paradoxalement de ce record, car il incite les patrons à dégraisser et ne pas embaucher. Si bien que dans des pays comme la Grande Bretagne, la Belgique ou l’Allemagne qui ont vu baisser leur productivité, les salariés ont moins subi de licenciements. Pour l’Allemagne, la pratique du chômage partiel, moins répandu en France, a permis aux entreprises de garder leurs travailleurs qualifiés et de redémarrer plus facilement leur production quand le carnet de commandes se remplit. En outre, les travailleurs ayant conservé leurs salaires, la consommation s’est maintenue. Ce qui contredit tous les discours sur la nécessaire flexibilité. Pendant cette période, la faible hausse de la productivité française (+0,3%) a contribué à limiter le recul de l’emploi. Un chômage qui est néanmoins passé de 8,2 % à 10,1 %, un résultat moins bon que dans tous les pays européens économiquement comparables, sauf l’Italie qui fait pire avec une hausse de 3,7 %, mais qui n’atteint que 9,8 % et la G.B +3% avec un taux de 8,2 %.

Et pour les inégalités[2] Sarkozy est vraiment mauvais ; en Europe, c’est en France qu’elles ont le plus progressé avec l’Espagne : + 0.6 % entre 2007 et 2010 selon Eurostat, la moyenne de la zone euro étant de + 0,1 %.

Les Français n’ont toujours pas retrouvé leur pouvoir d’achat de 2007, d’avant la crise. Et ce recul touche davantage les plus défavorisés qui voient le montant de leurs dépenses contraintes[3] s’envoler, en particulier le logement[4], mais aussi la santé avec des médicaments et soins moins bien remboursés, la hausse des tarifs publics (Gaz, électricité, transports et des carburants).

On peut ajouter :

-          La dette extérieure qui plonge dans le rouge. Entre 2007 et 2011, le solde des échanges extérieurs a baissé de 1,8 % de PIB. La France est l’un des pays qui accuse le plus de déficit extérieur : 3 % de PIB.

-          La dette publique française est une des plus importantes d’Europe, la cinquième rapportée au PIB, du fait des allégements fiscaux décidés par le gouvernement.

-          La population ayant augmenté de 2 millions de personnes depuis 2007, la richesse produite rapportée à chaque habitant a diminué de 2%. L’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, les Pays-bas, la Slovaquie, s’en s’ont mieux sortis que la France. Quant à la Pologne, son PIB par habitant a augmenté de 15 % depuis 2007…

-          La dégradation des finances publiques s’est accentuée, asphyxiées par les baisses d’impôts consenties aux entreprises (surtout les plus grosses), et la couche la plus aisée de la population (les plus riches) : 500 niches, représentant 100 milliards d'Euros. Il juge que 53 milliards correspondent à des dispositifs qui n'atteignent pas leurs % objectifs[5]. Ce n’est pas un journal gauchiste qui écrit cela mais les Echos.

-          Les investissements dans les Services publics (santé, éducation, recherche), indispensables pour l’avenir du pays, ont été nuls, avec la volonté de les supprimer au profit du privé.

-          L’investissement a aussi baissé dans le privé : -7 %, quoique moins que la moyenne de la Zone Euro (-12%),  mais il a progressé en Allemagne, au Luxembourg et en …Pologne.

La France figure parmi les pays qui ont apporté le moins de soutien à l’activité par l’aide des finances publiques.

 

Face à la dégradation de la situation économique et sociale que Nicolas Sarkozy a aggravée, la croissance revient à la mode. Du moins dans les mots, car Sarkozy comme Merkel estiment que :

La croissance doit se faire en se concentrant sur la compétitivité. C’est à dire sur la fameuse baisse du coût du travail, cette fameuse tarte à la crème des libéraux ! Cette stratégie - nous l’avons démontré – produit davantage de suppressions d’emplois que  d’amélioration de l’activité. C’est ce que pense aussi l’OIT[6].

Ce qui serait utile et nécessaire, ce serait de mettre en œuvre un vaste programme de planification écologique de l’économie, des modes de production qui visent à la satisfaction des besoins sociaux tout en encourageant et permettant une reprise de l’activité, qui améliorerait les conditions de travail et d’emploi.

Il serait nécessaire de favoriser une politique industrielle prenant en compte la dimension environnementale et sociale de réduction du temps de travail, avec création d’emplois utiles intégrant les nouveaux besoins économiques et sociaux.

Il s’agirait de redéfinir nos modes de production, de consommation et d’échanges basés sur la coopération, non sur une compétition qui entraîne vers le bas, en fonction de l’intérêt général de l’humanité.

L’HUMAIN d’ABORD !

 

  Allain Graux

 Le 2 mai 2012

 

 



[1] Alternatives économiques – Guillaume Duval – avril 2012

[2] Entre 2004 et 2008, le décile des 0.01% des plus riches a vu ses revenus annuels s’accroître de 33 % !

[3] Pour les plus pauvres, ceux dont les revenus sont inférieurs à 780 € par mois, le poids des dépenses contraintes a doublé en trente ans, passant de 24 à 48 % de leur budget.

[4] Selon le CREDOC , le logement représente aussi 32 % du budget des classes moyennes, contre 20 % en 79.

[5] Les Echos n° 21004 du 29 Aout 2011

[6] OIT: Organisation Internationale du travail

Par Allain GRAUX - Publié dans : politique
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Mardi 24 avril 2012 2 24 /04 /Avr /2012 20:24

La participation

Le nombre d’inscrits est passé de 41 194 689 en 2002 à 46 037 545 en 2012,  soit : 4 842 856 électeurs de plus.

L’abstention  qui était importante en 2002, 28.40 % et a manqué au candidat socialiste Lionel Jospin n’est que de 20.53 % en 2012, après une mobilisation record de la droite en 2007 (16.03%). A noter, le grand nombre de bulletins nuls en 2007 : 4,20% et peu importants en 2012, même par rapport à 2002.

Exprimés : au total,  ce sont 7387 268 citoyens de plus qui ont voté en 2012, et 111 720 de plus qu’en 2007.

Même si le taux d’abstention est plus important qu’en 2007, les près de 80 % de participants, avec 98 % d’exprimés,- soit un plus fort taux qu’en 2002 et 2007, démentent les commentateurs politiques qui déclaraient que ces élections n’intéressaient pas les électeurs.  En fait, on pourra observer au travers des résultats de chaque grande famille politique de droite et de gauche, l’évolution de la recomposition politique en cours dans chaque camp. Les électeurs se sont intéressés à trancher ce débat, à droite comme à gauche. L’évolution, commencée après la chute du dernier gouvernement de gauche, et surtout après la victoire inattendue du NON au référendum sur le Traité Constitutionnel européen (TCE), suit son cours et n’est pas complètement achevée.

LE VOTE en faveur du FN

En pourcentage des voix, Marine Le Pen n’a pas réussi à obtenir le score cumulé de l’extrême-droite en 2002 qui avait vu son père ravir la deuxième place à Lionel Jospin. En effet, il convient d’ajouter le score de Bruno Mégret au résultat du FN, soit 19,14 % pour 17,90 % en 2012.

Cependant, la progression en voix est importante : 1 617 060.

Les électeurs du  FN dont les voix de 2002 s’étaient reportées largement sur un vote utile en faveur de Nicolas Sarkozy, ont retrouvé - semble t-il -  les chemins boueux et démagogiques de l’extrême droite. En fait, La fille Le Pen a gagné 950 034 électeurs sur 2002, soit 13,4 % sur le nombre de votants supplémentaires par rapport à 2002. Ce qui ramène sa performance à une plus juste réalité qui ne doit pas pour autant être un signe de négligence à son égard. Car d’où viennent ces électeurs ? Les analystes politiques estiment que 20 % des votes du Fn se reportent au second tour sur la gauche, soit

3,58 % de ses voix. Il serait nécessaire de convaincre ces votes d’électeurs égarés de regagner une famille politique qu’ils n’auraient jamais dû quitter malgré leur colère légitime face aux politiques libérales de droite et de gauche. Il existe maintenant une gauche alternative largement rassemblée derrière la bannière du Front de Gauche. Il faut les en convaincre.

Il est particulièrement important pour l’avenir de la gauche et du Front de Gauche en particulier, que le vote protestataire en faveur du FN ne devienne pas un vote d’adhésion à ses thèses qui reposent avant tout sur la xénophobie. Ce mouvement, né de la droite collaborationniste et fascisante, après avoir incorporé le vote nostalgique Algérie française, puise maintenant dans le répertoire des références de la gauche et de l’altermondialisme pour masquer un programme dont le fonds reste lié au système capitaliste. Les mouvements d’extrême droite se sont toujours accommodés des régimes libéraux et les financiers leur ont toujours bien rendu la monnaie pour imposer l’exploitation du capital sur les travailleurs.

Sa banalisation est en cours par des médias avides de sensations fortes, par ses thèses reprises à satiété par la droite UMP et peu dénoncées. Nous avions déjà observé l’osmose et la capillarité des reports de voix aux élections régionales et cantonales entre l’UMP et le FN.

Les motivations du vote FN reposent sur le triptyque : immigration, insécurité, pouvoir d’achat, alors que pour l’ensemble des Français, les préoccupations majoritaires sont : le pouvoir d’achat, la crise économique, le chômage. Les électeurs du FN sont en majorité des électeurs de « la droite populaire » ouvriers, employés, petits commerçants, artisans, ruraux. Plus on s’éloigne des villes et plus le vote FN est important, notamment dans les périphéries rurbaines, des villages où l’immigration est absente …mais où on craint pour son bien, sa maison durement acquise, par des endettements excessifs. Ces « petits blancs » ont surtout peur du déclassement social alors qu’ils vivent souvent avec des revenus guère différents de ceux des tours de la cité voisine. Les ouvriers et plus généralement les membres des classes populaires ont l’impression d’être les victimes de l’évolution récente de la société, par la dégradation de leurs conditions de vie et de travail, où leurs identités de classe ont été déstabilisées par la désindustrialisation massive, les délocalisations.

L’influence du FN régresse dans les grandes villes. Sa progression est cependant inquiétante dans les petites localités, dans le Vaucluse, à Bollène avec 32,99 %, Orange : 29,54 %, Béziers à 25,70% , 23.87 % en Alpes Côte d’Azur, 26,3 % dans l’Aisne, 25,53 % dans le Nord Pas de Calais, le nouveau territoire de chasse de Marine avec 35,41 % à Hénin-Beaumont. Il s’enracine, là où le tissu industriel s’effrite, où la désespérance ouvrière est grande et sa situation sans avenir. Il est traditionnellement fort dans l’Est, en Alsace et en Lorraine, en Champagne-Ardennes.


 L’UMP

Nicolas Sarkozy obtient le plus mauvais résultat cumulé des forces de droite depuis 2002, passant de 31,18 % en 2007 à 27,18 %, il perd 1 696 458 voix. Elles ne sont pas toutes allées au FN dont il avait siphonné les voix en 2007 ; le FN améliorant son score de 2 586 744 voix sur 2007. Il est probable qu’une partie de ces voix se soient abstenues puisque Bayrou ou Dupont-Aignan n’en ont pas ou peu profité. Faute d’étude fine, la probabilité est un glissement général de voix UMP vers le centre et de voix du centre vers la gauche socialiste.

A chasser sur les terres du FN avec des thèses identitaires et sécuritaires, Nicolas Sarkozy s’est pris les pieds dans le tapis. Les électeurs préfèrent toujours l’original à la copie. Il a effrayé le centre sans gagné l’extrême droite. Son électorat populaire ne croit plus aux engagements jamais tenues pour sortir d’une situation sociale de plus en plus précaire. Il ne croît plus aux promesses du Président des riches qui a été surtout le champion des inégalités renforcées, du travailler plus pour gagner moins...pour ceux qui ont encore la chance d’avoir un emploi.

Cependant avec 27 %, la bête n’est pas morte. Tous les coups seront permis dans les semaines à venir pour tenter de se maintenir au pouvoir, quitte pour sa droite à tenter de s’allier au FN comme le prône Guillaume Peltier, l’un de ses conseillers issu de ce parti. Un FN qui justement, rôde sur un futur cadavre qui n’est pas encore décomposé…Il pourrait l’être lors de la guerre de succession qui, elle, a déjà commencé.

  

Bayrou

C’est la troisième famille de la droite, héritière du MRP, du courant démocrate-chrétien, qui n’a jamais été très important en France, sauf à rallier ou à se rassembler parfois avec des parties de la droite libérale, avec Lecanuet ou comme sous Giscard.

De 18,57 % en 2007, l’effet de surprise, Bayrou est retombé à 9,13 %. Il a cependant progressé de 2,29 % sur 2002, et gagne 1 326 179 voix sur l’année de son élargissement du carcan UMP. Indépendance mais un programme toujours résolument à droite, juste adouci par des critères de bonne morale…chrétienne, sur les aspects de la sociabilité, des discriminations.

Il refuse encore de dire son choix pour le deuxième tour au moment où j’écris ces lignes. Et c’est bien là le drame du centre, le cul entre deux chaises et la tête animée par l’antisarkozisme qui lui sert de programme. Cela lui a valu de perdre la moitié de son électorat de 2007 retourné très vite dans le bercail UMP, la droite naturelle à cet électorat. Est-ce à dire que le reste de son électorat de 2007 est plutôt à gauche, et se reporterait sur Hollande? Pour une partie sans aucun doute, comme Benhamias venu des Verts, ou de l’ancien directeur de l’hebdomadaire Marianne. Mais comme je l’évoquais plus avant, il a pu hériter d’une partie de l’électorat de Sarkozy et perdu une partie de ses voix social-démocrates.

  

LES VERTS

Sauf aux élections européennes et locales, l’écologie ne fait guère recette aux présidentielles. C’est un électorat volatile, peu ancré dans le parti lui même très dispersé. Les candidats verts sont victimes du vote utile en faveur de la sociale démocratie, voir du centre démocrate.

Du résultat cumulé de 7,13 % en 2002, Eva Joly ne réalise que 2,31 % en 2012. C’est cependant mieux qu’en 2007 où Dominique Voynet n’avait réalisé que 1,57 % au 1° tour. Elle améliore le résultat de 251 693 voix, la concrétisation de la transformation du Parti vert avec l’apport des coopérateurs d’Europe écologie ? Mais il manque les 535 837 voix de Corinne Lepage. C’est la moitié moins que Noël Mamère en 2002. Il faut dire que ses propres amis, en commençant par Cohn Bendit, Laurence  Vichniesvski et José Bové lui avaient savonné la planche sans scrupule aucun. La courageuse juge a aussi été victime d’un accord négocié avec le PS avant le vote et qui leur accordait 63 circonscriptions législatives. Pourquoi voter aux présidentielles dans ces conditions où on a vu les Verts renoncer à beaucoup de leurs principes et de leurs objectifs programmatiques.? Dans ces circonstances, le résultat n’est pas si mauvais, mais évidemment bien loin de celui des européennes, une élection sans enjeu national…EELV est en concurrence aussi avec le Front de Gauche qui a recueilli nombre de ralliements de la gauche écologiste grâce au positionnement de Jean Luc Mélenchon, du Parti de gauche, de la Fase, n’en déplaise à Vincent Placé et Cohn Bendit qui l’ont calomnié et d’Eva Joly elle-même qui a menti sur son positionnement à l’égard de l’aéroport de Notre Dame des Landes, sans doute mal informée et conseillée…

 

Hollande

Parti de très loin, après avoir bataillé pour remporter les primaires, l’ancien premier secrétaire du PS triomphe en devançant le candidat–Président sortant avec 519 738 voix d’avance et la promesse des reports de toute la gauche qui totalise 43,76 % au premier tour, un total néanmoins inférieur à 2002 ( 45.62 %). Mais en 2002, il s’agissait d’une gauche très dispersée, aujourd’hui elle est organisée en 2 pôles principaux et des accessits : un PS à 28,63 %, un FGD à 11,11 %, des écologistes à 2,31% et la gauche extrême qui ne fait plus que 1,71 %. C’est un des meilleurs résultats du PS depuis 1988, qui devrait lui assurer la victoire au deuxième tour le 6 mai. Mais rien n’est jamais gagné d’avance.

Le François a bénéficié encore du vote utile qui a freiné la progression des transfuges de la gauche socialiste vers le candidat ex-PS du front de Gauche Si bien qu’il a été nécessaire de gauchir le discours et de reprendre des thème du candidat Mélenchon comme l’augmentation du SMIC et la taxation des riches. Mais bien des ambiguïtés subsistent, sur l’austérité européenne, car s’il veut renégocier le traité, il affiche aussi sa volonté de revenir à 3 % de déficit. Comment fera t-il ? En augmentant les recettes ou en taillant dans les dépenses, la retraite. Ses hésitations à s’engager clairement à gauche pourrait lui coûter nombre de reports de la fraction la plus radicale du Front de gauche, d’une partie de cette extrême-gauche qui s’est fédérée dans le FDG. La probabilité des reports de gauche et des voix de gauche du FN  (3.85 %) donnent un score d’environ 46 %. Il  lui faut donc obtenir aussi le report d’au moins la moitié des voix du Modem. Ce qui semble réalisable et au-delà selon les instituts de sondage. Mais, il ne faut pas leur accorder une confiance absolue, comme l’a démontré les incertitudes du premier tour sur le vote FN et du FDG. Encore que pour le deuxième, les sondages à la sortie des urnes soient plus précis.

 

L’Extrême-gauche

Complètement isolée, elle est réduite à la portion congrue avec l’émergence du Front de gauche qui a conquis plus d’un électeur de ces mouvances dispersées, à l’électorat volatile. La mode n’est plus au facteur Besancenot, ni au « Travailleurs travailleuses » de l’égérie de LO, Arlette Laguiller.

Nathalie Arthaud dispense un discours agressif et inaudible qui ne recueille plus que 200 000 voix alors qu’Arlette en avait obtenu 1 630 045 en 2002.

Le sympathique Philippe Poutou arrive péniblement à 411 178, alors que son mentor Olivier Besancenot avait réalisé 1 498 835 en 2007 et 1 210 562 en 2002. Le NPA, figé dans son rigorisme anti socialiste, son sectarisme, s’est fractionné, émietté en de multiples chapelles alors que son objectif affiché était de rassembler la gauche de la gauche. La plupart des adhérents et électeurs ont rejoint le FDG, y compris une partie des dirigeants, la Gauche anticapitaliste qui a appelé à voter Mélenchon et Hollande au deuxième tour. C’est Jean Luc Mélenchon qui en rassemblant la gauche de transformation sociale, du PG au Parti Communiste et toutes les composantes du Front de gauche, a siphonné l’électorat de cette extrême gauche. Ce vote avait atteint 10,44 % des voix en 2002, il n’est plus que de 1,71 % en 2012, le POI ayant jeté l’éponge. Ceux qui comptabilisent les voix communistes et celles de José Bové, en 2007, dans le vote d’extrême gauche commettent une erreur, de classe…Il y a la gauche qui comprend la social-démocratie et la gauche de transformation sociale rassemblée dans le FDG, et une extrême gauche réduite à des organisations sectaires . POI, LO, NPA.

