Selon les premiers résultats du compte rapide, le TREP - malgré une interruption comme en 2019- le MAS et ses candidats à la présidentielle sont largement en tête, avec 52, 4 % des voix, 20 points devant le candidat suivant, Carlos Mesa. Le MAS aurait la majorité dans les deux chambres de l'Assemblée législative : 75 sièges de députés sur 130 et 21 de sénateurs sur 36. Il aurait gagné dans cinq des neuf départements du pays[1] : La Paz, Cochabamba, Potosí, Oruro et Pando. Le parti Comunidad Ciudadana de Carlos Mesa serait donné gagnant en Chuquisaca, Beni y Tarija, Luis Fernando Camacho serait en tête à Santa Cruz. rien de surprenant. En ce qui concerne le vote à l'étranger, avec 22,45 % des feuilles de pointage dépouillées par le TSE, le MAS obtiendrait 65,67 % des suffrages.
Le 22 octobre, sur 87 % des voix calculées, avec une participation de 88 %, sur un total de 7 009 128 inscrits, 6 187 633 votes ont été exprimés, dont 5 878 519 sont valables, soit 95 %. Une victoire éclatante du MAS se confirme avec 54,55 % des suffrages. C’est 7 % de plus qu'en 2019, le même résultat que lors de la première élection de Morales en 2005. C’est 25 points sur son concurrent le plus proche, le néolibéral Carlos Mesa, 10 points sur l'ensemble de l'opposition, battant ensemble la droite et l'extrême droite.
LES RESULTATS définitifs habilités par le TSE[2], le 23 octobre.
Participation : 88,42 %
- MAS : 55,11 % (3 394 052)
Selon les données officielles, le MAS disposera de 21 sénateurs, 26 députés plurinominaux, 42 députés uninominaux et 7 députés issus de circonscriptions spéciales, pour diriger l'Assemblée nationale plurinationale avec un banc de 96 parlementaires. Ils seront rejoints par les six députés supra-étatiques.
- Communidad Ciudadana (Mesa - droite) : 28,03 % (1 775 953)
- Creemos (Camacho ext-droite): 14 % (862 186)
- Front Pour la Victoire (Chi Hyun Chung et Leopoldo Chui- ext-droite) : 1,55 % (95 255)
- PAN BOL (Feliciano Mamani : gauche): 0,52 % - Candidature retirée . (31765)
- Libre 21 (Jorge “Tuto” Quiroga – ex MNR) : 0,01 % - Candidature retirée
- Alliance Démocratique Nationale (María de la Cruz Bayá – droite nationaliste) : 0,01 % - Candidature retirée
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Ces résultats ont été obtenus dans les conditions de la dictature de l’extrême-droite au pouvoir, malgré les menaces, les emprisonnements, des massacres, persécutions, exils de nombreux dirigeants du MAS, et sans doute grâce à tout cela et à la haine raciale exprimée par les opposants. Mais aussi par la chute brutale du niveau de vie, le chômage lié à la pandémie du coronavirus Covid 19 et la mauvaise gestion de la crise sanitaire.
L’écart est tellement important entre Arce et ses suivants, même tous réunis, qu’il est devenu impossible, internationalement, de tenter un nouveau coup d’Etat. Ce qui n’exclut pas des tentatives de déstabilisation dans l’avenir.
Cette victoire infirme l’annulation des élections de 2019, dont les accusations de fraude par l’OEA se sont révélées injustifiées. Plusieurs études réalisées par des universitaires renommés ont démontré qu'une telle fraude n'a jamais existé. Le président du Mexique Lopez Obrador, a d’ailleurs demandé la démission de son dirigeant, l’Urugayen Almagro. Maximiliano Reyes, sous-secrétaire du ministère des Affaires étrangères du Mexique, a déclaré à l'Assemblée générale de l'organisation que lors des élections présidentielles de la Bolivie en 2019, le Secrétariat général de l'OEA a « utilisé de manière factuelle à la mission d'observation électorale de dénoncer prématurément une fraude présumée qui n'a jamais existé »... Le Groupe Puebla a exigé avec la même argumentation la démission du personnage. Les manœuvres de l’OEA, avec le ministre Murillo et le gouvernement américain pour s'assurer, par quelque moyen que ce soit, que le MAS ne remporte pas les élections comme le prévoyaient tous les sondages, ont été déjouées par le vote largement populaire en faveur du MAS[3].
Les choix des candidats du MAS, avec Arce dont les succès économiques n’étaient plus à démontrer a permis de récupéré le vote de la classe moyenne qui avait cessé de soutenir le processus de changement. David Choquehuanca en tant que leader indigène a confirmé le soutien des peuples autochtones et des paysans.
Le président du TSE, Salvador Romero, a déclaré que M. Arce et l’Assemblée nouvellement élus prendraient leurs fonctions « dans la première moitié du mois de novembre », c’est-à-dire avant la date habituelle du 20 janvier. La prise de fonction est finalement prévue pour le 8 novembre[4].
