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Que signifie donc le recul apparent de Trump ?

À première vue, il semble confirmer une mécanique désormais bien identifiée, résumée par une formule ironique : TACO — Trump Always Chickens Out (Trump finit toujours par se dégonfler). Trump menace, dramatise, puis recule au dernier moment. Mais ce serait une erreur de s’arrêter là.

Car ce qui a été dit ne disparaît pas avec un cessez-le-feu. Quand un président des États-Unis explique qu’une civilisation pourrait “disparaître en une nuit”, il ne s’agit plus d’une outrance : il formule une stratégie et assume que l’anéantissement d’une société est une option. Il banalise une logique de génocide.

On aurait tort de minimiser cela au nom du style Trump, de son goût pour la démesure et les outrances. Car c’est précisément ainsi que fonctionne sa politique : déplacer la frontière du dicible pour rendre pensable puis acceptable ce qui, hier encore, relevait de l’impossible. Dans ce cadre, le cessez-le-feu n’efface rien. Il suspend.

Car cette parole s’inscrit dans une escalade continue de la menace. Depuis des semaines, la mécanique est la même : promesses de destruction totale, ultimatums publics, dramatisation maximale. Chaque déclaration poussée plus loin que la précédente. Chaque menace appelle une surenchère.

À mesure que cette spirale s’emballe, une contradiction apparaît. Trump s’est construit une image de chef imprévisible et brutal. Dans les faits, il recule souvent. Il menace, puis diffère. Il annonce, puis reporte. Mais que devient cette logique quand la menace atteint le niveau d’un anéantissement civilisationnel ?

On ne sort pas facilement d’une promesse de destruction totale. Reporter un ultimatum n’efface pas la menace : cela la maintient, cela la prolonge, cela la rend plus pesante encore. Plus la parole est extrême, plus le coût politique du recul est élevé. Car Trump ne parle pas seulement à ses adversaires. Il parle à sa base. Une base nourrie de virilisme politique, de fantasmes de toute-puissance, et désormais d’une rhétorique quasi religieuse où le président se présente comme investi d’une mission supérieure. Dans cet univers, reculer n’est pas une option ; ce serait une humiliation.

Pour un pouvoir construit sur la démonstration permanente de force, sur la domination, sur l’idée d’un chef qui ne cède jamais, la fuite en avant devient presque inévitable. Autrement dit : plus Trump menace, moins il peut durablement ne rien faire. C’est toute la dangerosité du moment.

La question n’est donc plus de savoir si Trump bluffe ou non. Elle est de comprendre que son propre dispositif politique le pousse à transformer la menace en réalité. Car les mots deviennent des pièges et les menaces deviennent des trajectoires. Et c’est ainsi que l’irréversible commence.

Pablo Pillaud-Vivien REGARDS.

Les menaces maximalistes d’anéantir “la civilisation iranienne” semblent avoir permis à Donald Trump de négocier une trêve et de se présenter en vainqueur, analyse “The New York Times”. Mais, pour le quotidien américain, il s’agit d’une solution bancale qui ne permet pas d’imaginer une paix à long terme.

Il s’agit d’une victoire tactique, certes obtenue à la dernière minute, mais qui devrait, au moins temporairement, permettre au pétrole, aux engrais et à l’hélium de circuler à nouveau dans le détroit d’Ormuz, et apaiser les marchés, qui craignaient qu’un choc énergétique mondial n’entraîne une récession planétaire.

Néanmoins, elle n’a résolu aucun des problèmes de fond qui ont conduit à la guerre.

 - Le gouvernement théocratique, soutenu par le redoutable corps des Gardiens de la révolution reste aux commandes. La population apeurée, qui a été pilonnée par les missiles et les bombes, se retrouve sous leur coupe. Les arsenaux nucléaires iraniens sont toujours en place, notamment les 440 kilos d’uranium enrichi qui constituaient, en théorie, le casus belli de cette guerre.

