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AU LIBAN : Israël impose sa "politique de terre brûlée".

Un cessez-le-feu est entré en vigueur entre le Liban et Israël depuis le 16 avril 2026. Il a été prolongé vendredi 15 mai par de nouvelles négociations sous la houlette des Etats-Unis, à une prolongation d'un mois et demi de cette trêve. Pourtant, selon les autorités libanaises, près de 400 personnes ont été tuées depuis son entrée en application. Cette trêve n'a pas empêché les ravages : des villages entiers ont été réduits à l'état de ruines et vidés de leur population, des ponts ont été détruits et même la mer n'est plus pleinement accessible à ceux qui en vivent. A Tyr, grande ville portuaire, des pêcheurs expliquent ne plus pouvoir accéder à certaines zones maritimes. En plus des pêcheurs, il y a beaucoup de bergers qui ont été tués ou enlevés.

Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a donné, le 10 mai, un chiffre significatif dans un entretien accordé à la chaîne de télévision saoudienne Al-Arabiya, il a affirmé qu'Israël contrôle désormais "68 villages" du sud du Liban et occupe "près de la moitié de la zone au sud du Litani". Il a également comparé les destructions dans la ville de Bint Jbeil, à l'extrême sud-est du pays, à celles observées dans la bande de Gaza[1].

Depuis octobre 2023, l'armée israélienne exerce un contrôle permanent du territoire via l'usage massif de drones. Les bombardements se doublent d'une présence militaire directe dans plusieurs villes et villages du sud du pays, accompagnée de destructions massives d'infrastructures, de terres agricoles et d'habitations.

Dans ces villages libanais frontaliers d'Israël, les images rappellent celles venues de Gaza : quartiers rasés, routes éventrées, terres agricoles brûlées. Depuis le 2 mars, les frappes israéliennes au Liban ont fait au moins 2 618 morts et 8 094 blessés, selon le ministère de la Santé libanais. Plus d'un million d'habitants ont été déplacés, selon les autorités libanaises et plusieurs organisations internationales, sous les regards du monde entier dont les dirigeants se contentent de protestations de principe contre cette politique israélienne qui bafoue le droit international, sans aucune sanction contre le gouvernement  théocratique et sioniste israélien qui comme en Palestine peut agir en toute impunité malgré le viol de la charte de l’ONU, voire la complicité du gouvernement étatsunien, et des fournisseurs d’armes à l’Etat d’Israël, notamment européens.

Officiellement, Israël affirme vouloir éloigner le Hezbollah de sa frontière nord afin d'empêcher l’envoi de roquettes contre les localités israéliennes. L'argument israélien consistant à repousser une force armée au-delà du fleuve Litani est sans fondement quand des roquettes ont une portée de 150 à 500 kilomètres, ce n’est pas une solution efficace pour la sécurité du nord d'Israël des populations du Nord d’Israël.

Même si on n’a aucune sympathie avec ce mouvement islamo-intégriste du chiisme, soutenu par le régime dictatorial iranien, n’oublions pas qu’il a été créé en 1982 à la suite de l'invasion israélienne du Liban, comme un groupe de résistance contre l'occupation israélienne, tout comme le Hamas en Palestine. C’est aussi un parti politique, le plus important du Liban, représentant plus d’un tiers de la population.

["Contrairement à ce qu'on peut entendre, la majorité des Libanais ne sont pas du tout favorables à un accord de paix avec Israël", affirme Aurélie Daher, enseignante-chercheuse à l'université Paris-Dauphine et spécialiste du Hezbollah. Une telle perspective est perçue par une partie de la population comme une forme de normalisation des relations avec un pays qui continue de les bombarder.

"Il y a une volonté de destruction totale de cette région pour empêcher tout retour possible de ses habitants", analyse Agnès Levallois, présidente de l'Institut de recherche et d'études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO). Tsahal justifie régulièrement ses frappes en accusant le Hezbollah d'utiliser les populations civiles comme "boucliers humains"[2].]

Mais, pour plusieurs observateurs, la stratégie israélienne dépasse la seule logique sécuritaire. Tout est détruit et l'interdiction est faite aux populations de revenir. [Pour Agnès Levallois, "c'est exactement la même logique qu'à Gaza : faire en sorte que le territoire devienne invivable." Aurélie Daher parle, elle, d'une politique de "grignotage". "On avance par petits pas, par petits bouts. On prend un premier village, on détruit tout, on explique qu'on a détruit des infrastructures du Hezbollah, puis on passe à la ville d'à côté", décrit-elle. Le mot "infrastructure", estime-t-elle, est au cœur du problème. "Etant donné que les Israéliens considèrent que chaque maison du sud du Liban est potentiellement un mini-entrepôt d'armes du Hezbollah, tout bâtiment, tout espace public peut entrer dans ce qu'ils qualifient d'infrastructures du Hezbollah."]

