Le plan de paix de Donald Trump à Gaza est fragile, parce que le Hamas devrait accepter ce qu'il a toujours considéré comme une "reddition".
Il est difficile d'imaginer le Hamas accepter le plan sans proposer certaines modifications", estime auprès de franceinfo Jean-Paul Chagnollaud, président de l'Institut de recherche et d'études Méditerranée Moyen-Orient (IReMMO). Selon le professeur émérite des universités, "accepter cet accord en rendant les armes et sans retrait de l'armée israélienne", ce qu'a toujours exigé le Hamas, serait pour lui synonyme de "reddition". D’autant plus qu’à peine annoncé comme un accord entre Netanyahou et Trump, qu’avec les pays arabes, des dispositions essentielles de ce plan était déclarées inacceptables par le premier ministre israélien, notamment que les troupes israéliennes resteraient présentes à gaza et qu’il n’y aura jamais d’Etat palestinien ! L'armée israélienne "restera dans la majeure partie de la bande de Gaza", a d'ores et déjà prévenu le Premier ministre israélien dans une vidéo publiée mardi matin sur son compte Telegram et rendant compte de sa visite à Washington.
Les membres du Hamas exclus de la gouvernance temporaire qui serait présidée par les Etats-Unis, pourraient bénéficier d'une amnistie s'ils rendent les armes et acceptent une "coexistence pacifique" avec Israël. Mais avec quelle garantie ?
En outre, Donald Trump menace : il a posé un ultimatum aux dirigeants des milices islamistes de gaza "Nous allons donner environ trois ou quatre jours. Nous verrons bien… Nous n'attendons que le Hamas. Et le Hamas acceptera ou n'acceptera pas. Et s'il n'accepte pas, cela se finira de manière très triste." Il a assuré que le Hamas "expiera en enfer" s'il rejette son plan pour Gaza.
Le mouvement Jihad islamique voit dans ce plan "une recette pour la poursuite de l'agression contre le peuple palestinien" !
Le point numéro 3 du plan prévoit "un retrait en trois étapes " de l'armée israélienne de la bande de Gaza, selon un document de la Maison Blanche transmis à des journalistes. L'Etat hébreu devrait effectuer un premier retrait sous les soixante-douze heures après la libération des otages, avant un second plus prononcé lorsqu’une force de "stabilisation" internationale serait déployée à Gaza : « les Etats-Unis travailleront avec des "partenaires arabes et internationaux pour mettre en place une Force internationale de stabilisation qui doit être immédiatement déployée à Gaza". Mais la composition de cette force n'a pas encore été dévoilée, tout comme ses moyens d'action.
Les forces israéliennes devront effectuer un dernier retrait dans un troisième temps, tout en gardant le contrôle des frontières de l'enclave, dont celle partagée entre le territoire palestinien et l'Egypte.
Ce plan ne dispose d'aucun calendrier, à l'exception des otages", note le président de IReMMO, qui y voit des conditions qui "servent les intérêts israéliens". David Rigoulet-Roze estime que cette absence de calendrier pourrait "complexifier" certaines clauses du plan, tout en jugeant que les "fragilités" de cet accord, "solide et crédible", "ne portent pas sur son fondement, mais sur les modalités de sa mise en œuvre".
De nombreux points restent encore flous
- Qui dirigera la bande de Gaza et comment sera-t-elle sécurisée ? Le gouvernement temporaire prévu par la proposition américaine doit être placé sous la supervision d'un "comité de la paix". Celui-ci serait présidé par Donald Trump lui-même et l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair doit y jouer un rôle !
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À travers le TBI, Tony Blair travaillait donc depuis plus d’un an à la mise au point d’une stratégie pour mettre fin à la guerre et faciliter la reconstruction de Gaza. “Il a remis ses idées à Trump en juillet”, glisse le journal londonien, avant un deuxième passage à Washington à la fin de l’été, en présence de Steve Witkoff, l’envoyé spécial de Trump pour la paix, et de Jared Kushner, gendre du chef de l’État, “qui disposent d’intérêts importants au Moyen-Orient”. “Toutes ces personnes ont pour point commun d’avoir recours à leur vaste réseau pour évoluer dans la zone grise, au carrefour du visible et de l’opaque”, critique l’hebdomadaire The Spectator. L’ex-Premier ministre, en particulier, “sait à quels râteliers manger, ceux des puissants cheikhs et des magnats des hydrocarbures du Golfe”.
