Overblog Tous les blogs Top blogs Photographie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Voici des information à propos du site d'enfouissement des déchets radioactif à Bure (CIGEO) :

Communiqué/entretien du mardi 3 mars 2020 : Cigéo en 2020, toujours des interrogations ?

 

Adepte ou non des bonnes résolutions, une nouvelle année permet
souvent de remettre les compteurs à zéro et de se reposer les bonnes
questions. 2020 sonne à l'oreille comme l'heure des bilans et des
décisions. Doit-on s'attendre à un virage inattendu pour Cigéo ?

La demande d'autorisation de création (DAC) de Cigéo attendue en
2019 n'a toujours pas été déposée ; le scénario initial
prévoyait 2015. Le dernier calendrier présenté par l'Andra à la
réunion sur les avancées de Cigéo au Clis envisagerait une décision
d'autorisation de création aux alentours de 2023-2024.

Ces derniers retards dans le calendrier pourraient-il annoncer 2020
comme l'année des renoncements ? En effet, des paroles se libèrent,
des confidences se murmurent, et toutes ces voix s'additionnent comme
une rumeur sourde qui commence à s'entendre pour qui tend
l'oreille. On la distingue lorsque nous entendons que l'Andra est
bien en peine pour répondre aux éléments soulevés par l'Institut
de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et l'Autorité de
sûreté nucléaire (ASN) au sujet de son dossier d'options de
sûreté de l'été 2017 (revoir nos analyses ici [1] et ici [2]).
L'agence est finalement depuis plusieurs années dans une position
délicate, devant trouver des réponses techniques à des questions
complexes qui sont les conséquences de mauvaises solutions et de choix
politiques.

Pour ôter certaines incertitudes, nous sommes allés retrouver Bertrand
Thuillier, expert indépendant sans qui nous n'en saurions pas tant
sur l'étendue des risques de Cigéo et qui a su décortiquer les
travaux de l'Andra. Voici l'entretien.

CEDRA - Bertrand, fin décembre 2017, nous vous avions interviewé pour
que vous apportiez un peu de lumière sur les derniers avis de l'IRSN,
de l'ASN et de la CNE (à retrouver ici [3]). Vous nous aviez un peu
fichu la frousse : à vous entendre, les risques de Cigéo sont
inévitables ! Est-ce que vous pouvez aujourd'hui nous rassurer un peu
? En deux ans l'Andra a-t-elle su apporter quelques réponses aux
interrogations des gendarmes du nucléaire ?

Bertrand Thuillier – J'aimerais vous dire que oui, mais en toute
honnêteté je ne peux pour l'heure que vous donner mon avis.

L'Andra n'a à ce jour toujours pas déposé sa demande
d'autorisation. Or, c'est dans ce dossier que l'on pourra savoir
comment l'Andra répondra aux exigences formulées par l'IRSN et
l'ASN suite à leurs analyses du dossier d'options de sûreté de
2017. Pour rappel, il ne s'agissait pas de petites améliorations ou
de corrections à apporter, mais bien de changements en profondeur pour
diminuer entre autres la sensibilité de Cigéo à un risque systémique
d'incendie. Pour le comprendre, il faut avoir en tête que ce sont
bien les choix effectués du milieu souterrain, à savoir l'argile, et
de l'architecture du stockage qui ont mis l'Andra dans cette impasse
:

. Comme je vous l'ai déjà dit, les risques sont en premier lieu
liés à la décision même de l'enfouissement dans de l'argile.
S'il y a d'importants risques d'incendies et d'explosions,
c'est bien parce qu'il est tout à fait incohérent d'enfouir des
déchets radioactifs dans une matrice friable et saturée en eau. En
effet, cette concomitance eau et forts rayonnements favorise une
production d'hydrogène en continu, et les structures en acier
indispensables pour soutenir le stockage généreront également de
l'hydrogène par corrosion. La production en masse de ce gaz sera donc
inévitable et constituera alors le premier des facteurs de risques
d'incendies.

