3 - La Knesset israélienne a adopté une motion soutenant l'annexion de la Cisjordanie[1].
Voici ce que cela signifie.
La motion de la Knesset soutenant l'annexion de la Cisjordanie signale l'intention d'Israël d'officialiser ce qu'il fait déjà à un rythme accéléré depuis le 7 octobre, à savoir établir un contrôle total sur les terres palestiniennes.
La Knesset israélienne a adopté mercredi une résolution soutenant l'annexion de la Cisjordanie par Israël. La motion, qui a été adoptée par 71 voix sur 170, est une résolution non contraignante qui est davantage considérée comme une « déclaration d'intention » soutenant les actions en cours du gouvernement israélien en faveur de l'annexion. Cependant, le pouvoir exécutif reste entre les mains du gouvernement pour mener à bien l'annexion politique et juridique de la Cisjordanie.
Le vote a eu lieu quelques semaines avant que la Knesset ne parte en vacances d'été et quelques jours avant une conférence internationale à l'ONU pour discuter de la solution à deux États. Il intervient également un an après que la Knesset aie adopté une résolution rejetant la création d'un État palestinien sur le territoire historique de la Palestine.
L'annexion de la Cisjordanie est à l'ordre du jour de la Knesset et du gouvernement israélien depuis des années. En 2015, l'actuel ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a proposé son « plan décisif » pour « mettre fin au conflit » en empêchant une fois pour toutes, la création d'un État palestinien grâce à l'extension de la « souveraineté israélienne » sur la Cisjordanie.
Le plan de Smotrich repose sur l'expansion des colonies illégales israéliennes et de leurs infrastructures afin d'accueillir un million d'Israéliens supplémentaires en Cisjordanie. Il s'appuie également sur des plans israéliens antérieurs visant à contrôler de vastes portions de la Cisjordanie, tels que le plan Allon de 1971, le plan Drobles de 1983 et le plan de séparation de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon de 2002.
Ce « plan décisif » repose sur la même stratégie que tous les précédents plans israéliens de colonisation et d'implantation : l'expansion des colonies dans les zones rurales et non urbanisées, la limitation de la croissance urbaine palestinienne, la ségrégation et l'interruption de la continuité géographique et démographique palestinienne. La vallée du Jourdain occupe une place centrale dans la vision de Smotrich : il souhaite revendiquer l'intégralité du territoire conformément aux délimitations géographiques établies par le plan Allon de 1971 afin de garantir une zone tampon « sécuritaire » entre Israël proprement dit et la frontière avec la Jordanie.
Elle s'appuie également sur un plan élaboré par Netanyahu en 2019, qui proposait d'annexer la vallée du Jourdain, toujours en suivant les délimitations d'Allon.
Tout cela montre clairement une chose : le projet d'annexion de la Cisjordanie n'est pas le fruit d'un seul gouvernement ou d'une seule tendance idéologique dans la politique israélienne, mais le résultat d'une politique de colonisation menée depuis des décennies et défendue sans relâche par différents gouvernements israéliens.
L'annexion est déjà en cours.
Bien que l'annexion n'ait pas encore été inscrite dans la loi israélienne, la politique israélienne sur le terrain a conduit à ce qui équivaut à une annexion de facto de la Cisjordanie. Après le 7 octobre 2023, Israël a accéléré l'expansion de ses colonies en Cisjordanie à un rythme sans précédent, approuvant en juillet 2024 la plus grande appropriation de terres pour la colonisation israélienne depuis trois décennies. Il a ensuite approuvé 22 colonies, dont beaucoup sont nouvelles, tout en légalisant les avant-postes de colons.
La violence des colons israéliens a également explosé, déplaçant des dizaines de communautés rurales palestiniennes et imposant un contrôle israélien de facto sur de grandes parties de la Cisjordanie, en particulier dans les zones stratégiques de la vallée du Jourdain.
Khalil Tafakji, cartographe palestinien et expert en matière de colonies, affirme que « l'annexion est déjà en cours ». « Le vote à la Knesset ne change pas grand-chose sur le terrain », a déclaré M. Tafakji à Mondoweiss. « L'annexion finale sur le terrain n'inclurait pas la population palestinienne, mais un maximum de terres avec un minimum de Palestiniens ». Khalil Tafakji explique que l'annexion israélienne se traduira probablement par l'isolement des principales concentrations démographiques palestiniennes dans les grandes villes de Cisjordanie, les transformant en réserves surpeuplées sans espace pour la croissance ni contiguïté géographique. Le reste des terres palestiniennes en Cisjordanie, telles que les zones rurales et la zone C, qui représente plus de 60 % du territoire, serait pris en charge par Israël. « Cela signifie vider et détruire la campagne palestinienne », déclare Tafakji.
