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Tout n’a pas commencé le 7 octobre 2023, car ce sont des décennies de massacres accumulés, toujours commis par le même bourreau, par ceux qui ont émergé des entrailles de l’Holocauste et ont massacrés, occupés les terres, les villes et les villages de Palestine, contre des crimes dont les Palestiniens sont innocents.

Le 7 octobre est le fruit de nombreuses années de résistance et de résilience face à l’envahisseur.

Un courant humain de centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants  se déplace à nouveau du sud et centre vers le nord de Gaza, ils vont par la route Al Rachid. Cette fois est différente des précédentes, quand ils l’ont fait en supportant les bombardements ou le feu des tireurs israéliens qui "s’amusaient" à viser leurs corps affaiblis par la famine.

Cette rivière coule à travers des sentiers semés d'obstacles avec une telle force qu'elle est capable de percer n'importe quel mur de soutènement. Et de plus, ses protagonistes sont empreints d’une dose indéniable d’optimisme.

Là vont, comme pour un message biblique, femmes, hommes, vieillards et vieilles femmes, garçons et filles. Ils sont là, la plupart montrant aux caméras les deux doigts en V de la Victoire, marchant dans l’espoir que cette opportunité soit définitive, bien que les plus anciens doutent que l’ennemi ne se retournera pas bientôt contre eux et elles, comme cela s’est produit invariablement au cours des 76 dernières années d’occupation.

Ils sont de véritables héros et héroïnes, portant sur leurs épaules, tête et dos le peu qui leur reste après tant de bombardements, qui non seulement ont causé des dizaines ou des centaines de milliers de morts. Ils ont démoli leurs maisons encore et encore, leurs hôpitaux, leurs écoles, leurs mosquées, leurs cimetières, brûler leurs champs. Ils marchent malgré tout et le commentent entre eux pour se donner de la force, avec la joie de "rentrer à la maison", même si cette définition n’est qu’une expression de désir. Il y a peu de logements debout sur tout le territoire gazaoui, puisque près de 90 pour cent ont été touchés par les explosifs des drones, les bombes des avions, le feu des chars ou des navires israéliens. Mais peu importe, "maison" pour les signes millénaires de l’identité palestinienne est, comme pour tout peuple originel, la terre et tout ce qui l’entoure.

Pas à pas, cette gigantesque manifestation de survivants marche comme elle peut, certains aidés par des béquilles qui remplacent la jambe manquante, un autre tient de lourds paquets avec un seul bras, parce que le reste est inutilisable par les brûlures. Ils continuent à avancer à toute vitesse, tirant des petits chariots où ils ont placé le grand-père ou la grand-mère qui ne peut presque pas se déplacer. Ils évitent les décombres, évitent les immenses cratères qui ont ouvert les bombes, se protègent les uns les autres, comme signe de cette solidarité inépuisable démontrée dans tant de journées vécues. Parfois, une famille s’arrête pour répondre aux revendications du plus jeune des deux enfants qui lui restent en vie ("l’aîné, de 11 ans, est mort avec son oncle après un bombardement à Khan Yunis", dit la mère), et après le repos, ils continuent. Un enfant de 5 ans, avec son petit chaton dans les bras, à côté d’une vieille femme qui aide par une canne rudimentaire essaie de ne pas tomber par le poids d’un énorme sac de vêtements qu’elle porte sur son dos. Peu de gens ont le privilège de se déplacer dans des véhicules qu’ils chargent avec des matelas et des couvertures d’eux-mêmes ou d’autres voisins. De temps en temps, des marcheurs se détachent de la foule, qui veulent embrasser ou simplement se croiser les mains avec les miliciens de la Résistance, qui, en uniforme et pointant leurs armes vers le sol, reçoivent les bons vœux de ce peuple reconnaissant pour leur combat.

Soudain, comme si l’on faisait abstraction de la signification aigre-douce que cette mobilisation a, on peut aussi observer des étreintes émouvantes entre ceux qui se découvrent dans la foule et constatent qu’ils "ne sont pas morts" comme tant craignaient. Ils le disent à haute voix, se saluent en répétant leurs noms et font participer d’autres personnes au petit festin. Ce sont des habitants de différentes zones, dont certains étaient familiers et se trouvaient enterrés sous les ruines et décombres.

Ils marchent là, imaginant trouver dans cette sombre fin du tunnel une possibilité de reconstruire la vie.
Des centaines de milliers d’entre eux chantent ou crient parfois les slogans traditionnels de soutien à la Résistance, comme l’a bien montré le jour où les prisonnières ont été libérées. Elles étaient apparues souriantes et en bonne santé, à la différence des milliers de prisonniers palestiniens amaigris, qui ont été battus, affamés, peu soignés, torturés, humiliés, dans les prisons et camps israéliens. Les témoignages sont nombreux dans France Info, Médiapart, Le Monde, Orient XXI, le Guardian, organes d’information que l’on ne peut pas qualifier de complices du terrorisme…

Ces marcheurs sont aussi le meilleur exemple de ce que signifie résister. Ils n’ont jamais pensé à quitter leur terre bien-aimée. Ils ne doutaient pas quand, épuisés de voir tant de morts autour d’eux, de se sauver par miracle en ces jours où leurs tentes improvisées étaient rasées par le feu des bombes au phosphore, les dents serrées, ils continuaient à se battre pour vivre. Ce sont les mêmes qui ont désobéi aux ordres de l’ennemi qui les a poussés à marcher vers l’Égypte ou la Jordanie. Ils ne faiblirent jamais dans leur fierté de se sentir palestiniens et, en rassemblant les quatre choses qui ont été sauvées du feu ou des démolitions, ils se sont déplacés du nord au centre, du centre au sud, et ainsi indéfiniment autant de fois que nécessaire. Ainsi, ils se sont rendus compte jour après jour que la plus grande des victoires consistait précisément à ne pas abandonner le site où leurs ancêtres ont construit, avec la même ténacité et le courage qu’elles et eux mettent maintenant, ce bastion de dignité appelé Gaza. Cela revient à dire Jénine, Naplouse, Hébron, Tulkarem, Jérusalem et toute autre enclave résistante de la Palestine occupée.

Ils sont déjà en train d’arriver, il y a des larmes dans les yeux de beaucoup, et encore ce sentiment ambivalent de tristesse et de joie pour avoir gagné une autre petite grande bataille, celle du Retour.
 

Allain Louis GRAUX

  Le 1 février 2025

Tag(s) : #Actualité politique et sociale, #PAIX, #PALESTINE
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