 

Le VOTE FRONT DE GAUCHE

Le FDG, depuis ses 6,45% des européennes progresse régulièrement : 6,95 % aux régionales, 9 % aux cantonales. Cette nouvelle force, issue des collectifs unitaires qui avaient animé et gagné la bataille du NON au TCE - déjà derrière Jean Luc Mélenchon - après son éclatement en de multiples chapelles, a regroupé le PCF au Parti de Gauche[1] et à une fraction du NPA (La Gauche Unitaire). Elle n’avait cependant pas décollé nettement. Depuis d’autres forces l’ont rejoint aux diverses étapes des scrutins locaux, la FASE, les Alternatifs, Socialisme et République (Gauche du MRC), Convergences et Alternatives (Fraction du NPA), Le PCOF, et une partie du NPA pour ces élections présidentielles, ainsi que de nombreuses personnalités du monde syndical, altermondialiste, des Verts, des socialistes de gauche. En 2007, Marie Georges Buffet n’avait réalisé que 1,97 % des suffrages pour un PCF en déclin.

Le 29 juin 2011, les « sondagiers » accordaient généreusement 3 % des votes à Jean Luc. Inaptitude ou manipulation ? Fin 2011, on en était encore qu’à 5 % avec un mépris souverain et une ignorance crasse de la plupart des médias. En janvier, ça décolle vraiment et Jean Luc monte à 13 %, 15 % en  mars. Au FDG, on se prend à rêver et même d’être présent au second tour ou pour le moins de battre un FN qui retombe, dans les instituts, entre 14 et 16 %. Il semblerait qu’après avoir dénoncé à juste titre les « erreurs manipulatrices des instituts de sondage et des médias, les partisans du FDG aient été eux-même intoxiqués par les sondages. Les médias, notamment de sensibilité de gauche - comme Libération et le Nouvel Observateur – ou de centre-droit comme Le Monde, se sont mis à tirer dans le dos et à bras raccourcis, du candidat Mélenchon, devenu subitement un danger pour Hollande. Même les Verts ont rejoint la cohorte des imprécateurs, utilisant le mensonge et la calomnie, caricaturant ses prises de position sur le Tibet ou Cuba, à l’image désolante et injurieuse des dessins nauséabonds d’un Plantu que l’on avait connu mieux inspiré.

Le vote Mélenchon a aussi été victime du vote utile de ceux qui, au dernier moment, insatisfaits de la tiédeur hollandaise préfèrent néanmoins se rassurer en déposant un bulletin Hollande, faute de croire suffisamment et vraiment au changement possible. D’autres votent pour le candidat socialiste parce qu’ils ont peur d’un trop grand changement qui chambarderait leurs vieilles habitudes à défaut de certitudes. C’est aussi un raisonnement de l’abstentionnisme de gauche. Les personnes qui votent « très à gauche », interrogées par la SOFRES[2], ont choisi François Hollande à 45 % pour 35 % à Jean Luc. Cherchez l’erreur ! 32 % des électeurs du socialiste ont déclaré produire un vote utile. Ce qui ouvre des perspectives pour l’avenir du FDG, s’il arrive à convaincre que l’utilité c’est lui.

Il n’en reste pas moins que si le résultat, finalement obtenu, n’est pas à la hauteur de l’espérance de battre le FN, la performance à deux chiffres est remarquable. Pas seulement pour le score obtenu mais aussi pour l’animation de cette campagne et la mobilisation du peuple de gauche au-delà même des partisans du Front de gauche, Nombre d’électeurs « utiles » du vote Hollande et Verts étaient venus encourager le FDG en assistant aux meetings géants de Jean Luc. C’est à cette aune qu’il faut mesurer le chemin parcouru de puis trois ans seulement.

Il reste à convaincre les milieux populaires que la solution à leurs difficultés n’est pas dans le vote protestataire en faveur du Front national et de son héroïne qui leur sert de drogue pour masquer la réalité. Elle est prête demain à s’allier avec le parti de ce Sarkozy qu’ils ont rejeté, malgré toutes ses dénégations. C’est son rêve de respectabilité et d’insertion républicaine, alors qu’elle représente tout ce qui est étranger à la République française en termes de valeur humaines et universelles.

Dans la ville communiste de Saint-Denis dans le 93 à la population ouvrière si stigmatisée, Jean Luc double son résultat national et redonne du rouge aux bastions PCF en déclin de la petite ceinture[3]. La population a voté massivement en faveur de François Hollande (45,78 %), dont le score dépasse celui de Ségolène Royal en 2007. Marine Le Pen ne fait que 9,89 %.

Le discours de JL Mélenchon faisait appel à l’intelligence des individus, quelle que soit leur catégorie sociale, même les plus défavorisés y ont été sensibles. Les « pauvres »n’ont pas tous voté Marine Le Pen mais aussi pour Jean-Luc Mélenchon. Les scores du Front de gauche en Seine-Saint-Denis en attestent, qui passent de 20 542 voix et 3,54 % en 2007 à 90 710 voix et 16,99 %.

Les bons résultats ne sont pas concentrés dans la ceinture rouge de la région parisienne, ils dépassent les 14 % dans vingt départements. A Paris même le FDG devient le 3° parti de la capitale où il dépasse les 17 % dans les quartiers populaires, comme le 20°, les 15% dans le 19° et le 18°. Il recueille 25,5 % à Ivry, 24,9% à Bagnolet, 24 % à Montreuil dont la mairie est dirigée par l’écologiste Dominique Voynet, ex-candidate à la présidence. On peut noter aussi les 16,86 % dans l’Ariège, 15,15 % dans les Alpes de Haute-Provence, 15,16 % en Hautes Pyrénées, 14,38 % dans le Lot.

Les éléments de faiblesse se situent dans l’Est, surtout en Alsace avec 7,42.et 7,22 % des voix, mais il faut se souvenir que Marie Georges Buffet n’ait obtenu que …0,61 % en 2007 ; la progression y est aussi remarquable que partout en France, avec 11, 4 % à Strasbourg. C’est dans cette région que le FN est traditionnellement fort, avec 22,12 % des voix , un score moins élevé que celui de son père qui avait culminé à 25,41 % en 2002.

Ceci prouve ici et là que plus le FDG est fort et influent, et plus le FN recule. C’est encore vérifié en Essonne à Grigny où le Front de Gauche réussit les 21,23 % quand la châtelaine de St. Cloud y est maintenue à 11,5 %.

Le Front de Gauche a un véritable ancrage populaire même s’il parle à l’ensemble des couches de la société et est mieux perçu par les couches sociales les plus qualifiées de la classe ouvrière, des employés, des salariés du public[4].

 

Le FRONT de Gauche doit s’organiser davantage pour permettre à tous ceux qui l’ont rejoint dans les urnes et sur les places publiques, dans l’action,  de continuer et d’augmenter la dynamique, à l’image de creuset du Parti de gauche, pour structurer cette Force Nouvelle, transformer le mouvement de sympathie en adhésions de conviction.  

Des dizaines de milliers de gens ont découvert qu’ils pouvaient se rassembler, échanger autour d’un programme neuf et réaliste qui place l’Humain d’abord, au centre de nos préoccupations. Si Jean Luc Mélenchon a été le formidable tribun, la belle et tonitruante voix qui les représentent , il n’est pas dans leur esprit l’idole, ni le dieu, ni le sauveur suprême. C’est le collectif qui l’emporte sur l’individu, le « Présidons » et Non Mélenchon Président. C’est un symbole du changement opéré avec les autres, pour la majorité (en dehors de Poutou, Arthaud, Joly) candidats élitistes, voire « égocentrés ».

 Tout ce peuple de gauche, au-delà même de ceux qui ont voté Mélenchon, est le mouvement populaire en marche qui vise la Révolution citoyenne, la véritable alternative, celle qui veut rompre avec la logique des traités qui nous lient ou veulent nous lier à une Europe libérale. Il ne s’agit pas de soigner le système qui nous a conduit là où nous en sommes, mais de le changer.

La prochaine étape, après le vote du 6 mai pour éjecter Sarkozy, ce sont les législatives.

 

 



[1] PG, :créé le 29 novembre 2008 par Jean Luc Mélenchon, sénateur socialiste, et Marc Dolez, député socialiste. Il est issu des courants de la gauche du PS , Trait d'union et Forces militante, de militants de l’association PRS animé par jean Luc Mélenchon, du parti MARS -gauche républicaine, présidé par Éric Coquerel, de personnalités syndicales comme Claude Debons. Parti creuset, il a été rejoint par Martine Billard, député vert, et de nombreux écologistes, des communistes, des socialistes, des syndicalistes, des altermondialistes, des sans parti. De 3000 membres en 2008, il dépasse aujourd’hui les 10 000 adhérents avec de nouveaux apports de responsables et militants du NPA.

 

 

 

[2] SOFRES : à noter le meilleur institut de sondage quant au diagnostic du vote Le Pen (17 %). Les autres se sont complètement plantés !

[3] Médiapart | Par Carine Fouteau

[4] Sondage  SOFRES (sur les inscrits et non les exprimés):vote  Mélenchon 8 % d’ouvriers (20% pour le FN) ; employés 9% ( FN 16%) ; Chômeurs :14 % ( 13 % pour le FN) ; moins de 1200€ : 8.5 % (FN :12,5 %).

Par Allain GRAUX - Publié dans : politique
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Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 19:21

Le régime parlementaire et sa version présidentialisée

Depuis l’avènement de la III° République, la France vit sous le régime parlementaire, y compris sous la V° République. Mais depuis la réforme de 1962, le Président est élu au suffrage direct. Auparavant il était choisi par un collège de grands électeurs.

Dans les démocraties parlementaires européennes, pour certaines qui sont des monarchies, la question d’un président ne se pose pas ; pour la majorité des autres - en dehors de la Pologne, l’Ukraine, la Russie - le Président est désigné par le parlement, ou un collège. Il n’a qu’un rôle représentatif. L’exécutif repose sur deux têtes : le chef du gouvernement et le président ou le monarque. C’est le premier ministre, issu d’une majorité parlementaire, qui préside et dirige le gouvernement.

Le régime parlementaire : il repose sur le principe de la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif ( voir Montesquieu).

Trois caractéristiques :

- Le droit de dissolution de la chambre basse (les députés) ;

- La motion de censure ou de confiance, soit la responsabilité politique du gouvernement devant la chambre des députés. Pour gouverner, le gouvernement doit disposer d’une majorité parlementaire. Cela n’existe pas dans un régime de type présidentiel.

- Les moyens d’action communs sont réciproques entre l’exécutif (le gouvernement) et le législatif (le parlement), pour agir ensemble dans le cadre de procédures législatives.

En régime présidentiel seul le parlement fait la loi, mais c’est le gouvernement qui dispose de l’initiative parlementaire, de prérogatives supérieures, qui propose les lois[1] et décide de la procédure, éventuellement par le vote bloqué ( sans discussion ni amendement).

 

La première tentative de régime présidentielle date de 1848 avec l’avènement de la II° République et l’élection d’un président au suffrage universel. Cela s’est terminé en 1852 avec le coup d’Etat du 2 décembre et le Second empire. Pourquoi ? A cause du conflit entre la définition des pouvoirs et de leur contrôle entre le Président et le parlement. Pour un fonctionnement démocratique, ces pouvoirs doivent-être équilibrés.

Un chef d’Etat, est politiquement « irresponsable » ; il ne craint rien de la représentation parlementaire, il ne peut pas être démis (sauf dispositions exceptionnelles et particulières : trahison, etc…[2]) C’est le gouvernement qui est responsable politiquement devant le parlement.

Les actes législatifs sont signés conjointement par le ministre et le Président, c’est le contreseing.

 

L’Election du président 

Elle a lieu, soit par les parlementaires, à la majorité absolue ou renforcée (au-delà de 50 %) ; dans ce cas le président est soumis aux parlementaires. Il dépend de leur vote et les députés sont les seuls détenteurs de la légalité du suffrage universel direct. Le Président dispose d’une autorité morale qui assure la continuité de l’Etat, sa représentation (on dit souvent que dans ce cas, il inaugure les chrysanthèmes…). Il n’a pas de rôle politique puisqu’il est irresponsable devant le parlement qui ne peut pas le démettre politiquement. S’il devenait responsable, il devrait y avoir la possibilité de le sanctionner[3].

En 1958, on passe d’un président captif à un président doté de compétences, mais toujours  irresponsable, élu par un collège électoral. Il y a déjà un hiatus, une entorse aux  principes de la séparation des pouvoirs.

 

Rappel historique :

Après la défaite du Second empire à Sedan, la République est proclamée en 1872. Suite à une période de transition, la constitution est votée le 31 janvier 1875 par une voix de majorité.

C’est Bismarck, en 1871,  qui impose une assemblée constituante.Trois forces sont en présence :

Les monarchistes qui sont majoritaires, mais divisés en trois clans : les légitimistes derrière le Comte de Chambord, les Orléanistes derrière le Comte de Paris, les parlementaires derrière Adolphe Thiers.

Les Républicains : les « Jules » ( modérés), les radicaux (Gambetta), les Bonapartistes (ou Niçois et alsaciens-lorrains)).

Les monarchistes dominent, l’autorité gouvernementale est confiée à Thiers, lui-même monarchiste constitutionnel. C’est un puissant tribun conservateur qui a massacré les partisans de la Commune de Paris. En mai 1873, la Constituante le fait démissionner. Il est remplacé par le Maréchal Mac Mahon qui est élu Président pour 7ans le 24 novembre 1873[4].

Les Républicains ont gagné toutes les élections partielles. On nomme une Commission de réflexion

(Les Trente) qui doit « réfléchir » à la nouvelle Constitution jusqu’au 30 janvier 1875. Un député du Nord, Henri Wallon, propose un amendement :

« Le Président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et la Chambre des députés réunis en Assemblée nationale. Il est nommé pour sept ans ; il est rééligible. »

Le texte est violemment débattu et adopté à une seule voix de majorité en première lecture par 353 contre 352, puis à une plus large majorité en deuxième lecture : 413 contre 248[5].

Cela scelle le retour à la République avec un Président élu par le parlement. Trois lois constitutionnelles définissent les modalités en février et juillet 1875 :

- l’article 2 du 25/02 instaure la double responsabilité du gouvernement devant les chambres et le Président. Mac Mahon l’interprète différemment des « parlementaires monistes » qui pensent que le parlement a la priorité. Mac Mahon veut être le seul détenteur de l’autorité, soit d’un régime nettement présidentialiste. Il décide de faire valoir sa position. C’est la crise du 16 mai 1977. Mac Mahon écrit une lettre personnelle au Président du Conseil, Jules Simon, en désavouant sa politique, donc en s’affirmant politique et responsable…Il lui demande de démissionner. Cette missive de Mac Mahon n’est pas contresignée par le gouvernement.

Le même jour, Mac Mahon nomme Albert de Broglie Président du Conseil (troisième gouvernement de Broglie), qui forme un ministère de droite, d'ordre moral, dit « ministère du 16 mai », en concordance avec les vues du Président de la République. L’Assemblée nationale s’enflamme autour de l’interprétation du rôle du Président et de ses pouvoirs. La crise aboutit à l’ajournement des deux chambres pour un mois. Mac Mahon dissout l’ Assemblée avec l’appui du Sénat.

Eugène Spuller propose un manifeste signé par 363 députés de gauche le 20 septembre 1877 :

Usant de son droit constitutionnel, mais agissant en dehors des règles les plus certaines du gouvernement parlementaire, le président de la république a brusquement renvoyé un cabinet qui n’avait été mis en minorité dans aucune des deux chambres, formé un ministère de minorité pris dans les partis hostiles à la République, et prorogé la Chambre pour un mois. Un autre décret, rendu sur avis conforme du Sénat, a prononcé la dissolution de la Chambre des députés (…)[6].

Résultats des élections

Les 14 et 28 octobre 1877 les législatives ont eu lieu dans tout le pays au scrutin uninominal à deux tours par arrondissements, au suffrage universel masculin.

Composition de la nouvelle chambre élue en 1877 : la majorité reste à gauche, mais elle a diminué (60 % des sièges contre 73 % en 1876).

La victoire des républicains est incontestable, mais elle n'a pas l'ampleur que Gambetta prévoyait : les députés de l'Union républicaine remportent 323 sièges - avec environ 4 367 000 voix contre 3 578 000 allant aux conservateurs.

La droite conservatrice, passe de 140 députés à 208, avec surtout une remontée des bonapartistes, de 76 députés à 104, ce qui fait d'eux le premier groupe parlementaire de l'opposition dans la nouvelle chambre. Le nombre de légitimistes passe de 24 à 44. En revanche, les orléanistes, proches du parlementarisme, sont les grands perdants, passant de 40 à 11 : la « droite parlementaire », qui a accepté de transiger en 1875 et d'instaurer la République, est défaite.

Le 24 novembre la nouvelle assemblée vote une motion de défiance contre le gouvernement qui a été imposé par Mac Mahon suite à la démission de De Broglie le 19, par 308 contre 225.

Le 13 décembre 1877, le président se soumet finalement aux résultats électoraux. Il rappelle Jules Dufaure pour former un ministère de centre gauche. Le 14 décembre, il adresse un message au parlement qui sonne comme une capitulation politique. Il reconnaît que la dissolution ne peut être une façon normale de gouverner un pays, et il conclut en disant : « […] La Constitution de 1875 a fondé une République parlementaire en établissant mon irresponsabilité, tandis qu'elle a institué la responsabilité solidaire et individuelle des ministres. Ainsi sont déterminés nos devoirs et nos droits respectifs. L’indépendance des ministres est la condition de leur responsabilité. Ces principes, tirés de la Constitution, sont ceux de mon gouvernement ».

En 1879, le Sénat bascule du côté républicain. Le 30 janvier Mac Mahon démissionne, Jules Grévy est élu Président. Le 6 février 1879, il s'adresse au Sénat et à l’ Assemblée :

« Soumis avec sincérité à la grande loi du régime parlementaire, je n'entrerai jamais en lutte contre la volonté nationale, exprimée par ses organes constitutionnels. » Jusqu'à sa disparition en 1940, la III° République n'a pas dérivé de l'interprétation que Grévy en a faite, qui restera célèbre et en  fixera les principes institutionnels. La dissolution ne sera plus utilisée.

Les Présidents de la III°.

1875 -1940  : avènement de la III° République : 14 présidents ;

1945 -1958  : la IV° République : 2 présidents.

