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À propos de la Droite extrême.

Contrairement aux années 30, la Droite extrême -- en l'occurrence, dans notre pays, le soi-disant Front National -- ne se réclame, ni du national-socialisme, ni du fascisme.

Et il serait illusoire, voire contre-productif, d'imaginer qu'en agitant le spectre de la bête immonde, il serait possible de limiter la propagation des idées de la Droite extrême au sein de la population en général et des couches populaires en particulier. A fortiori en participant activement à des aléatoires « comités antifascistes », de surcroît curieusement nommés « comités antifa » comme si le mot même de « fascistes » apparaissait démesuré à ceux-là mêmes qui l'emploient. En réalité, dès lors que le soi-disant Front National n'a pas été interdit au moment où il aurait pu l'être, il faut, pour limiter son influence, décortiquer ses analyses et ses déclarations afin de faire valoir en quoi il constitue une véritable escroquerie dont ne peuvent être victimes en premier lieu que les couches populaires qui lui font confiance.

Ce qui ne signifie pas qu'il faille se priver, non de manière systématique et incantatoire mais chaque fois que de besoin et de manière pédagogique, d'indiquer les filiations avec leurs prédécesseurs dans l'Histoire !

Il en est ainsi de la Milice de Vichy durant l'Occupation et des 21 points de sa Charte (j'ai mis en gras certaines citations pour souligner la proximité de conception entre Marine Le Pen et ses amis et la Milice de Vichy !). (J'avais déjà reproduit ceci dans un article précédent).

« Les 21 points de la Milice.

1 Contre l'Ancien Régime, pour l'ordre nouveau.

I) Contre l'oubli des crimes, pour le châtiment des responsables.

La milice française se dresse contre l'ancien régime. Bien des Français trouvent cependant, qu'il comportait bien des aises et une incontestable douceur de vivre.

II) Foi Française et esprit communautaire.

2 Contre le scepticisme. Pour la foi.

3 Contre l'apathie. Pour l'enthousiasme.

4 Contre l'égoïsme bourgeois. Pour la solidarité humanitaire.

5 Contre l'individualisme. Pour l'esprit communautaire.

III) Bases de l'ordre nouveau.

6 Contre la vaine liberté. Pour les vraies libertés.

7 Contre l'égalitarisme. Pour la hiérarchie.

8 Contre l'influence. Pour le mérite.

9 Contre la routine. Pour l'esprit d'initiative.

10 Contre l'ancienneté. Pour la valeur.

11 Contre la démocratie. Pour l'autorité.

12 Contre l'anarchie. Pour la discipline.

13 Contre la démagogie. Pour la vérité.

IV) Souveraineté et travail national.

14 Contre la tutelle de l'argent. Pour la primauté du travail.

15 Contre le trust. Pour le métier.

16 Contre le capitalisme international. Pour le corporatisme français.

17 Contre la condition prolétarienne. Pour la justice sociale.

V) Faire face à la diversité.

18 Contre la dissidence gaulliste. Pour l'unité française.

19 Contre le bolchevisme. Pour le nationalisme.

20 Contre la lepre juive. Pour la pureté française.

21 Contre la franc-maçonnerie païenne. Pour la civilisation chrétienne.

Et si l'on remplace l'expression « lepre juive » par « immigrés », on reste dans l'épure la plus nette !

Cela étant, se borner à ce genre de démonstration irait à l'encontre de ce que je préconise, car établir un parallèle avec des faits qui se sont déroulés il y a 70 ans ne me semble pas de nature à prévenir aujourd'hui l'électorat populaire de la contamination de la Droite extrême !

De ce point de vue, la dénonciation engagée il y a 30 ans au plan moral de ceux qui s'en réclament n'a pas, sur la durée, permis de circonscrire efficacement la propagation de l'influence de la Droite extrême auprès de la population.

D'autant plus que le programme actuel du soi-disant Front National n'a plus rien à voir avec celui qu'il développait il y a seulement 10 ans ! Même si la fille Le Pen était à cette époque directrice de campagne de son père qui avançait d'autres propositions ! Même si la fille Le Pen, en contradiction avec le programme de son père, tentait de puiser à l'époque déjà dans le patrimoine politique de la gauche ! Même si la hiérarchie des points traités dans son programme, tel qu'il est présenté aujourd'hui sur le site de cette organisation, est révélatrice de sa conception de la démocratie et de ses priorités !

Incontestablement, pour comprendre la progression de la Droite extrême, il faut, aujourd'hui comme hier, distinguer les éléments conjoncturels et les éléments structurels, même si parfois certains aspects des seconds influent sur les premiers.

