CHANGER DE SYSTEME ?
Il y a environ un an, la Banque Centrale Européenne et les gouvernements européens déversaient des centaines de milliards d’euros pour sauver le système bancaire international de la banqueroute. Celui-là même qui est responsable de la plus grave crise du capitalisme, des crises économiques, sociales et environnementales qu’il a engendré à l’échelle planétaire. Un système spéculatif en faillite frauduleuse.
Aujourd’hui, ces banques qui ont bénéficié de prêts à taux quasi nul (1%), prêtent notre argent à la Grèce et aux Etats déficients, à des taux de 8%. Pas étonnant qu’elles aient pu rembourser si vite, qu’elles aient pu engranger si vite des profits records, comme la BNP : 6 milliards d’€ en 2009 dont 1 milliard réservé aux traders artisans de la spéculation.
Les entreprises ont utilisé la crise pour licencier massivement : près d’un million de chômeurs supplémentaires en France en 2009.
92 000 en Bourgogne, dont 30 000 bientôt en fin de droits qui devront se contenter du RSA.
- Sanofi : 8 milliards de bénéfices en 2009 -(+ 19,2 % de bénéfices). Merci Mme Bachelot pour la commande de vaccins H1N1 !
- Total : 7,8 milliards de bénéfices en 2009. Et ce groupe ferme brutalement une usine de raffinage à Dunkerque, en attendant de liquider les autres. Il a 18 mois, les pétroliers justifiaient les hausses du coût des carburants par la raréfaction du raffinage. Maintenant, ils nous chantent qu’il y aurait trop d’essence. Certes, la consommation a diminué. Mais la vraie raison, c’est que les « majors » ont investi dans les Emirats, pour construire des stations de raffinage ultra modernes, avec une main-d’œuvre à bas prix. Ce qu’ils ne disent pas, c’est qu’elles ont prévu d’importer massivement les produits raffinés dès 2011 : 25 millions de tonnes. Pour augmenter des profits déjà pharamineux, pour remplir les poches déjà pleines à craquer de leurs actionnaires ! Au détriment de l’investissement en France et en Europe, au détriment de l’indépendance énergétique de produits aussi stratégiques que le carburant. On ne peut que s’étonner que personne ne parle de cet aspect de la question.
Et tous ces groupes multinationaux, qu’accordent-ils généreusement à leurs salariés : 1 à 1,2 % d’augmentation des salaires…
Monsieur Sarkozy n’a-t-il pas déclaré qu’il fallait partager les plus-values en trois : 1/3 pour le Capital, 1/3 pour l’investissement, 1/3 pour les salaires. Nous en sommes loin. Mais il est vrai que les promesses ne concernent que ceux qui les croient…
Selon les dernières estimations de l’Insee, l’emploi a baissé de 1,8 % ces deux dernières années, particulièrement dans l’industrie avec 269 000 emplois supprimés en 2009, près de 100 000 devraient encore disparaître début 2010. C’est le tissu industriel de la France qui se rétrécit. Le bâtiment a perdu aussi 3,8 % de ses effectifs en 2009. Pourtant la crise du logement sévit, particulièrement pour le logement social. Même les services sont en recul, avec la suppression de 121 000 postes d’intérimaires en 2009. Dans l’hôtellerie-restauration - alors que le taux de TVA ramené à 5,5% devait produire des miracles - ce secteur continue de se dégrader.
Inquiétant ! Le niveau de la productivité qui s’accroît régulièrement de +1,5 % par an en France, a reculé de 2,6 %. Cela correspond à un « suremploi » d’un million de personnes, de chômeurs potentiels. Tristes perspectives d’avenir qui contredisent toutes les déclarations optimistes de Mme Lagarde.
Ceux qui critiquent les 35 heures et les RTT devraient prendre la mesure du rôle d’amortisseur que cette loi a joué pour éviter une dégradation encore plus brutale de la situation de l’emploi.
Le total des chômeurs inscrits à Pôle emploi en octobre 2009, était de : 4 287 000 …On en est à 4 400 00 en janvier.
En France, la consommation des ménages avait permis d’amortir les effets de la crise. Mais la baisse du pouvoir d’achat est annoncée, avec le blocage des salaires, la hausse des tarifs de base : eau, gaz, l’électricité, les carburants, le chauffage, les franchises hospitalières et médicales, la diminution des remboursements des médicaments, la hausse des honoraires médicaux non conventionnés, les fins de droits, le chômage accru. Tout cela va peser considérablement sur la situation économique et sociale.