1958 -          : la V° République : 6 présidents. De Gaulle élu en 58 par un collège électoral puis réélu en 1965 au suffrage universel.

Deux présidents ont été réélus : Jules Grévy et Albert Lebrun qui sera le dernier. Un Côte d’Orien, Sadi Carnot, sera assassiné en 1887.

Les démissionnaires :

-          Jules Grévy à la demande des deux chambres, ainsi que Millerand qui voulait un Président au fort rôle politique.

-          Casimir Perrier en 1884 pour maladie et Paul Deschanel (celui qui tomba du train) qui ne restera en fonction que 8 mois.

De 1879 à 1906, ce sont des modérés qui sont élus, puis des radicaux (centre-droit). Dix seront élus au 1° tour, quatre au second tour de scrutin. C’est le consensus car il n’y a pas d’enjeu de pouvoir .

 

La IV ° République .

Après la seconde guerre mondiale, à la Libération en 1945, la scène politique est bouleversée.

Pour la première fois en France, les femmes votent au référendum législatif du 21 octobre 1945, pour fixer par la loi les statuts des institutions provisoires de l’Etat. Elle est adoptée par 66,48 % des votants (49,70 % des inscrits). Elle n'abroge pas les lois constitutionnelles de 1875, mais pourvoit à l'organisation des institutions de l'État à court terme en attendant la rédaction et l'adoption de la future constitution du pays, qui sera celle de 1946. Elle est promulguée le 2 novembre.

L'Assemblée consultative s'était opposée au projet gouvernemental, à cause de l'utilisation du référendum, et du caractère limité des pouvoirs de la future assemblée constituante. Le référendum, est organisé le même jour que les élections législatives et prévoit deux questions :

-          « voulez-vous que l'Assemblée élue ce jour soit constituante ? »

-          « si le corps électoral a répondu “Oui” à la première question, approuvez-vous que les pouvoirs publics soient, jusqu'à la mise en oeuvre de la nouvelle Constitution, organisés conformément au projet de loi ci-contre ? [7]»

C'est une victoire historique pour la gauche(PCF et SFIO). Le Parti communiste, devient le premier parti avec 27,01 %, alors que le Mouvement républicain populaire (MRP), parti démocrate-chrétien issu de la Résistance situé au centre-gauche de l'échiquier politique, fait son entrée au Parlement avec 25,6 %. La SFIO obtient 24,9 %, le Parti radical-socialiste, qui était pourtant la première force politique française de l'entre-deux guerres, doit se contenter de 12,9 % avec l’UDSR, et la droite, discréditée et particulièrement divisée, perd les deux tiers de son électorat avec 15, 6 %. Il y a 5,6 % de femmes députées.

Le PCF, la SFIO et le MRP, forment la nouvelle majorité parlementaire chargée de rédiger la nouvelle constitution. Ils ne s’accordent pas sur les institutions : si les communistes et les socialistes sont favorables à l'instauration d'un régime parlementaire monocaméral, le MRP exige qu'une seconde assemblée et un président de la République disposant de réels pouvoirs soient inclus dans le projet constitutionnel.

L’Assemblée Constituante est hostile aux projets du Général qui consiste à se soumettre à l’autorité d’un Président. L'affrontement entre sa légitimité historique et la légitimité démocratique de l'Assemblée se clôt par la démission de celui-ci le 20 janvier 1946. Il se voulait au-dessus des partis, ce qui ne l’empêchera pas de créer le sien : le RPF.

Le 16 juin 1946, De Gaulle choisit Bayeux pour faire sa rentrée politique. Il espère influencer les travaux de la Constituante. Il expose ses idées constitutionnelles. Il ne sera pas entendu, mais ce sont ces idées qui inspirerons en partie la Constitution de 1958. Au cours de ce discours, de Gaulle affirme qu'il est en faveur d'un parlement bicaméral et pour un pouvoir exécutif procédant directement du Chef de l’Etat.

Vote de la Constitution de la IV° République.

Le projet des seuls PCF et SFIO est rejeté par le référendum du 5 mai 1946. Le non, soutenu par le MRP et le général De Gaulle, obtient 53 % des voix. L'Assemblée est dissoute. Conformément à la loi constitutionnelle du 2 nov. 45, une deuxième Assemblée constituante est élue le 2 juin 1946 ; elle permet au MRP de devenir le premier parti avec 28,2 % des voix, devant le PCF. Elle rédige un projet de compromis, cette fois adopté, le 13 octobre 1946 par 72,18 % des votants.

Les élections législatives du 10 novembre 1946 sont marquées par une victoire sans précédent du Parti communiste qui remporte 182 sièges avec 28,3 % des voix exprimées, soit près d'un tiers des députés. La SFIO perd 26 sièges, le MRP avec 173 élus en gagne 7 ; l’Union gaulliste n’a que 3 %, le RGR (gauches républicaines) 69 sièges et 11% des voix.

 

La « petite constitution du 26 avril 1946 » était cependant intéressante : un parlement monocaméral avec beaucoup de pouvoirs et 39 articles de déclaration des droits, un président élu par l’Assemblée avec une majorité des 2/3 au 1° tour et ensuite à la majorité des 3/5°.

Dans la nouvelle constitution qui devient celle de la IV° République et restera en vigueur jusqu’en 1958, les fonctions présidentielles son reléguées à l’article V. C’est donc une régime d’assemblées, avec un Président qui a encore moins de pouvoirs que sous la III°.

Sur quatre candidats, le socialiste Vincent Auriol (SFIO), est élu le 17 janvier 1947 pour 7 ans, par une majorité absolue au 1° tour (51 %). Il en faudra 14 pour désigner son successeur, René Coty, le 13 décembre 1953[8]. Il démissionnaira à la suite du coup d’Etat du 13 mai 1958.

Le mode de scrutin, proportionnel par département, favorise l’émiettement et éparpille les voix. À partir de 1951, la loi des apparentements incite les partis à se regrouper au sein de coalitions, mais ce système compliqué est assez incompréhensible pour les électeurs. On passe du régime parlementaire à un régime d’assemblée qui connaîtra, selon un consultant français de la RAND Corporation, Constantin Melnik, en moyenne, un jour de crise ministérielle sur neuf !

L’Assemblée Nationale est élue pour cinq ans. Elle contrôle le gouvernement issu d’une coalition de partis. Elle peut le renverser par une motion de censure. Pour dissoudre l'Assemblée, il faut au moins deux crises ministérielles au cours d'une période de 18 mois et qu'elles se soient soldées par l'adoption d'une motion de censure ou le refus de la confiance de l'Assemblée au gouvernement à la majorité absolue des députés.

Le Sénat ou Conseil de la République est renouvelé par tiers tous les trois ans au suffrage indirect par un collège de grands électeurs représentant les collectivités locales comme le sera celui de la Cinquième République. Il a peu de pouvoirs.

Le Président de la République est élu par le Parlement composé par la réunion des deux chambres (article 29 de la Constitution), pour une durée de sept ans. Son rôle est essentiellement représentatif, il nomme le Président du Conseil et il a le pouvoir de dissoudre par décret la chambre des députés, suivant une procédure très encadrée. Il signe et ratifie les traités et accrédite les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires. Il est le Chef des armées et préside à ce titre le Conseil supérieur de la défense nationale. C'est aussi lui qui préside le Conseil supérieur de la magistrature. Il conserve enfin le droit de grâce et demeure irresponsable sauf en cas de haute trahison.

 

La V° République

La décolonisation, la guerre d’Algérie, les crises ministérielles emportent la IV° le 13 mai 1958 avec le soulèvement militaire d’Alger et les complots des partisans du général de Gaulle.

Cette ultime crise donnera naissance à la V° République.

Le 3 juin 1958, une loi constitutionnelle portantdérogation transitoire aux dispositions de l'article 90 de la Constitution est adoptée par le Parlement. Elle est promulguée le 3 juin 1958, et autorise le gouvernement présidé par le Général De Gaulle à rédiger une nouvelle constitution.

Michel Debré préside un Comité constitutionnel consultatif chargé de rédiger le texte. Ce n’est plus une procédure démocratique de députés mandatés par le peuple comme dans une Assemblée Constituante. De Gaulle impose ses conceptions exprimées à Bayeux en 1946 :

- Un Président qui préside, aux pouvoirs étendus, un exécutif renforcé au détriment du pouvoir législatif des parlementaires.

C’est néanmoins un régime parlementairedont les fondements démocratiques reposent sur le suffrage universel, la séparation des pouvoirs et qui organise les relations entre la France et la Communauté française (les colonies).

Rien sur le Président ! Il est élu par un collège électoral supérieur à celui de la IV°, qui va au-delà des simples parlementaires, incluant de grands électeurs désignés par les collectivités territoriales. Ce collège de 81 464 personnes, comprend les délégués des conseils municipaux, les maires seuls ou accompagnés de ces délégués selon l’importance des communes. Il s’agit d’une nouvelle légitimité mais pas celle du peuple dans son entier.

C’est la clef de voûte des institutions. Ce n’est pas un régime présidentiel, mais c’est un Chef d’Etat qui obéit à une nouvelle logique, toujours irresponsable, mais agissant. Le 4 sept 1958, De Gaulle présente la nouvelle Constitution.

Pourquoi n’a t-il pas présenté de suite l’élection au suffrage universel ? Il est convaincu que sa légitimité historique transcendera tous les rouages, que de Président arbitre il deviendra naturellement décideur. L’utilisation du référendum allait asseoir, souligner cette légitimité du Président, c’est-à-dire la sienne, taillée par lui et pour lui. Il estimait ne pas avoir, encore, besoin du suffrage universel. Il n’en était pas un inconditionnel…s’accordant une différence de légitimité entre le référendum, l’appel direct aux citoyens, et les mandatés par ces mêmes électeurs. Par ailleurs, Michel Debré inspiré du modèle britannique et du rôle d’un premier ministre fort, n’y était pas favorable. Les partis, opposés à sa personnalisation, auraient pu faire échouer le référendum comme en 1946.

Président il dispose de pouvoirs exceptionnels avec l’article 19, il nomme le premier ministre (article 8). Ses pouvoirs sont dispensés du contreseing, par contre il doit approuver les lois. Il peut entrer en contact avec le parlement (par lettre seulement), nomme 3 membres du Conseil Constitutionnel, dispose de l’article 16 qui lui accorde les pleins pouvoirs en cas de crise grave. Utilisé pendant la guerre d’Algérie à la suite du Putsch du quarteron de généraux félons du 22 avril 61, cet article n’a pas été supprimé malgré 11 référendum législatifs.

La Constitution est votée le 28 septembre 1958 et adoptée par 79, 25 % des voix ; elle est promulguée le 4 octobre 1958 et l’élection présidentielle organisée par la loi organique du 7 nov.

L’article 7 définit les modalités de l’élection du Président, à deux tours : majorité absolue au 1° tour puis relative au deuxième. En cas de démission ou disparition, l’intérim est assuré par le Président du Sénat.

Le 28 décembre 1958, De Gaulle est élu sur cette base et triomphe avec 78,5 % des voix (62 394) face à 2 candidats : 1 communiste, Georges Maranne (10 355 voix ), Albert Chatelet (gauche non communiste hostile à de Gaulle : 6 721 voix).

 

En 1962, le peuple français approuve le traité de paix en Algérie. Cela provoque une crise constitutionnelle au printemps 1962. Debré démissionne le 1° avril car il est hostile à l’indépendance de l’Algérie. C’est Georges Pompidou, un banquier, non élu, qui le remplace. Les parlementaires sont mécontents. L’OAS a tenté d’assassiner le Président lors de l’attentat du 2 Août au Petit-Clamart. Le Général estime qu’il peut maintenant proposer l’élection du président au suffrage universel en dramatisant la  situation. Le 29 Août, il communique sa volonté aux ministres d’assurer la continuité de l’Etat en cas de disparition de son chef. Annoncée par une déclaration radio-télévisée du 20 septembre 1962, la réforme est annoncée en Conseil des ministres le 2 octobre 1962, bien que le Conseil d’Etat ait émis un avis négatif car la référence utilisée à l’article 11 de la Constitution n’est pas la bonne. C’est l’article 8 qui devrait l’être, car il oblige à la discussion du texte proposé devant le parlement qui doit le voter en termes identiques ; or, la majorité sénatoriale est dans l’opposition. De Gaulle a donc une idée précise derrière la tête en utilisant l’article 11 qui concerne l’organisation des pouvoirs publics : ce dernier est dispensé du contreseing…

A l’Assemblée, François Mitterrand déclare qu’il s’agit d’un « coup d’Etat permanent »(ce dont il fera un livre). Une motion de censure est déposée et adoptée le 5 octobre par 280 voix contre 240. Le gouvernement Pompidou doit démissionner. Le lendemain, De Gaulle réplique en prononçant la dissolution de l’Assemblée nationale. Le 18, il prononce une allocution et annonce la tenue d’un référendum modifiant l’article VI de la Constitution.

Il a lieu le 28 octobre 1962. La loi portant l’élection du Président de la République au suffrage universel direct est adoptée selon la procédure de l'article 11, par :

Inscrits : 28 185 478
Abstentions : 6 490 915
"Oui" : 13 150 516 (62 % des suffrages exprimés)
"Non" : 7 974 538

Gaston Monnerville , le Président du sénat, décide de saisir le Conseil Constitutionnel qui botte en touche, se déclarant incompétent : « le Conseil ne juge pas les lois adoptées directement par le peuple ». L’argumentation est spécieuse puisque c’est la procédure adoptée qui n’est pas constitutionnelle.

Aux élections législatives des 18 et 25 novembre, la majorité présidentielle est reconduite malgré une progression de la gauche :

Groupes à l’Assemblée

UNR – UDT – gaullistes                                                     216+17 = 233 sièges  - 48,34 %

Centre-démocrate : CNIP + MRP                                          51+  4 =   55            - 11,41 %

Républicains Indépendants                                                     32+  3 =  35            -   7,21 %

Non inscrits                                                                                            13            -    2,70 %

DROITE                                                                                                336                                                                                                                                      

RD – Radicaux et divers gauche                                             35+ 4  =  39           -   8,10 %

Socialiste                                                                                 64 +2  =  66           -  13,69 %

Communiste                                                                             41+0  =   41           -   08,51 %

GAUCHE                                                                                               146

Total                                                                                                       452

 

 Pompidou se succède à lui même au poste de premier ministre.

 

Deux nouveaux articles, VI et VII, modifient la Constitution par une loi organique :

Article VI : Le Président est élu pour 7 ans , au suffrage universel, rééligible…

Article VII : il organise le scrutin. Si un candidat obtient la majorité absolue des suffrages exprimés (la moitié de ces suffrages plus une voix) au premier tour, il est élu. Dans le cas contraire, un second tour[9] a lieu deux semaines plus tard pour départager les deux candidats arrivés en tête au premier tour. Là, le candidat qui obtient la majorité simple est élu. La suppléance est assurée par le Président du Sénat en cas de démission, de décès, de destitution (statut pénal depuis 2007).

La campagne officielle s’ouvre quinze jours avant le scrutin sous la haute surveillance du Conseil Constitutionnel.

-          On peut réviser la constitution par référendum, par un article imprévu.  Mais en 1969, pour la réforme du Sénat, le procédé échouera et De Gaulle démissionnera.

-          Le Conseil Constitutionnel se déclare incompétent pour l’organisation des référendum décidés par le Chef de l’Etat.

-          Le Président de la République, élu directement au suffrage universel dispose d’une nouvelle légitimité, aussi importante que celle des députés, élus aussi au suffrage universel. Mais le Président, de ce fait, dispose d’un pouvoir étendu et sans contrepartie, puisqu’il est toujours irresponsable politiquement. L’Assemblée peut-être dissoute par le Président en cas de conflit politique, le Président ne peut pas être démis sauf cas exceptionnel. Il nomme le Premier ministre et dispose d’une majorité présidentielle à l’Assemblée, qui lui est acquise sans contestation si ses partisans sont majoritaires.

 

Dans l’esprit du Général, il ne pouvait pas y avoir de cohabitation. Il est élu pour sept ans, l’Assemblée pour cinq ans, mais en cas d’incompatibilité, s’il n’est plus majoritaire, il se démet comme il le fera en 1969 en ayant perdu la confiance d’une majorité d’électeurs.

François Mitterrand en 93, puis Jacques Chirac en 1997, n’auront pas la même interprétation de la Constitution, puisque leurs partisans battus aux législatives, ils resteront au pouvoir.

Pour De Gaulle, le fait majoritaire, c’est l’alignement des majorités, à l’Assemblée, à la Présidence, au gouvernement. Le premier ministre n’est que l’exécutant de sa politique. Le Président est le chef incontestable de la majorité.

Le scrutin législatif par circonscription, à deux tours, renforce la bipolarisation de la vie politique et assied  une personnalité à la tête de chaque coalition.

Pour gagner la présidence, il faut obtenir la majorité des voix au premier ou au deuxième tour. Toute la vie politique va s’organiser autour de ce scrutin et laminer les petits partis qui ne peuvent avoir aucun espoir de remporter la présidentielle. La vie politique française va s’organiser autour de deux grandes coalitions de droite et de gauche. Pour gagner il faut s’unir, rassembler autour de soi-même, à défaut de le faire sur un programme. La priorité devient la personnalité. Les partis - dits de gouvernement - vont s’organiser eux-mêmes selon le principe présidentialiste. Ce qui donnera naissance à des courants internes, « écuries » à vocation présidentielle…

C’est un régime parlementaire déséquilibré, pas totalement présidentiel, pas totalement législatif,  une présidence de législature.

 

La cohabitation et la réforme du «  quinquennat » de l’an 2000

La différence majoritaire, vécue une fois à gauche et une fois à droite, entre le Président et l’Assemblée, conduisent le premier ministre socialiste Lionel Jospin et le Président Jacques Chirac a proposer une réforme qui consiste à aligner la durée du mandat du Président sur celle de l’Assemblée et à élire les députés consécutivement à l’élection du Président.

Cette nouvelle priorité accordée au Président, toujours sans contrepartie, renforce la préférence présidentielle d’un régime qui reste parlementaire !

La majorité présidentielle est liée à la majorité législative, car s’il est possible aux citoyens de voter différemment aux deux scrutins, on voit mal pourquoi ils désigneraient une majorité parlementaire différente de celle qu’ils ont accordée au Président.

Le référendum du 24 septembre 2000, solution préférée par Jacques Chirac à l’adoption selon l’article 89 par le Parlement.

En 2000, suite au référendum sur le quinquennat présidentiel organisé par le président Jacques Chirac, la durée du mandat présidentiel est ramenée de 7 à 5 ans (loi constitutionnelle no 2000-964 du 2 octobre 2000). Le quinquennat entra en vigueur à l'occasion de l'élection présidentielle de 2002 ; Jacques Chirac est ainsi le premier président à avoir fait un quinquennat lors de son second mandat (2002-2007)[10].