Parmi les éléments conjoncturels :

-- le changement de leader qui a conduit à passer d'un homme d'un autre âge à une jeune femme -- ce qui dans le monde politique n'est pas si fréquent -- au langage modifié -- dans la forme mais pas nécessairement sur le fond -- puisant dans le corpus de réflexion actuelle et non plus dans le passé historique, tout au moins en apparence,

-- la création d'un phénomène médiatique à partir d'un fait politique, largement amplifié par la concurrence à laquelle se livrent les médias dans la course à l'audience,

-- l'abstention très forte (encore qu'en soi, l'abstention constitue un phénomène structurel comme conséquence de problèmes politiques), qui va mécaniquement augmenter les scores en termes de pourcentage lors des élections cantonales de 2010 (et qui serviront de base à la campagne médiatique et parents l'élection présidentielle de 2012) lui permettant de se maintenir au second tour alors même qu'au premier tour, elle est en recul de 111 000 voix par rapport aux élections cantonales de 2004,

-- le recul de la Droite classique (encore qu'en soi, ce recul constitue là aussi un phénomène structurel comme conséquence de problèmes politiques) qui va mécaniquement profiter à la Droite extrême.

Parmi les éléments structurels :

-- la faillite de la politique de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement, a fortiori par rapport aux promesses faites lors de la campagne présidentielle de 2007, que ce soit en termes d'emplois en focalisant contre lui aussi bien les salariés du secteur privé que du secteur public, en termes d'égalité alors même que les inégalités n'ont cessé de se développer au vu et au su de tous, ou en termes de sécurité dont la faillite apparaît encore plus crue, sans compter les scandales qui ont touché de nombreux membres de son gouvernement au cours du quinquennat, ou bien encore en termes de contre-réforme à propos des retraites qui a mobilisé largement le mouvement social et une grande partie des salariés avec le soutien largement majoritaire de la population,

-- la perte de la crédibilité de la Gauche qui, parvenue au pouvoir en 1981 « pour changer la vie » va ouvrir une « parenthèse » qu'elle ne refermera jamais mais durant laquelle elle sera amenée à liquider les charbonnages et la sidérurgie dans le Nord et dans l'Est de la France vouant ces régions au chômage durable et à la désespérance sociale que l'on connaît aujourd'hui, pour revenir au pouvoir en 1988 en menant une politique de quasi statu-quo sur le plan économique, en créant le RMI -- mais plus le revenu minimum que l'insertion dans ces conditions -- et en libéralisant de manière incroyable les circuits financiers au nom du dogme « les économies d'aujourd'hui font les investissements de demain et les emplois d'après-demain » tout en pratiquant la rigueur sociale la plus large, ce qui lui vaudra un désastre aux élections législatives de 1993 dont elle ne se relèvera qu'à la faveur de la dissolution ratée pour la Droite en 1997, et tout cela pour mener encore une politique de privatisation plus nourrie encore que celle que mena la Droite entre 1986 et 1988, en acceptant le diktat libéral lors des réunions d'Amsterdam, de Madrid et de Barcelone, et en renforçant la logique des institutions de la Ve république avec l'inversion du calendrier électoral, ce qui a conduit au désastre renouvelé plus fortement encore le 21 avril 2002, tandis que la « bouillatitude pour chats de la candidatitude » de la représentante de la Gauche en 2007 à la présidentielle se terminait par l'élection de Nicolas Sarkozy qui n'avait pas hésité à la fois à banaliser le discours de la Droite extrême par ses choix de campagne et à piller dans les références historiques et le discours social de la Gauche pour tromper les électeurs à sa gauche et à sa droite,

-- l'approfondissement de la crise sociale et écologique, et donc historique et civilisationnelle, plongeant structurellement la quasi-totalité de la population en France -- mais pas seulement -- dans une angoisse du lendemain quelle que soit la couche sociale à laquelle tel ou tel individu appartient tant la peur du déclassement, déclassement que chacun peut observer autour de soi ou au travers des émissions de télévision, saisit de plus en plus de personnes puisque 2 millions de travailleurs gagnent moins de 60 % du revenu médian et 6 millions de personnes vivent de minima sociaux.

Certes, la Droite extrême n'a pas été en mesure en 2012 d'apparaître comme le recours pour une partie de la Droite classique et n'est pas parvenue à être au second tour comme en 2002. Mais il reste que les résultats obtenus à l'élection présidentielle lui permettent d'être considérée, pour le moment du moins, comme la troisième famille politique dans notre pays.

