LA RECONNAISSANCE DE LA PALESTINE COMME ÉTAT A PART ENTIERE
- Ce serait retrouver le chemin du droit international, pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens, sur un pied d’égalité entre partenaires.
- Reconnaître l’État palestinien, c’est aussi reconnaître l’histoire de l’autre peuple, de sa dignité, dans son droit à exister, à s’autodéterminer, à sa sécurité.
Le président français Emmanuel Macron, considère que l’État de Palestine ne verra le jour qu’à l’issue d’un processus de paix.
« Je considère que cette reconnaissance doit arriver à un moment utile, à un moment où elle s’inscrit dans un processus dans lequel les États de la région et Israël se sont engagés, et qui permet, sur la base d’une réforme de l’Autorité palestinienne, de produire un résultat utile. Je ne ferai pas une reconnaissance d’émotion. »
Mais, ce processus avait déjà été engagé en 1993, pour un État indépendant sur une partie de la Cisjordanie et à Gaza. Il devait aboutir à l’issue d’une période de transition de cinq ans, selon les accords d’Oslo. Cela fait donc plus de vingt-cinq ans, depuis 1998, un quart de siècle, que cet État aurait dû exister - et même, depuis 1947, si l’on se réfère au partage de la Palestine mandataire par l’ONU - si Israël et en particulier Netanyahou n’avaient pas interrompu le processus pour ne jamais reconnaître cet État, déclarant constamment son opposition à cette perspective, comme une obsession.
Macron renvoie l’Autorité palestinienne à des « réformes » qu’il juge comme autant de préalables indispensables alors que Gaza est ravagé, la Cisjordanie colonisée et que la politique d’apartheid d’Israël laisse place à un massacre à grande échelle.
Soit une inversion de la chaîne de causes et conséquences : pour qu’un « moment utile » à la paix et à une solution à deux États advienne, il faut en créer les conditions.
La reconnaissance de l’État de Palestine est un acte de poids pour aider à une solution de paix, car si la France reconnaît un État de Palestine, une dizaine d’autres pays de l’UE suivront, car l’UE elle-même est incapable de prendre une telle décision, notamment du fait de l’obstruction de l’Allemagne. La Slovénie est déjà prête à cette reconnaissance, son Conseil des ministres ayant adopté le projet qui sera proposé à son Assemblée nationale.
Le problème, depuis 2000, est qu’il n’y a plus de partenaires israéliens.
Le gouvernement israélien déclarant à l’inverse qu’il n’y aurait pas de partenaires palestiniens.
Sharon puis Netanyahou, ont essayé par tous les moyens de discréditer tout partenaire palestinien susceptible de négocier des accords de paix et une solution, y compris en favorisant le financement du Hamas pour l’opposer à L’OLP et à l’autorité palestinienne. Le Hamas étant classé organisation terroriste, il ne pourrait donc pas y avoir de discussions.
Un rappel historique qui démontre la permanence de la politique de la droite israélienne
Le 24 juin 2002, le Président américain George Walker Bush conditionnait la création d’un État palestinien à la mise en place d’une « direction palestinienne nouvelle et différente ». Il soutenait en fait la volonté de Sharon d’éliminer Yasser Arafat, du moins son autorité, niant sa légitimité de représentant du peuple palestinien. En détruisant toutes les structures étatiques de la Palestine à Ramallah, Sharon voulait détruire toute tentative de créer un État palestinien indépendant. On retrouve la même politique nihiliste chez Netanyahou.
On observe la similitude du discours chez Macron et chez Biden…
Le 19 août 2002, l’accord « Gaza d’abord » est conclu entre l’Autorité et Israël, sur la fin des attentats contre le retrait partiel de l’armée. Il ne sera jamais appliqué.
Le 6 septembre, Sharon dénonce les accords d’Oslo : « C’est la plus grande catastrophe qui soit jamais arrivée à Israël ». L’armée poursuit l’occupation de toutes les villes de Cisjordanie. La stratégie de Sharon : liquider l’Autorité palestinienne en écartant son principal représentant, même s’il a condamné les attentats suicides, alors que les commanditaires, le Hamas et le Djihad ne sont pas mentionnés.
La solution de Sharon : quelques bantoustans palestiniens sans souveraineté, enserrés dans le réseau des colonies juives qui n’ont pas cessé de s’étendre depuis Oslo.
