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Cessez le feu et libération des prisonniers israéliens et palestiniens.

Le Hamas avait affirmé le vendredi 17 octobre, "son engagement" à mettre en œuvre l'accord de cessez-le-feu, entré en vigueur le 10 octobre après deux ans d’une guerre dévastatrice dans la Bande de Gaza, à libérer les 20 otages encore en vie et à "remettre tous les corps restants", soit 28 dépouilles en échange de 1968 prisonniers palestiniens sur 11 056 détenus, dont 3 544 sont en détention administrative, c’est-à-dire sans jugement, et aussi des corps de palestiniens.

Une fois cette condition remplie, la deuxième phase du plan imaginé par le président américain est censée s'ouvrir. Elle prévoit de "désarmer" et de "démilitariser" le Hamas, condition posée par Israël pour poursuivre son retrait progressif de la bande de Gaza.

Les otages ont été libérés ainsi que les prisonniers et non moins otages palestiniens, dont 1750 ont été incarcérés après le 7 octobre 2023. Les prisonniers palestiniens ne retrouveront pas tous leur famille, 250 ont été expulsés en Egypte ou en Cisjordanie.

Au 31 octobre, en échange de 15 dépouilles d'Israéliens, 225 dépouilles de Palestiniens ont été rendues conformément aux termes de l'accord de cessez-le-feu en vigueur depuis le 10 octobre[1].

Marwan Barghouti n’est pas sorti de prison malgré la demande faites lors de négociations, l’extrême-droite israélienne et Netanyahou s’y opposant, ce dernier ne souhaitant pas devoir affronter ce leader palestinien très populaire, susceptible d’unir les fractions du peuple palestinien, et de constituer un interlocuteur crédible d’un futur Etat palestinien. Netanyahou s’oppose et s’opposera, comme il l’a toujours dit et fait - comme naguère avec Arafat -  à tout projet d’Etat.

Les conditions d’emprisonnement des prisonniers.

« Les conditions de détention des otages ont varié au cours de leurs deux années aux mains de leurs geôliers, en fonction des phases de la guerre génocidaire, de la personnalité des gardes, des opérations militaires israéliennes, des ordres donnés par les responsables du Hamas et du Jihad islamique chargés de ce « dossier », de l’avancée ou du recul des négociations.

Presse écrite, télévisions et radios israéliennes traitent largement de cette question – tout en ne montrant aucun intérêt pour les conditions de détention des Palestinien·nes, qui se sont largement détériorées dans les prisons relevant des services pénitentiaires depuis l’arrivée au ministère de la sécurité nationale du suprémaciste et raciste Itamar Ben-Gvir, et qui relèvent des crimes de guerre dans le cas des Gazaoui·es enlevé·es et littéralement pris·es en otages par l’armée israélienne.

…Tous ceux qui rapportent des morceaux de récits racontent que les captifs israéliens ont subi globalement le sort de la population gazaouie : la faim, les bombardements, les déplacements forcés. Évidemment, être détenu, enchaîné et sous surveillance permanente a aggravé des conditions déjà terrifiantes.

Comme pour les Gazaoui·es, le manque de nourriture est devenu encore plus criant quand Israël a instauré un blocus total, interdisant à partir du 2 mars 2025 toute entrée d’aide humanitaire, y compris de nourriture, avant de le lever partiellement en juillet[2]. »

Et les corps des prisonniers palestiniens :

« Des documents indiquent que les corps provenaient de Sde Teiman, qui fait déjà l’objet de plaintes pour torture et morts arbitraires.

Au moins 135 corps mutilés de Palestiniens renvoyés par Israël à Gaza avaient été détenus dans un centre de détention tristement célèbre, déjà accusé de torture et de décès arbitraires en détention, ont déclaré des responsables du ministère de la Santé de Gaza au Guardian. Le directeur général du ministère de la Santé, le Dr Munir al-Bursh, et un porte-parole de l’hôpital Nasser de Khan Younis, où les corps sont examinés, ont déclaré qu’un document trouvé à l’intérieur de chaque sac mortuaire indiquait que les corps provenaient tous de Sde Teiman, une base militaire située dans le désert du Néguev où, selon des photos et des témoignages publiés par le Guardian l’année dernière, les détenus palestiniens étaient enfermés dans des cages, les yeux bandés et menottés, enchaînés à des lits d’hôpital et contraints de porter des couches[3] ».

