LIBAN
Après le génocide à Gaza, les massacres de masse au Liban pour faire capoter tout espoir de paix au Moyen Orient et imposer la loi coloniale des sionistes israéliens.
Les attaques israéliennes ont tué au moins 254 personnes et en ont blessé 1 165 autres, a annoncé la défense civile libanaise mercredi soir. L’horreur et la sidération sont telles que le premier ministre libanais, Nawaf Salam, a fait du jeudi 9 avril une « journée de deuil national.
Mercredi 8 avril, Israël a mené au Liban les frappes les plus meurtrières de ce conflit, avec au moins 357 mort·es en une journée, notamment dans la capitale, Beyrouth, selon le dernier bilan. L’allié des États-Unis a dit avoir tué 180 combattants du Hezbollah ce jour-là.
C'est à dire que la moitié des victimes étaient des civils innocents dont des femmes et des enfants...
LES CRIMINELS DE GUERRE
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Benyamin Nétanyahou avec le ministre de la défense, Israël Katz (à droite), et le chef d’état-major des forces de défense israéliennes, Eyal Zamir (à gauche), sur la base aérienne de Palmachim (Israël) le 3 mars 2026. © Photo Maayan Toaf / Israel Gpo via ZUMA Press Wire / Abaca
La poursuite de la guerre de 2024
Israël dissocie sa guerre contre l’Iran de celle qu’il mène chez son voisin du nord. « Pour les Israéliens, le Liban est un dossier en soi, qui traîne sur une table depuis 1978. Quand bien même le gouvernement israélien aujourd’hui justifie ce qu’il fait au Liban par la chasse au Hezbollah, en réalité il a des visées bien différentes qui sont celles du territoire du sud du Liban », déjà occupé entre 1982 et 2000 et riche en eau, rappelle Daniel Meier, professeur de science politique à l’IEP de Grenoble, spécialiste du Liban.
Le gouvernement israélien a fait peu de mystère, ces dernières semaines, de son intention de rester dans la zone qui sépare la frontière libano-israélienne du fleuve Litani, une trentaine de kilomètres plus au nord. Le ministre des finances israélien, le suprémaciste juif Bezalel Smotrich, a carrément appelé à l’annexion d’une partie du territoire libanais et encouragé à répéter à Beyrouth les crimes commis à Gaza.
L’opération militaire israélienne lancée le 2 mars, en réponse à des tirs du Hezbollah qui n’ont causé aucun dégât, est la continuation de celle de 2024. En tuant notamment le dirigeant du Hezbollah, Hassan Nasrallah, Israël espérait alors désorganiser la milice chiite libanaise et l’affaiblir définitivement pour conquérir des territoires. La guerre ne s’est jamais vraiment arrêtée : fin novembre 2025, soit près d’un an après le cessez-le-feu, plus de 330 personnes avaient été tuées au Liban par Israël, dont au moins 127 civils.
Les Israéliens sentent bien que si on les oblige à arrêter la guerre maintenant, ils seront loin d’avoir atteint leurs objectifs militaires.
Cette dévastation s’accompagne de la « destruction systématique, massive de l’ensemble des villages de la frontière. Jusqu’à trente-quatre villages ont été ciblés et quasiment réduits à néant en 2024 et, aujourd’hui, il semble que ce soit plus d’une cinquantaine. L’armée [israélienne] a fait des incursions nocturnes pendant les quatorze derniers mois pour dynamiter les maisons qui avaient survécu », décrit Daniel Meier. Israël vise à « empêcher toute vie de renaître » dans la zone qu’il préempte, explique le chercheur, auteur du livre Le Liban : du mythe phénicien aux périls contemporains (Le Cavalier bleu, 2025), qui rappelle la « terreur » que font régner les drones israéliens qui bourdonnent en permanence dans le sud du pays, « qui espionnent et qui tuent ».
