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Je quitte Alye et me rends sur la Paulista, la grande avenue aux belles boutiques, un peu les Champs Élysées de Sao Paulo. Entre les stations Consolaçao et Trianon, des kiosques, stands, étals peuplent les larges trottoirs où les gens déambulent, semblant indifférents au destin de leur pays qui se joue dans les urnes en ce moment. Pas tous. Voici un responsable chaviste qui arbore un polo rouge où figure une référence à Dieu : - Jésus es amor – Vota em Lula - il parcourt l’avenue en compagnie d’une journaliste de la télévision avec son équipe et d’un petit aéropage de militants qui l’entourent. J’échange deux phrases avec lui, en espagnol.

Les couleurs du PT s’affichent, en compagnie des artistes de rue, des marchands de friandises, d’objets divers : bijoux, maroquinerie, artisanat, produits bio, livres d’occasion, etc.

Il me pose une question sur la droite française et Marine Le Pen :

- Ici, on ne présente pas bien la situation française, avec cette progression de l’extrême-droite de Marine Le Pen.

Je lui parle de LFI et de la NUPES, le rassemblement de la gauche française qui espère en la victoire de Lula.

- La NUPES, LFI, personne ne connaît au Brésil, en dehors des responsables et militants informés du PT...

Les vendeurs de produits lulistes ; drapeaux, casquettes, badges, font un tabac, surtout auprès des jeunes gens. Ces supporteurs n’hésitent pas à afficher leur préférence au plein cœur de cette avenue bourgeoise.

Retour Place de la République où je m’assois un moment sur une caisse en bois près du centre d’information touristique, car là je dispose de la WiFI. Je peux voir ce qui se dit dans la presse française, voir s’il y a des résultats. Mais, il est encore trop tôt.

Un SDF, m’interpelle gentiment et poliment, il me montre le sac poubelle en plastique noir pour me demander s’il peut fouiller dedans ou bien s’il est à moi. Suis-je si intégré, par mon modeste habillement qui n’a rien de touristique, que cet homme me prenne pour l’un des leurs ? En tous cas, c’est révélateur du climat qui règne entre ces gens, du respect d’un certain code envers les membres du groupe, des anciens, loin des clichés de violence répandu dans les médias, les couches bourgeoises de la population. Ce n’est sans doute pas toujours comme ça, en particulier avec les gens touchés par la drogue.

 

Je me dirige vers l’immeuble du Novotel, le quartier général de Hadad, le candidat PT au poste de gouverneur de Sao Polo. C’est sur le chemin de mon hôtel. En passant, j’entends des chants, dans une rue adjacente, une terrasse de café est entièrement occupée par des personnes, plutôt jeunes, hommes et femmes, dont on comprend de suite par leurs propos, les drapeaux, casquettes, que se sont des électeurs de Lula. C’est le point de rendez-vous des lulistes, venus ici pour attendre les résultats et fêter la victoire de leur héros. L’ambiance et bruyante et joyeuse, avec des chants, des slogans, de fortes exclamations, les bouteilles de bière s’entassent sur les tables.

Alye m’avait dit que si Lula était élu dès le premier tour, il y aurait de l’ambiance sur la Sao Luis et Consolaçao, à côté de chez moi. Pour l’instant, cela se limite à ce bar.

De l’autre côté de l’avenue, vers le square, c’est une autre ambiance, des couples dînent ou boivent sur les terrasses, à côté, c’est une musique tonitruante, des jeunes gens dansent dans la rue, bavardent par groupe. Pas de drapeaux rouges ici, c’est un lieu de rassemblement de jeunes rockeurs branchés.

Devant le Novotel, un attroupement de journalistes, cameramen de la télévision, photographes. Une femme commente les élections devant une caméra pour je ne sais trop quelle chaîne brésilienne, une autre prépare son enregistrement pour une chaîne de langue espagnole. Il est 18h30, les premiers résultats s’affichent sur une télévision posée sur une table, je regarde :

Lula 47,25 % – Bolsonaro : 44,20 % pour 91 % des résultats.

Ouah ! Surprenant. Ce n’est pas très bon pour Lula. En tous cas il ne sera pas élu au premier tour. Que s’est-il passé ?

Je traîne un moment, regarde la télé pour voir si ça bouge, essaie d’écouter les propos tenus en espagnol. Il y a beaucoup de journalistes des pays d’Amérique du sud présents. Aucun journaliste français. Je suis le seul..