Et si l'on ne peut pas considérer que nous sommes dans une situation de fascisme rampant, la politique ayant horreur du vide, il est incontestable que celui-ci est occupé en raison de la conjonction d'une situation conjoncturelle et d'une situation structurelle momentanément par la Droite extrême.

Cette situation ne fait que souligner la nécessité continue pour le Front de Gauche, non seulement d'ouvrir une perspective politique crédible à partir de ses propositions mais aussi de démonter pédagogiquement les ressorts de l'escroquerie que constitue le programme de la Droite extrême, la Gauche actuelle au pouvoir menant une politique quasiment semblable à celle de la Droite qui l'a précédée et contraire aux attentes des salariés et des chômeurs, et plus largement d’une grande majorité de la population, et ne sachant qu'opposer -- parce que ne pouvant qu'opposer eu égard à son orientation actuelle -- un discours sur les valeurs républicaines face aux valeurs de la Droite extrême ! Avec les résultats que l'on sait dans l'Oise et à Villeneuve-sur-Lot !

De ce point de vue, la lecture du programme de la Droite extrême est parfaitement révélatrice de ses tropismes, de sa perversité, et de l'escroquerie politique qu'il constitue.

Ainsi, le programme présente successivement les chapitres :

-- Autorité de l'État, avec ensuite en sous chapitres, les Anciens combattants, la Défense, l'État fort, la Fonction publique, l'Immigration, la Justice, la Sécurité, les Services publics.

-- Avenir de la Nation, avec ensuite en sous chapitres, l'Aménagement du territoire, la Culture, l'École, l'Écologie la sécurité alimentaire et industrielle et la protection animale, l'Enseignement supérieur, la Famille, le Handicap, la Recherche, la Santé.

-- Politique étrangère, avec ensuite en sous chapitres, l'Europe, Notre politique étrangère.

-- Redressement économique et social, avec ensuite en sous chapitres, l'Agriculture, la Dette, l'Emploi l'artisanat et le commerce, l'Emploi la réindustrialisation et les PME-PMI, l'Euro, la Fiscalité, le Logement, le Pouvoir d'achat, les Retraites et la dépendance.

-- Refondation républicaine, avec en sous chapitres, la Démocratie, la Laïcité.

Avec au moins quatre constantes dans quasiment tous les sous chapitres : le retour à la Nation telle qu'elle était conçue au XIXe siècle, le retour à l'Autorité telle qu'elle était pratiquée au début du XXe siècle, la dénonciation de l'Europe comme le fourrier de la perte de la grandeur de la France, et la dénonciation de l'Immigration comme source de tous les maux de la population française !

Quatre constantes depuis la création du soi-disant Front National il y a plus de 40 ans, quatre constantes qui sont depuis toujours le fond de commerce de la Droite extrême dans notre pays !

Quatre constantes que l'on retrouvait dans la Révolution Nationale chère au Maréchal Pétain, Révolution Nationale dont les bases ne purent être jetées qu'en raison de la défaite militaire de 1940 et dont la Gauche et la Droite traditionnelle furent rendues par lui responsable du désastre.

Situation que l'on pourrait effectivement connaître à nouveau quand la politique économique et sociale libérale de la Gauche actuelle en prolongement de la politique de la Droite classique provoquera le désastre économique et social dont nous connaissons déjà les prémices en Europe !

Si, bien entendu, le Front de Gauche ne devait pas parvenir à incarner l'indispensable alternative politique à laquelle nous travaillons.

Mais quatre constantes auxquelles viennent s'ajouter deux thèmes de plus en plus sensibles aux yeux de la population : le « Redressement économique et social » et la « Refondation républicaine ».

Et autant Jean-Marie Le Pen limitait son discours pour l'essentiel à la question identitaire en ne cachant pas de surcroît ses sympathies pour le Maréchal Pétain, autant sa fille n'hésite pas, contradictoirement en apparence, à recourir au Général De Gaulle et, pour mieux détourner ses fondamentaux historiques, à piller le patrimoine républicain exprimé à partir de valeurs comme la laïcité, la solidarité, l'égalité aux droits via le service public, et le droit à l'emploi lui-même. Tentant de transformer ainsi la vieille organisation caporalisée à visée uniquement protestataire en un mouvement plus collectif et populaire avec pour objectif de parvenir un jour au pouvoir.

Car elle a parfaitement compris que la question sociale était le sujet premier de préoccupation de la population. Sans oublier « la liberté » ! Même s'il s'agit de « la liberté du contribuable », qu'il soit « patron de PME, commerçant ou artisan, écrasés par une bureaucratie de plus en plus insupportable », comme elle le fit dans son discours du 1er mai 2011 !

