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Les résultats du deuxième tour des élections municipales.

D’une décennie de Macronie, le principal legs restera la grande fragmentation du paysage électoral, qui s’est à nouveau vérifié dans les urnes ce 22 mars, à l’occasion du second tour des municipales ; un vote dont on peine à dégager une tendance claire.

Et tout le monde fait comme s’il était possible de plaquer une lecture nationale sur les situations plurielles d’un scrutin municipal.

Le scrutin n’a pas connu de sursaut de participation comparé à la semaine précédente (43 % d’abstention). Les écuries partisanes n’ont jamais été aussi loin d’être des partis de masse : nos métropoles sont socialistes, communistes, écologistes, macronistes, LR, mais aussi désormais RN ou insoumises.

À gauche comme à droite, les électeurs ont poussé à l’union, mais pas apprécié des unions de dernière minute. D’un côté, une France de droite, de plus en plus obsédée par la question de l’immigration et poreuse au discours du Rassemblement national. De l’autre une France de gauche, progressiste et à forte propension unitaire, qui s’est incarnée dans les nombreuses fusions réalisées durant l’entre-deux-tours, y compris entre deux partis qui se détestent, La France insoumise et le PS. De ces échecs chacun tente de rendre l’autre responsable :

« LFI fait perdre », analyse, cinglant, le référent élections du PS Pierre Jouvet, qui en veut pour preuve les communes où le PS a gagné sans LFI : Le Mans, Rennes, Lille, Rouen… Et évidemment Paris, où Emmanuel Grégoire l’emporte avec une grande avance (50,5 %) sur Rachida Dati (40 %), malgré le maintien de l’insoumise Sophia Chikirou.

« Les maires socialistes sortants étaient trop en mauvaise posture au premier tour pour que LFI, qui a pourtant joué le jeu des fusions, ne renverse les résultats », rétorque le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard. Les insoumis pointent le cas de Nantes, où Johanna Rolland, qui a fusionné avec LFI, l’a emporté[1] ».

Dati a largement échoué à Paris ainsi que Chikirou, la mauvaise égérie de Mélenchon. Marseille Lyon, Lille restent aussi à gauche. Comme prévu Roubaix a élu un LFI.

LFI s’implantent et gagne des mairies, mais l’alliance plus ou moins contrainte entre les deux tours avec le PS et des listes d’union n’ont pas été productives, Toulouse reste à droite, et la gauche perd Brest, Limoges, Clermont-Ferrand, etc... A Limoges, l’insoumis Damien Maudet, qui a fusionné avec les socialistes, excède le total gauche du premier tour. Mais cela n’a pas suffi à renverser la droite, qui l’emporte largement, grâce aux voix du RN.

LFI gagne Creil, une des premières villes acquises au socialisme municipal, et donc sur le PS ; une ville où j’ai habité et milité jadis pour le PC. Lors de ces élections, LFI a investi ou soutenu 247 candidats, moitié moins que le RN. Selon les calculs de la Fondation Jean-Jaurès, LFI a obtenu un score moyen de 12,4 % au premier tour, en ne comptant que ces communes. Un score significatif, mais nettement moins bon qu’aux élections européennes de 2024 dans ces mêmes communes (18,4 %) ou à l’élection présidentielle (31,6 %).

Un communiste regagne Nîmes.

A Strasbourg, Catherine Trautman, alliée avec la droite Horizon, redevient maire, face à la Gauche unie avec les écologistes et au RN. A Bordeaux les écologistes et la Gauche perdent la mairie. Nantes est conservée, avec une alliance Gauche unie avec LFI.

On observe que, dans des configurations en triangulaire, une partie de l’électorat d’extrême droite a préféré se reporter sur LR plutôt que sur les candidats lepénistes, par un réflexe de « vote utile » contre la gauche, l’ennemi à abattre. Une donnée qui a contrecarré la stratégie des fusions.

Le RN s’implante dans bcp de villes moyennes, mais échoue dans toutes les grandes villes, cependant avec un score de 41 % à Marseille. Le RN abattu son record avec 24 édiles élus au premier tour, élus et revendique de nouvelles victoires, à Montargis, Agde, Castres, Montauban et Carcassonne.