Physicians for Human Rights Israel a révélé au cours des deux dernières années les conditions à l’intérieur des centres de détention israéliens, en particulier au camp de Teiman, où les Palestiniens ont été systématiquement torturés et tués par des soldats et des gardiens de prison ».

Selon l’ONU, au moins 75 détenus palestiniens sont morts dans les prisons israéliennes depuis le 7 octobre 2023.

Le premier ministre israélien refuse d’ouvrir le passage de Rafah entre l’Égypte et le territoire palestinien, il la conditionne à la remise de tous les otages décédés. Il multiplie les incidents en espérant une reprise de la guerre. Il veut empêcher ou tout du moins retarder les discussions sur la deuxième étape, créer des conditions de blocage. La réouverture de ce point de passage entre la bande de Gaza et l’Égypte est pourtant crucial pour l’entrée de l’aide humanitaire dans le territoire palestinien dévasté, même si le point de passage de Kerem Shalom a rouvert.

Pour le retrait israélien, le flou est total. Netanyahou a déjà indiqué qu’il n’était pas question pour son armée de se retirer totalement. Il entend maintenir ses troupes dans une zone tampon, à l’intérieur du territoire palestinien, qui serait ainsi totalement ceinturé, y compris sur sa frontière avec l’Égypte, sur une route appelée le « corridor Philadelphie ».

Le mouvement palestinien s’est dit prêt à ne pas participer à un quelconque exécutif pour diriger la bande de Gaza, mais refuse sans retrait israélien, à tout désarmement. Une éventualité qui, par ailleurs, n’est pas mentionnée dans le texte de cessez-le-feu signé le 9 octobre à Charm el-Cheikh (Égypte).

Un cessez-le-feu menacé.

Dès le dimanche 19 octobre, accusant le Hamas d'avoir violé le cessez-le-feu, en tuant deux soldats à Rafah, l’armée israélienne a violemment bombardé Gaza pendant près de 12 heures, faisant 104 morts dont 46 enfants. Ces gamins sont-ils des membres des milices ? ‘’Les frappes aériennes ont pilonné la ville de Gaza, Khan Younis et les camps de réfugiés dans le centre de Gaza, touchant des maisons, des tentes et la cour d’un hôpital. Le ministère palestinien de la Santé a déclaré que 253 autres personnes avaient été blessées, dont 78 enfants’’[4].

Sous la pression de Trump qui tient à « Sa paix » au Proche Orient », l'armée israélienne a annoncé dans la soirée qu'elle allait reprendre l'application du cessez-le-feu et cesser ses frappes.

Un triple aveu.

Trump s’est confié au magazine Time (23 octobre) sur les raisons pour lesquelles il fait pression sur Netanyahou pour lui faire accepter le cessez-le-feu à Gaza :

« Le monde en avait assez de nos attaques – quand je dis “nos attaques” c’est Israël et nous. (…) Et j’ai dit à Bibi (Netanyahou – ndlr) : “Bibi, tu ne peux pas combattre le monde entier. Tu peux mener des batailles ponctuelles, mais le monde entier est contre toi. Et Israël est un tout petit pays comparé au reste du monde.” Vous savez, je l’ai arrêté, parce qu’il aurait continué comme ça. Ça aurait pu durer des années. Ça aurait duré des années. »

D’abord, Trump reconnaît que l’administration américaine est tout autant responsable qu’Israël du génocide. Ensuite, Trump reconnaît que la barbarie à Gaza a dressé contre elle « le monde entier », isolant Israël. Enfin, Trump reconnaît qu’il a dû « tordre le bras » à Netanyahou pour lui faire accepter le cessez-le-feu. L’ancien consul général d’Israël à New York dans le Jérusalem Post du 25 octobre se désole que : ‘ le président des Etats-Unis intervienne sans ménagement dans les affaires intérieures d’Israël[5].

Netanyahou, dans toutes ses déclarations, de même que par les ordres donnés aux troupes israéliennes toujours stationnées dans la bande de Gaza, démontre une seule volonté, celle de briser le cessez-le- feu, et de reprendre, d’une manière ou d’une autre, la guerre. Une sorte de guerre en instance permanente comme au Liban ou en Syrie, pays soumis chaque semaine à des bombardements contre de soi-disant menaces constituées par des dépôts d’armes qu’il fallait détruire, faisant à chaque fois de nombreuses victimes civiles innocentes.