Il faut ajouter l’augmentation attendue des impôts - après les régionales - car la commission européenne n’a pas manqué de rappeler qu’il allait falloir en revenir à la politique de stabilité en vigueur depuis Maastricht, à la rigueur budgétaire, et donc ramener le déficit de 8 à 3 % d’ici 2012 ! L’addition va être lourde, pour les ménages. Pour les plus aisés, les nantis, tout va bien : les riches bénéficient du bouclier et de niches fiscales. Les entreprises bénéficient de la suppression de la taxe professionnelle, également de nombreux dégrèvements fiscaux et de charges sociales qui sont autant de manques à gagner pour les finances publiques. Les entreprises de moins de 10 personnes ont pu embaucher au niveau du SMIC sans payer de cotisations sociales. Les 740 000 emplois qui en ont profité sont autant d’effet d’aubaine, car des millions d’embauches se font chaque année dans ces toutes petites entreprises où le turn-over est très élevé*.( Alternatives économiques –01.10).
Les entreprises du CAC 40 jouissent du taux d’imposition le moins élevé : 8 %, au lieu du taux officiel d’imposition sur les bénéfices de 33 %, grâce aux nombreuses dérogations disponibles.
Cela coûte très cher à la sécurité sociale qui n’a pas besoin de ces mesures qui accroissent un déficit déjà provoqué largement par toutes ces sortes d’exonérations qui depuis 25 ans n’ont pas contribuées à résorber le chômage. Cela permet de dire ensuite qu’il faut prendre des mesures pour résoudre le déficit, donc réduire les prestations sociales, augmenter l’âge du départ en retraite, etc.…
Que propose le gouvernement face à cette situation dramatique pour un nombre sans cesse grandissant de salariés ?
Il persiste à maintenir la réduction drastique de la fonction publique par le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partants en retraite. Cela concerne les infirmières qui n’en peuvent plus, l’éducation nationale qui manque de professeurs (16 000 suppressions programmées en 2010), de remplaçants, de surveillants pour assumer la sécurité dans les établissements, et même les policiers. C’est un plan social à l’échelle du pays.
Il persiste à casser les services publics (poste, hôpitaux, transports, énergie) alors qu’il faudrait les développer pour satisfaire les besoins de la population sur toute l’étendue du territoire et en toutes occasions.
Il persiste à vouloir augmenter l’âge du départ à la retraite, au détriment de l’emploi des jeunes, catégorie sociale la plus touchée par la précarité et le chômage.
Que faire ?
Face à cette réduction massive du nombre d’emplois, il faudrait les partager et réduire le temps de travail, en particulier arrêter de subventionner les heures supplémentaires, un système débile et coûteux : 167 millions d’heures supplémentaires ont été exonérées au troisième trimestre 2009, l’équivalent de 420 000 emplois à plein temps ; cela coûte 4 milliards d’€ par an avec lesquels on pourrait financer 100 000 emplois …
Il faudrait développer les Services publics, combler les déficiences intolérables dans les services de santé (au sens large) et de l’éducation, de la formation professionnelle publique.
Il faudrait développer une politique du logement social, donc l’industrie du bâtiment et des industries techniques de matériaux écologiques qui devraient-être systématiquement employés et imposés aux bâtisseurs publics et privés.
Il faudrait développer les transports publics collectifs, les liaisons interurbaines, interrégionales, le transport du fret par les voies ferrées et navigables.
Il faudrait développer la recherche pour les énergies renouvelables, en faire une priorité.
Ce sont là des millions d’emplois qu’il est possible de créer, qui permettraient d’obtenir des millions de nouveaux cotisants aux organismes sociaux, de nouveaux contribuables pour résorber les déficits publics et permettre de financer les retraites.
Cela implique d’autres choix de société que de favoriser l’épargne des riches, l’augmentation des profits et des dividendes qu’il faut taxer lourdement, des transactions financières qu’il faut imposer.(taxe Tobbin).
Le capital s’est gonflé de 10 % des revenus salariés depuis 25 ans : près de 200 milliards d’€ par an. Qu’ils nous rendent notre argent!
C’est d’une véritable planification écologique, économique et sociale dont nous avons besoin, d’un système de coopération et d’harmonisation des systèmes économiques et sociaux et non du laisser-aller, laisser-faire du marché compétitif mondialisé. La compétition généralisée oppose les gens entre-eux, les territoires, les pays, les uns contre les autres. Elle détruit le lien social, les sociétés, et conduit à l’affrontement généralisé, au paroxysme des situations, à la guerre.
Ce monde capitaliste libéral et financier marche à l’envers, remettons-le sur ses pieds !
Allain Graux
Le 24 février 2010
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