L’EVOLUTION DE LA SITUATION EN IRAN, DRAMATIQUE POUR LE PEUPLE.
Les analyses dans la presse divergeaient sur l’option d’une intervention militaire américaine en Iran. The Telegraph rappelait ainsi qu’en juin dernier, l’offensive israélienne de deux semaines, soutenue par Washington, n’avait pas réussi à renverser le régime, même si l’objectif affiché n’était pas expressément de faire chuter le pouvoir en place.
Une offensive majeure ne semblait pas à l’ordre du jour, le porte-avions le plus proche, l’USS Abraham, étant actuellement positionné à des milliers de kilomètres du golfe Persique, en mer de Chine méridionale. Et qu’aucun déploiement de bombardiers B2 n’a été constaté à Diego Garcia, la base de l’océan Indien.
L’Arabie saoudite, Oman et le Qatar se sont directement adressés aux responsables états-uniens pour exprimer leur refus d’une confrontation militaire. Selon le Wall Street Journal, qui s’appuie sur des sources internes au sein des autorités saoudiennes, Riyad a assuré Téhéran qu’elle n’interviendrait pas dans un éventuel conflit et n’autoriserait pas Washington à utiliser son espace aérien pour des frappes. Les autorités auraient même demandé aux médias du royaume de limiter la couverture des manifestations afin d’éviter des représailles de la part de l’Iran !
- Le président étatsunien, en menaçant Téhéran d’intervention, puis en assurant que le pouvoir iranien a mis fin au massacre des manifestants antigouvernementaux sans que rien ne l’atteste, a certainement favorisé une répression d’autant plus violente que le pouvoir des théocrates religieux fanatiques du chiisme se sentent menacés. En particulier, leurs bras séculier, les gardiens de la révolution, profiteurs corrompus et privilégiés du régime. Les Gardiens de la révolution réagissant brutalement aux rodomontades sans suite de Trump ont tiré sur la foule des manifestants, à la mitrailleuse.
Selon le dernier bilan fourni mercredi 14 janvier par l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, au moins 3 428 manifestants ont été tués depuis le début du mouvement, le 28 décembre, et plus de 10 000 arrêtés. "Ce chiffre est un minimum absolu", avertit l'organisation.
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« Les forces de sécurité se sentent en danger, paniquent et assassinent des personnes qui peuvent être leurs proches »
B. H. : En cas de changement de régime, les Bassidjis (milices de volontaires existant depuis la révolution de 1979), les Gardiens de la révolution et les policiers craignent une épuration qui les verrait finir en prison ou pire. Ils s’accrochent donc d’autant plus fortement au pouvoir. Et avec la mobilisation qui s’étend géographiquement, la répression est aujourd’hui de plus en plus fondée sur des Bassidjis, cette milice de militants islamiques peu formés au maintien de l’ordre et capables de tirer sur la foule sans état d’âme. Les forces de sécurité se sentent en danger, paniquent et assassinent des personnes qui peuvent être leurs proches, leurs cousins.[1] »
Une intervention des États-Unis ne serait pas sans risque militaire, et certainement contre-productive politiquement. Les autorités militaires n’ont jamais été très chaudes pour s’engager dans une nouvelle aventure contre une nation de 90 millions d’habitants, armée de missiles prêts à frapper les nombreuses bases américaines de la région du Golfe, après les échecs précédents de cet aventurisme impérialiste, du Vietnam à l’Irak et à l’Afghanistan. Il est plus facile d’utiliser le gendarme israélien contre les « terroristes » Palestiniens, les Syriens et les Libanais, pour ne pas froisser les « alliés arabes » saoudiens, émiraties, turcs.
L’Arabie saoudite, Oman et le Qatar se sont directement adressés aux responsables états-uniens pour exprimer leur refus d’une confrontation militaire. Selon le Wall Street Journal, qui s’appuie sur des sources internes au sein des autorités saoudiennes, Riyad a assuré Téhéran qu’elle n’interviendrait pas dans un éventuel conflit et n’autoriserait pas Washington à utiliser son espace aérien pour des frappes.
Les Saoudiens, depuis le mois de novembre, ont servi d’intermédiaire dans les contacts entre Washington et Téhéran, comme le soulignait le prince héritier Mohammed Ben Salmane au sortir d’une rencontre avec Donald Trump : « Nous pensons qu’il est bon pour l’avenir de l’Iran de conclure un bon accord (sur le nucléaire -ndla) qui satisfasse la région, le monde et les États-Unis d’Amérique, et nous ferons donc tout notre possible pour que cela se produise. »
Par ailleurs, au-delà des déclarations guerrières, à quelques mois des élections de mi-mandat (en novembre), Trump ne peut pas se couper totalement de sa base Maga, dont le cœur est justement l’Amérique d’abord et non pas les guerres à l’étranger. L’aventure vénézuélienne a déjà échaudé une partie de son camp.