Les destructions se poursuivent malgré l’accord de cessez-le-feu.

La ville de Bani Suheila, dans le gouvernorat de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, photographiée le 3 novembre 2025. (MOHAMMED ESLAYEH / ANADOLU / AFP)

L'Unosat a estimé en juillet 2025, que 78% des bâtiments de l'enclave étaient déjà touchés, mais depuis les dégâts se sont aggravés. Les destructions totales ont augmenté de 18% en trois mois. Ce sont les régions de Gaza et Gaza-Nord qui ont subi l'augmentation des dégâts la plus significative depuis la fin du mois de septembre[6].

 

Le directeur de la rédaction du quotidien palestinien Al-Qds a écrit que Netanyahou “renoue avec ses vieilles habitudes et son jeu favori, dominé par son désir de vengeance, en inventant des prétextes pour reprendre la guerre qu’il a accepté d’arrêter conformément aux souhaits” de Donald Trump.

Le prétexte avancé du retard dans la restitution des corps des otages décédés.

On peut comprendre facilement qu’il soit difficile de retrouver les cercueils - s’il y en a - de personnes mortes sous les bombardements dans le chaos auquel a été réduit le territoire de Gaza, où toutes les infrastructures publiques ont été détruites, où les équipements nécessaires manquent pour les récupérer - un défi logistique, qui était connu à la fois d’Israël et des États-Unis avant que le cessez-le-feu ne soit conclu au début du mois. Netanyahou, se sert de ce prétexte pour reprendre les bombardements, rompre la trêve … il a reçu le soutien contradictoire de Trump qui a donné à Israël une couverture politique pour cette attaque, affirmant qu’il avait « le droit de riposter » et avertissant que le Hamas pourrait être « éliminé » s’il ne respectait pas le cessez-le-feu ! Selon l’Associated Press, deux responsables américains anonymes ont indiqué qu’Israël avait informé Washington avant de lancer les dernières frappes sur la bande de Gaza bloquée[7].

Signe de la méfiance du gouvernement israélien : une équipe de secouristes turcs dépêchée pour participer à la recherche de corps, y compris israéliens, dans les ruines de Gaza, attendait toujours le 31 octobre  dernier, le feu vert israélien pour entrer dans le territoire palestinien, selon Ankara[8].

Au 3 novembre, 17 dépouilles d’otages ont été remises à Israël, au fur et à mesure de leurs découvertes, et parfois d’erreurs de corps.

Les exécutions.

La situation, extrêmement volatile, est encore compliquée par les déclarations contradictoires de Donald Trump qui, il y a quelques jours, laissait entendre, dans l’avion qui le ramenait du Proche-Orient, que le Hamas avait reçu le feu vert pour mener des opérations de sécurité interne dans la bande de Gaza, en affirmant que le groupe souhaitait « mettre fin aux problèmes » et que les États-Unis lui avaient « donné [leur] accord pour une certaine période ». Le mouvement palestinien a répondu dans un communiqué que « ce sont les forces d’occupation [israéliennes] qui ont créé, armé et financé des bandes criminelles qui ont commis des meurtres, des enlèvements, des pillages de camions d’aide et des vols contre des civils palestiniens ». Selon lui, « les forces de police à Gaza, avec un large soutien civil et populaire, accomplissent leur devoir national en poursuivant ces bandes et en les tenant responsables selon des mécanismes juridiques clairs, pour protéger les citoyens et préserver les biens publics et privés ». Les pillages ont cessé dès l’annonce de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu avec le déploiement des membres des forces de sécurité du Hamas à travers les rues de l’enclave palestinienne. De violents affrontements ont éclaté entre les miliciens du Hamas et des hommes armés du puissant clan des Doghmosh – 27 personnes sont mortes, huit membres du Hamas et dix-neuf côté Doghmosh. Ces derniers sont notamment accusés d’avoir tué le journaliste Saleh Aljafarawi, dont le corps a été retrouvé le 12 octobre. Il avait 28 ans.

