Guerre en Iran : pourquoi Donald Trump est passé à l’attaque avec son allié Benyamin Netanyahou
Malgré les négociations en cours, les États-Unis, conjointement avec Israël et poussés par l’Arabie saoudite, ont décidé de lancer une guerre contre l’Iran. Le guide suprême a été assassiné, mais l’armée iranienne et les gardiens de la révolution répliquent en visant les bases américaines de la région.
Publié le 1 mars 2026, par Pierre Barbancey L’HUMANITE
Le premier ministre israélien a forcé le choix des États-Unis quant à la déstabilisation de l’Iran, à une nuance près. Pour Tel-Aviv, le chaos reste la meilleure option, alors que Washington pourrait se satisfaire d’un simple changement de personnel politique.
Il prétendait « mettre fin aux guerres » et s’étonnait de ne pas s’être vu décerner le prix Nobel de la paix. Donald Trump, avec l’aide de son fidèle ami Benyamin Netanyahou, vient de se transformer en néoconservateur et, surtout, de déclencher un conflit dont l’onde de choc est déjà régionale et les répercussions mondiales, sans parler de l’effondrement du droit international.
Samedi 28 février au matin, les bombardements ont commencé. De nombreuses villes d’Iran ont été ciblées, semant la panique parmi la population. Les missiles ont également visé des personnalités de la République islamique, à commencer par le guide suprême, Ali Khamenei, 86 ans, tué par l’opération israélo-américaine.
Le sens de cette élimination est avant tout symbolique. Khamenei, vieillissant, avait déjà perdu une partie de son pouvoir. Ce qu’il représentait, le système du velayat e-faqih (la jurisprudence religieuse), était même remis en cause au sein de l’establishment iranien. D’ailleurs, malgré cette mort ainsi que celles, entre autres, d’Abdolrahim Moussavi, chef d’état-major des forces armées, et de Mohammad Pakpour, commandant en chef des gardiens de la révolution, l’Iran continuait, ce dimanche 1er mars, à répliquer aux attaques états-uniennes et israéliennes.
Le président iranien, Massoud Pezeshkian, un temps déclaré mort lui aussi, a fait savoir que venger la mort du guide suprême était un « droit et un devoir légitimes », fustigeant une « déclaration de guerre contre les musulmans ». Le chef du Conseil suprême de sécurité nationale, Ali Larijani, utilisant, à l’instar de Trump, une écriture en lettres capitales, écrivait sur X : « HIER, L’IRAN A TIRÉ DES MISSILES SUR LES ÉTATS-UNIS ET ISRAËL, ET ILS ONT FAIT MAL. AUJOURD’HUI, NOUS LES FRAPPERONS AVEC UNE FORCE QU’ILS N’ONT JAMAIS CONNUE. »
Donald Trump se présente comme l’ultime rempart du peuple iranien
Des milliers de personnes se sont rassemblées dans le centre de Téhéran et à Chiraz, certaines en larmes, brandissant des drapeaux iraniens aux cris de « mort à l’Amérique », « mort à Israël ». Dans certains quartiers de la capitale, en revanche, c’était la joie qui dominait.
Il ne s’agit pas d’une guerre comme une autre. Depuis plusieurs semaines, les États-Unis renforçaient leur dispositif militaire autour de l’Iran, n’hésitant pas à déplacer deux porte-avions, dont le plus grand au monde, sans parler des navires de l’US Navy et du déploiement aérien sur leurs nombreuses bases militaires au Moyen-Orient.
Trump gonflait les muscles en permanence, mais entamait néanmoins des négociations indirectes avec Téhéran à propos du dossier nucléaire – et donc de l’enrichissement de l’uranium –, considérant que l’Iran voulait se doter de l’arme nucléaire. Il y ajoutait la question des missiles balistiques et celle des relations de la République islamique avec des mouvements régionaux (Hezbollah libanais, Hamas palestinien, milices paramilitaires chiites irakiennes, Houthis yéménites), regroupés au sein de « l’Axe de la résistance ».
Dans le même temps, Donald Trump se présentait comme l’ultime rempart du peuple iranien, prêt à tout pour les défendre, eux qui avaient manifesté leur mécontentement face à la dégradation économique et sociale du pays depuis le 28 décembre. Une colère qui s’est transformée en défilés contre le pouvoir et a été réprimée dans le sang.
Le 13 janvier, le locataire de la Maison-Blanche appelait les Iraniens à continuer à manifester et à prendre « le contrôle de leurs institutions », ajoutant : « L’aide est en route », sans en préciser la teneur. Sur le compte de son réseau Truth Social, il enjoignait l’Iran à négocier. « La prochaine attaque sera pire et de loin », écrivait-il le 28 janvier, en rappelant ce qui s’était passé au mois de juin et les frappes conjointes menées par les États-Unis et Israël.
Les deux lignes rouges pour une intervention militaire
Trump avait fixé deux lignes rouges concernant une éventuelle intervention militaire : le meurtre de manifestants pacifiques et l’exécution massive des personnes arrêtées lors d’une répression massive des manifestations. À force de mélanger les sujets, on ne savait plus très bien lequel lui importait vraiment. Il répétait ainsi que l’Iran devrait négocier un accord « satisfaisant » pour empêcher ce pays du Moyen-Orient de se doter de l’arme nucléaire. Mais le savait-il lui-même ?