Seuls Israël et Reza Pahlavi, le fils du dernier chah d’Iran, poussent à l’intervention militaire.
Malgré le souhait de Trump de signer un nouveau traité sur le nucléaire iranien, objet de négociations actuelles malgré les menaces réciproques, il n’est pas question pour Israël d’accepter un quelconque enrichissement de l’uranium (ce qui est autorisé dans le cadre civil pour tous les pays à hauteur de 5 % maximum). Pour Netanyahou, il convient donc d’empêcher tout accord. La situation actuelle lui en offre la possibilité. Il pousse à une intervention étatsunienne qu’il pourrait soutenir en bombardant à nouveau les sites nucléaires, les bases des Gardiens de la révolution, les résidences des dignitaires du régime honni.
À part Reza Pahlavi, le fils du dernier chah d’Iran, qui espère arriver au pouvoir dans les bagages des Marines, quel Iranien se réjouirait d’une telle intervention ? Tout le monde a en tête le coup d’État fomenté par la CIA en août 1953 pour débarquer le premier ministre d’alors, Mohammad Mossadegh, coupable d’avoir nationalisé l’industrie pétrolière… - comme les bolivariens du Venezuela[2] ! - Sa destitution avait été suivie du retour du chah, Mohammad Reza Pahlavi, et de sa redoutable police politique, la Savak, formée par les services des États-Unis pour faire disparaître toute opposition. Au contraire, la dictature des mollahs pourrait bénéficier du sentiment national iranien.
Trump, qui s’est employé à démanteler les instances internationales sollicite une réunion du Conseil de sécurité.
Tandis que la France reste prudente dans ses déclarations, car elle a toujours des ressortissants qui même sortis de prison demeurent des otages assignés à domicile. Jean-Noël Barrot, à l'instar de plusieurs homologues, a annoncé avoir convoqué mardi l'ambassadeur d'Iran, tandis que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a promis de proposer "rapidement" aux Vingt-Sept de "nouvelles sanctions" visant les responsables de la répression. Mais jusqu'où ? Les sanctions actuelles concernant les Gardiens de la Révolution prennent la forme de sanctions individuelles ou de gel de leurs avoirs dans l'Union européenne. L'objectif serait d'aller plus loin, en les considérant comme de véritables terroristes.
Cette révolte est très différente des précédentes car les revendications économiques sont directement liées au fonctionnement et à la structure politique de la République islamique.
« L’économie va à vau-l’eau car elle a été détruite par la corruption, qui se manifeste notamment par une évasion massive des capitaux, notamment vers un paradis fiscal comme Dubaï. Il existe en effet en Iran un système de double ou triple taux de change sur le dollar qui permet aux proches du régime de capitaliser et de spéculer sur cette monnaie. Se sont ainsi constitués des réseaux mafieux d’oligarques qui incluent des membres du gouvernement et des forces répressives.
L’économie va à vau-l’eau car elle a été détruite par la corruption
«. En parallèle, les sanctions américaines exercent une très forte pression sur l’économie »
En parallèle, les sanctions américaines exercent une très forte pression sur l’économie. L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2018 a signé le retour des sanctions extraterritoriales américaines avec un gel des avoirs, des restrictions bancaires et surtout une interdiction de vendre son pétrole aux pays occidentaux.
Dans ce contexte, marqué par une inflation record atteignant 52 % en glissement annuel fin 2025, le gouvernement du président réformateur Massoud Pezeshkian a proposé le 23 décembre au Parlement iranien de voter la fin des taux de change différenciés du dollar, accompagnée par une hausse des impôts et la mise en place d’allocations ciblées sur les plus pauvres. Ce budget a été rejeté, refusé par les conservateurs qui ont la majorité au Parlement. Cela a entraîné une flambée du dollar, qui a scandalisé les commerçants du bazar des objets électroniques au centre de Téhéran, l’explosion du prix du dollar les a poussés à la grève dès le 28 décembre.
Des gens qui soutenaient autrefois le régime sont scandalisés par ce massacre aveugle et contraire aux règles les plus élémentaires de l’islam.
Quels sont les scénarii possibles face à cela ?
B. H. : Premier scénario possible : le pourrissement et le statu quo : le gouvernement continue à réprimer et la protestation sociale se maintient avec des révoltes et des affrontements réguliers pour tenter de contrer la volonté des Iraniens de résister et de se révolter, qui est irréductible.
