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Camp d’été !

Le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, a affirmé mercredi 4 septembre la nécessité d’utiliser « toute la force » contre les groupes armés palestiniens en Cisjordanie occupée[1]. L’armée israélienne y mène une vaste opération de « nettoyage » et destruction lancée il y a une semaine, semblable à celles effectuées à Gaza. C’est une intensification à une large échelle de la répression opérée contre les groupes de résistants palestiniens depuis les camps de réfugiés du nord de la Cisjordanie, avec le même but d’élimination du Hamas.

Les incursions israéliennes étaient quotidiennes en Cisjordanie occupée depuis le 7 octobre 2023, début de la guerre à Gaza, mais elles atteignaient rarement une telle ampleur. Depuis septembre 2024, dans le nord de la Cisjordanie, on se croirait à Gaza !

Outre les bombardements, les attaques de drones, des bulldozers sont entrés en action, non pas pour dégager un chemin pour les chars, mais pour creuser les conduites d’eau et les égouts indispensables à la vie[2], avec le risque que dans six mois, la Cisjordanie occupée connaisse des flambées de maladies graves et des épidémies, comme c’est le cas à Gaza. « Israël détruit nos villes, vise intentionnellement nos infrastructures civiles : les réseaux d’eau, d’assainissement, d’électricité, les routes, les places, les maisons, les magasins, le patrimoine. Tous les lieux ciblés n’ont aucun rapport avec d’éventuels groupes armés », s’indigne le maire de Tulkarem, Riyad Awad[3]. L’armée se livre - comme à Gaza – a des crimes de guerre, des assassinats. Ainsi au camp de réfugiés de Far'a, au sud de Tubas, les soldats ont tiré sur un jeune homme, l'ont battu, l'ont traîné avec une excavatrice et ont empêché les ambulanciers de lui prodiguer les premiers soins. Là, ils assassinent cinq jeunes lors d’une attaque de drone et kidnappe 16 Palestiniens après avoir vandalisé leurs maisons et intimidé leurs familles. Ces actes se sont accompagnés d'arrestations arbitraires dans les gouvernorats de Ramallah, Hébron, Naplouse, Jéricho et Jérusalem, avec vandalisassions de leur domicile et d'intimidation de leurs proches au moment de leur interpellation.

A Yamoun, ils ont encerclé le bâtiment de la municipalité, tiré à balles réelles et envoyés des bombes assourdissantes sur le bâtiment alors que les employés et le personnel se trouvaient à l'intérieur, puis les ont arrêtés. En parallèle, des forces spéciales secrètes et des tireurs d'élite ont assiégé des maisons de la rue Naplouse, du quartier d'Al-Marah.

De leur côté, des colons armés protégés par des officiers d'occupation en uniforme ont attaqué plusieurs maisons du village de Bireen, au sud-est d'Hébron. Ils ont vandalisé les maisons, volé de l'argent et d'autres biens.

Depuis le 28 août, jusqu’au 5 septembre, les forces israéliennes ont assassiné 39 Palestiniens, dont 21 à Jénine, 8 à Tulkarem, 7 à Tubas et 3 à Hébron. Le nombre de Palestiniens tués par l’occupation en Cisjordanie depuis le 7 octobre s’élève à 699 à ce jour [4].

6.09.24 - L'armée israélienne se retire de Jénine

"A ce jour, 14 terroristes ont été éliminés, plus de 30 suspects ont été arrêtés" à Jénine, a annoncé l'armée israélienne vendredi 6 septembre, ainsi que son retrait ; un seul soldat de Tsahal est tombé au combat à Jénine, le 31 août[5]. Selon le ministère de la Santé de l'Autorité palestinienne, 36 Palestiniens âgés de 13 à 82 ans ont été tués depuis le 28 août.

Cette opération est un plan gouvernemental, pour annexer furtivement la majeure partie de la Cisjordanie et forcer d’importants transferts de population vers la zone A - la zone théoriquement sous le contrôle de l’Autorité palestinienne (AP) - ou mieux encore, du point de vue d’Israël, vers la Jordanie. En effet, peu après le début de l’offensive de l’armée, le ministre israélien des affaires étrangères, Israël Katz, a appelé à des transferts de population, sous le couvert d’une "évacuation temporaire". "C’est une guerre pour tout et nous devons la gagner", a déclaré M. Katz[6].

Les attaques contre les camps de réfugiés ont un but clinique, procéder à un nettoyage ethnique des camps afin d'effacer les derniers vestiges de la revendication fondamentale du peuple palestinien, son droit au retour.

Ben-Gvir et Smotrich veulent une explosion en Cisjordanie pour, comme à Gaza : détruire les infrastructures, les habitations et forcer les habitants à partir.

L’Autorité palestinienne semble paralysée face à ces attaques. Elle n’a aucune réponse à apporter en dehors de vagues protestations.