A Nice, Ciotti allié au RN bat Estrosi LR de la droite extrême. À Toulon, en revanche, la droite LR a fait encore œuvre de front républicain, en soutenant la maire sortante, Josée Massi (divers droite). Avec succès puisqu’elle est réélue face à la candidate du RN Laure Lavalette (55 % contre 45 %).

On a tous les cas de figure avec la représentation majoritaire traditionnelle de LR à l’échelon national, la montée de l’implantation du RN et de LFI à la mesure de leur influence réelle dans le pays, l’écroulement, l’inexistence de l’extrême centre macroniste dont l’exemple est l’échec de Bayrou dans sa ville de Pau. Avec 47,71%, avec sa troisième élection consécutive, l’ancien premier ministre de la macronie, Edouard Philippe est réélu au Havre où le candidat communiste de la Gauche unie échoue.

Les écologistes sont les grands perdants, mais conservent Tours, Grenoble et Lyon de justesse, où Aulas est mauvais perdants. La majorité des élus issus de la « vague verte » de 2020 ont été sèchement battus : à Besançon, Poitiers, Strasbourg, Annecy et Colombes.

Le PS reste implanté mais perd de son influence territoriale, les électeurs de gauche n’apprécient pas ses retournements de veste, les contradictions entre les mots d’ordre nationaux d’avant premier tour du ni ni imposé par la droite libérale hollandiste du PS et de Gluksman son allié de Force publique, et d’alliances avec LFI pour les second tour, obligées par de faibles résultats.

« Si la pression du peuple de gauche à l’union entre les deux tours a permis de sauver de nombreuses villes, les fusions bricolées en 48 heures et la poursuite des invectives entre théoriciens et praticiens des « deux gauches irréconciliables » coûteront chers aux habitant.es de Toulouse, Clermont-Ferrand, Poitiers, Limoges, Brest, Tulle et d’autres villes encore où la gauche échoue[2] ».

"Les listes PS-LFI-Les Écologistes-PCF ont aussi permis, sans distinction de couleur politique de la tête de liste, de bénéficier d’un report de voix correct à Clermont-Ferrand (- 1,6 point), Besançon (+ 2,4), Limoges (- 2) ainsi qu’à Avignon (- 0,9) et Clichy (- 2,7). Il n’y a qu’à Brest (- 12,7) – où le socialiste François Cuillandre voulait faire le « mandat de trop », selon nombre de cadres du PS – et à Toulouse (- 6,5), où François Piquemal a subi une virulente campagne de diabolisation dans l’entre-deux-tours, que la gauche voit son score cumulé de premier tour diminuer significativement. Mais si, dans la majeure partie des cas, l’union n’a pas entraîné de fuite massive d’électeurs, elle n’a pas non plus créé de dynamique pour élargir l’assise électorale. Peut-être est-ce d’ailleurs le principal problème de la gauche, alors que de l’autre côté du spectre ces municipales ont fait la démonstration de la porosité entre les électorats de droite et d’extrême droite. "Emilio Meslet - Rachel Garrat Valcarcel - L'humanité du 23 mars"
« On assiste à une vague dégagiste », observait dimanche soir Manuel Bompard, coordinateur national de LFI. Le désaveu était bien trop fort pour les maires sortants socialistes et écologistes pour que La France insoumise puisse permettre leur victoire… Pierre Jouvet, secrétaire national du PS, avait une autre vision des choses : « La France insoumise fait perdre. »

Comme une sorte de concrétisation de l’échec de la Gauche plurielle d’aujourd’hui, son représentant victorieux en 1995, l’ex-premier ministre Lionel Jospin est décédé aujourd’hui à l’âge 88 ans.

Allain Louis Graux

Résultats sur :

https://www.franceinfo.fr/elections/carte-resultats-du-2d-tour-des-municipales-2026-decouvrez-les-scores-des-candidats-commune-par-commune-en-france_7877078.html#at_medium=5&at_campaign_group=2&at_campaign=eventinfo&at_highlight=Municipales-2026&at_variant=Soiree-electorale-

 

[1] L’humanité du 23.03.26

[2] Clementine Autain

Tag(s) : #Actualité politique et sociale, #POLITIQUE, #actualité, #publication politique
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