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Alors que la guerre au Soudan a atteint son millième jour le 9 janvier, le pays semble se diriger vers une partition de facto. Ce conflit, qui laisse un pays en ruines, montre comment les guerres fratricides ne se limitent plus à des affrontements locaux dans la Corne de l’Afrique. Retour en quelques points sur un conflit de mille jours.

Selon des ONG et l’ONU, le Soudan vit la pire crise humanitaire actuelle, après mille jours de guerre civile. Le 15 avril 2023, les luttes de pouvoir entre les deux hommes forts du pays, jusque ici alliés, basculent dans un affrontement ouvert. Depuis, leur rivalité armée et les combats pour la conquête de larges pans du territoire sèment leur cortège de destructions et de victimes. Il y a mille jours, les Forces de soutien rapide (FSR) attaquaient les forces armées soudanaises (FAS). Depuis, leurs affrontements ont dégénéré en une guerre civile généralisée, caractérisée par des violences ethniques, des attaques contre les civils et des atrocités commises par les deux camps. Les lignes de front ont fluctué à travers le pays, dévastant la capitale, Khartoum, et une vingtaine d’autres villes.

Soudan : la situation au 30 octobre 2025. SOURCES : THOMAS VAN LINGE, CRITICAL THREATS.

Qui sont les protagonistes de ce conflit ?

Les forces armées soudanaises (FAS), autrement dit l’armée nationale, affrontent les Forces de soutien rapide (FSR), une coalition de milices arabes soudanaises (souvent qualifiées de “paramilitaires”) originaires du Darfour et du Kordofan occidental. Autrefois alliées à l’armée, les FSR ont acquis une grande autonomie et se sont mutinées en 2023, déclenchant une guerre civile.

Derrière ces deux forces armées, deux hommes d’abord alliés et désormais rivaux. À la tête des FAS, le général Al-Burhan, également chef d’État de facto du pays. À la tête des FSR, Mohamed Hamdane Daglo, plus connu sous le nom de “Hemeti”. Le groupe armé a été accusé de génocide par les États-Unis.

De son côté, comme le notait en novembre le Sudan War Monitor, “bien que dépourvu de mandat démocratique, le régime militaire soudanais justifie sa légitimité par la nécessité et la crise nationale”. L’armée est également accusée d’exactions et de crimes de guerre.

Après mille jours de combat, relève Foreign Affairs, Khartoum et les régions situées à l’est du Nil sont dominées par les FAS, tandis que la moitié ouest du pays est en grande partie contrôlée par les FSR.

Le sort des civils soudanais en quelques chiffres

Près de 33 millions de personnes au bord de la famine, dont plus de 21 millions – soit plus de 45 % de la population du Soudan –, souffrant de graves pénuries alimentaires. Dans le Darfour du Nord, l’un des épicentres des combats, plus de la moitié des jeunes enfants souffrent de malnutrition et 83 % des familles n’ont pas assez à manger. Ce sont quelques-uns des chiffres auxquels a abouti une coalition de 13 organisations humanitaires, rapporte Al-Jazeera.

Dans le même temps, 70 % à 80 % des hôpitaux et des établissements de santé sont touchés et non opérationnels, laissant environ 65 % de la population sans accès aux soins de santé. Un manque d’infrastructures aggravé par une épidémie de choléra généralisée qui a touché les 18 États du pays, alors que plus 72 000 cas suspects ont été recensés au cours de 2025, détaille le Sudan Tribune.

Douze millions de personnes ont été déplacées. Selon les chiffres onusiens, cités entre autres par le Sudan Tribune, 9,3 millions de personnes ont été contraintes de fuir à l’intérieur des frontières du Soudan, et 4,3 millions de Soudanais ont cherché refuge dans les pays voisins, avec les conséquences que cela peut avoir sur des États limitrophes aux capacités d’accueil limitées.

Une guerre par procuration ?

Très vite, le conflit entre les deux chefs de guerre a mêlé d’autres acteurs régionaux, jusqu’à être qualifiée de “guerre par procuration” par Foreign Policy. Le titre relevait, dès juillet 2023, que “le conflit entre Burhan et Hemeti ne se limite pas à une simple querelle interne. Le Soudan, véritable pont entre le Moyen-Orient et l’Afrique, et ses abondantes ressources naturelles confèrent à la bataille pour Khartoum une dimension régionale. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, puissances majeures du Golfe, voient dans cette guerre une occasion de consolider leur hégémonie au Moyen-Orient. Tandis que l’Arabie saoudite soutient Burhan, les Émirats arabes unis appuient Hemeti.”

Les Émirats arabes unis sont en effet accusés d’être le principal fournisseur d’armes des FSR, allégations qu’ils ont niées.

D’autres acteurs interviennent dans le conflit. Comme le rappelle le Sudan War Monitor, l’Égypte et la Turquie sont des soutiens essentiels de l’armée soudanaise, lui apportant un appui politique et une aide concrète. L’Iran a également fourni des armes aux FAS, mais son soutien a pris fin.

Le Tchad a aussi joué un rôle, mais moins crucial, en autorisant les opérations de soutien logistique des FSR sur son territoire. Le Kenya, bien qu’officiellement neutre, a permis aux FSR de mener des activités d’organisation politique à l’intérieur de ses frontières. Au final, les lignes d’approvisionnement des FSR traversent le Tchad, la Libye, la Somalie et le Soudan du Sud, et pourraient également atteindre l’Éthiopie et le Kenya. Autant d’éléments qui témoignent de la dimension régionale du conflit.

Vers une partition du pays ?

Certes, la diplomatie a pu tenter de résoudre le conflit. Les États-Unis ont ainsi réuni en juin le “Quad” – l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et les États-Unis – afin de discuter d’une voie vers la paix.

Mais le pays semble se diriger vers une partition. “À ce stade, l’issue probable de tout processus de paix est que le Soudan – uni ou divisé – finira par devenir un vassal des États du Golfe”, pense Alex de Waal, directeur exécutif de la Fondation mondiale pour la paix, dans Foreign Affairs. Et l’analyste de noter que l’Afrique était remarquablement absente de “ce jeu de pouvoir”, alors que le Soudan est devenu “un prototype d’un nouveau type de guerre internationale”.

Hassina Mechaï

 

 

 

 

Tag(s) : #AFRIQUE, #GEOPOLITIQUE, #Politique étrangère, #Voyage et découvertes, #international
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