Les députés ont approuvé mardi soir le projet de loi de financement de la Sécu 2026, avec 247 voix pour, 234 contre et 93 abstentions. Une victoire pour le Premier ministre et sa méthode habile pour obtenir une majorité favorable au budget de la SS. Mais s’il a remporté cette victoire, il n’a pas gagné la guerre pour une majorité stable au long cours.
Le volet "dépenses" du budget de la Sécu.
Le budget de la sécu a été adoptée de justesse à l’assemblée, grâce au vote favorable du Ps et l’abstention des Verts, sauf les apparentés de l’Apres qui ont voté contre, comme ceux de LFI et du RN. La droite est tout aussi divisée.
Cette partie du budget prévoit la suspension de la réforme des retraites, en fait un simple décalage. Les députés avaient auparavant adopté un amendement du gouvernement portant à 3% la hausse des dépenses d'assurance-maladie (Ondam), au lieu de 2%, proposé par le gouvernement pour tenter d'arracher une majorité sur le texte, notamment en obtenant l'abstention d'une grande majorité des députés écologistes. « Pour Romain Eskenazi, porte-parole du groupe PS, le texte qui poursuivra sa route au Sénat « n’est pas un budget de gauche mais pas non plus totalement un budget du gouvernement Lecornu ». Il en veut pour preuve la longue liste des « horreurs » que l’Assemblée a retoquées : « Le budget initial contenait une année blanche avec une baisse nette du pouvoir d’achat des retraités, la suppression de deux jours fériés, le doublement des franchises médicales, une réduction des arrêts de travail, un coup de rabot sur les titres-restaurants, une hausse des cotisations sociales sur les apprentis… Tout ça n’y figure plus. » (dans l’Humanité).
« Nous avons également ajouté des mesures de justice », ajoute sa collègue Mélanie Thomin, citant entre autres la hausse de la CSG sur les hauts patrimoines et les dividendes et la « suspension de la réforme des retraites ». Poussés par la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon qui voulait « absolument » que le texte passe, les socialistes, dans leur immense majorité, sont donc allés au bout de leur logique de recherche de compromis avec l’exécutif : ils ont voté pour le PLFSS. « Nous assumons le fait d’être la béquille de la Sécurité sociale, revendique Romain Eskenazi. Ce serait un déficit de 30 milliards si le budget n’est pas voté.
Le PS a beau jouer sur les mots, il a apporté un soutien concret à un gouvernement à la politique libérale de droite, en dehors de quelques clins d’œil opportunistes au Ps et à EELV. Les lignes rouges ont été gommées comme la taxe Zucman enterrée, les engagements écologiques repoussés …
Le PS a choisi l’issue la plus confortable : ne plus proposer, voire renoncer, et se positionner contre son propre camp pour exister en dehors de la gauche radicale. Le PS semble désormais sous l’emprise de son aile droite, elle-même alignée sur Place publique et la perspective d’une candidature de Raphaël Glucksmann.
En renonçant à une ligne de gauche claire, il regarde toujours vers sa droite ; à force de chercher une respectabilité introuvable, il perd l’essentiel : la capacité à représenter celles et ceux qui attendaient un changement radical en votant pour le NFP, et d’apparaître comme une alternative crédible.
Les enjeux présidentiels restent incertains tant la confusion est grande à droite comme à gauche en dehors des certitudes des partis populistes, celui de la gauche radicale avec LFi et de l’extrême-droite avec le RN. Quelles unions et pour qui ?
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