C'est une politique de terre brûlée : j'avance, je détruis tout, puis je passe ailleurs.

Le Liban sud est redevenu une "zone tampon" comme de 1978 à 2000, avec l'appui de l'Armée du Liban Sud (ALS), une milice alliée de l'Etat hébreu, malgré la Finul", la Force intérimaire des Nations unies au Liban, déployée dans le sud du pays pour surveiller la frontière et maintenir le cessez-le-feu en place. "Ce qui change aujourd'hui, c’est qu’il s’agit d’un contrôle uniquement israélien, avec même d’ailleurs des attaques contre les soldats observateurs de la Finul, des morts et blessés, dont des Français de l’important contingent en permanence sur place.

La solution, pour tous les conflits actuels du Moyen-Orient, c’est une Paix juste et durable en Palestine, la reconnaissance des droits imprescriptibles du peuple palestinien par l’Etat d’Israël créé injustement par l’ONU en 1948, au mépris des dispositions de sa propre charte. Car, si l’organisation proposait deux Etats, dont un pour les Palestiniens, leur territoire était plus petit que celui d’Israël dont la population de colons juifs occidentaux était minoritaire et avait occupé peu à peu un pays qui n’était pas le leur, en vertu de leur idéologie sioniste fondée sur un prétendu droit divin et biblique. La guerre qui avait commencé avant même cette décision, n’a en fait jamais cessée car la colonisation s’est poursuivie, provoquant la Nakbah, l’exil de plus de 800 000 palestiniens devenus des réfugiés, installés dans des camps en Cisjordanie, Liban, Jordanie, Syrie Gaza, et dont Israël refuse de reconnaître les droits, notamment celui du retour malgré les résolutions de l’ONU.

Des mouvements de résistance, de lutte contre l’occupation sont nés de cette occupation illégale qui s’est renforcée avec de nombreuses colonies, rendant impossible la création d’un Etat de Palestine fiable, qui ne serait qu’un ensemble disparate de bantoustans.

Et même, depuis 2024, le mouvement messianique israélien Uri Tzafon ("Réveillez le Nord") milite pour l'installation de colonies dans le sud du Liban. Il a publié de fausses annonces immobilières vantant des habitations avec piscine et "vue sur les montagnes enneigées", proposées à partir de 300 000 shekels, soit un peu plus de 88 000 euros, dans ce qu'il présente comme "la terre de nos ancêtres"[3].

Le gouvernement Libanais est sans levier pour faire ce que les gouvernements américains et israéliens exigent de lui : désarmer le Hezbollah. Son armée est moins puissante que la milice des forces chites. La désescalade semble donc bien lointaine. Surtout, les Etats-Unis, le principal allié d'Israël, ne parait pas vouloir exercer une réelle pression sur Benyamin Nétanyahou. Quant aux pays arabes, ils sont d’abord confrontés aux ripostes iraniennes suite à la guerre déclenchée par Trump contre L’Iran, le blocus du détroit d’Ormuz qui a provoqué une crise économique mondiale au-delà de celle du pétrole et de l’énergie.

On le constate, si l’on observe l’évolution de l’histoire depuis la déclaration du ministre britannique Balfour en 1917,  la guerre qui s’est étendue à toute la région se poursuivra, avec des risques d’extension plus grave, si on ne règle pas définitivement le problème de la reconnaissance, non seulement de l’Etat (c’est fait par une large majorité de nations), mais des droits du peuple palestinien, soit :

- La fin de l’occupation illégale des territoires palestiniens, le départ des colons. Et la création d’un Etat palestinien fiable et garanti, sous protection internationale.

- Ou la création d’un Etat binational, démocratique, sur l’ensemble du territoire palestinien, de la mer au Jourdain. Cet Etat existe, mais c’est Israël, une puissante occupante et coloniale.

Il n’y aura pas de paix sans justice pour les Palestiniens, la guerre continuera. Israël y perd déjà son âme…

Allain Louis Graux

 

[1] Source : France info : Lamis Djemil - France Télévisions -16/05/2026 : pour contrôler le sud du Liban (Lamis Djemil).

[2] - Idem.

[3] -Même source.

Tag(s) : #GEOPOLITIQUE, #ISRAEL, #PAIX, #PALESTINE, #Politique étrangère, #géopolitique, #international
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