- « Quant aux alliés des États-Unis dans le Golfe, ils sont sous le choc après avoir découvert que les gratte-ciel en verre de Dubaï et les usines de dessalement, qui rendent habitables les riches enclaves du Koweït, pouvaient être détruits par des missiles et des drones iraniens. Les prix de l’essence ont flambé[1] »…

La base politique de Donald Trump en ressort fracturée, ses anciens soutiens accusant désormais le président et ses fidèles partisans, en particulier le vice-président, J. D. Vance, d’avoir violé leur promesse de ne pas entraîner les États-Unis dans des guerres impossibles à gagner au Moyen-Orient.

Donald Trump exigeait la “capitulation sans conditions” de l’Iran et proclamait que ce serait lui qui déterminerait quand le pays serait totalement vaincu. Mardi soir, il a accepté de négocier pendant deux semaines sur la base d’un plan en dix points que les Iraniens avaient soumis aux Pakistanais et qualifiait celui-ci de “base de négociation viable” : soit une liste des demandes de Téhéran d’avant la guerre : reconnaissance internationale du droit de l’Iran d’enrichir de l’uranium, retrait de toutes les forces américaines de la région et levée des sanctions économiques. Et versement de réparations pour les dommages causés à l’Iran par la guerre. Certes on est encore loin de la réalisation totale et globale du plan iranien, mais il a été accepté comme base des discussions d’une liste d’exigences hautement défavorables à Washington - et que la Maison-Blanche a contesté un jour après leur publication ! Si elles étaient effectivement mises en œuvre, elles placeraient Téhéran dans une position bien plus forte que celle qu’il avait à la veille de l’attaque du 28 février sur 8 des 10 points proposés[2].

« Washington accepte le droit de l’Iran à enrichir l’uranium pour son programme nucléaire civil. Mais pour des raisons qui restent obscures, cette dernière phrase était absente des versions anglaises communiquées aux journalistes par les diplomates iraniens. Elle n’apparaissait qu’en farsi. Il est également demandé le « retrait des forces de combat américaines de la région » et la mise en place d’un « cessez-le-feu sur tous les fronts, y compris dans le conflit israélo-libanais »[3].

On peut comprendre la réaction furibarde de Netanyahou dont la population libanaise paye le lourd prix !

Mercredi 08 avril, 19h00 : fragile cesser le feu dans le Golfe persique car Israël a bombardé massivement Beyrouth, faisant 182 tués et 890 blessés[4], l’opération Lion rugissant avec “100 frappes menées en dix minutes”, rapporte le quotidien israélien Ha’Aretz.

Après le cessez-le-feu en Iran, la stratégie de l’État hébreu sur le front libanais est claire, écrivait ce matin le quotidien Israel Hayom ; “Israël poursuivra ses attaques contre le Hezbollah au Liban afin de marquer la séparation des fronts et s’efforcera, parallèlement, d’obtenir, lors des prochaines discussions, la fin du soutien iranien aux organisations terroristes, notamment au Hezbollah.”

Benjamin Nétanyahou estime que l'accord de cessez-le-feu "n'inclut pas le Liban". En revanche, l'ambassadeur de l'Iran en France assure au micro de franceinfo que le Liban est également couvert par l'accord. D’ailleurs, le Hezbollah pro-iranien n'a plus revendiqué d'attaques contre Israël depuis minuit, heure de Paris.

L'accord est "comme une victoire pour l'Iran.

Le président américain se contente de la réouverture du détroit d'Ormuz, qui n'était pas véritablement fermé il y a encore quelques semaines, selon Romuald Sciora, essayiste et directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

Le simple fait que le cadre proposé par l’Iran serve de base aux négociations constitue une victoire diplomatique majeure pour Téhéran », souligne Trita Parsi, vice-président du Quincy Institute basé à Washington. Mais, marche arrière qui témoigne des désaccords stratégiques au sein du clan MAGA, « un haut responsable de la Maison-Blanche a assuré que le plan en dix points diffusé publiquement par l’Iran, qui contient des demandes a priori difficilement acceptables par Washington, n’était pas le document servant de base aux négociations avec les États-Unis[5] ».

 

[1] Courrier international du 8.04.26: La trêve de Donald Trump en Iran est un trompe-l’œil qui ne résout rien.

[2] Le Grand Continent : 8 avril 2026 • Iran : la guerre du changement de régime.

[3]  L’Humanité – Pierre Barbancey -8.04.26 - Entre les Etats-Unis et l'Iran, un cessez-le-feu fragile menacé par Israël.