Le référendum a été approuvé par 73,21 % des votants, qui représentaient 30,19 % du corps électoral. Une abstention massive !

 

Les compétences réelles du Président  de la République, augmentées par l’élection au suffrage universel.

En 1958, l’article VI donne un rôle d’arbitre - au dessus des partis - au Président. Il assure ainsi la continuité de l’Etat, non soumis au « désordre » des crises parlementaires. Il est le garant de l’indépendance, de l’intégrité du territoire, du respect des traités.

La liste de ses pouvoirs est définie par les articles 8 à 19. L’article 19 est le plus important, car il prévoit le partage du contreseing entre le Président, le Premier ministre, les ministres concernés par les textes législatifs adoptés.

L’article 66 le déclare toujours irresponsable. C’est le Premier ministre qui est responsable devant l’Assemblée nationale. C’est le fusible du pouvoir de la V° République. Il a le pouvoir de nomination du premier ministre et de son gouvernement dont il préside le conseil. Ce qui ne pose pas de problème sauf en période de cohabitation. Le pouvoir partagé est l’expression concrète de l’irresponsabilité présidentielle. En fait, le Président décide, d’autorité morale, il est devenu acteur politique. Il s’agit de faire du Chef de l’Etat une autorité en capacité d’agir dans des circonstances exceptionnelles, renforcée par l’article 16[11] qui lui accorde toujours les pleins pouvoirs, cinquante ans après la fin de la guerre d’Algérie…

Il ouvre et clôt les sessions extraordinaires par décret, soit à la demande du Premier ministre, soit à celle des parlementaires. Les sessions ordinaires ne relèvent pas de ses prérogatives.

Il signe les ordonnances et les décrets, pouvoir qu’il partage avec le premier ministre.

L'article 13 précise que le président nomme aux emplois civils et militaires[12], en fait pour les emplois les plus importants : les conseillers d'État, les ambassadeurs, les envoyés extraordinaires, les conseillers maîtres à la Cour des comptes, les préfets, les officiers généraux, les recteurs d'académie et les directeurs d'administrations centrales. Pour le reste, il délègue son pouvoir au Premier ministre.

Pour s’opposer à une loi constitutionnelle, les parlementaires, ou le Président, doivent réunir une majorité des 3/5° des deux chambres

Le président a le droit de saisine du Conseil constitutionnel, sans contreseing avant la promulgation d'une loi. C'est un moyen de contrôle du travail parlementaire.

L'article 11 (comme nous l’avons vu) donne au président le droit d'en appeler directement au peuple en organisant un référendum, toutefois sur proposition du gouvernement. C’est le moyen de contourner les parlementaires sur une liste de sujets définis par l’article 11.

Il est le garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire. Il dispose du droit de grâce, mais il a l'obligation de prendre auparavant l'avis du Conseil supérieur de la magistrature, et le décret de grâce doit être contresigné par le Premier ministre et le ministre de la Justice. En 1958, le président nommait les 9 membres du Conseil supérieur de la magistrature, depuis 1993, il n'en nomme plus qu'un. Il nomme aussi trois des neuf membres du Conseil constitutionnel (dont son président) ; les présidents de la République sont à la sortie de leur mandat membres de droit de ce conseil.

Le président est le chef des armées. Depuis 1996, il engage la force nucléaire. C’est Jacques Chaban-Delmas qui avait appelé les affaires internationales le « domaine réservé » du président. Ce rôle n’est défini nulle par le constituant, mais c’est devenu la pratique courante des institutions de la V° République. Cela a posé quelques problèmes en période de cohabitation : il faut prévoir deux sièges dans les réunions internationales, et deux avions …


 Cohabitations

La première résulte du résultat des élections législatives de 1986 sous le mandat de François Mitterrand. Dans la logique gaullienne, il aurait dû démissionner. Dans sa conception « parlementariste » et de président arbitre, il a nommé le chef de la majorité parlementaire, Jacques Chirac,  premier ministre. Le 29 mars 1993, après l’écrasante victoire de la Droite (UPF) par 472 sièges sur 577,  il nommera Edouard Balladur, sur proposition de Jacques Chirac afin de permettre à ce dernier de préparer l’élection présidentielle de 1995. Mais, l’échéance venue, Balladur voulut être le calife, il se présenta au suffrage des Français pour l’élection suprême. Il était soutenu par un certain Nicolas Sarkozy… C’est Chirac qui l’emporta, contre toute prévision.

Là ! En 1997, le Président Chirac dissout l’Assemblée nationale. Et la « Gauche plurielle » l’emporte. Chirac nomme le chef de la nouvelle majorité des députés, issue du suffrage universel, le socialiste Lionel Jospin au poste de Premier ministre. Le Président de la République devient le chef de l’opposition !

La raison de cette dissolution semble concerner, aux dires du Président lui-même, la construction de l’Europe : la France pouvait-elle remplir les conditions du Traité de Maastricht pour se qualifier dans le club Euro ? Mais quel lien pouvait-il exister entre  ce point et la composition de l’Assemblée Nationale majoritairement favorable à Jacques Chirac ? Je n’en vois aucun … à moins de considérer que cette majorité législative n’était pas la bonne pour permettre à Jacques Chirac de mener sa politique européenne. C’est la question que se pose Philippe Seguin au lendemain de cette dissolution désastreuse pour la majorité présidentielle. En fait, la victoire de la Gauche est la suite logique des grandes grèves et mouvements sociaux de 1995 contre la politique du Premier ministre Alain Juppé.

En 1966, Alain Peyreffite proposa au Général de faire élire une nouvelle assemblée, dans la foulée de la présidentielle, permettant de mener des réformes de fond avec une tranquillité parlementaire pour cinq ans. De Gaulle lui répondit : "Pourquoi grands dieux ? Je m’en garderai bien. Pour plusieurs raisons. D’abord, personne ne comprendrait cette dissolution. Comment la justifier devant l’opinion ? Cette assemblée a soutenu mon programme sans faiblesse, et je la renverrais dans ses foyers ? Ce serait absurde. Ce serait immoral."» Et de Gaulle de préciser que seul un conflit entre le Président et le parlement peut exiger le recours au peuple souverain."Ensuite, poursuit-il, parce que cette dissolution ferait coïncider les deux mandats. Elle ferait naître l’idée que le mandat présidentiel a besoin d’être validé par un vote législatif. Enfin, parce que ces élections législatives, aujourd’hui, rien ne prouve que nous les gagnerions. Et si nous les perdions, je n’aurais plu qu’à m’en aller … quel homme serais-je, si je m’accrochais alors que le peuple me désavoue ? De quelle autorité disposerais-je. C’est seulement s’ils votent la censure que la dissolution devra intervenir. » Et dans ce cas là ? "- Eh bien, si je perds, je partirai".

De cet entretien, il faut retenir selon la logique gaullienne des institutions : l’Assemblée Nationale ne doit être dissoute que si elle est en conflit avec l’exécutif, c'est-à-dire le gouvernement et le Président de la République. De cette première règle, nous pouvons déduire que, pour le Général de Gaulle, l’exécutif est un et indivisible. Il y a une tête, il y a une seule voix.

De Gaulle avait déclaré dès 1964 : il ne serait question qu’il y ait une dyarchie à la tête de l’Etat, mais une hiérarchie.

Avec ses successeurs, de gauche comme de droite, nous ne sommes plus dans la même logique.

Le droit de dissolution est une prérogative des chefs d’Etat en régime parlementaire.

Il sera utilisé très peu : 1 fois sous la III° République, 1 fois sous la IV°, 1 fois sous la cinquième par Chirac ( en dehors de celles qui ont suivi les présidentielles en 81 et 88 sous Mitterrand).

 

La révision constitutionnelle du 2 octobre 2000, dite réforme du quinquennat, est destinée à éviter la cohabitation tel qu’il résultait des expériences précédentes qui opposait les deux têtes de l’exécutif, les deux majorités issues du suffrage universel. Elle a réduit à cinq ans la durée du mandat présidentiel. Une réforme législative a prévu que les élections des députés devaient avoir lieu en juin succédant ainsi à l’élection du Président. L’élection législative a ainsi pour fonction première de confirmer le résultat de l’élection présidentielle en permettant au Président de bénéficier d’une majorité conforme à ses vues pour la durée de son mandat.

Ces réformes n’écartent cependant pas tout risque de cohabitation, puisque le calendrier électoral peut toujours être modifié par une dissolution ou une cessation anticipée du mandat présidentiel (pour cause de décès ou de démission).

Elles soulèvent en outre des questions importantes relatives à l’équilibre des institutions :

-          l’alignement de la durée du mandat présidentiel sur celle du mandat des députés renforce l’ambiguïté du rôle du Premier ministre. Le chef de l’État apparaît désormais comme le véritable chef de la majorité parlementaire ;

-          la chronologie retenue pour les élections (élection présidentielle puis législative) confirme pour sa part la position subordonnée de l’Assemblée nationale au sein des institutions. Sa principale fonction étant de recevoir une majorité qui permette au chef de l’État de réaliser son programme.

 

Lionel Jospin, après une cohabitation difficile voulait opter pour un régime présidentiel, mais il n’est pas allé jusqu’au bout de la réforme. Il était question d’autres modifications

Le projet de réduire le mandat présidentiel de 7 à 5 ans a été aussi envisagé par le président Georges Pompidou avec la présentation d'un projet de loi au Conseil des Ministres le 6 septembre 1973. Ce projet de loi est adopté par l'Assemblée Nationale le 16 octobre par 270 voix contre 211 puis par le Sénat par 162 contre 112. Toutefois, la majorité des trois cinquièmes n'ayant pas été réunie, la modification constitutionnelle ne fut pas présentée au Congrès[13].

François Mitterrand, qui s'était prononcé pour le quinquennat en 1981, créa la Commission Vedel le 2 décembre 1992 pour qu'elle fasse des propositions de réformes constitutionnelles, faute d'organiser le référendum auquel il avait d'abord songé, notamment à propos de la réduction du mandat présidentiel. Dans les recommandations qu'il donnait à la Commission Vedel,  il soulignait à propos de l'éventuelle révision du mandat présidentiel qu'il souhaitait : « N'oublions pas que le Président de la République a, en raison de l'article 5 (de la Constitution), un pouvoir d'arbitrage et qu'il n'est pas lié au changement de majorité parlementaire » (1992).

Un tel modèle institutionnel suppose parallèlement un renforcement de la séparation des pouvoirs.

Il aurait fallu dans ce cas :

-          rendre le Président responsable politiquement devant le parlement.

-          lui enlever le droit de dissolution ;

-          supprimer l’article 16 qui n’a plus aucune justification ;

-          faire élire éventuellement un vice-président et supprimer le poste de premier ministre.

-  l’indépendance de la Justice devrait impérativement être renforcée et le Parlement devrait retrouver un rôle plus important, tant en termes de législation que de contrôle.

La réforme ne revient pas sur les possibilités de se représenter de manière illimitée, à l'élection présidentielle, ni sur les autres aspects du mandat présidentiel qui demeurent identiques, s'agissant par exemple des causes d'interruption du mandat (art 7 et 68).

 

La Constitution a été révisée vingt deux fois, mais pour des apparences, en dehors des référendum de 1962 et de 2000 qui ont décidé de l’élection au suffrage direct et du quinquennat.

Réformes inachevées qui déséquilibrent le système parlementaire démocratique en l’absence d’un choix clair en faveur d’un régime présidentiel ou d’un régime parlementaire.

 

Dans le cas d’un retour au régime d’Assemblée, le Premier ministre deviendrait le véritable chef de l’Exécutif. Il devrait, pour ce faire, obtenir la confiance de la majorité des membres composant l’Assemblée nationale. Une telle situation impose de supprimer l’élection du chef de l’État au suffrage universel direct.

 

Mais si on choisit le régime parlementaire, la question qu’il faudrait peut-être se poser c’est :  pourquoi élire un Président de la République ?

 

Le programme du Front de Gauche pour une VI° République parlementaire, sociale et participative, prévoit principalement :

-          La convocation d’une Assemblée Constituante élue au suffrage universel, indépendante de l’Assemblée nationale

(Incompatibilité des mandats de député et de constituant).

-          L’élection de l’assemblée nationale au scrutin proportionnel rétablit pour toute les élections, établissant la primauté de l’Assemblée sur l’exécutif.

-          La suppression du Sénat ou sa réforme profonde pour devenir une chambre des collectivité locales et des initiatives citoyennes.

-          L’élaboration d’un statut de l’élu et du statut du bénévole. Le cumul des mandats limité en nombre et dans le temps, la parité garantie par la loi.

-          La reconnaissance de la citoyenneté d’entreprise.

-          La garantie de l’indépendance de la justice à l’égard du pouvoir exécutif, en instaurant un Conseil supérieur de la Justice, pour moitié élu par les magistrats, pour moitié par le parlement.

 

   Allain Graux

 Le 15 avril 2012

 

 

 



[1] En France, cette disposition a été réformée et accorde un droit – restreint -d’initiative législative.

[2] Loi de 2007 sur la destitution

[3] Démission, loi d’ «empechment » ( Etats-Unis), pétition populaire pour référendum d’abrogation (Venezuela).

[4] Pourquoi 7 ans ? Parce que les monarchistes constitutionnels majoritaires attendent la mort du vieux Comte de Chambord, car ce dernier ne veut pas disposer d’un pouvoir dispensé par une Chambre issu d’une révolution. (Il veut le retour du drapeau blanc à fleur de lys…), à la différence du Comte de Paris. On a donc élu Mac Mahon en attendant. On estime la survie de Chambord entre cinq et dix ans, on tranche à sept !

[5] le texte introduit par l'amendement d'Henri Wallon dans les lois constitutionnelles de 1875 a été abrogé par le premier des actes constitutionnels de Vichy, le 11 juillet 1940. Cet « acte constitutionnel », pris sur le fondement de la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940 qui a confié les pleins pouvoirs à Philippe Pétain pour réviser la constitution, a, dans le même temps, déclaré que Pétain était désormais le « chef de l'État français », et qu'en conséquence, l'article 2 de la loi constitutionnelle du 25 février 1875 était abrogé. Le régime républicain, en fait,  n'existe plus à partir de cette date jusqu’à la Libération.

[6] Manifeste Spuller : http://www.droitpolitique.com/spip.php?article49

[7] La première question, en réalité, est de savoir s'il faut ou non maintenir la Troisième République. Le peuple répond, le 21 octobre 1945, par la négative. La Troisième République prend fin, et les lois constitutionnelles de 1875, quoique encore en vigueur théoriquement, demeurent non-appliquées.

La deuxième question concerne les pouvoirs de la future assemblée constituante : les partisans du « non » prônent une assemblée entièrement souveraine, c'est-à-dire sans limitation de durée, réunissant les pouvoirs constituant, législatif et exécutif, comme l'Assemblée nationale élue en 1871 ; les partisans du « oui » soutiennent le projet de loi constitutionnelle proposé par le gouvernement, qui fixe un terme de sept mois au mandat de l'Assemblée constituante11, et établit un cadre rigide aux institutions provisoires (la responsabilité du gouvernement est ainsi encadrée précisément pour éviter l'instabilité ministérielle). Le peuple français répond également « oui » à cette deuxième question, par 12 795 213 voix contre 6 449 206.

Le général de Gaulle, qui soutenait le « oui, oui », aux côté de  la SFIO (¨PS) et du Mouvement républicain populaire (MRP).. Les autres solutions étaient  :

« oui à la IVe République, non aux limitations », prôné par le Parti communiste français (PCF;

« non aux deux », soutenu par les radicaux, l'un des grands courants de la Troisième République ;

« non à la IVe République, oui aux limitations », favorisé par la droite sortie très affaiblie du Régime de Vichy ;

Source : WIKIPEDIA

 

[8] René Coty n’était pas candidat pendant le 11 premiers tours. Au 8° tour, Laignel a failli être élu. Il lui a manqué 25 voix . Mais Le Troquer, Président socialiste de l’Assemblée, a annulé ces bulletins intitulés Laignel, parce que n’y figurait pas son prénom et qu’il y avait un autre Laignel…

[9] Un deuxième tour de vote a toujours été nécessaire, aucun candidat n'ayant jamais dépassé 50 % des suffrages exprimés au premier tour (Charles de Gaulle a obtenu 44,6 % lors de l'élection de 1965,

[10] Wikipédia

[11]WIKIPEDIA « Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacés d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel. Il en informe la Nation par un message. Ces mesures doivent être inspirées par la volonté d'assurer aux pouvoirs publics constitutionnels, dans les moindres délais, les moyens d'accomplir leur mission. Le Conseil constitutionnel est consulté à leur sujet. Le Parlement se réunit de plein droit. L'Assemblée nationale ne peut être dissoute pendant l'exercice des pouvoirs exceptionnels.

Article 16 de la Constitution, version en vigueur depuis le 23 juillet 2008

Concrètement, il s'agit d'intégrer au mieux la gestion de crise : pour sauvegarder les institutions de la République dans des situations d'une gravité particulière (comme la guerre ou les catastrophes naturelles), cet article vise à accroître temporairement les pouvoirs de l'exécutif et à le rendre plus réactif.

[12] sur proposition des commissions parlementaires.

[13] Wikipédia

Par Allain GRAUX - Publié dans : politique
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Mardi 10 avril 2012 2 10 /04 /Avr /2012 18:16

LE SYNDICALISME INTERNATIONAL FACE A L’EVOLUTION DU CAPITALISME

 

Le 1° novembre 2006, il s’est produit un évènement considérable pour le monde syndical : la naissance de la CSI (Confédération Syndicale Internationale). Cette centrale mondiale regroupe 306 organisations de 156 pays, et rassemblent 168 millions de syndiqués. C’est la première fois dans l’histoire du syndicalisme que se crée une confédération quasi unique.

Cependant, si les internationales apparaissent massives par le nombre de leurs adhérents affiliés,  elles ne sont en réalité que de très petites structures. « Elles doivent faire face à une très grande hétérogénéité des traditions syndicales[1] ».

Si les syndicats du Nord (pays scandinaves) ont un grand nombre d’adhérents (80 % pour LO en Suède), ils s’apparentent plus à une mutuelle. C’est un syndicalisme différent de celui pratiqué au Sud. En France, les adhérents sont peu nombreux, mais l’influence se mesure davantage par la participation des salariés aux élections professionnelles et par leur capacité extraordinaire de mobilisation. Entres ces deux tendances, il existe toute une gamme, allant du réformisme, de la collaboration de classe à la lutte pour la transformation sociale. Beaucoup, en particulier dans les pays anglo-saxons, sont liés aux partis sociaux-démocrates ou travaillistes.