Le transfert des Palestiniens. Depuis sa victoire de 2001, il n’a pas cessé de répéter : « la guerre d’indépendance de 1948 n’est pas achevée ». Comme Israël existe et domine largement ses voisins, cette phrase confirme sa volonté de parachever l’expulsion commencée par la terreur des actes terroristes de l’Irgoun, prolongée pendant la guerre de 48/49, puis à de multiples occasions dans ses divers commandements et responsabilités.
Réservée hier à l’extrême droite, l’idée du transfert a progressé dans une opinion israélienne traumatisée à cette époque par les attentats contre les civils, comme aujourd’hui par l’attaque du 7 octobre 2023. Les colons aidés par l’armée, emploient tous les moyens possibles d’humiliations, de persécutions quotidiennes pour pousser les Palestiniens à partir.
Un conflit régional pourrait créer des conditions favorables à un transfert massif.
L’idée du transfert avait été exprimée par Ben Gourion dès le XXème congrès sioniste du 20 Août 1937.
« La puissance croissante du [peuplement juif de Palestine] accroîtra également notre capacité à mettre à exécution un transfert massif ... se souvenir que cette démarche s’appuie sur une idée humaniste et sioniste importante : transférer une partie d’un peuple dans sa propre patrie et peupler des territoires inhabités [dans les pays arabes[...] »
« On ne peut pas comprendre ce qui s’est passé cette année-là, y compris l’expulsion massive des populations et le refus du retour des réfugiés sans comprendre également la pensée fondamentale des dirigeants du Yishouv où l’idée du transfert occupait une position centrale[1] ».
En 2024, à Gaza, c’est la même politique qui est appliquée par Israël. Et aussi dans les zones de résistance de Cisjordanie, dans les camps de réfugiés.
Le dessein de l’extrême droite israélienne, aujourd’hui au pouvoir, était de pousser les gazaouis vers le Sinaï. Mais la population gazaouie ne veut pas être l’objet de cette nouvelle Nakba, et l’Egypte non plus. Un pas vient d’être franchi avec l’occupation ce jour par les troupes israéliennes du couloir de Philadelphie, zone tampon neutralisée à la frontière égyptienne.
La solution américaine, des « modérés israéliens et des pays arabes ».
Devant l’impossibilité de réaliser son projet d’expulsion, le gouvernement Netanyahou s’orienterait vers la solution préconisée par Ehud Barak[2] le 15 octobre 2023, « le rétablissement de l’Autorité palestinienne à Gaza, une fois que les capacités militaires auront été suffisamment dégradées. Sans toutefois que Mahmoud Abbas soit perçu comme retournant à Gaza à la pointe des baïonnettes israéliennes. « Il faudra donc une période intérimaire pendant laquelle Israël cèdera à la pression internationale et remettra Gaza à une force arabe de maintien de la paix, qui pourrait inclure des participants tels que l’Egypte, le Maroc, et les Emirats Arabes Unis[3] ». Selon le Financial Times, ces trois Etats arabes se seraient montrés ouverts à une telle solution.
Dans ce contexte où Netanyahou sauverait provisoirement sa peau en retournant sa veste, Israël continuerait de contrôler le territoire et son armée la capacité d’intervenir à tout moment comme elle le fait dans la zone A de la Cisjordanie, censée être gérée par l’autorité palestinienne.
Est-ce ce qu’attends Macron avec la mise à l’écart d’Abbou Abbas[4] ? Pour Biden, ce serait l’idéal.
Cependant, cela passe par la reconnaissance de l’Etat palestinien, et pas l’inverse. Et puis on oublie toujours la consultation des représentants du peuple palestinien et ce peuple lui-même… Or, sans l ’approbation populaire, sans justice, il n’y aura pas de paix !
Allain Louis Graux
Le 30 mai 2024
Nota : La plateforme Palestine Today a rapporté que l’Université de Copenhague, au Danemark, avait cessé d’investir dans des entreprises israéliennes…
Des manifestations, à Paris, Lyon, Londres, Berlin, aux Etats-Unis etc…ont lieu chaque jour, de plus en plus intenses, pour exiger le cessez le feu, des accords de paix et la libération des otages et prisonniers, protester contre les massacres de civils.
[1] Benny Morris – historien israélien.
[2] L’ancien premier ministre travailliste (saboteur des négociations de Taba, avec Sharon !
[3] The Economist- Londres – 15.10.2023
[4] Cette mise à l’écart du très vieux leader palestinien et de son pouvoir corrompu, par de nouvelles élections en Palestine seraient effectivement souhaitables.
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