. C'est aussi la conception même de Cigéo qui s'avère aussi
responsable d'une augmentation significative des risques
d'incendies. En effet, pour des raisons d'optimisations de coûts et
donc d'une volonté de diminuer le volume de stockage souterrain,
l'Andra a décidé de ne pas doter les colis de protections
radiologiques, entraînant l'inaccessibilité des alvéoles de
stockage, ce qui interdit toute maintenance aisée. C'est par
conséquent un leurre de penser, qu'en cas d'accident, il serait
possible d'intervenir en milieu souterrain pendant la période
d'exploitation. Et même dans le cadre d'un fonctionnement normal du
site, ce sont ces choix de conception qui rendent impossible des
interventions humaines en cas de colis non-conformes, tombés,
descellés, éclatés, voire même en situation d'auto-inflammation,
par exemple.

Enfin, on comprend également qu'en optant pour des alvéoles
irradiantes, les conditions ne sont pas réunies pour assurer une
véritable réversibilité de l'installation. Et il faudrait arrêter
de jouer sur les mots : depuis que nous avons démontré que la
réversibilité était un mensonge, l'Andra nous inonde de nouvelles
formules telles que la flexibilité, l'adaptabilité ou la
progressivité du stockage, mais ce qui intéresse la population et à
juste raison, c'est de savoir si OUI ou NON il serait possible de
récupérer les colis. La réponse est NON.

CEDRA – En étudiant le document présenté par l'Andra au Clis de
Bure le 9 décembre 2019, on a l'impression qu'elle s'est
reconvertie dans l'art plastique quand elle annonce étudier le
polystyrène comme remblai. Mais ne soyons pas mauvaise langue : vous
qui avez étudié le document avec un regard plus avisé, êtes-vous en
mesure de nous dire comment les recherches de l'Andra évoluent ?

Bertrand Thuillier – La lecture de ce document permet de se faire un
premier avis sur la manière dont l'Andra prend en compte les
remarques de l'ASN et de l'IRSN. Plusieurs choses m'interpellent.
Les travaux de l'Andra portent bien maintenant sur les inconnues
majeures que nous relevions, et qui ne sont évidemment pas levées :

- Ce n'est que tardivement que l'Andra a pris conscience de
l'importance des structures pour soutenir le stockage ! Des travaux
sont engagés pour mieux estimer la constructibilité et surtout en
utilisant des matériaux compressibles comme, par exemple, le
polystyrène que vous citiez, mais nous n'avons pas plus
d'éléments.

- Je note également que la question de la production d'hydrogène par
corrosion est bien devenue également un sujet de préoccupation majeur.
On peut ainsi observer que l'Andra est encore en phase de recherche de
matériaux moins sujets à ces phénomènes (aciers spéciaux,
céramique...), mais cela reste encore du domaine de la recherche.

CEDRA – Depuis 2014 pour le chiffrage de Cigéo, un autre point très
important reste l'inventaire des colis à enfouir, celui-ci ne semble
pas avoir bougé, quel est votre avis sur ce sujet ?

Bertrand Thuillier - L'inventaire des déchets destinés à Cigéo me
laisse sceptique car je ne constate pas, en effet, d'évolution :
l'Andra réitère les chiffres connus d'environ 10 000 m3 de déchets
HA-VL et de 73 600 m3 de déchets MA-VL en colis primaires, soit 350 000
m3 en colis conditionnés (Inventaire de référence de 2013). L'Andra
ne semble pas prendre en compte les derniers chiffres de l'IRSN de 2017
avec les 504 000 m3 de déchets MA-VL conditionnés en comprenant les
déchets dits "de réserver" (PGID v.D).

Mais ce sont aussi les quantités considérables de combustibles usés
(68 500 m3), pas encore requalifiés en 'Déchets' qui ne sont pas
pris en compte en inventaire, et pour lesquels la conception même de
Cigéo n'est pas adaptée.

Ce manque de réactualisation de l'inventaire de Cigéo est très
regrettable car le rajout des combustibles usés obligerait par exemple
à : augmenter les diamètres des galeries, revoir les croisements et
les circulations, voire même à dépasser en surface les limites de la
Zira (Zone d'Intérêt pour la Reconnaissance Approfondie)...

En final, quand bien même l'Andra déposera sa demande
d'autorisation de création, cela ne signifiera donc pas que le projet
est finalisé, mais plutôt actera que Cigéo ne répondra pas à ses
objectifs à traiter les déchets générés par le parc
électronucléaire français.