Deuxième scénario : l’opposition se structure pour prendre le pouvoir mais les divisions me paraissent trop nombreuses entre les marxistes-islamiques des Moudjahedin du peuple, les démocrates et les royalistes. Cela fait quarante-six ans que ces forces ne parviennent pas à s’entendre et je ne vois pas émerger une personnalité capable de les fédérer.
Troisième scénario : l’alternance réformateurs-conservateurs ne fonctionnant plus, un « Bonaparte » iranien pourrait émerger. Une personne au passé probablement discutable, mais qui serait capable d’imposer au clergé comme aux Gardiens de la révolution l’acceptation de changements politiques profonds, la mise en place de réformes structurelles nécessaires pour assainir la situation économique, et qui puisse répondre aux aspirations des Iraniens à la liberté. Cela implique de négocier avec les Etats-Unis. D’ailleurs, l’Iran et les Etats-Unis étaient sur le point de se parler quand Reza Pahlavi est entré en scène. Une telle négociation est devenue désormais impossible avec les milliers de morts que fait le régime actuellement[3]. »
vendredi 16 janvier
“Les premiers jours, le nombre [des manifestants] augmentait, mais il n’y avait pas une atmosphère de peur”, explique un professeur à l’aide d’une connexion Starlink. Quand les autorités ont ordonné aux lycées et aux universités d’annuler les cours au début de janvier, les étudiants du professeur ont rejoint les manifestations. “Je n’ai été témoin d’aucune violence – ni de notre part, ni du gouvernement”, dit-il.
Tout a changé à partir du jeudi 8 janvier à 20 heures, quand des foules énormes se sont répandues dans les rues en réponse à un appel de Reza Pahlavi, le fils en exil du chah renversé par la révolution de 1979, laquelle a conduit à l’instauration de la République islamique.
Aussitôt, le régime a coupé l’accès à Internet et bloqué les appels téléphoniques internationaux. Les Iraniens étant isolés du monde extérieur, la répression a commencé, selon des témoins, des vidéos diffusées clandestinement sur les réseaux sociaux et des groupes de défenseurs des droits humains. Amnesty International assure que les forces de sécurité se sont déployées dans des immeubles résidentiels, des mosquées et des commissariats pour tirer à balles réelles sur des manifestants désarmés, “en les visant à la tête et à la poitrine”.
Courrier international
[1] Bernard Hourcade, Géographe, chercheur émérite au CNRS, spécialiste de l'Iran, membre du comité de rédaction d’Orient XXI – dans « La répression est plus féroce car le pouvoir iranien ressent une menace existentielle » - Alternatives économiques du 15.01.26.
[2] Dès 1970, avant même l’arrivée de Chavez au pouvoir…
[3] Chapitre extrait de l’article de Bernard Hourcade, déjà cité.
https://www.mediapart.fr/journal/international/220126/revolte-en-iran-les-gardiens-de-la-revolution-une-histoire-de-sang
_ extraits :
c’est l’entrée en lice des Pasdarans, le 7 janvier, à la demande du Guide, qui a transformé la nature de la répression. Celle-ci a pris alors la forme de véritables massacres à travers tout le pays, comme le montrent les images d’entassement des corps à la morgue de Kahrizak, près de l’aéroport Khomeiny, à Téhéran.
Aujourd’hui, le bilan des autorités fait état de plus de 5 000 morts, dont un millier parmi les forces de sécurité. Il pourrait être beaucoup plus élevé encore.
En réalité, toute l’histoire des Pasdarans est une histoire de sang. Créé en 1979, à partir d’un assemblage de milices, pour pallier les insuffisances de l’armée iranienne mal en point depuis la chute du chah et la purge ou le départ pour l’exil de milliers de ses officiers, le Sepah s’est d’abord manifesté au Kurdistan d’Iran, entré, déjà à cette époque, en rébellion, où la répression fut abominablement sanglante, notamment lors du siège de la ville de Sanandaj.
constituant trente-six corps d’armée répartis sur l’ensemble du territoire, chacun bénéficiant d’une grande autonomie, tant au niveau du commandement que de ses ressources propres.