Selon Tafakji, cette politique « est déjà mise en œuvre quotidiennement et à un rythme accéléré ».
« À mon avis, le vote à la Knesset vise à évaluer la réaction internationale, en vue de préparer l'annexion jusqu'à ce qu'elle soit officialisée par le gouvernement israélien », ajoute Tafakji.
Tafakji estime que la Cisjordanie est « au cœur du paradigme idéologique sioniste », qui reste cohérent dans tout le spectre politique israélien. « Cela vaut pour la droite, le centre et la soi-disant gauche », dit-il. « Cela est évident dans le fait que la motion a reçu 71 voix pour, alors que la coalition de droite n'en compte que 61, ce qui signifie que dix voix provenaient des autres partis. »
Jamal Jumaa, coordinateur de la campagne populaire Stop the Wall contre les colonies israéliennes, estime qu'Israël n'a pas besoin de jauger les réactions de la communauté internationale. « Si la communauté internationale tolère la famine massive à Gaza, il n'y a aucune raison de croire qu'elle s'opposerait à un vote d'annexion à la Knesset », déclare Jumaa. « C'est une étape supplémentaire dans la consécration progressive de l'idée d'annexion dans l'esprit des Palestiniens. »
Jumaa explique qu'Israël souhaite l'annexion afin de normaliser la réalité de l'annexion pour les Palestiniens. « Ils veulent que les Palestiniens s'y habituent progressivement, et peut-être instiller le défaitisme et la résignation parmi les Palestiniens en raison de l'absence de réaction internationale. »
« L'annexion est un processus quotidien violent et agressif », ajoute Jumaa. « Elle se déroule sous les yeux du monde entier. Les Palestiniens le savent, mais ils résistent et restent sur leurs terres jusqu'à leur dernier souffle. »
« Les Palestiniens font tout ce qu'ils peuvent, mais c'est au reste du monde de réagir et de prendre une position concrète pour rejeter et mettre fin à l'annexion israélienne », souligne Jumaa.
Ce n’est pas en exerçant des pressions sur les victimes qu’on stoppe un génocide.
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Manifestation d’opposants le 16 août à Tel Aviv. (JACK GUEZ / AFP)
A moins que finalement, les opposants à Netanyahou, la grève générale en Israël, dimanche 17 août, l'appel lancé par le Forum des familles des 49 Israéliens toujours captifs à Gaza, pour protester contre la décision du gouvernement d’étendre la guerre plutôt que de négocier un accord en vue de la libération des derniers otages, ne le contraigne à infléchir sa politique guerrière. Cependant, la Histadrout, le principal syndicat qui rassemble des centaines de milliers de travailleurs, ne participe pas à ce mouvement, à la suite de l’interdiction précédente d’une telle action de grève. Néanmoins, il se propose d’organiser des actions qui se traduiront par une participation massive.
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Manifestation d’opposants le 16 août à Tel Aviv. (JACK GUEZ / AFP)
Il ne faut cependant pas se faire d’illusion :
Selon l'analyse du chercheur indépendant Thomas VESCOVI à propos de la " grève générale " en Israël :
« L’État d’Israël a connu ce que ses organisateurs et les médias ont qualifié de « grève générale pour mettre fin à la guerre ». En réalité, cette mobilisation ne visait pas « la fin de la guerre » au sens large, mais poursuivait un seul objectif : exiger la libération des captifs et protéger la vie des soldats. De plus, loin d’être une véritable grève générale, seules certaines entreprises, institutions et administrations ont permis à leurs employés d’y participer, souvent de manière ponctuelle et désorganisée.
La comparaison avec 2023 est frappante : lors de la contestation contre la réforme judiciaire, et après le limogeage de son ministre de la Défense Yoav Gallant, une véritable grève générale avait paralysé le pays, jusqu’à fermer, pendant quelques heures, le principal aéroport d’Israël. Résultat : Netanyahou avait reculé et Gallant était resté en poste.