Malgré sa puissance militaire, Israël engrange peu de réelles avancées sur le terrain. « Le Hezbollah fait quarante commandos tous les jours au sud du Liban, souligne Daniel Meier. Les Israéliens sentent bien que si on les oblige à arrêter la guerre maintenant, ils seront loin d’avoir atteint leurs objectifs militaires. » Le désarmement du Hezbollah semble impossible par la force – l’armée israélienne elle-même l’a admis la semaine dernière, indiquant que seul le gouvernement libanais pourrait contraindre la milice chiite à rendre son arsenal militaire. L’organisation fondée en 1982 pour résister à l’invasion israélienne au Liban n’est pas seulement un mouvement armé, elle s’appuie sur un parti politique et dispose d’une solide base populaire.
Indifférence
Après les résultats hasardeux de la sanglante campagne militaire en Iran, Israël s’est aussi lancé dans la guerre au Liban pour « des objectifs de politique interne », juge Ori Goldberg, analyste politique israélien : « Nétanyahou a promis aux résidents du nord d’Israël de leur apporter le sentiment d’être en sécurité. » Cela passe, selon eux, par l’établissement d’une zone vidée de toute vie à la frontière.
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En face, Beyrouth n’a aucun levier, contrairement à Téhéran, et la communauté internationale semble largement indifférente, malgré les communiqués de condamnation publiés mercredi, France en tête. Alors que « les soldats commencent à mourir au Liban, [à l’intérieur d’Israël] nous semblons glisser dans cette routine qui a été la nôtre pendant les dix-huit ans qui ont suivi 1982 [lors de l’occupation israélienne du Sud-Liban – ndlr], où on se lève tous les jours sur la nouvelle de militaires morts dans une embuscade ou un accrochage et personne ne s’en préoccupe vraiment », note l’analyste de Tel-Aviv.
L’opposition politique israélienne n’a rien à redire sur la stratégie de « guerre perpétuelle » de Benyamin Nétanyahou, déplore Alon-Lee Green, l’un des fondateurs du mouvement israélo-palestinien anti-occupation Standing together. L’activiste est l’un des meneurs des maigres manifestations qui ont eu lieu ces dernières semaines en Israël pour protester contre les opérations militaires en Iran et au Liban – en tout, à peine 3 000 personnes ont défilé dans tout le pays la semaine dernière.
Ces mouvements ont été doublement réprimés, « par la police et les forces de sécurité d’Israël qui [les] arrêtent et passent des lois d’urgence qui les autorisent à arrêter des gens pour des publications en ligne », explique Alon-Lee Green, et par « des citoyens israéliens qui utilisent des gaz lacrymogènes, cherchent [leurs] adresses, [les] attaquent lors des manifestations et ne sont jamais arrêtés – ils sont soutenus par le gouvernement ».
L’activiste se sait minoritaire mais espère malgré tout renverser le débat public en Israël. « Croire que nous pouvons gagner par la voie militaire sur tout le Moyen-Orient est un leurre, insiste-t-il. Seuls les accords peuvent nous procurer de la sécurité dans cette région. Nous devons commencer par trouver un accord avec les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie et partir de là. »
Quelques heures avant le cessez-le-feu avec l’Iran, la chaîne de télévision israélienne 13 affichait un immense compte à rebours sur son plateau, en référence à l’ultimatum lancé par Donald Trump avant de mettre à exécution sa menace d’anéantir « la civilisation » iranienne.
Alors que le pays se prépare pour des élections en octobre 2026, les guerres de Benyamin Nétanyahou n’ont peut-être pas renforcé sa popularité, mais elles ont mis en exergue l’absence d’une alternative politique crédible sur ces sujets. Les rivaux du premier ministre israélien « disent exactement la même chose que lui, le faisant passer pour l’adulte dans la salle », se désole Ori Goldberg. L’échelon politique n’a pas de stratégie ; l’unique mot d’ordre pour son armée est d’utiliser la force brute, partout dans la région, sans but politique réalisable.
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