Un groupe de responsables du PT discutent.

Plus loin des militants vêtus de rouge et arborant des drapeaux font du chahut.

Comme rien de nouveau ne se passe, je rentre à l’hôtel pour casser la croûte rapidement en regardant la télé.

Vers 19h 30, des résultats s’affichent : Bolsonaro et Lula cumulent 91 % des votes. C’est un peu mieux pour Lula avec 48,43 % et 43,20 pour Bolsonaro, les suivants sont très loin derrière : Simone Tebet de Centre droit avec 4,16 % et le centre-gauche de Ciro Gomes avec 3,04 %. Tous les autres candidats ne totalisent que 5,58 % des voix.

Le pays est coupé en deux, tant géographiquement que politiquement : Le Nord moins peuplé, agricole et forestier, a voté pour Lula, tandis que le Centre-Sud, plus urbain, industriel et minier a voté pour Bolsonaro.

Je retourne au Novotel devant lequel il ne se passe pas grand-chose.

Soudain, un mouvement de foule, tous se précipitent, l’appareil photo ou la camera brandie. Une voiture sort du garage. Les flashes crépitent, les partisans lulistes hurlent : Lula, Lula ! Était ce lui ?

Tout redevient calme.

Puis à nouveau, tous se précipitent, Des hommes sortent de l’ascenseur. C’est Haddad qui fait une intervention. Il n’est pas en position favorable, dépassé par le candidat bolsonariste, ce qui est une autre surprise.

Il reste néanmoins confiant pour l’élection de Lula au second tour. Que peut-il dire d’autre ?  Difficile d’approcher et je n’entends et ne comprends pas bien la suite de l’intervention.

22h. Les résultats ne bougent plus, je décide de rentrer.

A la télévision, les choses sont entendues, Lula est en tête mais Bolsonaro le talonne et obtient un bon score avec 5 points de retard. Pour le deuxième tour, la bataille s’engage pour le ralliement des autres candidats à l’un ou l’autre camp, notamment des centristes, Ciro à gauche et Tebet à droite. Ce sont près de six millions de voix, plus autant pour les autres candidats. On peut penser que le centre-gauche va s’allier à Lula. Ce qui n’est pas évident car l’inimitié est grande entre les deux hommes. Que fera Tebet ? Traditionnellement au Brésil, les partis centristes se rallient au président élu, mais là, il s’agit de choisir et d’anticiper sur qui sera élu.

C’est d’autant plus important qu’une nette majorité de droite a été élue à la chambre :

99 députés pour le Parti libéral de Bolsonaro, contre 79 à l’alliance de gauche menée par le PT.

Le total de la droite est de 235 sièges contre 124 seulement pour les partis de gauche, et 154 pour les autres partis : verts, autochtones, etc... Au Sénat, c’est l’arrivée d’une vague ultra-conservatrice dont l’ancien juge et ministre Bolsonaro Sergio Moro. Plusieurs anciens ministres du gouvernement ont été élus. La majorité des États ont élu un gouverneur de droite.

Même si Lula est élu, il lui faudra faire des concessions aux petits partis pour obtenir des majorités sur ses projets.

Pour l’instant, il faut obtenir le ralliement du MDB (Mouvement Démocratique Brésilien, issu du PMDB, partis qui ont destitué Dilma Rousseff, exercé le pouvoir en 1974 et sont particulièrement corrompus...) de Tebet et du PDT (Partido Democrático Trabalhista – parti socialiste qui arbore la rose au poing comme le PS  Français) de Ciro.

Simone Tebet est la fille d'un oligarque et grand fermier au Mato Grosso do Sul ; sa famille dont son mari député ont toujours défendu le gouvernement, l'agronégoce et combattu la délimitation de terres indigènes...

La sénatrice Simone Tebet a voté avec le gouvernement militaire de Bolsonaro sur 86 % des propositions qui sont passées au Sénat, et a même soutenu la possession et le port d'armes à feu. Elle n'a stoppé son soutien que lors de l'ouverture de la commission d'enquête sénatoriale (CPI) de la pandémie du Covid, en avril 2021. Simone Tebet est contre l'avortement[1]. Elle se dit aujourd’hui dans l’opposition à Bolsonaro.

Son parti a le plus grand nombre de maires.

