LECORNU PASSERA T IL L'Hiver ?
Sa provocation budgétaire est-elle une provocation destinée à ce que Macron réagisse en démissionnant?
Il pourrait ainsi se représenter puisque son mandat ne serait pas achevé.
Ou patientera-t-il 5 ans avant de le faire comme il l'envisage ?
Ils ne doutent de rien ces gens-là!
Allain Graux
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Dès mi-octobre, un nouveau débat budgétaire commencera à l’Assemblée nationale à partir de la copie présentée en Conseil des ministres ce jeudi 1er octobre. L’absence de majorité et l’obstination austéritaire du premier ministre rendent une fois encore l’exercice ardu. L’ensemble de la gauche a d’ores et déjà annoncé la censure du projet de loi de finances.
Vous avez aimé le plan de rigueur du docteur Bayrou à 44 milliards d’euros, il y a un peu plus d’un an ? Vous allez adorer la cure d’austérité de Sébastien Lecornu à 54 milliards d’euros. Pardon ! Le premier ministre parle, tout en euphémismes, d’« une copie offensive sur la réduction de la dépense publique ».
Le Normand a pris l’habitude depuis un an de limiter ses effets, et ça lui a souri, puisqu’il est le chef de gouvernement avec la plus grande longévité depuis Élisabeth Borne. Et il a bien en tête que Bayrou, lui, est tombé avant même que le budget n’arrive sur le bureau de l’Assemblée nationale.
Le projet de loi de finances (PLF, le budget de l’État) et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) ne seront présentés en Conseil des ministres que ce jeudi 1er octobre, mais Sébastien Lecornu en a déjà tracé les grandes lignes dans une interview au Figaro du 18 septembre. Son objectif est de limiter le déficit public l’année prochaine à 5 % du PIB, contre 5,4 % cette année.
Potion amère sur les retraites, les arrêts maladie…
Pour cela, la potion s’annonce amère : 2,5 milliards d’économies sur le ministère du Travail, gel du point d’indice des fonctionnaires, hausse des dépenses des collectivités limitée à l’inflation, « des efforts sur les arrêts maladie » à hauteur de 2 milliards, 100 millions de coupes avec la réforme des ruptures conventionnelles, « recentrage » de l’allocation de rentrée scolaire, désindexation des pensions de l’inflation, suppression de l’abattement des retraités, ou un « gel » des « retraites les plus importantes » (le premier ministre dit vouloir que le Parlement tranche), gel de certaines allocations comme les APL, fiscalisation des indemnités liées aux arrêts de travail…
À l’inverse, le budget des armées, encore augmenté lors d’une révision de la loi de programmation militaire en début d’année, est sanctuarisé, pas de mise à contribution des plus riches. Pis, la surtaxe d’impôt sur les sociétés est diminuée cette année. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a immédiatement parlé d’un « scandale » et appelé à une « journée noire » pour le 29 septembre, date de la grève dans la fonction publique.
Le sénateur communiste Pascal Savoldelli voit dans le projet du gouvernement la marque d’une « panique » face à la situation. « Ce ne sont pas seulement des comptables qui font des coupes. Il y a un changement de nature de la dépense publique avec eux : on ne coupe pas seulement dans l’école publique, on encourage le privé ; on ne coupe pas seulement les budgets des collectivités, on sape les bases de la démocratie locale. »
Des gels de crédits en cascade
Tout sauf une surprise. Depuis le début de l’année, le gouvernement a lui-même gelé les crédits pourtant prévus dans la loi de finances imposée au forceps en début d’année. Le 11 septembre, 1,3 milliard d’euros de coupes a été annoncé pour financer le plan de soutien à l’agriculture annoncé quelques jours plus tôt.
Comme d’habitude, l’exécutif préfère déshabiller Paul pour habiller Pierre plutôt que de décider enfin de mettre à contribution les plus riches : en l’occurrence, c’est l’écologie, l’énergie et le travail qui sont les postes les plus touchés. Et ce n’est pas terminé, a précisé Bercy. Au total, en 2026, depuis l’entrée en vigueur du budget, le gouvernement a annoncé 10 milliards d’euros de coupes supplémentaires.
« Il y a une chose qu’on a quand même bien faite depuis deux ans, c’est le pilotage au cordeau de notre exécution budgétaire », a revendiqué le ministre de l’Économie, Roland Lescure. Pas de quoi se vanter, tant le gouvernement a dû, tout au long de l’année, réviser à la baisse la prévision de croissance : de 1 % initialement à seulement 0,5 %.
