TRUMP PRISONNIER DE SES MENSONGES ou LE GEANT IMPERIAL AUX PIEDS D’ARGILE …
Selon Trump, Téhéran est à la fois « vaincue », « anéantie » et « complètement décimée », selon son allocution du mercredi 1er avril, plus d’un mois après le lancement des attaques israélo-américaines contre la République islamique d’Iran.
Une guerre rejetée par la majorité de la population américaine, donc par une partie des électeurs républicains, déçus par la rupture de ses promesses d’en finir avec des guerres dont les retombées restent imprévisibles. « Nous sommes en bonne voie d’atteindre tous les objectifs militaires américains très prochainement », a affirmé le locataire de la Maison Blanche, avant d’annoncer quelques secondes plus tard : « Nous allons les frapper avec une force considérable. Dans les deux à trois semaines qui viennent, nous allons les ramener à l’âge de pierre, là où est leur place. » Puis de conclure : « Les discussions se poursuivent. »[1]
Discours aux affirmations contradictoires. Au début du conflit, Trump promettait déjà d’en finir en 3 à 4 semaines, de détruire le régime, maintenant il affirme : « Le nouveau groupe est moins radical ». Or, après l’assassinat du Guide suprême et des principaux dirigeants, les remplaçants sont là et plus extrémistes - si cela peut-être - que les anciens. Le pouvoir est dominé par la milice armée des gardiens de la révolution, les principaux assassins de dizaines de milliers de manifestants ; les pendaisons des opposants continuent, les prisonniers politiques sont privé de soins et meurent à petit feu. Finalement, il s’agit des plus radicaux qui prennent le pouvoir », analyse Bernard Hourcade, géographe et directeur de recherche émérite au CNRS.
La stratégie israélienne est différente, double : affaiblir le régime et l’Iran. Car, avec ces 92 millions d’habitants, une bourgeoisie, des scientifiques de très haut niveau, du pétrole et du gaz, le pays reste une puissance capable de faire concurrence à Israël au niveau régional et surtout constitue une menace existentielle, s’ils arrivent à la bombe atomique - Ce qui n’est pas le cas actuellement, mais c’est une obsession pour Israël - Les attaques de Tel-Aviv contre l’Iran ciblent notamment les services de sécurité intérieure afin de déstabiliser le gouvernement autoritaire et créer les conditions d’un soulèvement populaire. Mais le lieutenant-colonel israélien Shahar Koifman, qui a dirigé le bureau iranien de la direction du renseignement militaire jusqu’en 2022, émet des doutes quant à l’imminence d’une révolte contre les dirigeants. « Les bassidjis (miliciens appartenant aux forces paramilitaires du gouvernement iranien) constituent un groupe très important, doté de nombreuses mitrailleuses, et ils n’abandonneront pas. Leur survie et celle de leurs familles en dépendent, a-t-il déclaré dans le quotidien « The New York Times ».
Mais pour Netanyahou, il faut continuer la guerre, c’est une question de survie pour son régime qui sera soumis aux résultats électoraux à la fin de l’année.
« Notre objectif n’était pas un changement de régime », a lâché Trump, alors même qu’il s’en est félicité quelques jours plus tôt, dans un entretien à l’agence Reuters. Soit un objectif différent de celui de l’allié israélien. Mais l’Iran n’est pas le Venezuela dont Donald Trump s’était vanté du succès de l’enlèvement – illégal – du président Nicolas Maduro, emprisonné aux Etats-Unis avec sa femme Célia dans des conditions de détention assez ignobles.
Trump considère cette opération comme un modèle pour ce qu’il souhaite accomplir en Iran », annonce le New York Times. Ce n’est pas ce qui se passe évidemment, l’Iran riposte toujours contre les bases américaines du Moyen Orient et contre Israël et même jusqu’en Méditerranée, principalement à coups de drones, et bloque le détroit d’Ormuz aux navires des nations alliées aux Etats-Unis. L’économie mondiale en est bouleversée et les prix du pétrole grimpe en flèche dans le monde entier, pour les pays les plus pauvres, c’est aussi une crise alimentaire pour leurs populations.
Aucun espoir d’une paix prochaine !
Trump, pris au piège de ses mensonges, de son absence d’une véritable stratégie, ne fait plus aucune mention de la proposition de cessez-le-feu en quinze points transmise à l’Iran. Le pouvoir iranien affirme qu’aucun dialogue direct n’a été lancé entre les deux parties. Ce qui semble aussi inexact. Aucune des propositions de Trump, sur le nucléaire, la balistique, le désarmement des factions armées de l’Axe du mal » - Hezbollah, Hamas, Houthis, milices irakiennes – n’est acceptable pour les ayatollahs.
Donald Trump affirme que « les États-Unis n’ont pas besoin » du pétrole transitant par le détroit d’Ormuz. Mais aux USA, comme ailleurs les prix grimpent, ce qui mécontente les électeurs américains. Si les États-Unis importent peu de pétrole du Golfe, les conséquences matérielles du blocage se font déjà ressentir avec une flambée des prix du carburant. Ses propos qui se veulent rassurants ne rassurent personne. D’autant moins que personne ne sait quels sont ses objectifs immédiats pour mettre fin à la guerre et à la crise. Il faudrait pour cela que Donald Trump ait une idée lui-même sur l’issue du conflit.
Devant le refus d’engagement des autres pays, y compris les membres de l’Otan, ses alliés en Asie de l’Est (Corée du Sud et Japon) et de la Chine, l’oligarque républicain leur balance : « Vous allez devoir apprendre à vous défendre vous-mêmes, les États-Unis ne seront plus là pour vous, de la même manière que vous n’avez pas été là pour nous (…) Allez chercher votre propre pétrole ! »
Cependant : plusieurs milliers de soldats ont été dépêchés dans la région du Golfe. Pour quoi faire ?
Sans doute pas pour rien ! Trump espère toujours amener les dirigeants iraniens à un compromis qui le tirerait de cette affaire mal engagée. Mais s’ils sont des religieux fanatiques, les Mollahs au pouvoir en Iran, ne sont pas idiots, ils savent que le temps joue pour eux. Ils sont gagnants sur le long terme. Les hésitations de Trump les encouragent dans ce sens.
- Une possible opération terrestre, dont la cible pourrait être l’uranium hautement enrichi stocké sur le site nucléaire iranien d’Ispahan ou sur le terminal pétrolier de l’île de Kharg. Ce qui semble le plus probable. Mais il hésite, car l’opération est complexe et pourrait coûter en nombre de vies de GI.
« Peut-être que nous prendrons l’île de Kharg, peut-être pas. Nous avons beaucoup d’options. »
Allain Louis Graux
Le 2 avril 2026
[1] humanite.fr du 2.04.26
/image%2F0553981%2F20241201%2Fob_5aff00_20230605-144504.jpg)