Ça peut durer encore …
Lundi 25 mai.
Trois ou quatre jours que les médias annoncent que la guerre est terminée. Mais les déclarations américaines sont contradictoires entre le ministre Rubio et Trump qui ne semble pas aussi sûr que lui du bon résultat de la négociation : « j’ai demandé à mes représentants de ne pas se précipiter pour conclure un accord car le temps joue en notre faveur. »
« Les dirigeants iraniens n’ont ainsi reculé ni sur la question nucléaire, ni sur celle des missiles balistiques ou le soutien à leurs mandataires, le Hezbollah libanais, les milices islamistes chiites irakiennes et les houthis du Yémen. Et les Gardiens de la révolution sont au pouvoir en Iran, les factions les plus dures du régime islamiste. Pour le détroit, s’il s’ouvre à la libre navigation, c’est un simple retour à la situation d’avant la guerre, pour le nucléaire, quelle différence avec les accords précédents ? La seule, la destruction massive des centres de traitement, mais aussi de structures administratives et publiques, de bâtiments d’habitation, d’écoles, au détriment de la population qui avait cru Trump quand il annonçait leur libération prochaine.
« En marge d’un déplacement en Inde, le secrétaire d’État Marco Rubio a évoqué une possible « bonne nouvelle » dans la journée de dimanche. L’accord ne devrait cependant pas être signé ce même jour. Selon un responsable de l’administration Trump, cité anonymement par le site américain Axios, il reste encore plusieurs « détails » à régler : « Les discussions vont et viennent sur certaines parties de l’accord. Il y a des formulations qui sont importantes pour nous et d’autres qui le sont pour eux. » L’Iranien Esmaïl Baghaï nuance « Pour les Romains, Rome était le centre incontesté du monde. Pourtant, les Iraniens brisèrent cette illusion : lorsque Marcus Julius Philippus [Philippe l’Arabe – ndlr] marcha vers l’est contre la Perse, la campagne ne se solda pas par une victoire romaine, mais par une paix établie selon les conditions sassanides », a ironisé Esmaïl Baghaï, laissant entendre que le processus en cours se ferait aux conditions de la République islamique. ( Médiapart)
Soit des morts et une guerre pour – non pas rien – mais une guerre pour aucun des objectifs américains et Israël qui en profite pour continuer la sienne chaque jour au Liban, à Gaza, en Cisjordanie, en Syrie, contre les Palestiniens et leurs soutiens.
« Voilà ce qui arrive quand on décide de mener une guerre mal conçue et qu’elle se transforme en une “paix” de nécessité profondément imparfaite. Les objectifs de guerre initiaux, irréalisables, sont abandonnés et il n’y a plus guère de marge de manœuvre pour garantir ce qui compte vraiment : limiter le programme nucléaire iranien et maintenir l’ouverture permanente du détroit [d’Ormuz]. Quelle déception ! », a commenté sur le réseau X Aaron David Miller, chercheur principal à la Fondation Carnegie et ancien négociateur au département d’État, sous des administrations républicaines et démocrates. « (Médiapart).