Mais la description de l’action comme « grève générale » est loin d’être le seul abus des médias. Ceux-ci n’ont cessé de présenter cette mobilisation comme visant avant tout à mettre fin à la guerre, insinuant que le génocide à Gaza - qu’ils qualifient au mieux de simple « catastrophe humanitaire » - ferait partie des préoccupations des manifestants israéliens. Or, il suffit d’écouter leurs discours, de lire leurs pancartes ou d’entendre leurs slogans pour comprendre que leur unique préoccupation, ce sont les captifs et la vie des soldats.
…
Les sondages publiés par des institutions, organisations et médias israéliens révèlent pourtant la réalité :
- 76,5 % des Juifs israéliens considèrent qu’il ne faut pas prendre en compte la souffrance des Palestiniens dans « la planification de la poursuite des opérations militaires d’Israël dans la bande de Gaza » (Institut israélien de la démocratie, mai 2025).
- Alors que 59 % du public expriment leur soutien à l’initiative incluant notamment « la libération de l’ensemble des otages et l’instauration d’un gouvernement technocratique à Gaza sans implication du Hamas », 64,5 % de la société affirme ne pas être préoccupée par la situation humanitaire à Gaza (INSS, mai 2025).
- 64 % des Israéliens considèrent qu’« il n’y a pas d’innocents à Gaza », dont 67 % des électeurs du centre et 30 % des électeurs de gauche — c’est-à-dire ceux qui participent aux manifestations contre le gouvernement (Accord, juin 2025).
Le cessez le feu à Gaza, la paix juste et durable, la reconnaissance des droits de la nation palestinienne et de l’autodétermination de son peuple, ne peut venir que de de l’extérieur, des instances de la communauté internationale (ONU), sous la pression des peuples et des Etats, pas par un appel à la conscience israélienne ou aux soi-disant modérés.
La simple proclamation de reconnaissance de l’État palestinien, le gouvernement sioniste d’extrême droite israélienne s’en moque
Pour empêcher Israël de poursuivre le génocide à Gaza, la colonisation et l’annexion, une intervention efficace est nécessaire.
Car :
Pendant ce temps à Gaza, l’armée israélienne à commencer d’appliquer le plan :
Un quartier de la ville de Gaza, était soumis à d'intenses bombardements depuis presque une semaine. "Nous estimons que plus de 50 000 personnes restent dans le quartier de Zeitoun, la plupart sans eau ni nourriture", a expliqué Mahmoud Bassal, le porte-parole de la défense civile, à l’AFP, en accusant Israël de "nettoyage ethnique" à Zeitoun et dans le quartier voisin de Tal al-Hawa. "Nos équipes n'ont pas accès aux blessés".
Selon le bilan précédemment communiqué de 36 victimes, 21 Palestiniens ont été tués près de deux centres de distribution d'aide humanitaire dans le sud et le nord du territoire, a-t-il précisé[1].
Encore combien de milliers de palestiniens d’ici l’acte de reconnaissance seront morts de faim ou sous les tirs des snipers, sous les bombardements ?
Il faut des sanctions immédiates contre le gouvernement israélien pour :
- Voir l’aide humanitaire entrer à Gaza,
- Les criminels de guerre traduits devant la Cour pénale internationale,
Il faut montrer à Benjamin Netanyahou que l’impunité, c’est terminé et que l’occupation, la colonisation et l’apartheid doivent prendre fin, comme l’a précisé la Cour internationale de justice le 19 juillet 2024. Un État de Palestine sans que soit réaffirmé le droit au retour des réfugié-es palestinien-nes n’aurait pas de valeur aux yeux des Palestinien-nes.
C’est à ces conditions seulement que nous pourrons, avec les Palestinien-nes, nous réjouir de voir la France et tous ceux qui auront reconnu un État dans lequel le peuple palestinien pourra décider de la manière dont il entend exercer son droit à l’autodétermination sans subir la tutelle de ceux qui prétendent décider de son avenir à sa place.
Allain Louis Graux
Le 18 août 2025
[1] Source : franceinfo avec AFP - France Télévisions - Publié le 16/08/2025 16:51.
[1] Qassam Muaddi, Palestine letter : Our resilience isn’t a choice, Mondoweiss, 2.7.2025,
https://mondoweiss.net/2025/07/palestine-letter-our-resilience-isnt-a-choice/
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