Le Hamas a enjoint aux Palestiniens qui avaient rejoint les gangs de pillards de se signaler, leur promettant l’amnistie, à condition qu’ils n’aient pas de sang sur les mains. La reprise du contrôle sécuritaire a été brutale : le 13 octobre, des vidéos postées sur les réseaux sociaux montraient un groupe d’hommes armés abattre en pleine rue huit Gazaouis, les yeux bandés et les mains liées, devant la foule[9].

La force d’interposition serait composée de troupes venues d’Égypte, du Qatar et de Turquie. Trois pays intéressés par le gaz palestinien… Le Qatar est un gros producteur de gaz naturel, en outre, il accueille la plus importante base militaire états-unienne au Moyen-Orient. Le Caire entretient des relations commerciales liées à la liquéfaction du gaz. La Turquie est un  membre privilégiée de l’Otan, et un maillon essentiel du dispositif puisque les pipelines et les gazoducs devraient passer par là avant de filer vers l’Europe.

Mais une telle éventualité ne plaît qu’à moitié à Tel-Aviv. Son opposition à la présence de troupes étrangères dans la bande de Gaza est claire, qui plus est de pays musulmans. Le premier ministre israélien laisse entendre qu’il s’opposera à toute présence de forces turques à Gaza. Quant à Bezalel Smotrich, il a lâché avec mépris : « Si l’Arabie saoudite nous dit qu’en échange de la normalisation, elle veut un État palestinien, nous dirons : ”Amis, non merci, vous pouvez continuer à vous promener à dos de chameau dans le désert saoudien [10] ».

D’où un regain de tensions que Vance est venu éteindre. À peine arrivé, il a rencontré Steve Witkoff, l’envoyé spécial dans la région, et Jared Kushner, le gendre du président. Le chef des services de renseignement égyptiens, le général de division Hassan Rashad, s’est rendu en Israël, mardi, pour rencontrer Netanyahou, Witkoff et d’autres responsables au sujet de la mise en œuvre du cessez-le-feu.

Lors du précédent cessez-le-feu, en janvier, un accord censé établir une paix durable dans la région prévoyait déjà trois étapes, mais Israël avait violé la trêve. À l’époque, la première étape s’était achevée dans la nuit du 26 au 27 février. Les combats avaient repris le 18 mars 2025, avec des bombardements de l’armée israélienne qui avaient fait au moins 413 morts en quelques heures et empêché la mise en place de la deuxième phase.

La pierre d’achoppement réside dans le point du plan présenté le 29 septembre à la Maison-Blanche, qui établit le désarmement du groupe islamique palestinien comme une condition essentielle. Après s’y être opposé, le Hamas pose maintenant la question du type d’armes et de qui les réceptionnerait. Mais si l’armée israélienne procède à un massacre, comme elle l’a si souvent fait, ce qui sonnerait comme une provocation, il paraît évident que le processus serait totalement interrompu.

Pendant ce temps, le point de passage de Rafah est toujours tenu fermé par Israël. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a indiqué avoir envoyé plus de 530 camions à Gaza au cours des dix derniers jours par deux autres entrées côté israélien. Mais ce chiffre est encore bien inférieur aux 500 à 600 camions entrant quotidiennement avant la guerre.

Colonisation et annexion.

La Knesset a approuvé lors d'un vote préliminaire un projet de loi visant à appliquer la souveraineté israélienne en Judée Samarie[11] (la Cisjordanie) !

Le vote a été adopté par une faible majorité de 25 voix contre 24, après un débat houleux à la Knesset. Le projet de loi appliquant la souveraineté à la colonie Ma'aleh Adumim a été adopté à une nette majorité, tandis que celui relatif à toute la Cisjordanie a été approuvé par une seule voix.

Cela revient à un projet d’annexion et de volonté de poursuivre la colonisation auquel, pourtant, l’allié et souverain Trump, comme le reste du monde, s'est opposé sans équivoque, déclarant dans une interview au magazine Time que cela « n'arrivera pas, car j'ai donné ma parole aux pays arabes ». Il a ajouté qu'Israël « perdrait tout le soutien des États-Unis si cela se produisait ».

« La majorité des organisations internationales considèrent ces colonies comme une violation de l’article 49 de la Quatrième Convention de Genève, qui interdit l’installation de civils sur un territoire conquis.