CEDRA – Vous avez parlé de l'inventaire de Cigéo, et à ce sujet
une question nous taraude : depuis des années, il est martelé que les
déchets bitumineux (enrobés de bitumes) qui représentent 18 % des
déchets de MA-VL – c'est à dire une part non négligeable de la
totalité – sont extrêmement inflammables et ne peuvent être enfouis
en l'état. Dans son avis du 11 janvier 2018, l'Autorité de
sûreté nucléaire demandait des études complémentaires de deux types
: évaluer si des évolutions de conception pourrait permettre de les
stocker tout de même dans Cigéo, ou si un traitement préalable
pourrait neutraliser la réactivité de ces déchets (c'est à dire
neutraliser leur inflammabilité avant enfouissement) et serait
techniquement faisable. Elle préconisait la seconde. Or, récemment, la
revue des évaluateurs internationaux sur la gestion des déchets
bitumés (à retrouver ici [4]) recommande finalement d'abandonner
cette option qui n'est pas encore au point à l'échelle
industrielle, et irréaliste avant 2040. En revanche, sur une
potentielle modification de la conception, le groupe de la revue estime
que «_ les études _c_onduites par l'Andra devraient permettre
d'arriver à court terme à une conception dont la sûreté pourrait
être démontrée de façon convaincante. De plus, le coût de cette
solution de stockage direct serait nettement inférieur à une
neutralisation préalable de la réactivité des déchets_. ». Grosso
modo, le groupe de la revue estime que la conception de Cigéo pourrait
être aménageable pour les déchets bitumés malgré leurs
caractéristiques. Nous avons du mal à comprendre : si véritablement
quelques aménagements ici et là étaient suffisants, c'est une
option qui aurait dû être envisagée depuis bien plus longtemps non ?

Bertrand Thuillier – Il faut rappeler, avant tout, de quels déchets
il s'agit. Ils ont été produits à partir de 1966 à Marcoule puis
en 1989 à la Hague. Le choix du bitume avait été fait pour
conditionner des boues provenant du traitement des effluents
radioactifs. S'il présentait l'avantage d'être une solution
moins coûteuse et plus facile à mettre en place que de vitrifier ces
effluents, ou de les enrober dans du ciment, nous le payons très cher
maintenant. Ces déchets sont rendus encore plus dangereux : non
seulement ils produiront eux aussi de l'hydrogène, mais le bitume
étant un matériau également très inflammable, les risques
d'incendies sont accrus. Il faut en effet rappeler que ces fûts
présentent un risque élevé de réactions exothermiques
(auto-inflammation par réaction chimique), et nous pouvons craindre
alors que l'emballement d'un seul colis s'étende aux autres. Un
incendie en milieu souterrain avec ces deux combustibles serait un
phénomène hautement incontrôlable.

Il faut être sérieux et cohérent :

- Si l'IRSN estimait en 2017 que la stratégie de sûreté de
l'Andra vis à vis des risques d'emballement par réactions
exothermiques était fragile, ce n'est pas quelques centimètres de
béton de plus pour les colis de conditionnement qui pourront empêcher
un emballement et la propagation d'un éventuel incendie, c'est
certain. Revoir en profondeur la conception limiterait peut-être un peu
plus le risque sans l'exclure, mais cela demanderait de vraies
investigations (sans doute vers des compartimentages, type parois
coupe-feu), des années de recherches supplémentaires.

- L'ASN est un organisme sérieux, s'il souhaitait privilégier la
neutralisation de la réactivité exothermique des déchets plutôt que
de revoir la conception, c'était bien parce que cette option avait le
mérite de traiter de manière définitive ce type de risque. Mais ce
n'est pas dans cette voie que l'Andra se dirige, au détriment de la
sécurité, et toujours pour des questions d'optimisation de coûts.