 

Historique

1913 - La FSI (Fédération syndicale Internationale) apparaît ; elle vise à regrouper les organisations syndicales du monde. Elle siège à Amsterdam. Elle est essentiellement européenne et nord-américaine.

1917 - La révolution bolchevique en Russie, la création des partis communistes en 1920, vont bouleverser également le monde syndical. Sous l’impulsion des soviétiques, la FSI éclate en 1920 : le courant révolutionnaire crée l’ISR. (Internationale des Syndicats Rouges ou PROFINTERN).

Après la guerre, les chrétiens sociaux créent la CISC (Confédération International des Syndicats chrétiens.)

Le paysage syndical se divise comme le paysage politique du monde ouvrier, entre socialistes réformistes, révolutionnaires communistes, et chrétiens.

En France, la CGT Unitaire (d’influence communiste) se détache de la CGT (créée en 1895). Elle se réunifiera au moment du Front populaire en 1936. Les chrétiens sont rassemblés dans la CFTC qui est née en 1919.

1945  -La FSI devient la FSM (Fédération Syndicale Mondiale) qui est son prolongement ; l’ISR a disparu dans les années 30. FSI et ISR se retrouvent dans la FSM.

1948 - création d'un comité syndical consultatif dans le cadre du Programme pour la Reconstruction de l'Europe : le TUAC[2] (Trade Union Advisory committee). Cette Commission Syndicale Consultative auprès de l'OCDE (TUAC) est l'interface entre syndicats de salariés et l'OCDE[3]. C'est une organisation syndicale internationale bénéficiant du statut consultatif auprès de l'OCDE et de ses divers comités. 

1949 - La FSM se divise ; la CISL (Confédération des syndicats Libres) se crée sous l’influence de l’AFL-CIO (Etats-Unis). C’est la guerre froide.

La CGT reste à la FSM.

La CGT-FO (Force Ouvrière), réformiste, de tendance sociale-démocrate, est créée avec l’aide et les fonds de la CIA[4] au moment des grandes grèves de 1947. Elle est fondatrice de la CISL. La CFDT, scission de la CFTC l’y rejoindra en 1982.

1958 - En Europe, sept confédérations syndicales des six pays du Marché commun, fondent un Secrétariat syndical européen.

1969 - La CISC devient la CMT (Confédération Mondiale du Travail), avec la déchristianisation du syndicalisme chrétien (création de la CFDT).

1973 - La CEE[5] amène les syndicats européens à se regrouper dans la CES ou ETUC (Confédération Européenne des Syndicats).

Les trois structures : communiste, sociale-démocrate, chrétienne, coexistent.

1989 - Chute du mur de Berlin : la FSM est en crise à partir de 1990, avec l’éclatement de l’URSS.

1994 - La CGT sort de la FSM, pour devenir non affiliée. Elle est acceptée par la CES en 1999.

2004 - CISL et CMT décident de se rapprocher et de créer la CSI.

Cette création constitue un bouleversement très important ; Les sociaux-démocrates, les chrétiens, ainsi que les anciennes organisations de la FSM sont rassemblés dans une même organisation.

2006 – Du 1e au 3 novembre au congrès de Vienne, 306 syndicats de 156 pays, représentant 168 millions de travailleurs, se sont regroupés pour fonder la CSI[6].

 

Les grandes centrales françaises, la CGT, la CFDT, FO, la CFTC, l’UNSA (depuis 1999) se retrouvent ensemble au sein de la CES comme de la CSI. La FSU n’en est pas membre mais à demander son adhésion à la CES[7].

 

La CSI et le syndicalisme international

 

« La CSI sera sans conteste un contre-pouvoir efficace au sein d’une société qui a évolué énormément et qui a vu les droits des travailleurs et travailleuses bafoués sous la pression de la mondialisation ». C’est ce que déclare Willy Thys, ex-Secrétaire général de la CMT, au Congrès de Vienne.

En effet, l’internationalisation de la production transforme les rapports de classes[8] . Les dirigeants syndicaux ont ressenti la nécessité de se rassembler pour faire face aux entreprises multinationales et peser d’un poids unique sur les grandes organisations internationales : OMC, FMI, Banque mondiale, OIT[9].

« L’internationalisation de la production et des échanges a entraîné, dès le début du 19e siècle, celle du mouvement ouvrier[10]. » Marx a rédigé les statuts de l’AIT (Association internationale des travailleurs), dès 1864.

Les internationales ouvrières organisent la solidarité, portent de grandes revendications comme la journée de 8 heures, s’engagent dans les luttes anticoloniales. Le syndicalisme français a contribué à l’organisation du syndicalisme africain[11].

Aujourd’hui, la CSI mène une action contre les violations des droits syndicaux dans le monde. Le TUAC est également habilité pour recevoir les plaintes concernant le non-respect des droits sociaux dans les multinationales. Elle agit aussi pour l’inclusion de clauses sociales dans les accords internationaux. Elle est représentée au sein d’organismes relevant des Nations unies : UNESCO, FAO, OIT, mais pas à l’OMC, ni au FMI, ni à la Banque Mondiale.

L’évolution du capitalisme mondial.

Depuis la fin des années 1970, la libéralisation de la circulation des capitaux, les évolutions technologiques, ont engendré la financiarisation du capitalisme et la globalisation de la production et des échanges. Les produits financiers spéculatifs comme les hedge fonds, les private equity fonds, rachètent des entreprises ou des parts pour les revendre, en général au bout de deux à trois ans, en fonction d’un rendement attendu de 10 à 15 %.  Les fonds de pension regroupent des capitaux considérables qui peuvent se porter brutalement sur un secteur ou un autre. Il devient difficile pour les syndicats, de s’opposer aux décisions de directions non identifiables guidées par le seul but du profit immédiat. La baisse des salaires en dessous du tarif normal pour reproduire la force de travail[12] devient la variable d’ajustement pour augmenter le taux de profit sur le capital investit. Cette évolution du capitalisme entraîne une redistribution générale des salaires à l’échelle mondiale au profit des actionnaires, et dont bénéficient, pour une faible part, les nouveaux travailleurs engagés dans la production industrielle dans les pays émergents. Leurs bas-salaires viennent concurrencer les travailleurs occidentaux dont les avantages sociaux, acquis par les luttes sociales lors de l’exploitation coloniale et pendant les « 30 glorieuses », sont ainsi remis en cause. Le compromis social de l’après seconde guerre mondiale a été rompu. Les délocalisations, restrictions, crises du système capitaliste, ont entraîné un chômage de masse dans les pays industrialisés. Globalement, la part des salaires, des revenus du travail dans la valeur produite, a reculé de 10 % depuis, les 20 dernières années.

 

 

L’évolution de la production, de la structure du salariat, de l’organisation du travail dans le cadre du capitalisme néolibéral.

« Le travail qualifié et hautement qualifié a remplacé le type de salarié de masse auparavant dominant[13] », dont le fordisme était l’exemple. De nouvelles méthodes de production ont rendu le travail plus flexible, plus précaire, plus individualisé. Pour les syndicalistes, les difficultés sont plus grandes pour unifier les revendications salariales, convaincre et porter des luttes généralisées et massives.

Jusqu’en 1980, les luttes avaient permis de réduire le temps de travail, jusqu’à la semaine de 35 heures, en France comme en Allemagne[14], l’extension des congés payés (5e semaine en France), du départ en retraite (60 ans en France). Depuis, on observe une tendance à l’allongement du temps de travail qui s’est accentuée depuis la crise économique et financière de 2008. Avec les plans d’austérité en Europe, on assiste à une remise en cause généralisée de l’âge du départ en retraite et à la mise en œuvre de politiques de régression de la protection sociale. « L’évolution des conventions collectives et celle des salaires réels n’ont pas suivi ces dernières années l’évolution de la productivité [15]».

 

Les Conseils de groupes mondiaux.

Les premières tentatives de construction d’un contre-pouvoir syndical dans les grandes multinationales apparaissent dans les années 1960, à l’initiative du syndicaliste américain Charles Levinson qui était secrétaire général de la Fédération internationale des travailleurs de la chimie[16]. En Europe, en septembre 1994, l’action de la CES produit une directive qui rend obligatoire une négociation pour « former une instance européenne d’information et de consultation des salariés244 » dans les entreprises transnationales de plus de 1000 salariés et ayant plus de 150 travailleurs dans deux pays membres de l’UE.

Si l’évolution de la production mondialisée entraîne la concurrence entre les salariés de différents pays, des coordinations syndicales et conseils mondiaux tentent d’organiser la solidarité pour faire face aux délocalisations. Ainsi en 2008, s’annonçait la création d’un syndicat transnational de la métallurgie, la FIOM

(Fédération internationale des organisations de travailleurs de la Métallurgie  forte de 3,6 millions de membres. Les fédérations internationales ont recours aux ACI (Accords cadres internationaux, pour tracer des règles de conduite aux sociétés transnationales. L’ACI est négocié à l’échelon mondial, mais il est appliqué au niveau local. Il reconnaît les normes de travail définies par l’OIT. En outre, l’entreprise accepte la nécessité d’offrir des salaires décents et des conditions de travail correctes, un milieu de travail sûr et hygiénique. Par ailleurs, une clause stipule que les fournisseurs doivent être amenés à respecter les dispositions contenues dans l’accord[17].

 

Orientation

La CSI, comme son ancêtre la CISL défend une politique de partenariat social. Bill Jordan s’était exprimé dans une déclaration, conjointement avec Kofi Anan (secrétaire général de l’ONU) et avec la Chambre de commerce internationale aux Nations Unies, à propos de la création de règles multilatérales efficaces dans le cadre d’une économie transformée par la mondialisation des marchés : « la réunion a convenu que le Pacte mondial devrait contribuer à ce processus en aidant à construire des partenariats sociaux entre les entreprises et le monde du travail »[18]

 

La CES – Confédération européenne des syndicats.

 

Elle est fondée en 1973 par les organisations membres de la CISL, auxquelles se joignent les organisations membres de la CMT en 1974. Elle s’ouvre progressivement aux syndicats indépendants ou anciennement membres de la FSM (comme la CGT). Elle réunit aujourd’hui 82 syndicats de 36 pays européens, dont 12 fédérations de secteurs.

Comités d’entreprise européens

Le 22 septembre 1994, la Directive 94/45/CE du Conseil de l’UE institue un comité d'entreprise européen ou une procédure dans les entreprises de dimension communautaire et les groupes d'entreprises de dimension communautaire en vue d'informer et de consulter les travailleurs. Un groupe spécial de négociation est constitué de 3 membres au minimum et au maximum du nombre d’États membres ; il aura la tâche de fixer avec la direction centrale, par un accord écrit, le champ d'action, la composition, la compétence et la durée du mandat du ou des comités d'entreprise européens, ou les modalités de mise en œuvre d'une procédure pour l'information et la consultation des travailleurs. Il pourra décider, par au moins deux tiers des voix, de ne pas ouvrir de négociations ou d'annuler les négociations déjà en cours; une telle décision mettrait un terme à la procédure en vue de la conclusion de l'accord et rendrait non applicables les dispositions de l'annexe[19].

Ces comités d’entreprises européens, s’ils permettent aux syndicalistes des différents pays de se rencontrer, ne donnent pratiquement aucune influence réelle aux représentants des travailleurs, car il ne s’agit que d’informer, à la limite consulter les salariés, procédure rarement mise en œuvre.

Généralement, les syndicats ont accepté progressivement, par la voie de ces négociations, une politique de flexibilisation croissante de l’emploi[20]. Chaque syndicat cherchant plutôt à préserver les emplois à l’échelon des établissements de son pays.

C’est depuis le traité de Maastricht que « les partenaires sociaux » sont pris en compte dans les traités européens. Auparavant, avec le Traité de Rome, ils étaient seulement consultés dans un Comité économique et social.

La CES a approuvé le Traité constitutionnel européen en 2005. Les syndicats français membres de la CES étaient très divisés sur cette question : la CGT le rejetant de justesse, la CFDT l’approuvant, FO s’abstenant de prendre position.

Le Traité de Lisbonne[21], frère jumeau de feu le TCE, est le moyen par lequel le modèle économique néolibéral assure sa prédominance en Europe. Dans ce nouvel ensemble régional comme au niveau mondial, les employeurs, avec les institutions supra étatiques, introduisent officiellement de nouvelles normes de travail par la méthode d’un « dialogue social », transféré à ce niveau. Le RSE (Responsabilité sociale des entreprises) est un code de normes éthiques et d’accords-cadres, choisi par les entreprises et sans contrainte, dont l’objectif est d’améliorer l’image, négative dans l’opinion publique, des multinationales.

En échange d’un compromis social fructueux pour les salariés, les Etats-providences - en particulier au Nord de l’Europe - ont pu instaurer un pacte social entre capital et travail qui a entraîné la bureaucratisation du syndicalisme en accord avec la gestion social-démocrate de ces pays. Cet accommodement social s’appuyait sur la force d’un puissant mouvement ouvrier qui n’existe plus. Avec la mondialisation, la concurrence accrue des marchés, afin de réduire les coûts de leurs productions, les capitalistes réduisent les dépenses publiques et salariales, tout en attaquant les droits syndicaux. Le mouvement syndical n’est plus aujourd’hui en capacité de passer des accords aussi profitables en terme d’avantages sociaux, que pendant la période du compromis social, face à cette offensive, tant économique qu’idéologique, du néolibéralisme.

 



[1] Anne-Catherine Wagner – l’internationalisation du syndicalisme : obstacles et dynamisme- Le syndicalisme du 21e siècle (Syllepse) – p.109.

[2] TUAC : Le TUAC regroupe 56 centrales syndicales affiliées dans les trente pays industrialisés de l'OCDE, représentant environ 60 millions de travailleurs. La plupart des affiliés européens sont membres de la Confédération Européenne des Syndicats (CES). Le rôle du TUAC est d'assurer que les marchés mondiaux sont équilibrés par une réelle dimension sociale. Au travers de consultations régulières avec les comités de l'OCDE et les Etats membres, le TUAC coordonne et représente les positions du mouvement syndical dans les pays industrialisés. Il est aussi en charge de la coordination de la participation des syndicats aux sommets annuels du G8 et des conférences sur l'emploi. 

[3] OCDE : organisation de coopération et de développement économique

[4] CIA : Central intelligence agency – services de renseignement américain.

[5] CEE : Communauté économique européenne, qui préfigure l’Union européenne

[6] En 2011, elle regroupe 176 millions de salariés de 301 organisations syndicales provenant de 301 pays. Son secrétaire général est l’Anglais Guy Ryder.

[7] Le 19 janvier 2011, la FSU a fait savoir qu’après consultation de ses syndicats, 79,75% de ses affiliés approuvaient l’adhésion de la fédération à la Confédération européenne des syndicats.

[8]Anne-Catherine Wagner (2007)-les classes sociales dans la mondialisation- Paris- La Découverte.

[9] Organisation Internationale du Travail.

[10] René Mouriaux- 2006 - : l’unité syndicale internationale, pour quel dessein ? La Pensée. n°352, 10/11/2007, p. 81-90

[11] Jusqu’en 1937, les syndicats étaient interdits dans les colonies françaises.

[12] « La valeur de la force de travail (d’un travailleur) est déterminée par la quantité de travail nécessaire à son entretien ou à sa production. La valeur proprement-dite, qui se manifeste dans la valeur d'échange d'une marchandise, découle du travail social, la dépense de la force de travail de la société toute entière…La loi d'airain des salaires, qui s'impose au capitaliste comme au prolétaire (loi de la valeur), est que la valeur de la force de travail forme un système avec le prix des biens de consommation…

Le prix global de l'ensemble des marchandises coïncide toujours avec leur valeur globale, ou encore avec la quantité de travail contenue dans l'ensemble des marchandises. » K.MARX- Le Capital

[13] Joachim Bischoff – Capitalisme moderne sans syndicat -- Le syndicalisme du 21e siècle (Syllepse)- p.146

[14] Dans la métallurgie et la chimie

[15] Peters 2001, (Président d’IG métal)-p.39

[16]Ch.Levinson-Le contre-pouvoir multinational. La riposte syndicale- Le Seuil 1974.

[17] Ref : FIOM - http://www.imfmetal.org -

[18] ICFTU statement on the Global Compact.20.01.2000

[19]http://europa.eu/legislation_summaries/employment_and_social_policy/social_dialogue/c10805_fr.htm

[20] Asbjôm Wahl- l’héritage idéologique du pacte social en Europe - Le syndicalisme du 21e siècle (Syllepse)-P.135

[21] Le traité de Lisbonne a été signé le 13 décembre 2007 entre les 27 États membres de l'Union européenne. Il est entré en vigueur le 1er décembre 2009. Il conserve les traités existants tout en les modifiant en profondeur : le traité instituant la Communauté européenne (Rome, 1957) qui est rebaptisé « traité sur le fonctionnement de l'Union européenne » ; le traité sur l'Union européenne (Maastricht, 1992).

 

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Mardi 10 avril 2012 2 10 /04 /Avr /2012 18:13

HISTOIRE[1] 

 

En 1880, les bacheliers représentent moins d’1% de leur classe d’âge. L’Université forment surtout des juristes et des médecins. Pour les dirigeants de la IIIe République, il ne suffit pas de réformer l’École, ce mouvement doit aussi transformer l’Université.

Dès la fin du XIXe siècle, se constituent les premières Associations générales d’étudiants (AGE), à Nancy en 1877, sous la présidence d’Auguste Leclaire, puis à Bordeaux, Lille, Dijon, Paris et Lyon.

Leur objectif : « réunir les étudiants dans l’intérêt de leurs études, établir entre tous leurs membres des liens de solidarité et de fraternité, afin de procurer à chacun aide et assistance[2] ».

Le 4 mai 1907, à Lille, les AGE se fédèrent en une Union nationale des Associations générales d’étudiants (U.N.A.G.E.F.). Outre les aspects d’entraide relevant plutôt d’une association amicale, pour assurer un environnement plus confortable et agréable aux étudiants, l’UNEF présente aussi ses doléances aux pouvoirs publics : organisation des examens, conditions d’incorporation au service militaire. Ces revendications sont formulées au congrès de Nancy en 1909, ainsi que les moyens d’action définis : « à la dernière extrémité, la grève de l’Université ».

La Première Guerre mondiale, puis la crise de 1929, vont accélérer son évolution, des étudiants issus des classes moyennes arrivent sur les bancs des Facultés. L’Université voit croître ses effectifs. Dès 1924, l’UNEF revendique une allocation d’études. Elle obtient la création des premiers restaurants universitaires, des premiers logements étudiants, la fondation de l’Office du tourisme universitaire (1929) et du Bureau universitaire des statistiques (BUS) fondé par un ancien vice-président de l’UNEF : Alfred Rosier.

Elle est reconnue d’utilité publique par le décret du 16 mai 1929 par le président de la République, Gaston Doumergue.