Ciro Gomes, candidat pour la quatrième fois, est originaire de l’État du Ceará, l’un des plus pauvres du Brésil, et son fief. Les écoles de cet État sont considérées comme les meilleures institutions d’enseignement dans le pays. Il a été député, maire, gouverneur du Ceara, Ministre de l'Intégration nationale dans un gouvernement de Luiz Inácio Lula da Silva. En 2018, pour le second tour il annonce qu'il ne soutiendra pas Jair Bolsonaro et qu'il combattra « pour la démocratie et contre le fascisme ». Il n'appelle cependant pas clairement à voter pour Fernando Haddad, à qui il apporte un « appui critique ». Sa candidature pour l’élection du 2 octobre 2022 a été un obstacle à la victoire de Lula dès le premier tour ...Ses soutiens l’appelaient à se retirer...

 

 

[1] Source: « PindoramaBahiaflaneur » – Blog Mediapart. 30 août 2022

Après les élections générales, la Chambre basse compte 116 élus évangéliques transpartisans sur 513 sièges, soit plus que depuis la fin de la dictature. Jair Bolsonaro s’est converti en 2016 dans les eaux du Jourdain. Parmi les sectes les plus importantes, l’Assemblée de Dieu, majoritaire, et l’Église universelle (la pire réactionnaire et obscurantiste) ; elles ne représentent que 4 % de la population évangélique, mais sont parvenues à obtenir des élus. Elles nouent des alliances de circonstance avec les catholiques afin de faire reculer les droits des LGBT ou des femmes. En 2018, 70 % de l’électorat évangélique s’est prononcé en faveur de Jair Bolsonaro. L’électeur typique évangéliste serait une femme noire, peu instruite, vivant en milieu urbain avec un bas salaire, et d’un anticommunisme très marqué.

Le pays est majoritairement catholique mais non pratiquant, à la différence du mouvement évangélique, très prosélyte et pratiquant.

Les résultats et les sondages

Les instituts de sondage qui donnaient Bolso entre 31 et 35% se sont plantés ou plus vraisemblablement ont manipulé les évaluations pour provoquer une mobilisation des antis Lula. Lula était donné entre 48 et 50 %, soit un score très proche de son résultat, alors qu’il y a une différence de 8 à 12 points pour Bolsonaro. Il me paraît difficile de croire qu'il s'agit d'une simple erreur....

A la Chaine espagnole TVE, une jeune femme disait :

- Fora Bolsonaro ! (Dehors Bolsonaro !), le répétant plusieurs fois comme une incantation. Lula va gagner, il le faut absolument. Nous devons mobiliser toutes les forces démocratiques, on ne peut pas vivre encore quatre ans avec ce fou qui détruit la solidarité, divise le pays.

Les raisons du vote Bolsonaro

Le climat de corruption qui règne, avec tous les évènements liés au scandale de la compagnie pétrolière Pétrobras ont touché les partis politiques et plus particulièrement le Parti des travailleurs de Lula, même s’il a été victime de fausses accusations et de faux témoignages dont l’objectif était, pour la droite et son extrême, de faire perdre leur crédibilisé aux candidats du PT. Le parti a commencé à être sérieusement atteint dans ses structures militantes par toutes sortes d’accusations et de condamnations qui ont frappé plusieurs cadres très importants. Le PT a amorcé son déclin électoral lors des élections municipales de 2016 au cours desquelles il a perdu bon nombre de bastions.

La force de l’hostilité au Parti des travailleurs qui se manifeste dans de larges couches de la société est sous-estimée, notamment dans le Centre-Sud du pays. Cette hostilité engendrée par la campagne Lava Jato, les médias, les réseaux sociaux, a favorisé un « vote utile » pour Bolsonaro comme l'ont montré ses résultats à São Paulo et Rio de Janeiro, bien plus élevés que ce que les sondages électoraux avaient indiqué.

J’ai pu l’observer parmi des représentants de la bourgeoisie moyenne, dans divers lieux du pays : Salvador de Bahia, Amazonas, Rio, Sao Paulo.

Malgré des décisions juridiques favorables, le discours associant Lula à la corruption reste efficace, sans que le parti parvienne à promouvoir un contre-récit suffisant, certains de ses responsables étant eux-mêmes impliqués.