N’empêche : les liens tissés par Tony Blair dans la région “ont permis de lui conférer un statut de personne de confiance à la fois pour les États-Unis, l’autorité palestinienne et les riches États du Golfe qui joueront un rôle clé dans la reconstruction”, concède The Times. - Sasha Mitchell dans l’hebdomadaire The New Statesman
L'Autorité palestinienne, devrait se mettre en retrait selon le plan de Donald Trump, mais pourrait jouer un rôle à plus long terme. Quand ? Benyamin Nétanyahou a prévenu qu'elle n'aurait "aucun rôle à jouer" à Gaza si elle n'entamait pas "par une transformation véritable et radicale", sans préciser le programme de réformes attendues.
"Ce plan, que Benyamin Nétanyahou a accepté ( sans véritablement l’accepter !), ne changera pas ses orientations stratégiques, prévient Jean-Paul Chagnollaud. Si le Hamas ne l'accepte pas ou impose trop de conditions, cela va faire son jeu et lui permettre de continuer la guerre."
Ce projet provoque aussi des remous au sein même du gouvernement israélien. Le ministre d'extrême droite Bezalel Smotrich, un partenaire clé de la majorité du Premier ministre, l'a qualifié d'"échec diplomatique retentissant" pour Israël.
Le plan stipule également qu'à terme, "les conditions pourraient enfin être réunies pour ouvrir une voie crédible vers l'autodétermination et la création d'un Etat palestinien". Sur ce point encore, Benyamin Nétanyahou a douché les espoirs, en réponse à la question de savoir s'il avait "accepté un Etat palestinien". "Pas du tout, et ce n'est pas écrit dans l'accord", a lâché le chef du gouvernement israélien, "mais une chose a été clairement dite [au cours des discussions avec Donald Trump] : nous nous opposerons fermement à un Etat palestinien"[1].
Guère rassurant pour les Palestiniens qui sont quasi complètement ignorés dans ce plan dont la presse mainstream se gargarise, pour le faire percevoir quasi génial ! Or, il est très critiqué pour ses imprécisions par beaucoup d’analystes de la question palestinienne.
Hypocrisie des pays arabes, alliés des Etats-Unis, et même de Abou Abbas !
Des réactions enthousiastes. En attendant la réponse du Hamas, huit pays arabes et musulmans, dont l'Egypte, l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, ont salué dans un communiqué commun les "efforts sincères" de Donald Trump pour "mettre fin à la guerre". L'Autorité palestinienne, que le texte américain appelle à se réformer si elle souhaite diriger Gaza, a mis en avant les "efforts sincères et déterminés" de Donald Trump, et dit "accorder sa confiance en sa capacité à trouver un chemin vers la paix".
Tous pressés de se débarrasser du Hamas ?
Mais encore une fois, qu’en est-il de l’avis et du droit du peuple palestinien à l’autodétermination ? De quelles garanties dispose-il alors qu’Israël ne respecte jamais les accords passés, d’Oslo à la rupture du cessez le feu en mars 2025, à la poursuite de la colonisation, sans remise en cause de l’occupation illégale des territoires palestiniens, malgré les résolutions de l’ONU ?
Le Qatar a précisé qu'une réunion était prévue mardi soir avec le mouvement islamiste palestinien pour discuter du plan, en présence de représentants de la Turquie.
Pendant ce temps, les massacres continuent à Gaza…
La défense civile de Gaza et plusieurs hôpitaux du territoire palestinien ont fait état d'au moins 41 personnes tuées par les forces israéliennes à travers la bande de Gaza, mardi 30 septembre. Selon l'organisation de secours opérant sous l'autorité du Hamas, 17 d'entre elles sont mortes près d'un site d'aide dans le centre de l'enclave[2].
Bilan du massacre
Les rapports soulignent que le nombre de personnes tuées et blessées par l'agression israélienne dans la bande de Gaza s'élève à 66 055 depuis le 7 octobre 2023, et à 168 346, au 29 septembre 2025. Au cours des dernières 24 heures, 50 personnes ont été tuées et 184 autres blessées.
Depuis le 18 mars 2025, le nombre de morts et de blessés a atteint 13 187 et 56 305 blessés, et plusieurs victimes se trouvent encore sous les décombres et dans les rues, les ambulances et les équipes de la protection civile n'ayant pas pu accéder aux corps. Victimes qui auraient pu être évitées si Israël avait respecté le cessez le feu.
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