Jeudi 26 février, les négociations entamées à Genève étaient interrompues. Elles devaient reprendre à Vienne (Autriche), quelques jours plus tard. Le 27 février, le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr Al Boussaïdi, médiateur de ces discussions indirectes, affirmait lors de l’émission Face the Nation, sur CBS News, qu’un accord était « à portée de main ».
C’est dire si la délégation états-unienne – composée de Jared Kushner, gendre de Trump, et de Steve Witkoff, l’envoyé spécial du président pour le Moyen-Orient – a su leurrer le chef de la diplomatie d’Oman (également reçu par le vice-président J.D. Vance, à Washington, vendredi).
Lors de son intervention, prononcée samedi 28 février, peu après le lancement de l’attaque, Donald Trump a parlé « d’opérations militaires majeures » et « massives », rendues nécessaires par des menaces qu’il a décrites comme « imminentes ». Il a réaffirmé : « Notre objectif est de défendre le peuple américain en éliminant des menaces imminentes venues du régime iranien, un groupe vicieux de personnes extrêmement dures et terribles. » Mais il a également appelé de manière explicite à un renversement des autorités iraniennes.
« L’heure de votre liberté est à portée de main », a-t-il lancé en s’adressant aux Iraniens. « Lorsque nous aurons fini, emparez-vous du pouvoir », a-t-il encore ajouté, en affirmant : « Ce sera probablement votre seule chance en plusieurs générations. »
Les changements de régime, les États-Unis et la CIA les connaissent bien, et pas seulement en Amérique latine. En 1953, en Iran, ils avaient débarqué Mohammad Mossadegh, alors premier ministre, coupable d’avoir nationalisé le pétrole iranien.
L’influence croissante de Netanyahou sur les décisions de Trump
Était-ce l’objectif initial des États-Unis ? Auditionné par la commission des Affaires étrangères du Sénat, le 28 janvier, le secrétaire d’État, Marco Rubio, reconnaissait que toute perspective de changement de régime en Iran serait « plus complexe » qu’au Venezuela, « car il s’agit d’un régime en place depuis très longtemps ».
Il rappelait néanmoins : « Nous avons entre 30 000 et 40 000 soldats américains stationnés sur huit ou neuf bases dans cette région. » Rubio veut-il suggérer que les troupes états-uniennes pourraient poser leurs rangers sur le sol iranien – éventualité écartée jusque-là par la Maison-Blanche ? On voit mal comment pourrait se réaliser l’occupation d’un pays de près de 90 millions d’habitants et quatre fois plus grand que l’Irak, dont la population n’excédait pas, lors de l’invasion américaine de 2003, 20 millions de personnes.
Ce que savent très bien les caciques du régime iranien.
La transition du pouvoir sera assurée par un triumvirat composé du président Massoud Pezeshkian, du chef de l’exécutif judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejei et d’Alireza Arafi, un haut dignitaire religieux, membre du Conseil des gardiens de la Constitution. On saura dans les prochains jours quelle voie empruntera l’Iran.
Mais il apparaît d’ores et déjà que l’influence de Benyamin Netanyahou sur les décisions de Donald Trump, s’agissant de cette région du monde, est de plus en plus importante. Le premier ministre israélien a forcé le choix des États-Unis quant à la déstabilisation de l’Iran, à une nuance près. Pour Tel-Aviv, le chaos reste la meilleure option, alors que Washington pourrait se satisfaire d’un simple changement de personnel politique sans toucher aux fondements du régime.
« Les services de renseignement américains n’ont décelé aucune menace imminente »
La puissance états-unienne a besoin d’une région, si ce n’est pacifiée, en tout cas stabilisée pour poursuivre sa guerre (commerciale pour l’heure) avec la Chine. Pour cela, les gouvernements des pays doivent s’aligner sur les intérêts américains et entretenir des relations normalisées avec Israël. L’Arabie saoudite, qui, jusqu’à présent, se faisait prier de manière tactique pour signer les accords d’Abraham, a, selon le Washington Post, exercé elle aussi un fort lobbying pour que les Américains déclenchent la guerre.
« Les services de renseignement américains n’ont décelé aucune menace imminente, mais les alliés régionaux ont fait valoir que le moment était venu de frapper », écrit le quotidien. Riyad entend ainsi, à la faveur de l’affaiblissement iranien, renforcer son leadership au Moyen-Orient.
Il reste maintenant une question essentielle : que peut-il se passer ? Tel-Aviv pousse son champion, Reza Pahlavi, le fils du chah d’Iran, mais celui-ci dispose de peu d’assise dans le pays. Un front républicain tente de rassembler des forces allant des monarchistes constitutionnalistes à certaines personnalités de gauche, mais l’appareil répressif de la République islamique reste puissant.
À la veille de la guerre, le vice-président états-unien, J.D. Vance, affirmait dans une interview au Washington Post que les États-Unis n’avaient « aucune chance » de s’engager dans une guerre prolongée au Moyen-Orient. Pas sûr qu’il ait vu juste.
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