CEDRA – Une étude [5] vient d'être publiée dans la revue
américaine '_Nature Materials'_ et met en avant que la corrosion du
verre et de la céramique pour conditionner des déchets nucléaires «
pourrait être accélérée de façon significative » dans certaines
conditions (en fonction de l'environnement et du site de stockage dans
lesquels ils seraient mis). Si nous savions que l'acier finirait par
s'oxyder notamment à cause de la présence de l'eau, il s'avère
que cette corrosion aura des conséquences directes sur le verre et à
terme sur la libération des éléments radioactifs. Pour les
chercheurs, dont certains sont issus du Commissariat à l'énergie
atomique, cette découverte est « inattendue ». Ils précisent que
l'étude se base sur les conditions environnementales du site de Yucca
Mountain dans le Nevada qui avait été envisagé pour stocker en
couches profondes les déchets nucléaires mais que ces résultats «
_ne sont pas directement transposables_ » [à d'autres projets du
même type]. Selon l'Andra, «_ les conclusions sur les comportements
des verres ne peuvent pas être transposée__s__ à Cigéo _». Nous
aimerions bien savoir pourquoi ! À Bure, si les conditions chimiques ne
sont pas absolument les mêmes, il y a tout de même des similarités :
la présence d'eau, les risques de corrosion des colis et des
structures, les colis de déchets HA-VL qui sont aussi vitrifiés et
ensuite enveloppés d'acier... Ces colis pourraient donc se dégrader
plus rapidement que prévu ? C'est une étude dont se serait bien
passée l'Andra, ne pensez-vous pas ?

Bertrand Thuillier – Alors, ce que nous dit cette étude, c'est
essentiellement que les interactions entre l'acier inoxydable, du
verre et de la céramique n'ont pas été suffisamment étudiées, et
leur mise en contact favorise une accélération de la vitesse de
corrosion. C'est bien sûr très intéressant, car ce phénomène
physique s'observerait aussi pour Cigéo. Maintenant, l'Andra se
cachera probablement derrière le fait que l'étude ne divulgue pas
d'éléments chiffrés.

Ce que je peux néanmoins vous dire, c'est qu'avec une corrosion
plus importante que prévue, la production d'hydrogène issue de cette
corrosion sera également plus importante ! Concrètement, cela
aggravera un peu plus les risques d'explosions et d'incendies.

CEDRA – Si nous comprenons bien, rien de nouveau finalement, les
actualités scientifiques et technologiques de Cigéo ne sont pas
bonnes... Nous pourrions résumer en disant que Cigéo prend la
poussière ?

Bertrand Thuillier – Oui, même si ce n'est peut-être pas
l'expression que j'emploierais, je serais plus radical : obsolète,
caduc, seraient plutôt mes qualificatifs. Ce qui est intéressant,
c'est finalement que tout ce nous disons est toujours confirmé,
parfois plusieurs années après. Peut-être finira-t-on par être
écouté lorsque l'on demande l'abandon en faveur de l'entreposage
longue durée sur les sites de production. Ce que je dis là peut
paraître optimiste, je sais bien que la décision d'autoriser Cigéo,
si cela devait être le cas, sera évidemment plus politique que
technique. En toute franchise, ce ne sera probablement pas les failles
techniques de Cigéo qui imposeront un renoncement à
l'enfouissement... mais plutôt l'impasse financière dans laquelle
l'industrie nucléaire se situe maintenant avec des coûts de
production du double des énergies renouvelables, en particulier
vis-à-vis de l'éolien marin.

Links:
------
[1]
https://cedra52.jimdofree.com/2018/02/20/infos-aussi-croustillantes-qu-inqui%C3%A9tantes-issues-du-s%C3%A9minaire-du-13-et-14-d%C3%A9cembre-de-l-irsn-la-confirmation-du-mensonge-originel-de-la-r%C3%A9versibilit%C3%A9/
[2]
https://cedra52.jimdofree.com/2018/03/28/les-incertitudes-non-exhaustives-et-irr%C3%A9m%C3%A9diables-qui-p%C3%A8sent-sur-la-s%C3%BBret%C3%A9-du-stockage-pendant-la-p%C3%A9riode-d-exploitation/
[3]
https://cedra52.jimdofree.com/2017/12/04/les-petits-pas-des-%C3%A9valuateurs-de-cig%C3%A9o-vers-son-%C3%A9chec/
[4]
https://cedra52.jimdofree.com/2020/03/03/o%C3%B9-en-est-cig%C3%A9o-en-2020/
[5]
https://journaldelenergie.com/nucleaire/etude-incertitude-dechets-nucleaires/


J'utilise Lilo, le moteur de recherche qui finance des projets sociaux et environn

Tag(s) : #ENVIRONNEMENT
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :