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Pour une nouvelle alliance démocratique en Syrie

Par Sarah Marcha, membre du Centre de Jineolojî de Bruxelles. 26 janvier 2026.

En décembre 2024, nous avons assisté à la chute du régime de Bachar al-Assad et à la prise de pouvoir de l’organisation islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS) à Damas. Au même moment, le nom de HTS résonnait dans le procès de l’assassin du professeur Samuel Paty – un jeune tombé sous l’influence de la propagande djihadiste qui cherchait à rejoindre ce groupe en Syrie.

En quelques jours, les médias internationaux ont mené une campagne de légitimation d’un gouvernement autoproclamé et constitué essentiellement de membres des HTS auteurs de crimes de guerre, comme Hatim Abu Shaqra, l’un des assassins connus d’Hevrin Khalaf, la coprésidente du Parti Avenir de la Syrie en 2019.

Après la chute du régime, le monde a pris connaissance de l’identité du nouveau président par intérim Ahmed al-Chareh, jusqu’alors connu sous son nom de guerre Abou Mohammad al-Jolani. Qualifié de « chef d’une organisation terroriste » recherché par les États-Unis, depuis le début des années 2000, il était passé d’Al-Qaïda à l’État islamique (EI), puis à la direction de HTS.

Dix ans plus tôt, pendant la guerre contre l’EI, qui aurait pu croire qu’un homme comme al-Chareh serait reçu officiellement à l’ONU, à l’Élysée et dans toutes les grandes instances européennes et internationales, comme un simple « rebelle » digne de dirigerun pays ?

Pendant qu’al-Chareh était sous le feu des projecteurs dans les médias mainstream en Orient et en Occident, en 2025 les populations Alaouites et Druzes de Syrie étaient massacrées par les groupes djihadistes soutenus par Damas et Ankara. Depuis le début de la guerre en Syrie, le rôle actif de la Turquie et son alliance avec les différentes factions djihadistes a souvent alerté l’opinion publique.

Les crimes de guerre lors des invasions d’Afrin en 2018 et de Serêkaniyê en 2019 par l’armée turque et ces groupes ont fait l’objet de nombreux rapports par les organisations de défense des Droits Humains. Contre la révolution des femmes et le succès du projet pluriethnique de l’Administration autonome démocratique (AANES) mise en place dans le Nord et l’Est de la Syrie depuis 2012, la Turquie avait essayé de profiter du moment de chaos provoqué par la chute du régime de Bachar al-Assad pour envoyer les groupes armés sous son contrôle attaquer Manbij et Tishrin (à l’Est d’Alep).

C’est dans ce contexte que nous sommes arrivés à la nuit du 6 au 7 janvier 2026, date de début d’une offensive sans précédent visant d’abord les quartiers autonomes kurdes d’Alep, puis les autres régions de l’AANES. Cette date restera doublement symbolique dans nos mémoires : c’est celle de la commémoration des attentats de Charlie Hebdo en 2015.

Menaçant particulièrement les organisations civiles et les femmes, ces attaques coordonnées sont menées par la nouvelle « armée syrienne », constituée des combattants de HTS et de l’Armée nationale syrienne (ANS), rejoints par des combattants de l’EI, ainsi que des factions djihadistes étrangères et des nationalistes turcs.

L’opinion publique s’interroge sur les intérêts des puissances régionales et internationales dans cette offensive militaire qui a commencé au lendemain d’une réunion diplomatique à Paris. Ces « négociations » avaient réuni les représentants des États français, syrien et israélien, soutenus par les États-Unis. D’après certaines sources, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, aurait discuté le retour des entreprises Veolia et Total en Syrie.

Déjà en 2025, un contrat avait été signé avec l’armateur CMA CGM pour l’exploitation du terminal à conteneurs du port de Lattaquié en Syrie. Selon d’autres sources, le ministre turc des affaires étrangères Hakan Fidan, également à Paris ce jour-là, se serait entretenu avec Assaad Hassan al-Chibani, le ministre syrien des affaires étrangères. Les dernières déclarations de Tom Barrack, ambassadeur des États-Unis en Turquie et envoyé spécial en Syrie, ainsi que celles d’Emmanuel Macron et de l’Élysée semblent vouloir présenter le gouvernement d’al-Chareh comme le nouveau partenaire de la lutte contre le terrorisme en Syrie.

Tous appellent les Forces démocratiques syriennes (FDS) à capituler, forçant l’AANES à renoncer à son projet démocratique et de libération des femmes, en intégrant les institutions d’un État centralisé par un pouvoir nationaliste islamiste en échange de quelques droits culturels et régionaux par décret.

Certains affirment que cette offensive militaire marque la fin du rêve d’autonomie dans la région. C’est tout le contraire. En réalité, dans ce nouveau contexte, c’est le moment d’une véritable action pour la justice et la démocratie. La résistance est à son apogée et le soutien populaire kurde et international est en phase de dépasser toutes les frontières.

Alors que nous célébrons le 11e anniversaire de la victoire de Kobané contre l’EI aujourd’hui, que nous venons de commémorer les dix ans de l’attentat du Bataclan il y a quelques mois et que le procès en appel des complices de l’assassin de Samuel Paty vient d’ouvrir, nous pouvons interpeller les autorités françaises sur leur alliance avec Damas et exiger que la ligne politique et diplomatique de la France change. Une autre alliance est possible : une alliance démocratique.

Grâce à notre mobilisation populaire, nous pouvons obtenir que l’AANES soit officiellement reconnue, que le soutien international aux FDS soit renouvelé et que leur modèle puisse inspirer une nouvelle Syrie décentralisée, qui assurerait des droits constitutionnels fondamentaux aux femmes et aux peuples de la région. Le rêve continue tant que la lutte continue : soyons unis pour forcer Damas à intégrer ce modèle démocratique.

https://www.humanite.fr/en-debat/kurdistan-syrien/11e-anniversaire-de-la-victoire-de-kobane-pour-une-nouvelle-alliance-democratique-en-syrie

Tag(s) : #ASIE, #GEOPOLITIQUE, #PAIX, #Politique étrangère
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