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Difficile d’écrire sur la Grèce. Depuis la victoire de Syrisa aux élections législatives, il y a 5 mois, tout et son contraire ont été dit, un déferlement d’informations et surtout de désinformation par les grands médias aux ordres de la presse libérale qui reprennent des analyses d’économistes orthodoxes, toujours les mêmes. Aussi, cet article se veut une synthèse, un panorama de ce que je pense de cette question grecque et de l’avenir de l’Europe, en utilisant beaucoup d’analyses parues dans les journaux cités. Je me garderai bien de porter des jugements sur la stratégie d’Alexis Tsipras, mais on peut cependant établir des constats et en tirer des leçons pour l’avenir d’une alternative de La Gauche écologique et sociale à la politique libérale des forces de droite et de la social-démocratie.

La politique européenne de l’Allemagne

Le gouvernement libéral - socialiste de la RFA (CDU+SPD) mène une politique conforme aux intérêts de l’Allemagne. Ce qui paraît logique, c’est le rôle d’un gouvernement de défendre les intérêts de ses citoyens. Dit comme ça, c’est imparable. Sauf que :

- Ce gouvernement défend surtout les intérêts des riches firmes capitalistes du pays ;

- Ce gouvernement défend surtout le montant du taux des fonds de pension des retraités. Ce n’est plus le modèle « bismarckien », né en Prusse, qui est en vigueur, fondé sur les cotisations sociales des employeurs et des salariés comme en France et en Italie, qui domine en Allemagne. C’est de plus en plus un système

par capitalisation comme aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas. La doctrine du néo libéralisme en vigueur est que « l'Etat doit se contenter d'assurer le pain, tandis que les gens se procurent eux-mêmes le beurre », selon la formule d'Arnauld d'Yvoire, secrétaire général de l'Observatoire des retraites à Paris. Le modèle « béveridgien » ( de Grande –Bretagne) offre une retraite minimale financée par l'impôt et proche d'une aumône d'assistance. Chacun complète ensuite comme il l'entend selon une formule privée, par capitalisation. L'Allemagne a élargi le nombre des cotisants obligatoires au régime de base et décidé d'affecter à ce dernier les revenus du nouvel impôt sur l'énergie. Le deuxième pilier de la retraite est partout constitué par des régimes complémentaires financés dans le cadre de l'entreprise. C'est l'introduction d'un troisième pilier, par recours à la capitalisation individuelle, qui se renforce partout. La Banque mondiale favorise ce modèle depuis 1991, dans de nombreux pays, surtout en Amérique latine et dans les pays d'Europe centrale et orientale comme la Hongrie ou la Pologne.

La capitalisation individuelle fait porter l'essentiel du risque à l'épargnant, pour le meilleur ou pour le pire.

Le gouvernement allemand a décidé de transférer à des assurances privées une partie de la retraite publique, en jouant sur des baisses d'impôt. Les salariés ont été incités à y verser 1 % de leur salaire brut et jusqu'à 4 % en 2008, entraînant l'acceptation d'une baisse de leur revenu. En 2002, 3 millions de salariés sur les 35 millions y avaient souscrit. Le gouvernement en avait espéré trois fois plus. Mais pour ceux qui l'ont fait, la part des retraites complémentaires par capitalisation correspondait déjà à 11 % du total des retraites. En janvier 2001, pour les salariés du privé une nouvelle loi a réformé le système de retraite, avec une baisse du taux de remplacement, ramené de 70 % à 64 % du salaire moyen d'ici 2030. Parallèlement, le taux de cotisation à la retraite publique passera de 19 à 22 % d'ici à 2030.

L’âge moyen où on cesse le travail en Allemagne est de 61,6 ans (58,7 en France) pour un âge légal de départ qui est de 65 ans, 67 ans en 2029.

Les réformes pratiquées en Europe ont eu pour effet de diminuer la pension moyenne du système public.

Presque tous les pays européens avaient un système de retraite par répartition obligatoire auquel s'ajoutait un système de retraite par capitalisation, sauf en Grande-Bretagne où le système béveridgien domine. Plus l'un est développé, moins l'autre l'est.

Réformes du marché du travail = inégalités

- La réforme Hartz concernait le marché du travail, mise en œuvre entre 2003 et 2005, sous le mandat du chancelier Gerhard Schröder – déjà un social-démocrate – dont le clou était l’acceptation par les chômeurs des petits boulots à 350 €, puis 400 € (jusqu’à 800 €), les « jobs à 1 euro de l'heure » pour les chômeurs de longue durée.

« Les fameuses réformes Schröder ont fait de notre voisin un pays où désormais la pauvreté et les inégalités sont plus fortes qu’en France. En multipliant les petits boulots précaires hors conventions collectives, elles ont en particulier affaibli la négociation sociale, point fort traditionnel du modèle allemand. L’austérité appliquée aux dépenses publiques n’avait pas empêché la dette allemande d’exploser – Gerhard Schröder lui a ajouté 380 milliards d’euros – à cause de la stagnation qu’elle a provoquée. Mais elle a entraîné aussi une dégradation des infrastructures du fait d’un sous-investissement chronique[1]. ».

Tout n’est pas rose pour tous dans la politique économique et sociale des gouvernements allemands depuis les réformes Hartz.

Des avantages à court terme

L’Allemagne a surtout bénéficié des avantages de court terme de son déclin démographique :

- moins de dépenses pour les jeunes et d’emplois à trouver et pas de bulle immobilière.

- Elle a profité également, lors de sa réunification, de sa spécialisation – ancienne – dans les machines et les grosses berlines quand la demande des pays émergents – en particulier de la Chine – a explosé.

- De la délocalisation de beaucoup d’activités peu rentables chez ses voisins d’Europe centrale et à une orientation des exportations non seulement vers les pays de l’UE mais aussi vers les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) ; ce qui a eu pour conséquence une augmentation rapide des exportations en quelques années. Hors UE, les exportations allemandes ont bondi de près de 7 % en 10 ans, alors que les exportations françaises ont dans le même temps chuté de près de 22 %[2].

Là, pas grand-chose à voir avec les réformes Schröder.

Si ces réformes ont eu à l’époque un impact positif pour l’économie allemande, c’est uniquement parce que notre voisin était le seul à mener une telle politique. Ces politiques de bas prix et de bas salaires, de réduction des dépenses sociales et publiques, pour favoriser la compétitivité des entreprises, s’annulent si elles sont pratiquées par tous. Ça ne marche pas, le taux de chômage explose dans la plupart des pays européens, favorisant le populisme d’extrême-droite qui trouve pratique d’avoir sous la main des migrants pour propager leurs idées xénophobes. La Grèce en est un parfait exemple, mais pas seulement.

SI l’Espagne, le Portugal, résistent mieux à la montée du fascisme que d’autres nations, c’est que ces peuples ont la mémoire récente des régimes franquistes et salazaristes.

Inégalités :

Le coefficient de Gini de l’Allemagne (0,78) est un des plus élevés d’Europe. Ce coefficient est une mesure statistique de l'inégalité des revenus qui varie de 0, quand l'égalité est parfaite, à 1, quand les inégalités sont totales. Le score global de l'Allemagne la place derrière, non seulement les pays nordiques qui occupent les cinq premières places, mais aussi la France (8e) ou le Royaume-Uni (11e).

Les chômeurs ont vu leur patrimoine chuter pratiquement de moitié en une décennie pour atteindre tout juste 18 000 euros. Environ un tiers des Allemands sont endettés et le nombre des surendettés est même croissant.

La fondation Bertelsmann souligne qu’entre 1995 et 2005, la part de ceux qui doivent vivre avec moins de la moitié du revenu médian est passée en Allemagne de 7,1 % à 9,5 %[3]. Le nombre de travailleurs pauvres en Allemagne a augmenté de 50 % entre 2005 et 2010, contre une augmentation de 8 % en France et alors que la République tchèque, voisin immédiat de l'Allemagne, est le seul pays de l'UE avec moins de 10 % de pauvres après transferts sociaux.