Israël a affirmé pour sa défense que ses citoyens n’avaient été ni expulsés ni transférés vers les territoires, et que ceux-ci n’étaient pas occupés puisqu’il n’y existait auparavant aucun État souverain reconnu internationalement. En 2024, la Cour internationale de Justice de La Haye a rendu un avis consultatif selon lequel la présence israélienne en Cisjordanie n’était plus temporaire et donc illégale au regard du droit international[12]. »

Selon l’éditorial du journal de gauche israélien Haaretz : « Un vote préliminaire n'implique pas en soi une annexion, même si la Cisjordanie est annexée de facto depuis longtemps. Néanmoins, cette provocation, orchestrée par l'extrême droite radicale, ultranationaliste et fasciste, est extrêmement dangereuse. »

« De plus, le fait de procéder ainsi pendant la visite du vice-président américain J.D. Vance en Israël revient à cracher au visage de l'administration de droite la plus pro-israélienne de l'histoire. Ce n'est pas un hasard si le vice-président a déclaré jeudi que le vote était « une manœuvre politique stupide » et qu'il s'en sentait « insulté », ajoutant qu'Israël n'annexerait pas la Cisjordanie[13] ».

Le gouvernement américain ne permettra pas de mettre en péril leurs intérêts régionaux ou mondiaux, ni de dicter la politique américaine au Moyen-Orient, comme il l’a toujours fait dans l’histoire. En 1948, l'armée israélienne envahit le Sinaï pour encercler les restes de l'armée égyptienne encore présents en Palestine mandataire. Un message fut envoyé de la Maison Blanche à l'ambassadeur des États-Unis en Israël, James McDonald, exigeant qu'Israël cesse ses opérations et se retire du territoire égyptien.

Huit ans plus tard, à la fin de la campagne du Sinaï en 1956, Ben Gourion oublia la leçon. L'armée israélienne s'empara de la péninsule du Sinaï en une semaine, et le Premier ministre s'envola pour Charm el-Cheikh et proclama son annexion au « Troisième Commonwealth d'Israël. Le président américain Dwight Eisenhower était moins enthousiaste et, dans un rare consensus avec les dirigeants de l'Union soviétique, il força Ben Gourion à ordonner un retrait du Sinaï le lendemain, suivi plus tard d'un retrait de la bande de Gaza. ».[14].

Au total, les forces israéliennes ont tué au moins 68 643 Palestiniens depuis le 7 octobre 2023 et en ont blessé plus de 170 000. Selon des données militaires divulguées, la plupart des personnes tuées sont des civils[15].

Dans l’émission “Selon la BBC”, la BBC a analysé 160 cas d'enfants tués par balle par l'armée israélienne à Gaza et a constaté que 95 d'entre eux avaient reçu une balle dans la tête ou à la poitrine. La plupart avaient moins de 12 ans… 

- Un rapport publié par +972 Magazine, son homologue hébraïque Local Call et le Guardian, se basant sur une base de données classifiée des services de renseignement militaire israélien, indiquent que cinq Palestiniens sur six tués par l'armée israélienne sont des civils[16]. Soit 93 % de civils. C'est ce que révèle un rapport de l'organisation indépendante Acled, qui bénéficie du soutien des gouvernements occidentaux et de l'ONU.

En Cisjordanie – Les violences coloniales ont redoublées pendant cette période de récoltes des olives, primordiale pour les paysans palestiniens et l’économie du pays. L'ONU compte déjà plus de 150 attaques de colons[17].

Depuis janvier 2024, l’armée israélienne et les colons ont tué plus de 686 Palestiniens en Cisjordanie et en ont blessé plus de 5 727[18].

Au Liban, Israël accroît la pression militaire sur le Hezbollah

Depuis le jeudi 23 octobre, Tsahal a mené plusieurs raids meurtriers au pays du Cèdre, tuant au moins douze personnes, principalement des membres et des responsables du Hezbollah, le parti chiite pro iranien, mais aussi des civils. Cela porte à douze le nombre de personnes tuées depuis le jeudi 23 octobre, indiquait le 26 octobre le quotidien libanais L’Orient-Le Jour[19]. C’est la paix armée d’Israël dont les forces armées se sont installées dans une demie douzaine de sites du Sud-Liban, tirant aussi à l’occasion sur les Troupes d’observateurs de l’ONU.