Ce qui fait dire à Dan Shapiro, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël sous Barack Obama, puis ex-directeur pour le Moyen-Orient au Conseil de sécurité nationale des États-Unis :
« Mais, ajoute l’ancien diplomate, compte tenu des options dont disposait réellement le président Trump, c’était probablement le choix le moins mauvais : un blocus naval n’aurait pas forcé l’Iran à se rendre, revenir à la guerre aurait causé des dommages économiques massifs sans garantie de capitulation iranienne. »
- Finalement, a-t-il ajouté sur X, si Trump a été contraint d’accepter les conditions de l’Iran, c’est parce que les alternatives étaient encore pires : « C'est un accord très mauvais mais il était peut-être la meilleure option disponible après une campagne qui est devenue un fiasco stratégique, construit sur une profonde mécompréhension du régime iranien, et qui a probablement produit un Iran plus extrême et plus déterminé. Israël et les États-Unis n’ont peut-être pas réussi à renverser le régime iranien mais ils ont brisé la fragile stabilité du Golfe et, dans une mesure significative, la stabilité de l’économie mondiale, sans obtenir de changement de régime en Iran à ce stade. »
S’y ajoutent les sévices israéliens en tous genres, sexuels, coups, humiliations, contre les membres de flottilles qui veulent apporter leur aide aux victimes de la politique du gouvernement. Des comportement dignes des nazis. Les prisonniers palestiniens, plus de 10 000 dans les geôles d’Israël subissent quotidiennement ces traitements dénoncés et documentés. Il a fallu le courage des militants de la paix de ces flottilles pour qu’enfin les dirigeants occidentaux s’émeuvent, mais ne sanctionnent les coupables comme le ministre Ben Gvir que par des mesures insuffisantes.
Il faut absolument suspendre les accords d’association avec Israël, faire comme l’Espagne, l’Irlande, la Slovénie, les Pays -Bas….
Bateau prison
« La députée européenne Rima Hassan, qui a participé à la flottille de l’automne 2025, doute de la réelle volonté des États européens de voter des sanctions contre Israël. « Ils veulent imposer l’idée que ce serait une dérive isolée d’Itamar Ben Gvir, alors que ces pratiques font système, dénonce l’élue insoumise. De la même manière, l’Union européenne vient de voter des sanctions contre des organisations de colons extrémistes israéliens, comme si la colonisation des territoires palestiniens n’était pas une politique de l’État d’Israël. »
Rima Hassan rappelle les rapports, « tous difficiles à lire », qui documentent l’usage par Israël de la torture contre les Palestinien·nes, par exemple celui de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’Organisation des Nations unies (ONU) pour les territoires occupés palestiniens. « La torture est une caractéristique structurelle du génocide israélien en cours et de l’apartheid colonial de peuplement plus large », écrit-elle.
Caroline Coq-Chodorge ( Mediapart - 21 mai 2026). »
Les négociations en cours :
Les Etats-Unis doivent lever le blocus des ports iraniens et "accorderaient des dérogations à certaines sanctions afin de permettre à l'Iran de vendre librement son pétrole". Le texte doit également permettre de débloquer certains avoirs iraniens actuellement détenus dans des banques situées hors d'Iran.
Enfin, ce cessez-le-feu de deux mois serait "renouvelable par consentement mutuel". Les forces américaines mobilisées ces derniers mois "resteraient dans la région pendant cette période de 60 jours et ne se retireraient que si un accord définitif était conclu".
Le volet nucléaire reste à négocier
En revanche, le volet nucléaire semble encore flou à ce stade. Axios affirme que le projet d'accord "comprend des engagements de la part de l'Iran de ne jamais se doter de l'arme nucléaire et de négocier la suspension de son programme d'enrichissement d'uranium ainsi que l'élimination de son stock d'uranium hautement enrichi". L'objectif des Etats-Unis est que l'Iran "ne possède jamais l'arme nucléaire", a encore redit Marco Rubio, dimanche matin.
Le son de cloche est bien différent dans les couloirs du pouvoir à Téhéran. D'après l'agence de presse iranienne Tasnim (Nouvelle fenêtre), "la phase actuelle se limite à la question de la fin de la guerre" et "toutes les questions concernant le nucléaire ont été reportées à plus tard". "A ce stade, l'Iran n'a accepté aucune mesure dans le domaine nucléaire", assure encore cette même source.
"Contrairement à ce que certains médias tentent d'insinuer, l'Iran n'a aucune obligation, dans le cadre de cet accord, de renoncer à ses stocks nucléaires, de retirer son équipement, de fermer ses installations, ni même de s'engager à ne pas fabriquer de bombe nucléaire", écrit également l'agence Fars.