Par ailleurs, la fille Le Pen n'aborde pas la question de l'immigration principalement comme un danger pour la race indo-européenne -- pour reprendre les termes de son père -- mais bien plutôt comme un fardeau économique que dans la situation économique actuelle la France ne pourrait selon elle plus supporter. Voire comme une « armée de réserve du capitalisme » !

Loin de réduire la question de l'immigration à des aspects ethniques -- ce qui devient évidemment de plus en plus difficile quand on constate la progression des mariages mixtes -- la fille Le Pen la lie aux difficultés économiques et sociales que le pays connaît. Son Mouvement étant fondamentalement xénophobe.

Sans négliger, bien entendu, perversement au nom de la laïcité, d'agiter l'épouvantail du danger de l'islamisme qui, viole, nie les droits humains des femmes et même des peuples, pour mieux asseoir encore sa critique de l'immigration dont, individuellement, les sujets finissent par incarner dans l'inconscient collectif une menace à peine voilée.

Développer ainsi ses thématiques traditionnelles en complétant son discours par des recours à des thèmes républicains permet à la Droite extrême d'élargir son audience au sein de strates de la population qui lui restaient hostiles jusqu'à présent ; même si, pour l'essentiel, ces strates dont notamment 30 % environ d'ouvriers et d'employés votaient auparavant régulièrement à droite ! Y compris en 1981 !

Cela étant, il est évident que parmi les nouveaux électeurs de la Droite extrême, de plus en plus de votes protestataires proviennent d'anciennes attitudes abstentionnistes et que de de plus en plus de votes de protestation deviennent des votes d'adhésion devant l'incapacité de la Droite classique comme de la Gauche classique de résoudre les difficultés de plus en plus lourdes auxquelles sont confrontées nos concitoyens. (Encore qu'il faille faire très attention à l'analyse des chiffres qui nous sont bombardés par les médias dès lors qu'il s'agit de démontrer la progression du soi-disant Front National. En effet, les pourcentages sont toujours très relatifs, a fortiori quand l'abstention est importante, voire très importante. Et les chiffres exprimés en pourcentages quand il s'agit du vote populaire en faveur de la Droite extrême correspondent en général à un nombre de voix éminemment plus faible que ce que certains médias tentent de faire croire à l'opinion).

De fait, la fille Le Pen ne fait que reprendre la vieille tradition de la Droite extrême en laissant croire que son Mouvement n'est « ni de droite, ni de gauche » mais en dehors du « système » que très intelligemment, son père, définissait comme « socialement de gauche, économiquement de droite, nationalement de France » !

Et cette audience s'élargit d'autant plus que, si à l'époque, de nombreuses strates de la population s'inquiétaient pour leur avenir et plus encore pour celui de leurs enfants, ces mêmes strates de la population dans un contexte de plus en plus difficile pour l'ensemble de la population générale sont confrontées à présent, non plus à un avenir bouché mais à un présent catastrophique générant un sentiment d'insécurité sur tous les plans.

Rappelons, à nouveau, à ce propos l'étude sur les coûts de l'immigration pour l'économie nationale qui a été réalisée en 2009, à la demande du ministère des Affaires Sociales, au terme de trois ans de recherches à partir des chiffres officiels, par une équipe de chercheurs de l'hommage université de Lille.

Il en ressort que les immigrés reçoivent de l'État 47,9 milliards d'euros mais lui reversent 60,3 milliards d'euros, soit un solde positif de 12,4 milliards d'euros pour les finances publiques !

Et bien que les chiffres de l'immigration légale sont très fluctuants, selon ce rapport, on recense environ en France 5,3 millions de résidents étrangers avec leurs familles.

En chiffres, le rapport indique ceci :

-- en termes de coût pour l'État, l'immigration représente 16,3 milliards d'euros pour les retraites, 2,5 milliards d'euros pour les aides au logement, 1,7 milliards d'euros pour le RMI, 5 milliards d'euros pour les allocations-chômage, 6,7 milliards d'euros pour les allocations familiales, 11,5 milliards d'euros pour les prestations de santé, 4,2 milliards d'euros environ pour l'éducation.

-- en termes de recettes pour l'État, l'immigration représente 3,4 milliards d'euros en termes d'impôts sur le revenu, 3,3 milliards d'euros en termes d'impôts sur le patrimoine, 18,4 milliards d'euros en termes d'impôts et de taxes à la consommation, 2,6 milliards d'euros en termes d'impôts locaux et assimilés, 6,2 milliards d'euros en termes de CSG et de CRDS, 26,4 milliards d'euros en termes de cotisations sociales.