Mais, à partir de 1928, l’AGE de Paris est contrôlée par l’Action française[3] ; ce qui provoque des scissions. Cependant, le nombre de ses adhérents augmente (40 000 en 1932). 

L’UNEF crée un journal : « le Courrier de l’étudiant ». 

Ambiguités.

Après les atrocités de la Grande guerre qui ont fortement marqué la jeunesse du pays, l’UNEF prend l’initiative de la création de la fondation de la Confédération internationale des étudiants (CIE). Elle est reconnue et intégrée dans la SDN.[4] Cependant, elle ne rompt pas avec les organisations étudiantes italiennes devenues fascistes et n’échappe pas au climat xénophobe et antisémite qui se développe en 1935.[5] 

« L’UNEF s’oppose à tout élargissement social du recrutement des étudiants : elle organise des grèves et manifestations contre l’accès des capacitaires à la licence de droit en 1932 ou contre l’accès des bacheliers sans latin à la licence de lettres. Elle se consacre à la défense des intérêts d’une élite constituée. »[6]

Avec le développement de l’Université, le nombre des boursiers augmente. Et quand le gouvernement, en novembre 1935, décide un doublement des droits universitaires, L’UNEF lance alors un mot d’ordre de grève générale pour les 11 et 12 février 1936. L’ordre est annulé, en raison des divergences au sein de l’UNEF entre partisans de l’ouverture et « élitistes ».

Nous sommes à la veille du Front populaire, le lendemain 13 février, la ligue d’Action française est dissoute. Léon Blum est agressé.[7]

1940. La direction de l’UNEF se réfugie à Clermont-Ferrand et adopte un profil attentiste. Ce qui lui évite la dissolution dont sont victimes les syndicats de salariés. Néanmoins de nombreux étudiants s’engagent dans la Résistance, et le 11 novembre 1940, les étudiants parisiens sont les premiers à manifester contre l’occupation.

A la Libération, le Congrès extraordinaire de décembre 1944 met en place une commission d’épuration qui exclut trois membres. Le syndicat étudiant échappe à la dissolution, cette fois pour collaboration. Cependant,  elle ne bénéficie pas de l’auréole de gloire accordée à des mouvements politiques engagés dans la lutte conte l’occupant.[8] L’AGE de Lyon et des étudiants revenus des camps, reconstitue une direction.

Le ministre de l’Éducation René Capitant, par le décret du 16 mai 1945, instaure une représentation élue des étudiants au sein des conseils, satisfaisant une vieille revendication du syndicat.

La Charte de Grenoble. 

Au congrès de Grenoble, en décembre 1946, un texte essentiel est adopté : la Charte[9] où les étudiants sont définis comme « jeunes travailleurs intellectuels  groupe social ayant des intérêts spécifiques (indépendamment de toute origine sociale) et des droits collectifs à défendre : la prévoyance sociale, l’indépendance matérielle et le libre exercice desdroits syndicaux. Il appartient aux étudiants de faire progresser la culture et de dégager le sens de l’Histoire. L’indépendance de l’UNEF vis-à-vis de toute tutelle politique ou étatique est réaffirmée, ainsi que sa nature syndicale et sa volonté de transformation sociale ».[10]

L’UNEF regroupe alors 37 818 adhérents sur 123 000 étudiants.

Les 6 et juin 1947, opposée à l’augmentation des droits universitaires et à la baisse des bourses, l’UNEF déclenche un puissant mouvement de grève sur le thème « Étudiant, on se fout de toi ».

En 1948, l’UNEF obtient la création du Régime étudiant de Sécurité Sociale et de la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF). 

Elle adhère à l’Union internationale des étudiants (UIE), fondée en 1946 à Prague. 

En 1950, une nouvelle direction prend la tête de l’UNEF. Recentrée sur des questions corporatives, elle développe les œuvres avec la loi de 1955 sur la gestion des oeuvres qui consacre la cogestion par les étudiants au sein du CNOUS.

 

En 1956, l’UNEF regroupe 80 000 membres, soit près de la moitié des étudiants.

Elle est aussi caractérisée par sa totale indépendance à l’égard des partis politiques ou du gouvernement. Ce qui, néanmoins, crée des divergences d’appréciation sur l’engagement et la mission du syndicat.

Tendances

Les « minos », politiquement plus à gauche, revendiquent la possibilité d’exprimer des positions politiques. Pour eux, l’indépendance n’est pas synonyme d’apolitisme.

Les « majos », corporatistes, n’ont rien à opposer aux revendications des « minos » sur la démocratisation de l’enseignement supérieur, la cogestion de l’université et l’allocation d’études, qui avait été abandonnée entre 1953 et 1956, quand ils dirigeaient le syndicat. Ils ont très hétérogènes,de l’extrême droite de Paris-droit à certains éléments socialistes, sans unité idéologique.

Les duels oratoires entre le communiste Emmanuel Leroy-Ladurie, et le fascisant Jean-Marie Le Pen, représentant de la corpo de droit de Paris, sont vifs. 

A cette époque, les communistes et les socialistes s’intéressent peu à l’UNEF. Ce sont les « coco-jécistes », les étudiants chrétiens de la JEC qui conquièrent le MNEF et diverses AGE.[11]

Les corpos les plus dures quittent alors l’UNEF.



[1] - REF : Qu’est ce que l’UNEF ? Jean Baptiste Prévost

[2] - Extrait des statuts de l’AGE de Paris.

[3]- L’Action française est un mouvement politique nationaliste, d'extrême droite. Elle est fondée en 1898 par Henri Vaugeois et Maurice Pujo sur une position antidreyfusarde. L’Action française devient monarchiste sous l'influence de Charles Maurras et de sa doctrine du nationalisme intégral. Après la seconde guerre mondiale, du fait de son soutien au régime pétainiste de collaboration avec l’Allemagne nazie, Maurras et Pujo sont condamnés pour « intelligence avec l'ennemi » et emprisonnés. Le quotidien l’Action française cesse de paraître et l'utilisation de son titre est interdite.

[4] - SDN : Société des nations, ancêtre de l’ONU.

[5] - L’UNEF demande des mesures restrictives pour la délivrance des diplômes aux étrangers, notamment dans les domaines du barreau et de la médecine.

[6] - Qu’est ce que l’UNEF ? Jean Baptiste Prévost.

[7] - Léon Blum, fondateur du journal "Le Populaire", chef de la S.F.I.O, futur Président du Conseil du Front Populaire, est victime d’un attentat perpétré par les activistes de “l’Action Française”. Une grande manifestation de solidarité à Blum aura lieu à Paris le 16 février 1936.

[8] - Dès 1943, les étudiants socialistes, communistes, et la jeunesse étudiante chrétienne se sont rassemblés autour des Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP). À la Libération, ils créent l’Union patriotique des organisations étudiantes (UPOE).

[9] - Ce texte fait écho à la Charte d’Amiens et inspirera en 1946 la Constitution de l’Union internationale des étudiants

(UIE).

[10] - Qu’est ce que l’UNEF ? Jean Baptiste Prévost

[11] A. R. Michel, La JEC, 1938-1944, PUF de Lille, 1988.A. Monchablon, op. cit., p. 49.

 

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Mardi 10 avril 2012 2 10 /04 /Avr /2012 18:11

Le 6 avril 1992,  le Conseil fédéral de la FEN a exclu le SNES et le SNEP par 88 voix contre 68.[1].

Du 4 au 8 février 1991, la majorité UID de la FEN avait proposé une « nouvelle conception du fédéralisme », auquel s’étaient opposés les syndicats du secondaire et du technique, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Des votes eurent lieu pendant l’année 1992, qui marquèrent les positions des syndicats qui refusaient de se dissoudre dans un Syndicat des Enseignants. L'ensemble des signataires de la Charte de Clermont-Ferrand créent alors des Comités de Liaison Unitaire (CLU), qui vont être le lieu de débat sur l'avenir de la FEN, puis sur la forme de la future fédération pour définit les grandes lignes d’une  autre conception du fédéralisme.

Après l’exclusion, il s’ensuivit une bataille juridique à l’issue de laquelle un congrès extraordinaire de la FEN confirma l’exclusion des syndicats du second degré.

 

La FSU est crée le 15 avril 1993, née de son divorce avec la Fédération de l’Education nationale.

Elle rassemble les syndicats exclus, mais aussi le SNETAA, le SNEsup, le SNETAP, le SNPES, les représentants des tendances « Unité et Action,  Autrement, de l’Ecole Emancipée ».

En décembre 1993, énorme surprise : lors des élections professionnelles, la nouvelle FSU, qui ne dispose encore que de statuts provisoires et qui n'a pas de moyens militants très conséquents, devient la première fédération de l'éducation nationale, passant devant la FEN.

Une majorité d’enseignants a donné raison aux opposants à la direction de la puissante FEN.

Le congrès fondateur a lieu à Macon en mars 1994.

Pour éviter l’hégémonisme d’un syndicat ou d’une tendance majoritaire, comme cela s’était produit dans la FEN, le secrétaire général est choisi parmi les représentants du syndicalisme agricole, et des dispositions statutaires, comme le vote à 70 % de toutes les décisions, limitent volontairement l’influence le la tendance Unité et action.

En 1995, la FSU participe activement à la mobilisation contre le « plan Juppé » de réforme des retraites et de la protection sociale.

En janvier, la FSU entre au Conseil supérieur de la fonction publique de l’Etat.

Apparaissent de premières divergences avec le SNETAA (Syndicat national de l'enseignement technique action autonome) qui reproche à la FSU une trop grande politisation. La direction du SNETAA décide de ne plus payer ses cotisations fédérales, de ne pas siéger dans les instances et de ne pas participer aux congrès fédéraux. En 2001, les instances nationales constatent que le refus du SNETAA de payer ses cotisations constitue une démission de la fédération.

1996, la FSU devient la première organisation syndicale dans la fonction publique de l’Etat, mais elle se heurte aux dispositions règlementant la représentativité. 

1997, en décembre, deuxième congrès de la fédération à Toulouse.

1999, crise à la direction : Michel Deschamps, le secrétaire général démissionne pour figurer sur la liste du Parti communiste français aux élections européennes. Les secrétaires généraux des deux principaux syndicats, Monique Vuaillat (SNES) et Daniel Le Bret (SNUipp) le remplacent. L’année suivante Pierre Duharcourt

(SNESUP) succède à Daniel Le Bret qui a quitté toutes ses responsabilités syndicales.

En 2001, lorsque Monique Vuaillat part en retraite, Pierre Duharcourt quitte également la tête de la fédération. Un nouveau secrétaire général, unique, est élu : Gérard Aschieri, issu du SNES, connu pour son travail de négociateur et d'élaboration syndicale sur les questions corporatives. Il restera à la direction de la FSU jusqu’en 2010.

En 2001, au congrès de la Rochelle, la FSU accueille le SNU-ANPE en provenance de la CFDT.
Elle lance un appel à la constitution de Comités de Liaison Unitaires Intersyndicaux sans rencontrer de réponse suffisante de la part des autres organisations syndicales.

Un nouveau syndicat des lycées professionnels, le SNUEP, est créé. La FSU se développe rapidement, le SNUipp passe devant le SE-FEN aux élections professionnelles.

En 2003, elle participe très activement aux mobilisations syndicales et sociales, aux actions contre la réforme Fillon des retraites et de la décentralisation.

2004, en février, congrès de Perpignan. Plusieurs syndicats (territoriale, agriculture, environnement…) issus de la CFDT ont choisi de rejoindre la FSU entre 2001 et 2004. 

 

- En février, mars, avril 2006, lutte victorieuse contre le CPE (La loi « égalité des chances » dont le contrat première embauche proposé par le premier ministre Dominique de Villepin), avec les syndicats étudiants, lycéens, soutenus par les confédérations syndicales.

- Toute l’année  2010, contre la réforme Woerth des retraites, et les luttes contre les suppressions de postes d’enseignants (plus de 50 000 depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République en 2007 et de François Fillon au poste de premier ministre).

2007, Congrès de Marseille.

2010, Congrès de Lille : Bernadette Groison remplace Gérard Aschiéri au secrétariat général

 

Orientation et conception du syndicalisme FSU

Avant d’examiner les principes d’orientation de la FSU, on peut se pose la question : pourquoi créer une nouvelle centrale syndicale ? Pourquoi, ne pas avoir rejoint la CGT  puisque la culture d’Unité et Action relevait de celle d’un ancien courant de la CGT ?

Michel Deschamps, comme secrétaire général de la FSU, théorisait l’idée que la FSU innovait en conjuguant syndicalisme de lutte et syndicalisme de négociation. Un syndicat force de propositions, mais qui agit également. Cette position est le reflet de la culture du syndicalisme des fonctionnaires. Elle permettait à l’époque de légitimer le fait que la FSU soit une espèce mini-confédération. ..Cette théorie se justifiait tant que le positionnement syndical de la FSU différait réellement de celui de la CGT.[2]

L’évolution de la CGT ne remet-elle pas en question cette idée d’une spécificité de la FSU ?

 

En 2001, la FSU décide d'élargir son champ de syndicalisation à toute la fonction publique d'État.

En 2004, lors du Congrès de Perpignan, après de vifs débats, elle accepte des syndicats des trois fonctions publiques. Cependant malgré l'adhésion de nouveaux syndicats, pour l'essentiel issus de l'opposition interne de la CFDT, l'implantation de la FSU en dehors de son domaine historique de l'éducation, de la recherche et de la culture, s’il reste modeste, influe sur la conception de l’action syndicale en dehors du champ strict relevant des enseignants.

La création de la FSU ; a été l’occasion de découvrir le monde syndical de l’éducation existant en dehors du SNES…de découvrir qu’il y avait des « non-enseignants » et des syndicats de « non-enseignants ».

…La création de la FSU et d’un certain nombre de syndicats…ont montré que nous avions des problématiques très proches.*

Depuis 1999, la FSU a obtenu le droit de siéger au Conseil Economique et Social. C’est Pierre Duharcourt qui la représente dans cette assemblée.

La FSU, comme le nouveau syndicat Solidaires, s’implique fortement dans les luttes sociales avec AC (action contre le chômage), sociétales (avec le mouvement féministe, avec RESF), altermondialistes avec Attac dont elle est un membre fondateur.

La culture syndicale qui se forge dans la gestion de la FSU est de s’intéresser de beaucoup plus près à la discussion du « possible » et donc, d’intervenir sur les mutations de la société qui deviennent des enjeux et non de simples contraintes.[3]

L’ouverture à l’autre, aux questions sociétales, à d’autres dimensions de la vie, et non seulement aux revendications catégorielles des enseignants, étaient des thèmes déjà portés par le SNES dans la FEN et qui avaient du mal à y être exprimés. En même temps, sa vision du syndicat est celle d’un syndicalisme de masse, influent, pesant sur la société et sur ces transformations.[4]

C’est pourquoi la direction du SNES, appuyée par des syndiqués confiants, avait tout fait pour que la scission n’ait pas lieu.[5]A la différence de la majorité de la direction FEN qui avait organisé cette séparation, et souhaitait se débarrasser de contestataires qui étaient en passe de devenir majoritaires.

La gageure a été aussi pour les majoritaires du SNES de la nouvelle FSU, fut la naissance d’un nouveau syndicat dans le premier degré : le SNUipp qui est devenu le principal dans la profession.



[1] Voir histoire de la FEN

[2] *Laurent Frajerman - Actes du colloque, la naissance de la FSU (Syllepse). 

[3] Gérard Aschiéri                           « 

[4] François Labroille     

[5]        « 

 

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Mardi 10 avril 2012 2 10 /04 /Avr /2012 18:09

LA FEDERATION DE L’EDUCATION NATIONALE

 

Cette fédération de syndicats de l’éducation nationale est née en 1928, sous le sigle FGE : Fédération générale de l’enseignement. Sa principale composante le SNI (Syndicat nationale des Instituteurs) a été créée en 1920.

Au début du XXe siècle, les instituteurs se regroupaient déjà en deux tendances principales :

-          Le courant anarcho-syndicaliste, très présent dans la CGT, autour de la revue L'École émancipée.

-          La tendance réformiste, dite amicaliste.

En 1919, la Fédération nationale des amicales d'instituteurs se transforme en Syndicat national des instituteurs et demande son adhésion à la CGT où les instituteurs sont regroupés dans le courant révolutionnaire, et affiliés à la Fédération des membres de l’enseignement laïque.

Avec l’avènement de l’URSS, la scission de la SFIO[1] au congrès de Tours, celle de la CGT, la première grande division est effective entre réformistes et révolutionnaires :

- En 1921 - La FMEL rejoint la CGTU et devient la Fédération unitaire de l’enseignement

(FUE).

- En 1928 - La Fédération générale de l'enseignement (FGE) se constitue au sein de la CGT. Elle regroupe

76 000 instituteurs, 3 600 professeurs du secondaire et 350 du lycée. La FUE rassemble moins de 5 000 adhérents. Les professeurs de collège ont fait adhérer leur syndicat à la CGT dès 1927, contrairement aux professeurs de lycée.

 

Représentation du personnel au sein du Conseil supérieur de l’Education nationale.

Depuis la loi du 27 février 1880, les représentants des personnels sont élus dans chaque catégorie, par leurs pairs. Par exemple, les agrégés votent chacun dans leur spécialité. Ce qui favorisera la constitution d’associations corporatistes rivales qui constitueront un frein à la constitution d’un syndicalisme unitaire et seront les ferments de la tradition autonomiste.

En 1934, la politisation des organisations syndicales a gagné du terrain, le SPES (enseignement secondaire), affilié à la CGT, présente un candidat dans chaque spécialité, pour ne pas laisser le champ libre aux « apolitiques » des sociétés de spécialistes, souvent réactionnaires.[2]

1935 -  Avec la réunification de la CGT, les enseignants de la FUE retrouvent ceux de la FGE.

1940 - Le gouvernement de Vichy dissout les syndicats, la Ligue de l’enseignement, et supprime les écoles normales primaires, terreau du syndicalisme enseignant.

1945 - La CGT s’est réunifiée pendant la guerre. Un bureau provisoire de la FGE se met en place. Adrien Lavergne, issu du Syndicat des collèges modernes, devient secrétaire général et le restera jusqu’en 1956. La FGE compte 130 000 adhérents appartenant à 33 syndicats nationaux (15 d'enseignants, 10 de techniciens, 8 de personnels administratifs. 

Mars 1946 - Lors de son congrès, la FGE prend le nom de « Fédération de l'Éducation nationale ». Elle existera sous cette appellation jusqu’en 2000.

