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Témoignage de cette courageuse femme et militante.
Le ministre des affaires étrangères Jean-Noël Barrot a évoqué la « vacuité d’une opération de com » et en particulier les « gesticulations de Madame Hassan ». Comme le premier ministre François Bayrou, il a parlé d’une « instrumentalisation ». Votre réaction ?
C’est une honte. Nous sommes douze citoyens à avoir risqué notre vie dans une action militante qui se voulait symbolique, éminemment politique et qui était une réponse à leur vide politique à eux. Cette action contre le blocus à Gaza, elle existe depuis 2011, elle réunit vingt-deux ONG, elle est soutenue par les rapporteurs spéciaux de l’ONU, sans parler de Greenpeace, d’Amnesty International. Ça dépassait très largement le soutien politique de La France insoumise à la cause palestinienne. J’ai même eu le soutien de Ségolène Royal [sourires]. Donc oui, c’est une honte, parce que cette posture permet de camoufler leur inaction, voire leur complicité.
Emmanuel Macron répète que ce qui se passe à Gaza est « inacceptable ».
Mais tout le monde dit que c’est inacceptable ! La question c’est : qu’est-ce qu’on fait pour mettre un terme à ce blocus ? Ce qui compte, c’est le droit international. La population palestinienne est en droit de recevoir de l’aide humanitaire : ça n’a à aucun moment été rappelé par les autorités françaises. L’interception d’un bateau dans les eaux internationales est une violation du droit international : ça n’a jamais été rappelé par la parole politique de la France. Les eaux territoriales contrôlées par Israël au large de Gaza sont des eaux palestiniennes : là encore, ça n’a jamais été rappelé par la France. C’est parfaitement scandaleux.
A ceux qui doutent de l’utilité et du succès de la flottille pour la liberté :
Le retentissement médiatique autour du navire a relancé la mobilisation, en France, en Europe et dans le monde. Une marche pour Gaza, d’ailleurs réprimée par l’Égypte, s’est élancée du Caire. D’autres manifestations ont eu lieu quasi spontanément, très nombreuses, puissantes, partout en France, en Europe, le monde entier.
Je ne veux pas qu’on fasse de moi une pseudo icône. Je ne suis pas à la hauteur de ça.
Cette France, je la défends à ma manière. On aime ou on n’aime pas, c’est un autre sujet. Avant mon engagement politique à La France insoumise, j’étais invitée sur des plateaux en tant que juriste, c’était plus consensuel. J’ai conscience que l’étiquette de La France insoumise a rajouté une couche : femme, racisée, issue de l’immigration, palestinienne, et en plus La France insoumise. Je ne suis pas dupe. J’ai conscience de tout ce qui se joue.
Mais je ne veux pas qu’on fasse de moi une pseudo icône, parce que je ne suis pas à la hauteur de ça. Je veux garder le droit à l’erreur, mes imperfections, mes coups de gueule, mes fautes politiques et humaines. Je suis très gênée par la glorification des individus. L’admiration, c’est un piège. C’est quelque chose que j’ai subi aussi, je ne l’ai pas particulièrement entretenue.
Je fais ma part. Je ne ferai pas carrière dans la politique. J’ai eu un travail avant, j’ai une vie très lambda, je suis très attachée à cette banalité. Je veux continuer à vivre, à me balader à Paris en écoutant ma musique sans me demander en permanence ce que l’on pense de moi, de ce qu’on a fait de moi. Sans penser à la peur ou à l’admiration que je peux susciter.
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