[4] Selon le ministère de la Santé libanais. Selon le dernier bilan provisoire : 203 tués et plus de 1 000 blessés au Liban.

[5] Source : L’Humanité – Pierre Barbancey -8.04.26 - Entre les Etats-Unis et l'Iran, un cessez-le-feu fragile menacé par Israël.

Violations du cessez-le-feu temporaire au Liban.

En réponse, d’après l’agence de presse iranienne Fars, Téhéran étudierait la possibilité de relancer des attaques contre Israël.

L’Iran referme le détroit…Et lâchement Trump ne condamne pas le gouvernement Netanyahou. La France et de nombreux pays s’insurgent, seulement en paroles - contre Israël, qui manifestement veut faire capoter le cesser le feu contre l’Iran, estimant que leurs objectifs de chute du régime honni ne sont pas atteints.

Et maintenant, ce jeudi, on apprend, incrédules - mais ne faut-il pas s’attendre à tout avec l’homme d’affaires Trump - qu’il propose de partager avec l’Iran, le péage illégal, que les Iraniens veulent imposer aux navires traversant le détroit d’Ormuz !

Ormuz est un détroit régi par le droit international, c’est-à-dire par le principe de la liberté de navigation. Y déroger en faisant payer un droit de passage partagé avec Oman aurait son lot de conséquences. » Les contours de l’hypothèse d’un péage maritime demeurent flous. Téhéran et Mascate réfléchissent à un protocole pour surveiller le trafic naval dans la zone, y compris en temps de paix, arguant de leur statut d’États côtiers. C’est sur ce point que le président étatsunien a affiché sa volonté de s’insérer dans la gestion des affaires, en évoquant auprès d’ABC News une sécurisation du couloir « en co-entreprise » !

 

Le maintien de l’arrêt des bombardements serait à ce prix, mais surtout pour le magnat de l’immobilier, l’occasion de sortir du piège iranien où il s’est embourbé, d’affirmer une victoire tout en réalisant une bonne opération financière. Combien de morts, de blessés, de familles déchirées, de souffrances, de destructions massives, de conditions de vie anéanties ?

La guerre, qui entrait dans sa sixième semaine, a fait plus de 5 000 morts dans une douzaine de pays, dont plus de 1 600 civils en Iran[1].

 

LIBAN dernière minute :

Israël annonce avoir tué le secrétaire du chef du Hezbollah lors d’un bombardement à Beyrouth.

« Hier (mercredi), l’armée israélienne a frappé dans la région de Beyrouth et a éliminé Ali Youssouf Harchi, secrétaire personnel et neveu du chef du Hezbollah », a indiqué l’armée israélienne ce jeudi dans un communiqué précisant qu’il était un « proche collaborateur et conseiller personnel » de Naïm Qassem nommé chef du mouvement chiite après la mort d’Hassan Nasrallah en septembre 2024[2].

Dans la nuit du mercredi 8 au jeudi 9 avril, Israël a bombardé à trois reprises le dernier pont reliant le sud et le nord du fleuve Litani dans le sud du Liban.

 

 

Et n’oublions pas que la guerre continue à Gaza, par la seule volonté du gouvernement colonialiste israélien  

Mohammed Wishah, correspondant pour la chaîne de télévision Al Jazeera à Gaza, a été tué mercredi 8 avril par un drone israélien. L’armée israélienne a affirmé comme d’habitude, que le journaliste était un membre du Hamas, et qu’il « opérait sous le couvert » du journalisme. Dans un e-mail envoyé à l’Agence France Presse, Reporters sans frontières (RSF) dénonce « le meurtre » de Mohammed Wishah et rappelle qu’il s’agit du « deuxième journaliste tué par Israël depuis le début du cessez-le-feu à Gaza. Selon RSF, l’armée israélienne a tué plus de 220 journalistes depuis le 7 octobre 2023, dont au moins 70 dans l’exercice de leurs fonctions.

Allain Louis Graux

    Le 09 avril 2026       

 

[1] L’Humanité – Pierre Barbancey -8.04.26 - Entre les Etats-Unis et l'Iran, un cessez-le-feu fragile menacé par Israël.

[2] Source l’Humanité 09 avril 2026.

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