1947 - La CGT se divise à nouveau, avec la scission de FO. La FEN, confrontée à cette question, choisit l’unité et l’autonomie en adoptant la motion Bonnissel-Valière présentée au congrès du SNI. Elle se sépare donc de la CGT. Marcel Valière était le responsable de l’Ecole émancipée et le secrétaire général de la FUE (CGTU) de 1935 à la réunification de la CGT. René Bonissel était un responsable du SNI.

La FEN, pour préserver son unité, reconnaît les courants de pensée et leur expression*. Ils sont représentés sur la base de textes d’orientation. Si le principe de la représentation proportionnelle était appliqué dans les sections et les fédérations, en revanche l’exécutif national était choisi de façon homogène dans la tendance majoritaire.

Le SNI réformiste, domine l’ensemble des syndicats ; il dirigera continuellement la FEN et voudra maintenir cette hégémonie, même quand le SNES (enseignement secondaire), en 1967, deviendra plus important avec le développement des collèges et lycée, et celui de l’université (avec le SNE SUP). Ce qui provoquera la scission de la FEN, la création de la FSU et de l’UNSA.

Il est acquis jusqu’en 1967, que le secrétaire général du SNI constitue le véritable numéro1 bis de la FEN…le secrétaire général, qui en contrepartie n’est pas issue du SNI. Le conflit avec le SNE exclut le choix d’un de ses militants…Lauré, le secrétaire général du SNET, accède ainsi à la direction de la FEN.[3]

 

 

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[1] SFIO : Section française de l’internationale ouvrière (Parti socialiste)

[2] La FEN- Histoires et archives en débat- Septentrion

[3] La FEN- Histoires et archives en débat- Septentrion- p.20

Par Allain GRAUX - Publié dans : SYNDICALISME
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Mardi 10 avril 2012 2 10 /04 /Avr /2012 18:04
 
                       La CFDT
Rappel historique*
Des syndicats chrétiens vont se constituer autour du catholicisme social en opposition au syndicalisme anticlérical de la CGT. Ils prônent un syndicalisme réformiste qui a pour objectif d’améliorer le sort de salariés sans pour autant supprimer le patronat. Les 1 et 2 novembre 1919, les syndicats chrétiens se regroupent en Confédération française des travailleurs chrétiens.
1919 à 1939 - Les premières années de la CFTC
Rattachée à la doctrine sociale de l'Eglise catholique, la première CFTC se constitue essentiellement autour d’organisations professionnelles d’employés auxquelles vont bientôt se joindre des jeunes ouvriers et des enseignants
En mars 1936, a lieu la réunification de la CGT. Les élections législatives donnent la majorité au partis du Front populaire. Un vaste mouvement de grèves va se déployer. Une négociation tripartite dont la CFTC est exclue s'ensuit, elle aboutit aux Accords de Matignon.
1940 - De l'interdiction à la résistance
Le syndicalisme confédéré est interdit par le régime de Vichy : CFTC et CGT sont dissoutes. De nombreux syndicalistes chrétiens vont entrer dans les réseaux de résistance. La CFTC subit des transformations au cours de cette guerre. En 1944, est créée la Confédération générale des cadres (CGC).
Les premiers mois de guerre vont désorganiser la Confédération, dissoute comme les autres confédérations par la loi du 16 août 1940. Par la suite, de nombreux syndicalistes chrétiens vont entrer dans les réseaux de résistance.
La CFTC sort transformée de cette guerre : elle a mené des actions communes avec la CGT, et acceptera, lors du congrès de 1949, l’unité d’action. Par ailleurs, elle a participé activement à la vie politique au sein de l’Assemblée consultative provisoire et se pose la question du non-cumul des mandats politiques et syndicaux adopté en février 1946. Enfin, les « minoritaires » lancent le débat sur la laïcité, débat qui aboutit à la modification des statuts : les « principes de la morale sociale chrétienne » remplacent la référence à l'encyclique papale »
À partir de 1960, « l’évolution » est envisagée avec la remise en question du dernier « C » de CFTC. Un minoritaire, Eugène Descamps, devient secrétaire général en 1961.
·                    Histoire : pour un développement plus large et précis de 1919 à 1964, lire le chapitre consacré à la CFTC
 
 
 
 
 
En 1964 La CFTC devient CFDT
A l’issue de « l'évolution » vers un syndicalisme laïc, la CFTC se transforme en CFDT. Toutefois               10 % des effectifs décident de maintenir la CFTC.Une minorité refuse la laïcisation et maintient le sigle CFTC.
.
 
La CFDT multiplie alors les contacts avec les autres organisations syndicales, contacts qui aboutissent à un accord d'unité d'action avec la CGT signé le 10 janvier 1966, puis à nouveau en 1970.

En mai 1968, la CFDT appelle les travailleurs à agir sur les lieux de travail et sera à l’origine de la création des sections syndicales d’entreprises.
 
L’élaboration idéologique de la nouvelle centrale
La CFDT s’oriente vers l’idée de la planification démocratique. Pour se différencier du socialisme soviétique, elle veut inventer un autre type de socialisme avec la démocratie pour moteur : le socialisme autogestionnaire. Cependant il subsiste une ambiguïté dans ce projet :
- vers quel type de société ? Dépasser le capitalisme ? Le moderniser ? promouvoir une autre révolution ?
Cette approche permet des alliances politiques au sein du PSU où militent nombre de dirigeants et syndiqués de la nouvelle centrale. Ce parti est une sorte de chambre d’écho où s’affrontent ces idées défendues par Michel Rocard contre le courant laïque de Jean Poperen.
Le nouveau concept est une transformation des rapports sociaux d’une manière globale.
- Le syndicalisme dans l’entreprise n’existe légalement que depuis 1968* ( création de la section syndicale d’entreprise ).
Cette revendication était au cœur des revendications de la CFDT en 1968. pour elle, c’était l’instrument essentiel du contrôle ouvrier qui, à partir de l’entreprise, peut s’étendre à l’ensemble de la société.
Avant 1968, l’idée défendue était plutôt celle de la participation et de la cogestion (à l’allemande). Principe qui reste celui de la CFTC maintenue.
Stratégie
Après avoir tenté vainement le rapprochement avec FO, la CFDT s’oriente vers une autre option : le Pacte d’Unité d’ Action (PUA) avec la CGT signé en 1966. Il est le fruit du refus patronal de négocier. Consciente de l’insuffisance de son influence, la CFDT s’allie à la CGT. C’est un grand tournant dans le syndicalisme français ; il va transformer considérablement le paysage social et sans aucun doute politique.
Cependant en 1968, l’analyse du mouvement qui a été quelque peu le fruit du Pacte par les deux grandes centrales françaises est différente.
Entre en 1966 et 1968, les grèves et les luttes se sont multipliées, particulièrement en 1967. Ce que l’on oublie souvent quand on ne considère ce grand mouvement social que d’un point de vue sociétal, un désir de changement du blocage de la société qui n’aurait été exprimée que par les étudiants.
A sein de la CFDT, des courants s’opposent sur la question de la stratégie du rapport avec le politique, en lien avec le rapprochement entre la SFIO et le PCF, depuis la candidature commune de François Mitterrand aux élections présidentielles de 1965. Il s’était déjà posé avec le MRP après la guerre.
Dix années de contacts, de discussions, d’échec de la tentative Deferre-Mendès en 1969, aboutissent en 1970 à la signature du Programme commun.
Deux courants s’affrontent : celui de l’autonomie et celui de l’action commune.
Pour le courant autonomiste, ce qui prévaut c’est le rapport de force, l’action directe, le conflit. L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. C’est un rapprochement, un retour au syndicalisme révolutionnaire d’avant 1914.
Pour les tenants de l’action commune, l’idée est que la gauche va accéder au pouvoir et qu’il faut favoriser les actions en lien avec le rapprochement politique. (Il faudra attendre 1981 pour voir cet espoir se concrétiser).
Cette stratégie se fonde sur le réalisme, dans l’hypothèse d’un syndicalisme compatible avec les orientations de la Gauche gouvernementale. Ce courant syndical met l’accent sur les négociations avec le gouvernement de gauche en vue d’établir une convergence.
Cette idée, portée dans d’autres pays, est qu’il doit y avoir un échange politique entre syndicats et gouvernement, dans la mesure où la Gauche satisfait les revendications…C’est une stratégie mise actuellement en pratique dans de nombreux pays d’Amérique latine où la Gauche, dans des conditions et avec des modèles différents, est arrivée au pouvoir.
La CFDT va épouser largement mai 1968 et le prolonge au cours des années suivantes. Elle pousse le principe de la section syndicale d’entreprise jusqu’à sa reconnaissance par la loi quelques mois après les évènements.
 
La reconnaissance de la section syndicale d’entreprise.
 *Avant 1968, le syndicat ne pouvait pas s’organiser et exercer son activité de défense des salariés à l’intérieur des entreprises. Seuls les délégués élus pouvaient présenter des revendications. L’activité syndicale, recrutement, réunions, distributions de tracts d’information ne pouvaient pas avoir lieu à l’intérieur de l’entreprise. La reconnaissance de la section syndicale d’entreprise est une grande victoire du mouvement social de 1968 pour l’amélioration des droits des travailleurs salariés.
C’est une loi aussi importante que les accords Matignon en 1936 sur les délégués ouvriers et celle sur les Comités d’entreprise à la Libération. Ces trois grandes institutions installent le syndicalisme dans la société et les entreprises.
 
De 1970 à 1978 La CFDT s’oriente à gauche et se radicalise.
Le congrès de 1970 met en place de nouveaux statuts et propose une alternative à la société capitaliste : l'autogestion des entreprises. C’est aussi celui dont le document d’orientation analyse la société capitaliste et lui oppose une société prenant pour modèle l’expérience yougoslave. Les piliers de la doctrine sont les options pour un socialisme démocratique:
-                     la planification démocratique, l’autogestion, la propriété sociale des moyens de production                                                                                                                         L’action revendicative :
L’accent est mis sur les luttes sociales et l’appui à certaines revendications comme celles concernant :
-                     la contestation de la hiérarchie des salaires, avec des augmentations uniformes ( et non au %, à la différence de la CGT et de FO ) ;
-                     les conditions et l’organisation du travail, peu prises en compte par la Cgt ;
-                     le soutien à des grèves dures et radicales peu prises en compte auparavant pour des catégories marginales du salariat : femmes, immigrés, jeunes ouvriers. C’est l’héritage de mai 68.
-                     au delà de l’entreprise : les luttes autour de l’école, de l’armée avec le soutien aux comités de soldats ;
-                     le soutien aux paysans du Larzac.
Ce sont de nouvelles thématiques qui s’épanouissent et ancrent l’identité particulière de la CFDT face à une CGT plus traditionnelle qui voit ces nouvelles formes d’action comme des luttes de type gauchiste. Comme :
-                     le soutien aux luttes régionalistes ;
-                                     aux mouvements alternatifs.
Le meilleur exemple est le conflit phare de LIP à Besançon en 1973 où la CFDT est en pointe :
-                     occupation de l’entreprise ;
-                     fabrication et vente du produit pendant plusieurs années par les salariés et ensuite - après la fin de l’expérience Neuschwander ( le repreneur « social ») - avec les coopératives ouvrières qui ont succédé à Lip.
 
 
Rapports avec la gauche non communiste
Le congrès d’Epinay (11 au 13 juin 1971) donne naissance au nouveau PS. Une partie des militants CFDT et du PSU s’y engagent.
Edmond Maire est élu secrétaire général en 1971. Il le restera jusqu'en 1988.
 
 
Il est plus réformiste que son prédécesseur Eugène Descamps et s’il ne s’oppose pas au programme commun signé en 72 entre le PS et le PCF, il souhaite contenir le courant unitaire suscité par la perspective politique qu’il ouvre.. Face à l’échec des partis de gauche aux élections législatives de 1973, la CFDT propose une « Union des forces populaires ».
Edmond Maire qui ambitionne de supplanter la CGT comme Mitterrand souhaite le faire du PC appuie l’idée d’assises du socialisme en 1974. La CFDT lance un appel en faveur des assises :
« la nécessité d’une force socialiste puissante et populaire, insérée dans toutes les luttes sociales dan set hors de l’entreprise, et capable d’être un pôle de rassemblement autour d’un projet socialiste fondé sur l’autogestion, nous apparaît plus urgente que jamais.
C’est pourquoi nous avons accueilli favorablement l’appel lancé par François Mitterrand….
La résolution de la direction politique nationale du PSU exprimant la volonté de donner à la perspective autogestionnaire toute son ampleur et de créer les conditions d’une force politique puissante et crédible nous paraît témoigner d’un souci et d’une démarche analogue. »
Le débat entre partisans de la stratégie autonome et ceux de la stratégie convergente trouve là son illustration concrète. La concurrence entre les rocardiens et les membres du CERES de Jean Pierre Chevènement pour le contrôle du nouveau parti se répercuta au sein du Bureau national de la CFDT.
Il fallut que le conseil national adopte en 1975 un texte sur l’autonomie syndicale en avril 1975 pour clore le débat. (Réflexion 1978 p.218.219)
Le partenariat avec la Cgt s’affaiblit dans la mesure où la gauche socialiste se renforce au détriment de la gauche communiste.
En Septembre 1977, c’est la rupture du programme commun décidée et voulue par le PCF de Georges Marchais. Edmond Maire « recentre » l’action de la CFDT qui rompt le pacte d’unité d’action avec la Cgt en 78, après l’échec de la gauche aux élections législatives. Edmond rencontre Giscard d’Estaing, le Président de la République…
Le Conseil national de 1978 estime que la politisation de la CFDT a été excessive et qu’il convient d’avoir une pratique qui vise à promouvoir la négociation.
La CFDT a adhéré en 1974 à la Confédération européenne des syndicats (CES) créée en 1973.
Elle adhèrera à la Confédération internationales des syndicats libres (CISL) en 1988.
 
Le 38° congrès -Brest 1979.
Le rapport du bilan de la décennie défendu par Jacques Moreau est adopté. « La CFDT a marché sur deux pieds :
-                     un pied syndical avec la Cgt ;
-                     un pied politique avec la Gauche non communiste.
Cette stratégie a été une erreur, il faut abandonner le terrain politique et aussi l’unité d’action avec la Cgt. »
C’est l’idée du recentrage, de la «  resyndicalisation », se concentrer sur l’activité syndicale quelque soit le gouvernement.
Les moyens choisis pour réaliser cette union des forces populaires, la nature et les contenus des alliances ne doivent pas entraver le développement propre de l’action de la CFDT et ne compromettre en rien sa fonction spécifique d’organisation syndicale, porteuse à tout moment des aspirations des travailleurs. Tout accord avec d’autres suppose donc le maintien de la capacité autonome d’action et de mobilisation de la CFDT, une maîtrise totale de sa décision en toute circonstance, quel que soit le type de rapports qu’elle établit avec ses partenaires.
 
La CFDT renoue secrètement des contacts avec le CNPF, considérant que la dynamique de l’union de la Gauche est brisée. C’est le retour au syndicalisme du compromis et des petits pas explique E. Maire au patronat et au gouvernement, tout en se rapprochant de FO. L’accent est mis sur le réalisme revendicatif par la négociation plutôt que sur la lutte et la grève.
De 1979 jusqu’à nos jours la CFDT privilégiera cette politique contractuelle.
On observe une certaine convergence tactique entre les conceptions du courant Rocard exprimée dans la revue Faire et celles de la revue CFDT aujourd’hui.
 
1981 - Face à la gauche au pouvoir.
Contrairement aux prévisions cédétistes, bien que le programme commun ait été rompu, François Mitterrand est élu.
La Gauche revient au pouvoir après 24 ans de gaullisme et gouvernements de droite, dans un contexte de crise économique depuis 1974, de chômage, d’une inflation à 14 %.
L'élection de François Mitterrand est considérée comme la possibilité d'un renouveau pour le mouvement syndical. La CFDT veut faire aboutir rapidement ses revendications prioritaires : réduction de la durée du travail, lutte contre les inégalités de salaires et de pouvoir d'achat, droits nouveaux accordés aux salariés. Pour appuyer ces revendications, elle rencontre François Mitterrand puis son premier ministre Pierre Mauroy. Toutefois, la question de la réduction du temps de travail va provoquer une première distorsion car la CFDT y voit la possibilité de diminuer les inégalités en créant des emplois et en améliorant les bas salaires. Ce point de désaccord est révélateur de l'orientation que va prendre la CFDT à partir du Congrès de Metz (1982), celle des « nouvelles solidarités ».
Les dirigeants CFDT investissent les cabinets ministériels ; ils vont jouer un rôle marquant dans le cadre des réformes de la gauche au pouvoir :
-                     Les lois Auroux sont inspirées du programme de la CFDT*
 
 
1983. C’est le tournant économique du gouvernement d’Union de la gauche vers la rigueur.
Ce virage à 180° est accepté et défendu par Edmond Maire : il définit « les nouvelles solidarités » :
car : « les tentatives de la gauche ayant échoué, le capitalisme est indépassable. Les solidarités doivent jouer entre les salariés. »
En septembre 82, il critique le « barrisme de gauche » et en janvier 83 sur le perron de l’Elysée, il déclare que « le pouvoir d’achat est menacé et un deuxième plan de rigueur risque de devenir nécessaire ». Il critique une ligne politique attribuée au PCF et à J.P.Chevènement au sein du gouvernement en exprimant son opposition à toute radicalisation politique et le protectionnisme. (syndicalisme N° 1950).
Cette démarche est un syndicalisme de régulation sociale qui place au cœur de sa logique :
-                     la négociation à froid ;
-                     les concessions permanentes.
 
1986. La Cohabitation
La Cfdt renoue avec l’association capital-travail. C’est une rupture avec le syndicalisme de transformation sociale et autogestionnaire. Cette évolution va se voir confirmée à la fin des années 80 avec une série de crises internes.
 