Le président a réussi à imposer ses thèmes de prédilection comme la défense de la famille et des valeurs traditionnelles, alors que son bilan économique est mauvais et sa gestion de la pandémie désastreuse. Il a réussi à imprimer dans l’opinion publique, l’idée que lui n’est pas corrompu, alors que sa famille est soupçonnée de graves scandales.

En août, en baisse dans les sondages, il a triplé les aides qui ont remplacé la « bolsa familia » sous le nom « d’Auxilio Brasi », alors que la campagne présidentielle officielle venait de commencer. « Jamais auparavant un président n’avait bénéficié d’un tel budget à la veille d’une campagne. Il a pu distribuer 7,9 milliards d’euros en quelques mois aux familles pauvres, et aussi aux camionneurs, aux chauffeurs de taxi, puis à toute la population en obligeant Petrobras à réduire les prix à la pompe et en supprimant des taxes sur l’essence. C’est du jamais-vu », a dit l’économiste Eduardo Costa Pinto, attaché à l’université fédérale de Rio de Janeiro.

Il faut ajouter le « budget secret », dont le montant est évalué à 15 milliards d’euros, distribué dans leur circonscription sans aucune transparence par les députés alliés au président.

Il a usé et abusé des fake news sur les réseaux sociaux, un poison redoutable qui dépeint Lula en Satan, en corrompu et criminel : Lula va fermer les églises, légaliser l’avortement, voler les sociétés publiques et favoriser les groupes qui le soutiennent.

Le second tour

C’est plus une victoire de Bolsonaro qu’une défaite du PT, qui retrouve ses scores d’avant 2018 à la présidentielle », estime Sergio Praca, professeur à la Fondation Getulio Vargas. Lula reste le favori, mais à l’inverse de 2018, qui avait vu l’extrême droite envahir l’espace politique. Reste que le bilan est mauvais pour un président sortant, normalement en position de force. Le désavantage   de six millions de votes de Jair Bolsonaro sera difficile à résorber. D’autant qu’après avoir notamment distribué de nombreuses aides diverses, le président en exercice semble avoir épuisé ses ressources pour séduire de nouveaux électeurs et électrices.

Les ralliements

Simone Tebet a été la première à rejoindre le camp de Lula, suivie par Ciro Gomes un peu plus tard. Ce qui mathématiquement constitue un avantage de 8,5 millions de voix pour Lula, Car Bolsonaro pouvait espérer que Tebet le choisirait. À Teófilo Otoni, Simone Tebet, sa nouvelle alliée conservatrice accompagne Lula pour la première fois.

Les cinq candidats autochtones devraient aussi soutenir Lula qui a promis de créer un ministère des Affaires indigènes. Candidate à la députation, Mme Guajajara assure qu'elle veillera à ce qu'il protège leurs terres. "On veut reconstruire toutes les politiques pro-indigènes que le gouvernement de Bolsonaro a démantelées", a dit cette leader des amérindiens.

Trône aussi à ses côtés Marina Silva, évangélique et ancienne ministre de l’environnement qui était en rupture avec le PT depuis des années. C’est une coalition toujours plus hétéroclite, mais qui espère attirer l’électorat indécis, la classe moyenne de centre-droit et les évangéliques.

Bolsonaro a obtenu le ralliement des gouverneurs des États du sud-est très peuplés, du Minas Gerais, Romeu Zema, et de Claudio Castro à Rio de Janeiro, celui de Rodrigo Garcia, l’actuel gouverneur de Sao Paulo (qui n’a pas été réélu dimanche), ce sont trois grands collèges électoraux qui se rallient à Bolsonaro, en plus de ministres qui ont été élus dont Sergio Moro.

Monica de Bolle, chercheuse au Peterson Institute for International Economics, à Washington n’hésite pas mettre en relation avec sa réélection, un nombre record d’alliés du président au Congrès.

L’arrestation à son domicile de Roberto Jefferson, un ancien député proche de Jair Bolsonaro, pour avoir insulté la juge de la Cour suprême Carmen Lira et désobéi à la justice, a donné lieu à une violence inouïe. Roberto Jefferson a tiré cinquante coups de fusil et lancé trois grenades sur la police venue l’arrêter, blessant deux agents. Le président a aussitôt menti sur ses liens avec celui-ci, tout en envoyant son ministre de la Justice négocier sa reddition…

Vendredi 28 octobre, lors d’un meeting, un soutien de Lula, Zezinho un ancien conseiller municipal du Parti des travailleurs (PT) a été tué par balle à Jandira, une municipalité de la région métropolitaine de Sao Paulo. Il était candidat au poste de député fédéral lors des élections législatives qui se sont tenues le 2 octobre. Il travaillait pour la campagne de Fernando Haddad, qui participera dimanche au second tour du scrutin pour le poste de gouverneur de Sao Paulo.