Sans compter, dit le rapport, qu'à ce solde de 12,4 milliards d'euros s'ajoutent d'autres revenus pas toujours monétaires mais d'une grande importance sociale et économique (en termes de sport et d'arts populaires, en termes de métiers de services puisque plus de la moitié des médecins hospitaliers dans les banlieues sont étrangers ou d'origine étrangère, pas moins de 42 % des travailleurs des entreprises de nettoyage sont des immigrés, et plus de 60 % des ateliers de mécanique automobile de Paris et de la région parisienne appartiennent à des mécaniciens et petits entrepreneurs d'origine étrangère, toujours selon le même rapport.

Rappelons d'ailleurs que le Comité d'orientation des retraites est parvenu à la conclusion que « l'entrée de 50 000 nouveaux immigrés parents permet de réduire d'un demi-point de PIB le déficit des retraites ».

Ces éléments devraient être beaucoup plus utilisés pour lutter arguments contre arguments face à la Droite extrême qui œuvre à répandre -- non sans succès d'ailleurs, à partir du renouvellement de ses arguments -- l'idée nauséabonde que l'immigration constitue un véritable cancer pour la France. Quitte à la traiter comme « un parti comme les autres » en cherchant à infirmer ses arguments !

De même que la question de la « dette sociale » trop souvent utilisée pour dénoncer « l'assistanat » dont seraient bénéficiaires indûment de trop nombreuses personnes, principalement étrangères, alors même que son montant est sans commune mesure avec la « dette fiscale » de trop nombreux contribuables peu scrupuleux.

Car contrairement à ce qui se dit ici ou là, la « droitisation » de la société française n'est pas une évidence : de nombreuses études et sondages montrent certes une sensibilité plus grande de la population à la question de l'immigration dont les conditions présentes ou à la soi-disante question de « l'assistanat », mais tout autant une sensibilité toujours maintenue sur le droit à la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler très tôt -- ce que défend à présent la fille Le Pen --, ou bien encore sur la taxation des revenus, ou bien encore sur le mariage des personnes de même sexe que la leader de la Droite extrême s'est bien gardée d'attaquer, tout comme les services publics.

Certes, en référence aux 21 points de la Milice, on peut penser qu'une analyse exhaustive de la Droite extrême est utile.

Mais cela doit absolument s'accompagner d'une critique des arguments de cette famille politique et à la condition que cette critique, comme les critiques des autres partis politiques, soit intégrée dans le déroulé d'une argumentation à partir de nos propres propositions. Car les critiques ne suffiront pas à faire venir vers nous les électeurs qui s'abstiennent, et a fortiori ceux qui se laissent tenter par le vote en faveur de la Droite extrême.

Et peut-être, pour commencer, est-il utile de démonter l'escroquerie que constitue la dénomination « Front National ». Notamment à la lumière de l'élection législative partielle de l'Oise et du Lot.


En effet, si le premier tour a vu la disparition de la candidate du PS, disparition qui peut largement s'expliquer par la sanction des électeurs vis-à-vis de la politique gouvernementale actuelle -- y compris par le faible taux de participation -- le deuxième tour de cette élection montre tout à la fois la volonté des électeurs -- avec une participation toujours très faible -- de chasser un élu largement compromis dans de nombreuses affaires mais aussi un élu qui avait recherché lors d'élections précédentes un accord avec la Droite extrême, les deux éléments finissant par relativiser la dangerosité de la candidate de la Droite extrême qui a vu son nombre de voir largement progresser entre le premier et le second tour de cette élection partielle.

Et si de nombreux électeurs qui avaient voté socialiste au premier tour ont voté pour la candidate de la Droite extrême au second tour, c'est, me semble-t-il, tout à la fois pour lancer un message de colère au gouvernement actuel, refuser la compromission de la Droite avec la Droite extrême quitte, paradoxalement, à voter pour la représentant de la Droite extrême qui, en tant que candidate, semblait apparaître sur le terrain comme une personne tout à fait « convenable ».

Mais en même temps, le fait que cette frontière ait été franchie, prouve à l'envi qu'il faut tout faire pour montrer que le soi-disant Front National n'est rien d'autre qu'une frange de la Droite.

Une frange nécessairement extrême, mais en aucun cas un parti distinct de la majorité traditionnelle de Droite, ce que le soi-disant Front National veut à tout prix faire croire aux électeurs, seule façon pour lui de pouvoir progresser de manière distincte.