Les Palestiniens ne peuvent plus venir travailler en Israël, les écoles sont fermées, l’Autorité palestinienne, en faillite, ne peut plus payer les salaires des enseignants. C’est un climat de tension très dangereux et c’est exactement ce que les extrémistes du gouvernement israélien veulent[7].

 

« Comment les alliés d’Israël peuvent-ils, au bout de onze mois de génocide de notre peuple, continuer à soutenir cet État qui assassine sous leurs yeux même les étrangers ? », demande le maire de Qalqilya, Mustafa Salah[8]. 

 

Le retrait israélien de Jénine et de Tulkarem a lieu alors que les négociations sur un cessez-le-feu à Gaza continuent de piétiner. Le Hamas et le gouvernement israélien se sont mutuellement accusés d’être à l’origine de l’échec de ce énième round de pourparlers indirects.

« Le Hamas ne signera pas un accord qui ne met pas fin à la guerre, et Netanyahou ne l’acceptera pas si cela met fin à la guerre. Tous les autres points sont des détails : prisonniers, redéploiement, couloir de Philadelphie », résume le fondateur et directeur du Centre de recherche et d’information Israël-Palestine (Ipcri) Gershon Baskin[9].

Tant que Netanyahou sera premier ministre, il n’y aura pas de discussion sur un processus de paix et une solution. C’est la seule chose dont les Israéliens ont conscience. Pour le reste, ils ne savent pas ce qui se passe vraiment en Palestine. Ils sont aveugles, ils sont toujours dans le traumatisme du 7 octobre et ils ont peur que cela puisse se reproduire depuis la Cisjordanie. Ils entendent dans les médias israéliens que le terrorisme se développe dans ce territoire palestinien, qu’il y a de plus en plus d’attaques, de plus en plus de cellules terroristes, de plus en plus d’armes en circulation[10]. Les gens vivent dans la crainte, car il y a un retour de l’utilisation de voitures piégées et de kamikazes, ce qui n’était plus le cas depuis la fin de la deuxième Intifada.

La Turquie, cinq pays arabes, dont l’Arabie saoudite, et l’Autorité palestinienne se sont joints à l’Égypte pour rejeter la demande d’Israël de maintenir ses troupes déployées dans le corridor de Philadelphie.

Mais le premier ministre israélien tient tête aux États-Unis et aux diverses pressions, en assénant sur la chaîne Fox : « Aucun accord n’est en cours de négociation. Malheureusement, nous sommes loin d’y parvenir. » Puis il a décliné sa stratégie : « Premièrement, faire sortir les otages (…) Deuxièmement, maintenir les lignes rouges qui sont nécessaires à la sécurité et à la survie d’Israël, et les deux passent par le maintien du couloir de Philadelphie, car cela met le Hamas sous pression, l’empêche de se réarmer et empêche Gaza de redevenir une enclave terroriste iranienne[11] ». Paradoxalement, le Hamas est le principal défenseur des propositions américaines, du plan, annoncé le 31 mai par le président Joe Biden.

 

[1] Source : AFP – 4.09.2024

[2] Source : Middle East Eye

[3] Médiapart : 7/089/2024 Rachida El Azzouzi : Dans le nord de la Cisjordanie, « on se croirait à Gaza »

[4] Sources : TeleSur – JDO – et WAFA - The Cradle.

[5] France info - Publié le 06/09/2024.

[6] Source : 30 août 2024 - Middle East Eye par Lubna Masarwa Attentats en Cisjordanie : pour les dirigeants occidentaux, il n'y a pas de ligne rouge pour le massacre israélien

[7] Source : Pierre Barbancey: l’Humanité - 9.09.2024 - Gaza : « Netanyahou n’acceptera pas un accord si cela met fin à la guerre ».

[8] 7 septembre 2024 - Mediapart - Rachida El Azzouzi : Dans le nord de la Cisjordanie, « on se croirait à Gaza »

[10] Gershon Baskin dans l’Humanité : 9.09.2024 - Gaza : « Netanyahou n’acceptera pas un accord si cela met fin à la guerre ». Fondateur et directeur du Centre de recherche et d’information Israël-Palestine (Ipcri), Gershon Baskin a été l’initiateur et le négociateur de discussions secrètes entre Israël et le Hamas pour la libération, en 2011, de plus de 1 000 prisonniers palestiniens, dont Yahya Sinouar, l’actuel chef du Hamas dans la bande de Gaza, en échange du soldat franco-israélien Gilad Shalit, capturé en 2006.

[11] Source : L’Humanité - 9.09.24- Pierre Barbancey - Gaza : comment Benyamin Netanyahou bloque encore le cessez-le-feu

 

Tag(s) : #ISRAEL, #PAIX, #PALESTINE
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