C’est un nouvel exemple tragique du climat de violence qui règne, alors que la rue semble calme. Cela devrait défavoriser le candidat Président.

Selon les calculs mathématiques Lula devrait logiquement l’emporter ce dimanche 30 octobre, avec ses ralliements, les voix des abstentionnistes. Mais derrière la machine à voter, l’électeur est libre de son choix, sans qu’interfère un quelconque chef de parti.

Les calculs peuvent être trompeurs, car la campagne du néo-fasciste n’a rien d’un jeu démocratique, comme on peut le constater, « ils » sont prêts à tout pour se maintenir au pouvoir, par un climat de haine et de peur, y compris ne pas accepter les résultats des urnes. Pourquoi et qu’a dit Bolsonaro aux commandants des Forces armées qu’il a convoquées pour une réunion à huis clos ? On sait aujourd'hui que deux ans plus tôt l'ancien capitaine avait reçu le feu vert du commandant en chef de l'armée de l'époque, le général Villas Boas, pour briguer la présidence...

Et après,

Pour vaincre le néo-fascisme, le résultat électoral ne suffira pas, il faudra que les gens soient dans la rue, avec Lula, pour transformer sa majorité présidentielle - s’il est élu comme le présagent les sondages avec 53 % des voix - en une vague de soutien populaire pour entraîner des fractions de ceux qui se sont abstenus au premier tour, des électeurs des autres candidats, et convaincre ceux qui sont affectés et menacés par la peur, les rumeurs, les chantages.

Il sera indispensable de réduire la fracture d’une société profondément inégalitaire et divisée, non seulement sur le plan économique et sociale, mais aussi sur le plan idéologique.

Le système politique brésilien est très fragmenté, il ne repose pas sur le bipartisme.

Lula a dû créer une grande coalition qui comprend d'importants secteurs du centre-droit qui s'opposaient à lui auparavant, ses alliés traditionnels du centre-gauche et des mouvements sociaux comme le MST (Mouvement des Sans Terre), pour assurer une victoire convaincante face à la grave menace anti-démocratique du bolsonarisme. Mais les intérêts économiques et sociaux de chaque groupe ne coïncident pas.

Bolsonaro, comme tous les apprentis fascistes a réussi à transcender les divergences de classes dans une fraction de la population, riches comme pauvres, en s’appuyant sur le militarisme, l’anti-intellectualisme, les arguments sécuritaires, la peur, le sentiment de frustration, l’impression d’être laissée pour compte, la perte de foi dans les institutions. Bolsonaro se contente de parler aux convertis. Il a pris le parti de ne pas protéger la population qui succombait massivement pendant la crise du Covid, de nier les événements. Parmi sa base la plus loyale, aucune de ces réalités catastrophiques dont il est responsable n’a eu de prise.

Lula, s’il est élu, ne disposera pas d’une majorité parlementaire, ce sera difficile à gouverner avec une politique très à gauche. Il a déjà connu çà par le passé. Ne faudrait-il pas faire ce qu'avait fait Correa en Équateur : que vayan todos ! Disait-il. Qu'ils s'en aillent tous ! Avant d'être trahi par le vice président Lénine Moreno qui lui a succédé et portait bien mal son prénom ! Il a fini dans les poubelles de l'histoire ce Lénine là, laissant la place à l'ultra libéral Lasso. Dilma Rousseff avait connu le même sort, avec la trahison de son vice-président Temer.

Lula devra aussi faire face aux 6 000 partisans bolsonaristes caractérisés par leur ignorance, leur obscurantisme et leur fanatisme religieux, ceux qui ont des liens avec le crime organisé, les retraités militaires, qui ont été dispersés par Bolsonaro dans l'administration publique...

Les Etats-Unis

Bolsonaro soutenant Trump et réciproquement, Biden ne devrait pas intervenir...

 

Allain Louis Graux

  le 29.10.2022


 

Tag(s) : #AMERIQUE LATINE, #Politique étrangère, #reportages, #international
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