Je reprends donc ci-dessous ma contribution en la précisant chaque fois que de besoin.

Des maux et des mots.

(Je reprends ci-dessous un articulet que j'avais rédigé il y a quelque temps sur le sujet).

« Tout combat politique nécessite information, explication et décryptage.

De ce point de vue, il serait utile de cesser de dénommer le soi-disant « Front National » par son appellation mais bien plutôt d'utiliser la formule exprimant très exactement ce qu'il est, à savoir la « Droite extrême ». Je dis bien « Droite extrême » et non « extrême droite ».

En effet, le mot « Front » implique le plus souvent une notion de résistance et souligne presque toujours le caractère honorable de cette résistance. Très exactement ce que souhaite faire remarquer cette famille politique ! Compte tenu de ses thèmes préférés, on ne peut pas dire que l'honneur et la morale soit de son côté.

De plus, le mot « Front » implique une volonté de réaliser le rassemblement le plus large, ce qui lui donne une nature profondément démocratique et du respect des citoyens. Très exactement ce que sous-tend le Front de Gauche ! Compte tenu de l'histoire politique de la droite extrême, on ne peut pas dire que la démocratie et le respect des citoyens soit de son côté.

Le mot « National », s'il apparaissait profondément conservateur dans les années 70, trouve aujourd'hui une résonance nécessairement démocratique face aux diktats des institutions européennes, ne serait-ce qu'au plan économique et au plan social.

De plus, il est logique que face à cette « menace extérieure », comme une armée qui doit regrouper ses forces, les peuples recherchent au sein de leurs frontières une capacité de résistance ou de faire autrement.

D'ailleurs, le Front de Gauche souligne à juste raison, contrairement au message volontairement répandu, que chaque État national, et a fortiori la France compte tenu de la place qu'elle occupe en Europe, a encore aujourd'hui de larges possibilités de prendre des décisions au plan monétaire, fiscal, économique et social, dès lors que les institutions européennes d'essence néolibérale tentent d'imposer l'idée qu'une seule politique est possible dans un monde aujourd'hui globalisé.

De ce point de vue, Alexis et Bastien ont largement démontré dans leurs ouvrages combien le soi-disant Front National qui cherche à apparaître comme une solution tout à fait distincte de la Droite traditionnelle, reprend en réalité l'ensemble des options fondamentales néolibérales -- au-delà de la phraséologie de propagande appelant à une rupture -- de la Droite traditionnelle.

C'est pourquoi, dans un souci pédagogique et de combat politique, les mots trouvant dans certaines situations une importance particulière, il est préférable d'utiliser un autre qualificatif pour désigner cette famille politique, et plus précisément le qualificatif de « Droite extrême ».

Notamment vis-à-vis des salariés et des couches populaires qui votent pour le soi-disant Front National en désespoir de cause.

En effet, si les mots ont un sens, l'ordre des mots peut le renforcer ou l'affaiblir. De façon évidente, l'importance est donnée au premier terme de l'expression -- ainsi, le mot « extrême » prend le pas sur le mot « Droite » en ce sens qu'il place de manière précise cette famille politique sur l'échiquier en la dissociant clairement des autres, a fortiori lorsqu'elles sont représentées dans les camemberts habituels des médias.

En revanche, si le mot « Droite » précède le mot « extrême », la filiation de cette famille politique avec la Droite traditionnelle en sort renforcée. Dans le cas présent, il s'agit tout simplement de permettre d'exprimer une réalité politique.

D'ailleurs, la Plate-forme soumise au vote du congrès souligne particulièrement à partir de la ligne à 265 à la ligne 270, voire suivantes, combien cette famille politique est par essence de « droite » -- même si elle chevauche perfidement des valeurs traditionnelles de gauche, comme d'ailleurs ses prédécesseurs totalitaires ou fascistes l'on fait avant elle -- avant que d'être « extrême » par les méthodes d'action ou par le choix de thématiques complémentaires par rapport à la « Droite » traditionnelle.

Et si, comme nous le pensons, fondamentalement le Front de Gauche devra s'opposer au final au soi-disant Front National et qu'une course de vitesse est engagée avec lui, il est préférable de ne pas lui faire le cadeau de le présenter comme une famille politique distincte aux propositions politiques originales mais bien plutôt pour ce qu'il est, à savoir la frange extrême de la Droite traditionnelle.