Ni 49.3 ni ordonnances… sauf « obstruction parlementaire »
Soyons honnêtes : le gouvernement ne pouvait pas prévoir la guerre menée par Donald Trump en Iran, qui pèse lourdement sur l’économie mondiale. Mais est-ce plus réaliste de croire à une croissance de 1 % l’année prochaine – l’hypothèse du gouvernement pour le PLF 2027 – alors que sa politique austéritaire pèse elle aussi lourdement sur l’activité économique ?
Comme chaque année depuis 2022 et en l’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale, la même question revient : comment faire adopter ce budget ? Est-ce que le gouvernement va laisser pourrir le débat, comme les deux dernières années, et, peut-être, au bout du délai des soixante-dix jours, imposer son budget par ordonnances ? Ou, au contraire, va-t-il revenir à la « méthode Borne » avec des 49.3 rapides et nombreux ?
Parmi les députés, aucun ne fait de pronostic, plusieurs s’attendent à un peu de suspense. Sébastien Lecornu se laisse effectivement une marge d’appréciation en promettant de n’utiliser ni 49.3, ni ordonnances… s’il n’y a pas d’« obstruction parlementaire ».
Le RN planche de salut de Lecornu ?
À la Fête de l’Humanité, lors du débat entre les quatre présidents des groupes de gauche, tous ont annoncé voter la censure sur le budget… Même si le socialiste Boris Vallaud y a ajouté un « vraisemblablement ».
« On est ouverts à la discussion, mais moins que l’année dernière », prévient la députée PS Estelle Mercier, qui estime que, cette fois, les socialistes ont moins de pression. « À l’automne dernier, deux gouvernements venaient de tomber. Cette année, les gens et les entreprises ont les yeux rivés sur l’élection présidentielle, le contexte est différent », détaille-t-elle.
Il faut se méfier de la résolution des socialistes qui – les deux derniers débats budgétaires l’ont montré – a tendance à se ramollir à mesure que la fin de l’année et la menace de crise approchent. En attendant, sans les socialistes ni le reste de la gauche, le gouvernement n’a plus que le Rassemblement national pour danser. Et Marine Le Pen n’y semble pas fermée.
« Je ne m’interdis rien », a-t-elle lâché sur LCI le 16 septembre, assurant ne vouloir rien faire « qui puisse aggraver la situation ». Pas de non-censure a priori mais « je suis consciente d’une chose, c’est qu’il faut un budget, même s’il est imparfait », a précisé la candidate du RN à la présidentielle, qui semble considérer qu’en cas de victoire en mai prochain il lui sera plus facile de modifier un budget que de gérer les conséquences d’une loi spéciale en vigueur depuis six mois.
Un message reçu cinq sur cinq par Sébastien Lecornu qui, dans les premières pistes qu’il a dévoilées, a évoqué un délai de « carence » pour certaines allocations aux étrangers : un début de préférence nationale, concept chéri de l’extrême droite. Ou un « prêt à taux zéro natalité », directement sortie du programme présidentiel du RN en 2022.
Mais, là aussi, le RN a maintes fois prouvé, depuis son arrivée en nombre à l’Assemblée en 2022, que son comportement pouvait être tout à fait erratique. Et puis, comment vont réagir ses électeurs à un éventuel imprimatur de Marine Le Pen sur le gel, par exemple, de certaines pensions ?
La présidentielle dans toutes les têtes
À quelques mois du scrutin présidentiel, chaque parti et chaque candidat regardera comme le lait sur le feu les réactions de l’opinion au débat budgétaire et aura à cœur de dérouler ses propositions. « Pour montrer que nous sommes prêts à gouverner, annonce l’insoumise Marianne Maximi. La politique macroniste est inefficace et dangereuse. C’est une catastrophe pour les plus précaires, les PME et la transition écologique. La responsabilité de cette situation n’est pas de notre fait, mais on veut montrer qu’on a des solutions. »
Pouvoir d’achat, transition écologique, moyens pour la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles seront au cœur des objectifs des groupes de gauche. Pour financer cela, l’accent sera mis sur l’héritage : « La grande transmission doit financer la grande transition », résume Eva Sas, députée écologiste qui espère, avec plusieurs mesures, récupérer 15 milliards d’euros par an.
La question se posera aussi pour les macronistes. Si tant est qu’on puisse encore les appeler ainsi. Il n’est pas certain que les troupes de Gabriel Attal ou d’Édouard Philippe se tiennent tranquilles. « Aujourd’hui, est-ce qu’un Wauquiez, un Philippe ou un Retailleau ont envie d’un compromis ? Le bloc central est-il aligné ? Je n’en suis pas convaincue du tout. Personne ne veut lâcher, chacun est dans sa campagne », analyse Estelle Mercier.
À l’occasion du débat budgétaire, les anciens ministres et premiers ministres d’Emmanuel Macron ont, peut-être, une opportunité pour essayer de se détacher du bilan de celui qui les a faits.
Source l’Humanité ( 1.10.2026 )
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