Lundi 12.01.2026
Près de 200 morts en Iran, « importantes » arrestations.
Alors que des manifestations pacifiques contre la vie chère ont éclaté à Téhéran le 28 décembre dernier, le mouvement, réprimé par les autorités, a gagné tout le pays. Après avoir pris la décision de couper tout accès à internet il y a trois jours, le président a fait une allocution à la télévision.
« A la radio, la révolte en Iran, des manifestations contre la vie chère qui tournent à l’émeute contre le régime des mollahs depuis plus de quinze jours, et continuent malgré une répression de plus en plus sévère et mortelle, au fur et à mesure de la peur des dirigeants et de leur milice bassidji. Ils savent que leur existence est en jeu. Mais cette révolte ne semble pas avoir d’organisation capable de la transformer en révolution pour renverser ce régime théocratique tyrannique et criminel. Il fait penser à Gilead dans la série de Catherine Atwood : la servante écarlate. Le fils du shah Pahlavi s’est mis sur les rangs, il ressemble beaucoup physiquement à son père ; il est à craindre que cet admirateur de Trump et de l’extrême-droite, soit aussi réactionnaire que son père.
Le monde entier espère la chute de ce régime honni, sauf les dirigeants des pays, notamment en Amérique latine qui ont les mêmes intérêts anti impérialistes, comme le Venezuela et la gauche bolivarienne. Et la Chine qui ne s’embarrasse pas de considérations morales…
Trump menace d’intervenir, poussé par Netanyahou qui a dénoncé ce régime qui aide les ennemis d’Israël.
Un théocrate génocidaire des gazaouis, oppresseur du peuple palestinien, contre un régime tout aussi théocratique. La seule différence c’est la nature colonialiste du régime d’apartheid d’Israël, la démocratie libérale ne vaut que pour les seuls israéliens, alors que les mollahs iraniens oppressent leur propre peuple.
Trump hésite à s’engager contre une puissance aussi importante que l’Iran. Une intervention militaire pourrait provoquer une réaction nationaliste, contraire à celui espéré du renversement du régime. » Allain Louis Graux
"La dynamique actuelle de contestation en Iran s’inscrit dans la continuité des mouvements sociaux de 2017, 2019 et 2022. Ces mobilisations reposent sur un même socle, une fragilisation socio-économique profonde, l’absence persistante d’organisations capables de représenter la colère sociale et une société prise en étau entre les oligarques d’un côté, l’appauvrissement de l’autre, ainsi que la pression extérieure et les sanctions, dans une région explosive et un monde où le droit international est de moins en moins respecté. Le mouvement actuel a d’abord pris racine dans les espaces marchands, bazars et centres commerciaux. Parti de Téhéran, il s’est rapidement étendu à 27 villes, avec une intensité plus forte dans les régions frontalières.
La flambée sans précédent du dollar, combinée aux pressions exercées sur les commerçants, a mis le feu aux poudres. Les mesures de formalisation fiscale, de traçage bancaire, la fermeture d’environ 6 000 comptes jugés suspects et la suppression annoncée des taux de change préférentiels sont perçues comme des contraintes imposées à une économie historiquement opaque et informelle. Pour de nombreux acteurs, ces réformes frappent surtout les petites structures, tandis que les véritables centres de pouvoir économique restent protégés.
L’inflation structurelle, durablement supérieure à 40 %, affecte fortement le pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes. Elle fragilise l’accès aux biens essentiels et aux médicaments pour les couches populaires et la classe moyenne appauvrie.
La colère des commerçants s’est propagée à l’ensemble de la population. Mais la contestation demeure fragmentée, sans coordination nationale ni slogan fédérateur. Les réformateurs, malgré la création du parti Promesse, ne disposent plus d’une base sociale. Leur discours apparaît déconnecté de la violence économique vécue au quotidien.
Dans ce contexte, Reza Pahlavi tente de s’imposer depuis l’étranger comme figure alternative. Soutenu par des réseaux occidentaux et aligné avec Benyamin Netanyahou, dont la politique à Gaza est reconnue comme génocidaire, il bénéficie d’une forte visibilité dans les médias persanophones basés en Occident. Le 9 janvier, il a publiquement appelé Donald Trump à intervenir, renforçant l’idée d’une opposition dépendante d’une ingérence étrangère plutôt que d’un ancrage social interne.
Parallèlement, les États-Unis et Israël maintiennent une pression politique et militaire constante. Le récent enlèvement du président vénézuélien illustre le mépris du droit international de l’impérialisme américain, soutenu par ses alliés européens.
Selon les informations disponibles, les manifestations se poursuivent et sont réprimées. Les coupures d’internet imposées par le régime depuis le 9 janvier empêchent d’évaluer l’ampleur réelle de la répression.
La question demeure ouverte, la société iranienne pourra-t-elle s’organiser de manière autonome pour faire émerger une alternative démocratique enracinée dans les revendications populaires, sans entrer dans une instabilité chronique et une tutelle américaine comme en Irak et dans d’autres pays de la région ? "
Par Marmar Kabir, militante associative, journaliste à Orient XXI et au Monde diplomatique.
Dans l'Huma du 12.01.26
Avant de partir, une dernière chose…
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