Lors d'une réunion avec les responsables de la télévision d'Etat iranienne, dimanche, le président Massoud Pezeshkian a en tout cas prévenu : "Aucune décision ne sera prise" sur la signature finale de cet accord "sans la coordination et l'autorisation du Guide suprême".
Washington a annoncé lundi 25 mai avoir frappé des sites de missiles dans le sud de l'Iran malgré le cessez-le-feu avec Téhéran. Rubio estime néanmoins que les négociateurs sont proches d’un accord malgré ces frappes. Intimidation ? Mais les Gardiens de la Révolution ne sont pas du genre à se laisser intimider. Ils savent que Trump est pressé de conclure en apparaissant – si ce n’est comme le vainqueur, du moins pas comme le perdant. Les Gardiens, eux ne sont pas pressés, le temps joue en leur faveur. Ils veulent que l’accord inclut les Emirats pétroliers du Golfe, l’Arabie et Israel, alors que Netanyahou veut continuer de bombarder le Hezbollah au Liban, le Yémen, et éventuellement l’Iran tant que ce dernier n’aura pas renoncé au nucléaire. Trump n’est pas arrivé à convaincre le premier ministre israélien.
Trump veut un accord de paix avec l’Iran, mais aussi avec Israël et les pays du Golfe.
« J’ai déclaré qu’après tout le travail effectué par les États-Unis pour tenter de résoudre cette situation très complexe, tous ces pays devraient être obligés, au minimum, de signer simultanément les accords d’Abraham ». L’Iran aussi veut une paix globale, une délégation iranienne incluant le négociateur en chef et le gouverneur de la Banque centrale, est d’ailleurs au Qatar.
Les stratégies américaines et israéliennes pourraient être d’accord pour inclure Israël, mais divergent quant aux accords d’Abraham qui sont dirigés pour favoriser un rapprochement arabe avec Israël et non pour une Paix globale entre tous les pays du Golfe dont l’Iran.
L’Arabie saoudite, la Syrie et le Liban, les voisins d’Israël, en particulier depuis le conflit qui a ravagé la bande de Gaza ont refusé de se joindre à ce processus de normalisation avec Israël, tant qu’il n’y aura pas de solution juste pour le peuple Palestinien par Israël. Autant dire que ce n’est pas pour demain tant que Netanyahou et son équipe souverainiste sioniste et fasciste tiendra les rênes de l’Etat dit Hébreu.
Or, si des accords de cessez le feu peuvent être établis au Moyen-Orient, il n’y aura pas de Paix et de stabilité dans cette région, tant que la question palestinienne ne sera pas réglée par une paix juste, durable donc garantie.
IL N’Y AURA PAS DE PAIX AU MOYEN-ORIENT SANS JUSTICE POUR LE PEUPLE PALESTINIEN !
Ce sont les Israéliens qu’il faut convaincre, car il n’y aura pas de sécurité assurée par la coercition, la force brutale des armées, l’occupation, la colonisation.
Quelle que soit la forme que prendra l’organisation d’un ou deux Etats viables.
Les négociations sur le nucléaire doivent se poursuivre, après la signature d’un accord de paix avec l’Iran. Il faut en finir rapidement pour Trump, sortir du bourbier dans lequel il s’est enferré avant les élections de mi-mandat, et sous la pression de ses alliés, comme de ses adversaires ou rivaux, telle la Chine et des pays qui subissent de plein fouet les conséquences de la crise économique mondiale qui a été ouverte par la fermeture du Détroit d’Ormuz. En outre, le pouvoir iranien veut monnayer le libre passage. Un droit de passage : « l’Iran a parlé de frais pour des « services de navigation » plutôt que des péages, imposés aux navires transitant par le détroit, et la levée des sanctions économiques, pour relancer le pays qui a gravement souffert de ces mesures et des destructions massives par les bombardements israéliens et Etatsuniens.
Trump a beau annoncer que l’accord est imminent, on est loin du compte, ça peut durer encore longtemps…
Allain Louis Graux
Le 26.05.2026
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