Et même si notre Plate-forme ne parle pas de la Droite extrême mais du soi-disant Front National, rien ne nous empêche dans les interviews, et en particulier les interviews de ceux d'entre nous les plus sollicités -- notamment Jean-Luc -- de modifier notre langage en parlant de Droite extrême et non plus du soi-disant Front National en chaque occasion, et si possible en expliquant, au moins les premières fois, pourquoi nous qualifions le soi-disant Front National de droite extrême, c'est-à-dire, officiellement parce que ses propositions sont fondamentalement des propositions de la Droite néolibérale tandis qu'il ne s'en distingue que par sa xénophobie et son racisme assumés.

Plus j'y réfléchis, et plus je pense qu'il ne s'agit pas là de circonvolutions sémantiques sans intérêt mais tout au contraire de tenter de trouver la meilleure utilisation des mots possibles pour combattre les maux réels. »

Cela étant, au-delà de ces considérations, il faut bien mesurer que la progression de la Droite extrême a été parallèle au mouvement de désindustrialisation de la France au début des années 80, au développement du chômage, à la crise endémique de la petite agriculture, et localisée au début en milieu urbain et péri urbain, elle a pu s'étendre, de manière inégale selon les régions, en milieu rural. Milieu rural où grâce au Dieu médias le sentiment d'insécurité face aux diverses manifestations d'incivilités a précédé durant de longues années la survenance à présent d'une véritable petite délinquance générée par la perte de repères due à la désespérance sociale généralisée, notamment dans la jeunesse.

Comment s'étonner dès lors que les vieilles valeurs de la Droite extrême que sont le travail, la famille, la patrie, la sécurité, l'ordre, et la hiérarchie ne rencontrent pas un nouvel écho quand ces mêmes valeurs s'accompagnent de propositions -- et peu importe ici en l'occurrence leur viabilité -- visant à ouvrir une perspective de renouveau en rupture avec la politique menée durant des années par les deux grandes familles politiques du pays et l'incapacité pour elles deux d'offrir un projet mobilisateur un tant soit peu crédible !

Aussi, il ne faut pas se tromper de méthode.

Lutter contre la Droite extrême passe d'abord et avant tout par la réduction à néant de la crédibilité des arguments qu'elle avance.

Il faut donc démontrer aux électeurs qui peuvent être tentés de voter pour les représentants de la Droite extrême que :

-- tout d'abord, comme l'a très bien dit Jean-Luc Mélenchon à Hénin Beaumont en 2012 : « Face à la crise, la solution n'est pas ethnique, elle est sociale » et que l'immigration n'est pas un coût mais un investissement.

Aussi, en ce qui nous concerne, nous nous prononçons clairement pour le vote des immigrés qui vivent dans notre pays depuis des années, payent des impôts et des cotisations sociales.

-- que les députés de la Droite extrême, et pour le moment ils ne sont que trois au mieux, ont voté contre l'amnistie sociale des travailleurs et des syndicalistes en lutte pour leur emploi et contre l'interdiction des licenciements boursiers. Sans parler de différents amendements visant à diminuer les impôts des grandes entreprises.

En ce qui nous concerne, outre que nous nous prononçons clairement pour l'interdiction des licenciements boursiers et l'amnistie sociale des travailleurs en lutte, nous nous nous engageons à mettre en œuvre l'égalité des salaires entre les hommes et les femmes, à poste égal, sous peine de sanctions.

-- que le « soi-disant Front National » qui dénonce la fraude sociale (comment l'approuver ?) s'oppose dans le même temps à la revalorisation des minima sociaux et refuse en outre de s'attaquer aux niches et à la fraude fiscale.

En ce qui nous concerne, nous nous engageons clairement à porter au niveau du SMIC, les minima sociaux au terme de la législature, à éradiquer la fraude fiscale et à faire payer aux citoyens vivant à l'étranger le montant des impôts qu'ils paieraient en France, montant diminué de la quote-part versée à l'étranger.

-- que le « soi-disant Front National », comme la Droite classique et la Gauche sociale libérale, entend faire face au chômage et à la précarité par « l'abaissement du coût du travail sans pour autant de relever le pouvoir d'achat des ménages » c'est-à-dire en baissant les cotisations sociales dites « patronales », ce qui permet de comprendre pourquoi aujourd'hui ses députés s'opposent aux tentatives de remise en cause par les députés du Front de Gauche des exonérations patronales de cotisations sociales.

En ce qui nous concerne, nous engageons clairement pour l'augmentation du SMIC à 1700 € bruts dans un premier temps et à 1700 € nets à la fin du quinquennat, pour le maintien des cotisations sociales et la facilitation de l'accès au crédit en même temps que la modulation de l'impôt en cas d'investissements visant à permettre aux petites et moyennes entreprises de poursuivre leur développement autrement que par la baisse du coût du travail.