Quel avenir ?

Le cessez-le-feu tient, même s’il peut à tout moment basculer (Israël a déjà montré de quoi il est capable en le violant à 80 reprises). Même fragile, ce cessez-le-feu n’est pas anodin pour les Gazaouis car les bombes ne tombent plus de manière indiscriminée. Le cessez-le-feu a permis la libération des otages israéliens qui ont retrouvé leur famille et la restitution des corps des otages morts ainsi que la libération des prisonniers palestiniens, qui sont aussi des otages car pour la plupart emprisonnés sans procès.

Ces relatives bonnes nouvelles doivent beaucoup au rôle joué par la société civile et les opinions publiques mondiales qui ont conduit à l’isolement d’Israël, surtout après l’erreur stratégique du bombardement de Doha (un signe d’aveuglement).

Mais la paix n’est pas encore au rendez-vous, une paix  juste et durable qui ne pourra advenir qu’avec la reconnaissance de la dignité du peuple palestinien, de son droit à l’autodétermination, à la justice et à l’égalité. L’injustice n’a que trop duré, l’inaction qui a assuré l’impunité à l’Etat d’Israël qui n’a cessé de violer le droit international depuis sa création.

Cinq points requièrent une vigilance renforcée.

Le premier est la suite du plan Trump. Le cessez le feu actuel est fragile, tout peut déraper. Ce plan est porteur de risques non négligeables pour les Palestiniens de Gaza, de Cisjordanie et de Jérusalem-Est qui sont complétement oubliés par ce plan. Le droit international est lui aussi menacé, totalement ignoré, laissant s’exprimer la loi du plus fort. D’ailleurs, le récent avis de la CIJ du 22 octobre 2025 qui enjoint Israël à respecter le droit international, de laisser l’aide humanitaire entrer et permettre à l’UNRWA de retrouver sa place centrale dans l’aide apportée (et non plus cette agence GHF au lourd passif), a été jugé encore une fois avec dédain par les autorités Israéliennes, sans aucune réaction internationale. Le droit International doit être respecté.

Le deuxième point vigilance concerne la paix promise par Trump ou d’autres, car de quelle paix parle-t-on ? Le propos de Trump est limpide : la paix par la force et non la paix par le droit. Cela signifie pour lui imposer la paix à ses conditions, sans demander l’avis des populations Palestiniennes, en imposant un comité de paix international dont il serait le chef suprême (avec T. Blair, honni par les Palestiniens) avec le soutien de certains pays qui constitueront la force internationale de supervision, soit une nouvelle forme d’impérialisme facilitant la poursuite de la colonisation, de l’occupation et de l’apartheid, soit un retour à la situation d’avant le 7 octobre, en contrepartie de quelques aides financières conditionnées et d’une reconstruction de Gaza sans aucune précision, ni timing. La paix juste est toute autre chose car elle repose sur la reconnaissance des injustices profondes subies par le Peuple Palestinien et sur le besoin de sécurité de tous les peuples de la région (et non pas d’un seul). La paix sera alors durable si la liberté, l’égalité des droits et des réparations pour toutes les souffrances sont des objectifs affirmés et réels.

Le troisième point de vigilance relève justement du vocabulaire. Les mots qui ont structuré les débats depuis plus de deux ans doivent retrouver leur sens, loin des anathèmes ou injonctions observés. Trois termes parmi d’autres : la résistance palestinienne n’est pas synonyme de terrorisme, elle est le droit du Peuple palestinien soumis, opprimé, colonisé, qui obéit à des contraintes d’usage, mais ne saurait être réduite en permanence à du terrorisme. Le génocide dorénavant connu et documenté n’est en rien le résultat d’une réponse armée sur le fondement du droit à la légitime défense, c’est le fruit de décisions politiques intentionnelles et organisées en vue de l’anéantissement d’un peuple à propos duquel la justice internationale a déjà indiqué en janvier 2024 ce qu’il convenait de faire. Hélas sans suite. Le sionisme enfin, en tant qu’idéologie de l’Etat israélien, est une forme de colonialisme de peuplement, une forme de racisme et de discrimination raciale, comme indiqué dès 1975 par les Nations unies. Ne pas l’admettre ou l’édulcorer sans cesse, conduit au pire.

