Je vous livre cet article du monde signé de Jean-Pierre Filiu (Professeur des universités à Sciences Po) dont la réputation de spécialiste du Moyen Orient n'est plus à faire.
Cette lecture me laisse pantois., comment peut-on signer ainsi, imposer, ce qui en fait est la disparition d'un peuple, celui millénaire de Palestine? Car ce plan ,c'est ce que cela signifie : LE GENOCIDE DU PEUPLE PALESTINIEN
au nom d'un projet immobilier.... pour le président américain
du sionisme extrémiste et fasciste pour le gouvernement de Benjamin Netanyahou.
Allain Louis Graux
Un si Proche Orient
Le plan américain pour expulser des centaines de milliers de Palestiniens de Gaza
Donald Trump a tenu, mercredi 27 août à la Maison Blanche, une importante réunion sur la situation et l’avenir de la bande de Gaza. Son envoyé spécial pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, était présent, ainsi que son prédécesseur à ce poste, Jared Kushner (également gendre du président des Etats-Unis) et Tony Blair, ancien premier ministre britannique, mais surtout envoyé spécial pour le Moyen-Orient, de 2007 à 2015, d’un quartet mené par les Etats-Unis.
On aurait pu imaginer que la famine qui menace l’enclave palestinienne et l’horreur dans laquelle sont plongés ses habitants soient à l’ordre du jour d’une telle réunion. Cependant, le Washington Post a révélé que les discussions avaient, au contraire, porté sur le projet présidentiel de transformer la bande de Gaza en « Riviera du Moyen-Orient ».
C’est la bien mal nommée « Fondation humanitaire pour Gaza » (GHF), dirigée par un évangélique très proche de la Maison Blanche, qui aurait élaboré un document de 38 pages détaillant les différentes étapes de la mise en œuvre de ce plan.
Une approche immobilière
Un tel plan a beau n’avoir, à ce stade, aucune nature officielle, il mérite d’autant plus l’attention qu’il offre un point de vue privilégié sur le mode de fonctionnement de l’administration Trump, de loin la plus antipalestinienne de l’histoire des Etats-Unis. Ce texte n’offre pas la moindre référence au droit international, de même qu’il ne considère jamais les Palestiniens comme un peuple, se bornant à évoquer les « Gazaouis ».
La logique purement transactionnelle se décline sur le mode du « deal » immobilier, cher à Trump, Witkoff et Kushner, puisqu’il s’agirait de « valoriser », en dix ans, la bande de Gaza jusqu’à 300 milliards de dollars (255 milliards d’euros, au cours actuel), contre une valeur jugée nulle aujourd’hui. On comprend alors mieux l’association de Blair à de telles discussions puisque, pendant huit ans, il avait prétendu que le développement économique des territoires palestiniens était la clé de l’apaisement du conflit israélo-palestinien.
Le projet porte le nom de GREAT (« grand »), pour « Gaza Reconstitution, Economic Acceleration and Transformation (« Reconstitution, accélération économique et transformation de Gaza »). Son ambition affichée est de « transformer » un « affilié de l’Iran en un allié prospère des accords d’Abraham ». L’identité palestinienne de Gaza et de sa population est ainsi évacuée au profit d’une recomposition géopolitique du Moyen-Orient, lancée par Trump en 2020, à la fin de son premier mandat, avec la signature d’accords de paix entre Israël et quatre Etats arabes, au premier rang desquels les Émirats arabes unis.
La Maison Blanche espère tellement associer enfin l’Arabie saoudite à cette dynamique que le projet a déjà prévu que les deux axes routiers traversant la bande de Gaza « transformée » porteraient le nom des dirigeants saoudien et émirati. Quant à la « zone industrielle intelligente » qui borderait la frontière avec Israël, elle porterait le nom d’Elon Musk, tandis qu’une « Trump Riviera » (sic) serait établie le long du littoral et sur le modèle des Palm Islands de Dubaï. De nouvelles villes verraient le jour sur les ruines des actuelles, intégralement numérisées et animées par l’intelligence artificielle.
Une mise sous tutelle
La clé du lancement d’un tel projet est l’actuelle GHF, dont les distributions d’aide, depuis le printemps, ont pourtant été émaillées de tueries répétées, au point d’être qualifiées de « Hunger Games ». La GHF prétend d’ores et déjà exclure les Nations unies et les organisations humanitaires, tout en coordonnant ses opérations avec l’armée israélienne, dont l’actuelle offensive contre la ville de Gaza vise à refouler des centaines de milliers de civils vers le sud de l’enclave et les sites de distribution de la GHF.
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L’objectif est d’instaurer un environnement « libre du Hamas » dans des « zones de transition », où un « transfert volontaire » serait ménagé pour des centaines de milliers de civils. La présentation de GREAT table sur le départ d’un quart de la population de Gaza et, pour tempérer la brutalité d’un tel diktat, affirme qu’une petite partie serait autorisée, si elle le souhaite, à revenir. Toutefois, c’est bel et bien l’expulsion définitive d’environ 400 000 Palestiniens qui est ainsi envisagée, sur les 2,1 millions d’habitants que compte l’enclave.
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La GHF est aussi chargée de « valider » et de former des Gazaouis qui s’occuperont de la future sécurité de l’enclave. L’embryon d’une telle force est aujourd’hui constitué par un gang de pillards palestiniens, soutenus et armés par Israël, mais reniés par leurs propres familles du fait même de cette collaboration. Au bout de six mois à un an, en fonction du degré d’avancement de l’offensive israélienne, un « trust », soit une mise sous tutelle, doublée d’une société fiduciaire, verrait le jour.
La GHF se fondrait dans ce trust, tandis que l’armée israélienne conserverait le droit d’intervenir à tout moment. Ce n’est que dans un deuxième temps que ce trust évoluerait en un gouvernement formel de l’enclave, et ce, durant la « période de transition » nécessaire à l’émergence d’une « entité palestinienne réformée et déradicalisée ». A aucun moment, l’Autorité palestinienne de Ramallah (Cisjordanie) n’est mentionnée. Le plan précise que l’activité de ce trust serait facilitée par la participation de partenaires arabes et serait rendue plus rentable par l’intensification des départs « volontaires ».
Le projet de Donald Trump pour Gaza est un projet de nettoyage ethnique.
Le simple fait qu’un tel document existe et soit discuté en dit long sur le degré de cobelligérance et le sentiment d’impunité qu’ont atteint Israël et les Etats-Unis dans leur guerre contre Gaza. Il révèle aussi, plus généralement, ce que notre monde est en train de devenir après deux années à laisser les femmes, les hommes et les enfants de Gaza abandonnés à une telle horreur.
Jean-Pierre Filiu (Professeur des universités à Sciences Po)
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