-- que le « soi-disant Front National » est contre les 35 heures et que s'il déclare que « les lois sur le temps de travail ne seront pas abolies », il ajoute qu'une « renégociation sera autorisée à la condition qu'elle s'accompagne d'une augmentation proportionnelle du salaire », ce qui revient purement et simplement à reprendre le slogan de Nicolas Sarkozy : « Travailler plus pour gagner plus ». Tandis qu'il ne formule aucune proposition visant à remettre en cause la précarité de l'emploi générée par la précarité continue des contrats de travail.

En ce qui nous concerne, nous nous engageons clairement pour la limitation du nombre de contrats à durée déterminée dans les entreprises, le contrat à durée indéterminée devant redevenir la norme et nous nous engageons pour la titularisation immédiate des emplois précaires de la Fonction Publique.

-- que le « soi-disant Front National » qui déclare vouloir « un État stratège », « un État protecteur solidaire, garant des services publics » est étrangement silencieux sur la fiscalité et la redistribution des richesses permettant d'en assurer le financement tandis qu'au plan local, il déclare estimer que « les Collectivités devront enfin maîtriser leurs dépenses » ce qui, en raison de la Décentralisation engagée depuis 30 ans et du transfert de responsabilités de l'État vers ces Collectivités, signifie assumer concrètement la politique de remise en cause engagée depuis des années des services publics au plus près des citoyens.

Tandis qu'en ce qui nous concerne, nous nous prononçons pour le plafonnement des revenus avec l'instauration d'une tranche marginale d'imposition de 100 % à partir de 360 000 € par an !

-- que les quelques élus locaux qu'ils ont pu avoir ces 20 dernières années ne se sont pas distingués, c'est un euphémisme, par leur honnêteté, condamnés qu'ils ont été pour la plupart pour détournement de fonds publics ou emplois fictifs comme de vulgaires élus appartenant aux formations classiques que la Droite extrême ne cesse de dénoncer pour corruption.

En ce qui nous concerne, nous nous prononçons clairement pour la limitation des mandats en nombre et dans la durée et pour un statut de l'élu permettant aux représentants du peuple de réintégrer leur profession d'origine à l'issue de leur mandat.

-- que la politique économique et sociale d'essence libérale prônée par la Droite extrême et la sortie de l'euro conduiraient immédiatement à l'aggravation de la situation et l'addition de quelques millions de chômeurs supplémentaires.

En ce qui nous concerne, nous nous prononçons pour la Refondation de l'Europe sur des bases sociales et pour une politique économique de relance, une politique sociale égalitaire, une politique budgétaire tenant compte de ce qui relève de la dette utile et de la dette illégitime, et une politique monétaire de l'euro à partir d'une Banque de France émancipée de la politique libérale mise en musique par la Commission Européenne.

Avant de conclure, il n'est peut-être pas inutile de dire que si nous devons toujours examiner avec circonspection les différents sondages qui ont lieu, il faut bien mesurer que ceux-ci prennent d'autant plus d'importance dans l'opinion qu'ils bénéficient du fait que l'opinion se rend bien compte de l'incapacité des acteurs politiques traditionnels à répondre aux enjeux cruciaux du moment. Et la politique ayant horreur du vide, les sondages tendent à remplacer les nécessaires débats politiques avec comme conséquence que l'écume des choses prend le pas sur le fond des événements.

Vincent ASSANTE.

20 août 2013.

Je publie ici une analyse de mon ami Vincent Assante, ex-secrétaire national aux handicapés et plus récemment membre du bureau national du Parti de Gauche, car je pense que cet exposé est éminent pertinent. Les journaleux de la presse médiatique feraient bien de s'en inspirer avant de faire une publicité regrettable aux ennemis de la République qui abusent des gens désespérés par la politique austéritaire des "Solfériniens" Et ce ne sont pas les dernières trouvailles du gouvernement Ayrault en matière de retraite qui vont être les meilleurs moyens de lutter contre la démagogie lepèniste, pas plus qu'une improbable reprise, une soi-disant amélioration de l'activité qui n'est que marginale et conjoncturelle ( reprise des stocks dans l'automobile - lire alternatives économiques de septembre)). Il n'y aura pas de création d'emplois autres que d'aidés faute d'investissement industriel, et ils seront insuffisants pour le jeunesse qui arrive sur le marché du travail alors que les seniors voient leur proportion d'actifs augmenter au-delà de la tranche 54/62 ans, effet de la réforme Sarkozy-Fillion que Hollande va aggraver...

Allain Graux

Tag(s) : #politique
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