Outre la distribution des Bons contre la faim, des actions contre l’effondrement de l’économie, Arce a annoncé qu'il rétablira les relations diplomatiques avec Cuba, le Venezuela et l'Iran. Avec prudence, il ne s’est pas engagé à quitter le « groupe de Lima », estimant que cela devait être évaluée « très calmement[5] ». Une position responsable qui démontre que ses actions, à la différence de celles d’Añez, ne sont pas purement idéologiques. a la différence aussi des dirigeants américains qui menacent déjà le futur gouvernement de sanctions si les relations avec le Venezuela sont rétablies.
Arce estime que l'ancien président Evo Morales, devrait retourner dans son pays pour se défendre dans le processus judiciaire engagé contre lui. « Si le camarade Evo le veut, il viendra ici en Bolivie et se défendra de toutes ces poursuites qui sont intentées contre lui, car elles enfreignent de nombreuses règles.[6] ». Les affaires ouvertes contre Morales "doivent se poursuivre parce que c'est un ressort du corps judiciaire", ajoute -t- il, respectueux de la séparation des pouvoirs. Il a indiqué que certaines enquêtes judiciaires avaient également déjà commencé, qui doivent également suivre leur cours contre les membres du gouvernement de facto.
Cette victoire du peuple bolivien dépasse les frontières nationales et représente un puissant stimulant pour les luttes populaires en Amérique latine et dans le monde. Elle est suivie de celle du peuple chilien en lutte depuis un an contre le gouvernement de la droite libérale extrême du président Piñera. Le référendum pour l’élection d’une Assemblée constituante a été approuvé massivement par 78,27 % des citoyens avec 78,99 % pour l'option « convention constitutionnelle ». Ils vont choisir leurs députés constituants en avril, afin d’en finir avec la constitution du dictateur Pinochet. Depuis octobre 2019, les revendications initiales se sont radicalisées par des mobilisations massives pour éliminer les inégalités dans le pays, protestant contre les politiques néolibérales. Le gouvernement a dû céder, malgré une répression féroce exercée par les Carabineros (police militaire), l’état d'urgence et le couvre-feu imposé dans différentes régions du pays. La Convention constitutionnelle mixte, comportera 86 membres élus par le vote populaire et des parlementaires nommés par le Congrès.
Dans les prochains mois, des élections législatives auront lieu au Venezuela le 6 décembre et des élections présidentielles en Equateur en février 2021.
Quelle sera l’avenir pour la Bolivie et dans le cône sud du continent américain ? Sans oublier la prochaine élection présidentielle des Etats-Unis.
Citons ce proverbe Aymara :
hiph nayr uñtasaw sarnaqaña !
Vivons en regardant le passé pour vivre le présent et projeter l'avenir.
Le 27octobre 2020
Allain Louis Graux
journaliste indépendant
écrivain- voyageur
[1] Source : la TV Unitel.
[2] https://computo.oep.org.bo/
[3] Source : TeleSur - Bolivia: « zambombazo electoral » - 22 octobre 2020 -Ángel Guerra.
[4] Source : ANP - Prensa Latina - Página Siete pour teleSUR – Publié le 27 octobre 2020
[5] Source : https://www.telesurtv.net/news/arce-ratifica-bolivia-restablecera-relaciones-venezuela-20201026-0018.html?utm_source=planisys&utm_medium=NewsletterEspa%C3%B1ol&utm_campaign=NewsletterEspa%C3%B1ol&utm_content=7
[6] Ibid
Le processus Chilien, après le référendum
Il est bourré de pièges, dont ce plébiscite qui a eu lieu, avec deux volets…
Les citoyens ont défait le premier piège votant massivement pour le changement de constitution, et pour une forme dans laquelle il n’y aura pas 50% de députés de l’actuel Congrès.
Tous les “ constituants” seront élus.
Ceci dit, la participation a été à peine de 51%… ce qui montre bien à quel point la population se méfie… (plus grosse participation tout de même, depuis belle lurette)
Les pièges sont les suivants:
a) seuls les partis parasitaires peuvent présenter des candidats a la Constituante.
b) seuls les partis parasitaires ont accès au financement pour faire campagne, ainsi qu’à la TV pour faire de la publicité.
c) l’éventuelle participation de candidats “indépendants” et des “peuples originaires” en tant que tels n’est pas encore résolue par… l’actuel Congrès.
d) l’accord “pour la Paix impose que tous les articles de la nouvelle Constitution soient approuvés par les 2/3 de la Convention Constituante.
Il s’agit d’un processus taillé sur mesure pour éviter de changer quoi que ce soit.
Au dessus de la Souveraineté du peuple se dresse le pouvoir de la croûte politique parasitaire (sans exclure ni le FA ni le PC...)
Alors… il se dresse l’énorme tâche de défaire les pièges, et d’ouvrir la voie à la récupération de la Souveraineté populaire.
Ce ne sera pas facile, cependant l’édifice se lézarde.
Propos rapportés par Allain Graux
de Luis Casado, dirigeant du parti Païs
(le Parti de gauche Chilien)
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