Le quatrième point de vigilance porte sur l’étouffement organisé du soutien au Peuple palestinien et à la paix, que ce soit sous la forme d’une criminalisation, de l’usage extensif des lois antiterroristes ou de l’accusation d’antisémitisme pour toute critique de la politique de l’Etat d’Israël (rapport FIDH). Cette dérive autoritaire et liberticide en France mais aussi en GB, aux  USA, en Allemagne et en Israël, dans de nombreux domaines dont l’Université, témoigne des dérives illibérales d’autant plus graves qu’elles sont accompagnées par les médias dominants qui atteignent souvent des sommets d’indignité. La complicité des Etats occidentaux, d’Etats arabes de plus en plus serviles, et leur effondrement moral, deviennent une posture politique assumée à peine teintée de réprobations.

Enfin, le cinquième point de vigilance, on le sait car nous sommes instruits par l’histoire, un Etat qui se drape dans son impunité et son soi-disant statut de victime permanente, ne peut respecter le droit international et rendre des comptes que si un vaste mouvement humaniste l’y contraint. Sans sanction, il n’y aura jamais de justice, ni de réparation, il n’y aura jamais de prise en compte de l’effroyable injustice faite au Peuple Palestinien, il n’y aura jamais de Paix juste et durable dans cette zone. Seule la solidarité internationale exprimée par les multiples actions de BDS dans le monde, actions pacifiques légitimes, (des dockers italiens, aux syndicats de l’aéronautique à Roissy, en passant par les flottilles de la liberté ainsi que les multiples actions non médiatisées de Boycott) sera de nature à inverser le rapport de forces. Les tenants de l’ordre israélien le savent bien (Israël a perdu le débat de l’opinion) car précisément ils criminalisent, ils répriment, ils essaient de faire peur[20].

Cependant, sûr d’avoir retrouvé sa popularité, Netanyahou a annoncé sa candidature pour les élections de 2026…

Allain Louis Graux

Le 5 novembre 2025

 

[1] Source : 31.10.2025 France info avec AFP - Israël a rendu à Gaza 30 corps de Palestiniens en échange de deux dépouilles d'otages.

[2] Mediapart - 23 octobre 2025- Gwenaelle Lenoir : Libérés, les otages israéliens commencent à faire savoir ce qu’ils ont subi.

 

 

 

[3] Source : Publié par : The Guardian – Via AFPS octobre 2025.

[4] Source : 29.10 25.- Middle East Eye par Mera Aladam. Via le site AFPS

[5] Source et extraits de « La Tribune des travailleurs » du 29.10.25 »

[6] Source : France Télévisions le 03/11/2025 - Valentin Stoquer : Dans la bande de Gaza, plus de huit bâtiments sur dix ont été endommagés ou détruits par la guerre, selon un centre de l'ONU.

[7] Idem

[8] Source : AFP via Médiapart du 3.11.25.

[9] Source : Mediapart du 21.10.25 - Clothilde Mraffko - À Gaza, le fragile cessez-le-feu ne dessine pas encore la paix.

[10] Source : l’Humanite du 23.1025 - Pierre Barbancey -

[12] Source : Eliav Breuer - HTTPS://WWW.JPOST.COM/ - via liguedefensejuive -22 octobre 2025.

[13] Source – Haaretz 23.10.25 -

[14] Source : Haaretz - Aluf Benn - 12 octobre 2025 : - Trump a ordonné à Netanyahu de mettre fin à la guerre à Gaza. Désormais, l'aide militaire à Israël est sa cible.

[15] Au 2 novembre 2025.

[16] https://www.theguardian.com/world/ng-interactive/2025/aug/21/revealed-israeli-militarys-own-data-indicates-civilian-death-rate-of-83-in-gaza-war.

[17] Source – Courrier International 28.10.25.

[18] Source : 28.10.25 – Lettre d’info Palestine – Plateforme des ONG françaises pour la Palestine.

[19] Source : 27.10.25 – Courrier International - Au Liban, Israël accroît la pression militaire sur le Hezbollah.

[20] Source : inspiré de l’universitaire Raphaël Porteilla, et extraits de son intervention du 25.10.25 à Dijon.

Tag(s) : #ISRAEL, #PAIX, #PALESTINE, #PUBLICATION HISTOIRE
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