« L’un des soucis principaux des Pasdarans, c’est l’autofinancement, analyse Stéphane Dudoignon. Cela remonte à la guerre contre l’Irak, où chaque brigade était rattachée aux mosquées et aux bazars de la région, qui les finançaient. Leur organisation se faisait donc sur une base régionale et c’est encore vrai aujourd’hui. Entre eux, ils ont une solidarité autrement plus forte que dans une armée conventionnelle. Ce ne sont pas tant des unités que des communautés. Ils sont du même coin, ils se connaissent depuis les bancs d’école et se marient entre eux. Ils partagent la même culture chiite. Dès lors, quand leur chef leur dit : “On y va”, ils n’hésitent pas à le suivre, s’il le faut jusqu’à la mort. »
Toujours plus loin dans la répression
Si le Sepah compte entre 120 000 et 150 000 hommes, il faut lui ajouter des supplétifs, les miliciens du bassidj (« la mobilisation »), un corps créé lui aussi en 1979, qui compterait quelque 400 000 hommes, répartis en des milliers de centres sur tout le territoire. Depuis 2007, ils ont été intégrés au sein des Gardiens de la révolution, ce qui les place sous leur contrôle.
Le contrôle de l’économie
À la conquête du pouvoir policier s’ajoute celle de la puissance économique. Après la fin de la guerre contre l’Irak, la reconstruction offre de belles opportunités. Les unités du génie militaire du Sepah, équipées de bulldozers et de tractopelles, s’emparent alors des marchés du BTP, créant des entreprises géantes. Anticipant la fin du conflit, les Pasdarans ont aussi créé une gigantesque holding, le Khâtam al-Anbiyâ (« sceau de la prophétie »), qui gère bientôt plus de 800 sociétés à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran, embauchant des milliers d’officiers démobilisés.
Rares sont les domaines qui échappent à cette « entreprise-parapluie » qui investit d’abord dans l’armement et l’énergie, contrôlant l’extraction pétrolière et la pétrochimie, avant de se lancer dans tout ce qui peut lui rapporter : l’import-export, les techniques de communication, la construction, la médecine…
Sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013), qui privatise largement l’économie, la mutuelle du Sepah acquiert des actifs dans les secteurs les plus divers, avec une prédilection pour l’automobile. Même l’industrie artistique, dont le cinéma et le théâtre, intéresse les Pasdarans.
Aujourd’hui, selon le département d’État des États-Unis, le Sepah contrôle environ 33 % de l’économie iranienne –
Lundi 26 janvier 2026
https://www.humanite.fr/monde/donald-trump/estimation-a-30-000-morts-suite-aux-manifestations-arrivee-dun-porte-avions-des-etats-unis-dans-la-region-le-point-sur-la-situation-en-iran
Face aux révoltes massives, le pouvoir en place – incarné par le président Masoud Pezeshkian et l’ayatollah Ali Khamenei – tente de contenir une colère héritée des manifestations ayant émaillé la dernière décennie (2017, 2022). Quitte à multiplier les morts parmi les manifestants. Le Time magazine avance de son côté, après avoir interrogé deux hauts responsables du ministère iranien de la Santé, un bilan de 30 000 personnes tuées rien qu’entre le jeudi 8 et le vendredi 9 janvier.
Ce décompte provisoire aurait été, selon l’hebdomadaire libéral, réalisé par des « médecins et secouristes », sans prendre en compte « des décès liés aux manifestations, notamment ceux de personnes enregistrées dans les hôpitaux militaires, dont les corps ont été directement transportés à la morgue, ni des décès survenus dans des zones non couvertes par l’enquête ».
La pression se maintient donc dans la région, Donald Trump ayant failli approuver des frappes en Iran au début du mois de janvier, avant de se raviser le 14, face aux mises en garde de ses conseillers, inquiets quant à de probables contre-attaques. Une force d'intervention est aujourd'hui arrivée dans la zone du Moyen-Orient autour du porte avion Abraham Lincoln - le plus gros au monde - et 3 destroyers d'escorte. Téhéran continue, de son côté, de répéter qu’elle « ne permettra pas qu’une menace à la sécurité nationale (…) même à ses prémices, atteigne le stade de l’action ». De quoi, une nouvelle fois, délaisser les revendications du peuple iranien, tant du côté de Téhéran que de Washington.
https://www.mediapart.fr/journal/international/010226/iran-apres-les-massacres-la-population-risque-sa-vie-les-recenser
Malgré les risques encourus, la société civile iranienne a commencé à documenter les massacres. Le site Iran Protest Victims a déjà pu établir une première liste de 2 110 victimes, avec la photo, la date et les circonstances de la mort de chacune.
De nombreux enfants tués
« Beaucoup d’adolescent·es et même d’enfants parmi les victimes. Ainsi, Hudhayfa Zargar, 11 ans, originaire du Baloutchistan, a été tué par un tir le samedi 24 janvier à Mecched, ce qui indique que la contestation continuait à cette date dans la seconde ville iranienne.