1988 - Pour un syndicalisme d'adhérents. Le congrès de 1988, qui voit Jean Kaspar succéder à Edmond Maire, met l'accent sur le syndicalisme d'adhérents dans le prolongement de l'action menée par le Gaps (Groupe d'action pour la syndicalisation) et sur l’adaptation du syndicalisme face aux mutations économiques et sociales. Il s'agit de redonner aux salariés l'envie d'adhérer, stratégie qui va porter ses fruits à partir de 1989, avec une progression régulière des effectifs..
Une opposition « Tous ensemble » naît dans les luttes de terrain Elle sera défaite, poussée à la porte, exclue. En particulier dans les fédérations des PTT et de France-Télécom. Cela donnera naissance à l’émergence des syndicats Sud.
Il est difficile d’avoir un regard distancié sur les évènements qui ont traversé depuis lors la CFDT.
En 1992, Nicole Notat devient secrétaire générale, avec l’éviction de Jean Kaspar.
La CFDT abandonne définitivement « la transformation sociale » pour se livrer au pragmatisme qu’elle nomme la recentralisation de l’action syndicale. Elle s’oppose à la grève de 1995 et soutient les réformes Juppé sur les retraites lors des évènements de novembre- décembre..
1998 – Le congrès de Lille. Ce congrès est essentiel puisqu’il a permis de clarifier la conception du syndicalisme CFDT : un syndicalisme confédéré qui fait le choix de l'adaptation, de la négociation, de la lutte contre l'exclusion et pour l'emploi, d'une mondialisation ordonnée et solidaire.
2002 – 45° congrès de la CFDT.Réunis à Nantes du 27 au 31 mai, plus de 1 600 délégués font vivre le 45° congrès de la CFDT. Avec 78,51 % des mandats, le rapport d’activité est adopté par la plus large majorité de toute l’histoire de la CFDT. Plein emploi, travail de qualité, protection sociale, fonctions publiques et développement syndical sont les cinq thèmes des résolutions approuvées par les congressistes. Avec des pourcentages oscillant entre 70 % et 90 %.
C’est aussi le dernier congrès de Nicole Notat, remplacée à la tête de l’organisation par François Chérèque, ancien secrétaire général de la fédération Santé-sociaux et fils d’un ancien dirigeant de la CFDT des années 70/80 qui fût nommé préfet pour être chargé du problème de la liquidation de la sidérurgie lorraine.
 
En 2003, la CFDT soutient les réformes Fillion, également sur la question des retraites.
 
Cet accompagnement des réformes néolibérales de la Droite au pouvoir va créer de nouvelles scissions. * (voir ci-dessous)
Il amène certains militants à se poser quelques questions sur ce :
« Libéral syndicalisme »
 
Aujourd’hui la CFDT est cependant la plus importante des centrales en terme d’adhérents (mais pas en influence et représentativité électorale) avec environ 800 000 cartes contre
700 000 à la CGT.
 
  SUITE :.....
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Vous y trouverez tous les syndicats et des chapitres sur le dialogue social, la représentativité, le syndicalisme international.
 
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Évidemment , n'hésitez pas à le faire connaître en diffusant largement cette offre.
 
Je suis à votre disposition pour tous renseignements complémentaires et vous prie d'agréer mes sincères salutations.
 
amicalement
 
             Allain GRAUX
( ancien responsable syndical)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Les responsables de la CFTC depuis 1919
1919 -1940 Président : Jules Zirnheld (1)
Secrétaire général : Gaston Tessier
1944 -1946 Secrétaire général : Gaston Tessier
1946 -1948 Président : Georges Torcq
Secrétaire général : Gaston Tessier
1948 -1953 Président : Gaston Tessier
Secrétaire général : Maurice Bouladoux
1953 - 1961 Président : Maurice Bouladoux
Secrétaire général : Georges Levard
1961 -1967 Président : Georges Levard (2)
1964-CFDT Secrétaire général : Eugène Descamps
1967 -1970 Président : André Jeanson
Secrétaire général : Eugène Descamps
1970 -1971 Secrétaire général : Eugène Descamps (3)
1971 -1973 Président : Laurent Lucas
 1971 - Secrétaire général : Edmond Maire
1973 -1988 Secrétaire général : Edmond Maire
1988 -1992 Secrétaire général : Jean Kaspar
1992 - 2002 Secrétaire générale : Nicole Notat, c’est la première fois        qu’une femme est élue à la direction d’une organisation syndicale      ouvrière.
- Jules Zirnheld meurt en décembre 1940. La CFTC étant officiellement dissoute, il n'y aura pas de congrès pour le remplacer avant 1945.
- Depuis 1961, la fonction prédominante au sein de l'exécutif de la confédération est celle de secrétaire général; auparavant c'était celle de   président.
- En 1970, le poste de président est supprimé. Il a été rétabli de 1971 à 1973 en raison de la maladie d'Eugène Descamps
Depuis 2002 Secrétaire général : François Chérèque                         Naissance : 01 Juin 1956

Contrairement à la CGT, François Chérèque, à la tête de la CFDT depuis 2001, se montre plus ouvert à la réforme et prêt à accepter les mesures drastiques du gouvernement en matière de lois.
 François Chérèque n’a de cesse de marquer sa différence. Comme lorsqu’il s’oppose à la journée de grève du lundi de Pentecôte. « On ne peut pas s’octroyer par la grève ce que l’on réclame par la grève ». Paroles sibyllines d’un dirigeant syndical qui n’assume pas toujours sa différence d’opinion. Ou sa facilité à s’entendre avec Laurence Parisot, à la tête du Medef.

 
·                 Voir le film « l’imagination au pouvoir » sur Lip – Charles Piaget, militant CFDT et PSU était le leader de ce mouvement exemplaire et original. On y voit les conceptions différentes de la lutte syndicale de la Cgt et de la Cfdt. Tous les thématiques chères à la nouvelle orientation de la CFDT sont essayées : autogestion, contrôle ouvrier, participation féminine. On y observe également comment le gouvernement de l’époque a cassé l’expérience du patron progressiste qui avait repris l’entreprise en supprimant les commandes de l’armée à Lip).
·             , parmi les ouvriers, « il y en a un qui a dit : et si on prenait les montres ? » Soit, mais qu’en faire. Et est-ce un vol ? un péché ? (la tradition chrétienne imprègne la région). Plutôt maoïste, un ouvrier dominicain absout d’avance les « paroissiens de Palente ». Des voitures sont chargées de montres et partent « les planquer ». Mais les ouvriers ont garde d’oublier de s’emparer des fichiers et des plans, car ceux-ci ne doivent pas tomber entre les mains des concurrents de la marque horlogère. Ces syndicalistes d’un genre nouveau ont beau avoir les cheveux très longs et ne pas manquer d’audace, ils tiennent au soutien de l’évêque et ont l’esprit d’entreprise…Que faire de toutes ces montres ? On décide de les vendre et de remettre en route l’usine pour en produire de nouvelles, cette fois sans patron (« tu n’as pas besoin de lui »).  
 …« La question des femmes a été la révolution dans la révolution ». Pour être un militant exemplaire, Piaget lui-même n’en abandonne pas moins la charge de ses six enfants à son épouse. Il admet volontiers : « C’est vrai que je n’ai pas été très bien ». Quant aux enfants, cette variable qui pèse sur le temps des militants va quitter à son tour le domaine privé pour être posée collectivement. « A travail égal, salaire égal ? » Ce n’est pas si facile : faut-il payer autant les couples, ceux qui ont des charges de famille ? Le dominicain est favorable à l’égalité des salaires.
Pourtant, Besançon, ce n’est pas toute la France.                                                                                                                                      …Le pouvoir fait évacuer l’usine, propose un nouveau plan, avec à la clé 159 licenciements. La majorité des ouvriers le refuse. Le premier ministre Pierre Messmer conclut, furieux : «  Lip c’est fini. » Il se trompe. L’entreprise est reprise par un « patron de gauche », M. Claude Neuschwander. Un peu plus d’un an après, en décembre 1974, le conflit semble terminé : d’un côté, l’autogestion a vécu ; de l’autre, tous les ouvriers ont été réembauchés.
Mais en mai 1974, M. Giscard d’Estaing a été élu à l’Elysée. Pour lui et pour son premier ministre Jacques Chirac, c’est surtout le second point qui pose problème, ce bras de fer remporté par les syndicats contre le chômage alors que les plans de licenciement essaiment un peu partout en France. Ministre de l’industrie en 1973, M. Jean Charbonnel confie que M. Giscard d’Estaing estimait, en substance : « Il faut les punir [les Lip]. Qu’ils soient chômeurs et qu’ils le restent. ? Renault, alors nationalisé, annule du jour au lendemain ses commandes de montres ; le ministère de l’industrie supprime un versement promis ; le robinet à capitaux se tarit d’un coup. Révoqué par l’actionnaire, M. Neuschwander en tirera plus tard la leçon que jusqu’à Lip, le capitalisme était dominé par l’entreprise. Après cela, la finance l’emporta. - Le Monde diplomatique de mars 2007- Serge Halimi 
Edmond Maire est né le 24 janvier 1931 à Epinay-sur-Seine, sixième enfant d’une famille de cheminots. Il entre, sans le bac, à l’âge de dix-huit ans chez Valentine, entreprise de peinture de cinq cents personnes. Adhérent à la CFTC en 1954, il gravit rapidement les échelons de son syndicat en devenant permanent du syndicat de la chimie en 1958, puis secrétaire général du syndicat parisien des industries chimiques CFDT (STIC) avant de devenir celui de la fédération de la chimie (FIC).
 
Durant cette période, il poursuit la transition engagée par son prédécesseur en ancrant définitivement le syndicat à gauche de l’échiquier politique et social. Habile négociateur, esprit libre au sein même de l’organisation qu’il dirige, il engage la CFDT tour à tour sur la voie de l’autogestion, du socialisme démocratique et du "rencentrage".
 
Un rapport sur "Les droits des travailleurs", affirme notamment que "les travailleurs doivent être citoyens à part entière dans l'entreprise" et se donne pour objectif de "promouvoir une démocratie économique fondée sur de nouvelles relations du travail et sur l'élargissement du droit des travailleurs.
À la suite du rapport, une ordonnance et quatre lois sont promulguées, les 5 février, 4 août, 28 octobre, 13 novembre et 23 décembre 1982.
Elles s'inscrivent dans la ligne du mot d'ordre "autogestion" lancé après Mai 68 par le PSU.
Les lois Auroux transforment les relations sociales au sein des entreprises, au moins dans les textes sinon toujours dans les faits : elles fixent les pouvoirs disciplinaires du chef d'entreprise et limitent très précisément le règlement intérieur ; celui-ci ne peut pas porter atteinte aux libertés individuelles et collectives ; de même, soucieux de mieux protéger les personnes victimes de discrimination dans le cadre de la vie professionnelle, un nouvel article du Code du Travail (L122-45) qui prohibe la sanction ou le licenciement d’un salarié fondé sur “son origine, son appartenance à une ethnie, une nation ou une race”...
Elles rendent obligatoire dans chaque entreprise une négociation collective annuelle sur les salaires, la durée et l'organisation du travail.
 
Par Allain Louis Graux - Publié dans : SYNDICALISME
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Mardi 10 avril 2012 2 10 /04 /Avr /2012 18:04

EXTRAIT DU LIVRE : PANORAMA SUR L'HISTOIRE DES SYNDICATS

 

La place de Solidaires dans le syndicalisme français

Le syndicat Solidaires a pris naissance et s’est développé dans  le cadre d’un gouvernement de gauche, à partir de 1981, sous les gouvernements du président Mitterrand, puis de 1997 à 2002, avec celui de la « gauche plurielle » du premier ministre Lionel Jospin. Ce syndicalisme est né du refus de la rigueur imposée en 82-83 et des adaptations sociales-libérales de la globalisation sous Jospin.

La retraite à 60 ans, la 5e semaine de congés payés instaurée en 82, les lois Auroux (extension du droit syndical après 1968), l’adoption des lois Aubry (35 h, RTT), la CMU (Couverture maladie universelle), la prime pour l’emploi (PPE), sont des avancées importantes qui ont donné à penser que la collectivité se souciait des plus démunis et de l’emploi. Mais après les nationalisations de 1981 qui ont modernisé l’industrie et les services bancaires au prix de lourdes restructurations, payées en chômage et pouvoir d’achat par les salariés (mines, sidérurgie, télécommunications), ce fut la période des privatisations entamées sous le gouvernement de Jacques Chirac (86-88) et poursuivies par celui de Lionel Jospin. La privatisation des services publics ne s’est plus interrompue, la protection sociale est menacée, les plans de licenciement se succèdent au rythme des délocalisations et « modernisations ».

La politique libérale de l’Union européenne, par ses directives, encourage ce processus mondialisé, comme le FMI, l’OMC, la Banque mondiale.

Solidaires a été la première organisation à soutenir les intersyndicales dans les luttes contre les vagues de licenciements des grands groupes multinationaux. Mais son faible poids, par rapport aux grandes confédérations, l’a souvent amenée à constater son incapacité à initier seule une action. C’est devenue une préoccupation permanente de l’Union. La reconnaissance a aujourd’hui fait bien des progrès, mais la bataille n’est pas encore complètement gagnée.

Dans ce contexte de transformation économique et social, en France, en Europe et dans le monde, accompagné par la soumission et la dérive libérale de la social-démocratie, l’Union juge très important de s’engager – comme nous l’avons déjà souligné – dans les combats avec des associations de résistance et de lutte du mouvement social.

L’existence et le développement de Solidaires, bousculent les habitudes des autres confédérations. Solidaires n’à aucun contact - en dehors des intersyndicales de lutte où elle a pris sa place dans l’action -  avec la CFDT, FO, CFTC et CGC… Elle partage cependant un grand nombre d’analyses avec la FSU. Toutes deux s’efforcent avec l’UNSA de faire bouger les questions relatives à la représentativité.[1]

Sur le plan International, l’Union n’est pas adhérente à la Confédération européenne des syndicats (CES), barrée par FO et la CFDT qui sont opposés à cette adhésion, alors que toutes les grandes confédérations françaises y sont présentes. La FSU a demandé son adhésion le 31/08/2010.

L’Union diverge sur de nombreux points avec une confédération qu’elle juge trop liée au social libéralisme. Cela ne l’empêche pas cependant, sur le plan international, de collaborer avec de nombreux syndicats membres de la CES.

Solidaires veut construire « un autre monde », moins injuste et plus solidaire.

Pour créer une alternative de la transformation sociale, Solidaires se veut une nouvelle forme de syndicalisme par son orientation résolument antilibérale, ses méthodes d’organisation privilégiant la base et la démocratie directe, son implication dans le mouvement social et sur le terrain de la citoyenneté pour recréer du lien social

 



[1] Un exemple de l’ostracisme, en l’occurrence politique, à l’égard de Solidaires :

Lors d'une entrevue avec le journal Sud-Ouest, le 26 novembre 2007, François Hollande, alors secrétaire national du Parti socialiste, déclare, au moment où Sarkozy remet en cause les régimes spéciaux, que « le syndicalisme que l’on doit combattre est celui de SUD » ...

 

 

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Préface : Georges Ubbiali, Mcf en sociologie, Université de Bourgogne.

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Parution juin 2012

345 pages – 20,00 €

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Par Louis Chevreuil - Publié dans : SYNDICALISME
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Mardi 10 avril 2012 2 10 /04 /Avr /2012 17:57

LA CGT

 

Présentation générale par la CGT

 

Le syndicalisme fait partie du patrimoine vivant de l’humanité et de la démocratie. Fait social devenu universel, il a d’abord émergé en Europe avec la révolution industrielle, et y est resté depuis profondément enraciné.
L’histoire plus que séculaire de la CGT s’inscrit dans cet ensemble. Née de la volonté des salariés de s’organiser collectivement et durablement pour défendre leurs intérêts face à l’oppression et à l’exploitation, pour conquérir des droits et les faire valoir, pour imaginer un monde plus juste et proposer des voies pour y parvenir, sont le cœur de son action syndicale. Bâtie selon deux dimension, professionnelles et géographiques[1], la CGT s’est forgée et constituée au fil de l’histoire autour d’une conception de solidarité entre les salariés qui combine l’ancrage à l’entreprise et à son environnement territorial.

 

La CGT est née en 1895 au Congrès de Limoges. Ce n’était cependant pas l’acte de naissance du syndicalisme français[2]. C’est après l’épisode sanglant de la répression de la Commune de Paris (1870) que des organisations ouvrières illégales surgissent et s’organisent. A partir de 1881, on compte en France cinq cents chambres syndicales de toutes natures, des associations mutualistes et des Bourses du travail.

Des congrès ouvriers se déroulent en 1876,1878, 1879. Ces premiers congrès sont très composites : on trouve des sectes socialistes, des représentants de mutuelles, d’associations d’entraide. Deux formes d’organisations se sédimentent et s’opposent : les mutuelles qui sont les plus importantes grâce au soutien de Napoléon III, et les chambres syndicales, plus radicales. Certaines mutuelles soutiennent les mouvements de grève en organisant la prévoyance et les caisses d’entraide.[3]

 

La structure fédérale (verticale)

1886 – Date de création de la première organisation :

 La Fédération Nationale des Syndicats et groupes corporatifs de France et des Colonies (FNS).

Elle est animée par des «guesdistes»[4].

Deux caractéristiques :

-          Les ouvriers sont rassemblés en corporations par métier (plusieurs syndicats pour un même produit, rassemblés en Fédérations).

-          Le syndicat est sous l’influence directe du POF.

 

La structure locale horizontale

Elle se développe à travers les Bourses du travail, avec le responsable ouvrier Fernand Pelloutier.

1892 – Les Bourses se fédèrent en Fédération Nationale des Bourses du Travail, en particulier dans les villes dirigées par des socialistes. Ce seront les bases ouvrières du socialisme municipal.

Ses animateurs sont plutôt des anarchistes.

Les anarchistes voulaient changer le monde par l’action directe, les attentats. Cette forme d’action a tourné court et entraîné une forte répression. Les anarchistes se réfugient au sein des Bourses qu’ils vont influencer avec un message libertaire.

Les deux formes d’organisation, fédérale et locale, vont marquer le mouvement ouvrier français et présider à l’organisation de la CGT : une organisation verticale en Fédérations de métiers  et une structure horizontale en Unions locales qui regroupent les syndicats de diverses entreprises d’un même lieu.

Au congrès de 1895, la FNS et La FNBT s’unissent et créent la première organisation confédérale : la CGT. Des organisations non fédérées la rejoignent.

En 1890, on comptait 400 000 syndiqués.



[1] NDLA : Les fédérations professionnelles et les Unions interprofessionnelles locales.

[2] 1791- La loi Le Chapelier - qualifiée de terrible par Jean Jaurès - confirme la suppression des corporations et l’interdiction des coalitions et les actions qui peuvent en découler comme la grève.

[3] 1884- La loi Waldeck Rousseau abroge la loi Le Chapelier et autorise la création des syndicats en France. Les activités de secours mutuel et les activités syndicales sont formellement séparées. Cette différenciation sera très importante dans l’évolution du syndicalisme en France à la différence du syndicalisme germanique, nordique, anglo-saxon.

*Le droit de grève a été reconnu le 25 mai 1864.

[4] Jules Guesde a créé le Parti Ouvrier Français (1882-1902). C’est un personnage décisif du mouvement socialiste qui a fait pénétrer le marxisme en France. Le Parti ouvrier français (PO , puis POF). Parti révolutionnaire, son but était d'abolir le capitalisme et de fonder une société socialiste et communiste.

 

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Evidemment , n'hésitez pas à le faire connaître en diffusant largement cette offre.
 
Je suis à votre disposition pour tous renseignements complémentaires et vous prie d'agréer mes sincères salutations.
 
amicalement
 
             Allain GRAUX
( ancien responsable syndical)
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