Esra Tavooti Nia, 14 ou 15 ans, qui étudiait à l’école Setaregan de Kermanshah, dans le Kurdistan, touchée par une balle dans la zone pelvienne, a succombé à ses blessures, le 23 janvier, après deux semaines de coma « en raison de la gravité de ses blessures et de l’incompétence des services médicaux ». Anila Amoutalebian, elle, n’avait que 8 ans. Elle a été tuée dans la voiture de sa mère alors que celle-ci cherchait à regagner le domicile familial, à Ispahan. Ou encore Mehdi Madhavi, 16 ans, présenté simplement comme un « travailleur enfant ». Il a été tué le 23 janvier d’une balle dans le dos à Shostar.
On compte aussi parmi les victimes un grand nombre de mostazafin, les « déshérités honorables » dans le vocabulaire religieux, au nom desquels la révolution islamique de 1978 s’était faite. Parmi eux, Dyar Pourchehriq, un chauffeur de 32 ans, originaire d’un village d’Azerbaïdjan, tué par un tir direct dans la rue Poonak, à Téhéran. Sa note biographique précise qu’il vivait si pauvrement, devant entretenir toute sa famille, qu’il dormait dans sa voiture.
Des jeunes filles ont même été tuées à bout portant, comme Mobina Behechti, 20 ans, le 9 janvier, à Gorgan, par un tir à moins d’un mètre. D’autres manifestant·es, toujours selon le rapport de Iran Protest Victims, ont péri sous les coups de matraque, comme Malakeh Razavian, 40 ans, le 9 janvier, dans une rue d’Ispahan. Le corps de Mohammad Reza Golmakani, un champion national de bodybuilding de 36 ans, père de deux fillettes, portait, lorsqu’il a été remis à sa famille, des hématomes au niveau du cou, suggérant qu’il a été asphyxié avec un sac en plastique.
…Plus de 800 condamnations à mort ont d’ores et déjà été prononcées –, contrairement aux engagements du pouvoir judiciaire. Ali Rahbar a ainsi été pendu lundi 26 janvier à Mecched, dix jours après son arrestation. « Les accusations ayant conduit à son exécution ne sont pas connues. Il a été décrit comme un athlète et un coach sportif », précise simplement sa notice biographique.
…[Les miliciens] sont arrivés et ils ont tiré sur la foule, pas avec des balles mais avec des plombs. Et ils visaient la tête des gens.
Ce que le rapport laisse apparaître également, c’est que lors de la nuit du 7 au 8 janvier, une grande partie de la foule était constituée de familles qui estimaient sans doute n’avoir rien à craindre. Ghazal, une jeune employée de maison venue de Paris pour visiter des proches dans une petite ville près d’Hamadan, le confirme à Mediapart : « Nous avons entendu l’appel de Reza Pahlavi [le fils de Mohammad-Reza Chah, renversé par la révolution islamique – ndlr] qui nous disait : “Je reviens”, et nous l’avons pris au pied de la lettre. Alors nous sommes tous descendus le lendemain dans la rue, tout le monde, les parents, parfois accompagnés de leurs enfants, les personnes âgées… Nous étions si nombreux à marcher vers le centre-ville que les nouveaux venus ne pouvaient même pas entrer dans le cortège depuis les rues adjacentes. Puis, [les miliciens] sont arrivés et ils ont tiré sur la foule, pas avec des balles mais avec des plombs [de la chevrotine – ndlr]. Et ils visaient la tête des gens. J’ai vu des personnes perdre un œil ou leurs deux yeux, je ne sais pas. »
…À Téhéran, où la vie a repris, avec de nouvelles hausses de prix « phénoménales » dans l’alimentation, selon une habitante contactée par téléphone, la rage a même gagné les salons de coiffure et les ongleries. « On entend à présent les clientes exprimer leur haine contre le régime, en particulier contre le Guide suprême, avec les pires insultes que l’on puisse imaginer », indique Ghazal.
Signe, parmi tant d’autres, du désespoir des Iraniens et Iraniennes et de leur sentiment d’abandon, une vieille rengaine un peu simplette est revenue non pas sur les lèvres de certain·es, mais dans leurs posts. Parya, une Téhéranaise qui dit avoir perdu trois proches ou connaissances, a pris le risque d’envoyer la chansonnette à ses amis. Le refrain dit : « Mon cher oiseau, quand viendras-tu ? » En même temps défile la vidéo d’un bombardier B2 Spirit états-unien en plein vol.
Jean-Pierre Perrin
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