L’espérance de vie des Allemands les plus pauvres, c’est-à-dire ceux touchant moins de 75 % du revenu moyen, a diminué de 2 ans (de 77,5 ans à 75,5 ans) entre 2001 et 2010. En ex-RDA, pour la même catégorie de population et pour la même période, cette espérance de vie a diminué de 3,8 ans (de 77,9 ans à 74,1 ans).

Les arrêts maladie, entre 2007 et 2011, dus au stress ont augmenté de 33 % et les ordonnances pour antidépresseurs de 41 %...à cause de l’aggravation de l’intensité des conditions de travail.

Une démographie en berne

Selon l’Office fédéral des statistiques, le pays devrait voir sa population passer de 82 à 65 millions d’habitants d’ici 2060. Rien qu’en 2030, le pays comptera 6 millions de plus de 65 ans. Un pourcentage de retraités plus conséquents…à l’inverse de la France.

Les dettes allemandes

Le gouvernement de Merkel et Wolfgang Schäuble, le ministre des finances, de la CDU, est aussi celui de Sigmar Gabriel du SPD. Tous ont la mémoire courte en matière de dettes. Autant en 1918 qu’en 1945, l’Allemagne n’a jamais payé toutes ses dettes de guerre. En 1951, elles ont même été annulées pour la RFA, afin de se redresser face à l’URSS et …la RDA.

La politique allemande coûte cher à l’Europe

Un exemple[4], celui des industries Bayer et BASF, respectivement numéros 3 et 1 mondiaux de l’industrie chimique. Ce sont leurs usines qui sous la direction de l’IG Farben regroupée par Adolf Hitler, ont créé le camp d’Auschwitz III en 1942, pour y produire une essence synthétique. En 1939, L’ingénieur Gerhard Schrader – pas Schroder ! –invente le gaz Sarin, après avoir réussi la synthèse du Tabun en 1936 et le Soman en 1944, produits utilisés par Saddam Hussein et Bachar el Assad en Syrie, contre leurs populations civiles. On peut y ajouter le Gaucho, particulièrement apprécié par nos abeilles.

Ça c’est pour le passé, pour notre présent, le journal of clinical Endocrinology and Metabolism, révèle sous la plume de Tracey Woodruff, que l’Europe paierait 157 milliards d’Euros par an pour des troubles de santé liés directement aux molécules toxiques de la chimie industrielle. Soit la bonne moitié de la dette grecque…Encore ne s’agit-il que d’une partie réduite des produits chimiques, il y en a des dizaines de milliers d’autres connus pour leurs effets cancérigènes ou mutagènes.

Alors et la dette de la Grèce ?

1-Alors, tout le monde sait qu’elle ne pourra pas être remboursée, encore moins avec les mesures imposées depuis cinq ans qui l’ont fait passer de 148,3 milliards en 2O10, à 180 en 2015 et qui la projetteront à 200 milliards avec l’application des nouvelles. (97 Milliards en 1995, 106,1 en 2007( à égalité avec l’Italie 101, 1 milliards), 112,9 milliards d’Euros en 2008.)

2-Et puis, parce que toute une partie de cette dette est illégitime :

Selon ÉRIC TOUSSAINT, du Comité pour l’abolition de la dette du Tiers-Monde (CADTM): il pourrait y avoir une restructuration de la dette avant 2022. Les créanciers disent « pas avant 2022 » parce qu'ils savent que ce plan ne va pas fonctionner, que le paiement de la dette sera insoutenable. Ils la restructureront, cette dette...[]La dette est un moyen de chantage, un instrument de domination. Fondamentalement, dans le cas grec, ce n'est pas tellement la rentabilité qui compte pour les créanciers, même si elle existe, Ce qui les motive, - c'est de démontrer à leurs propres peuples et à ceux des autres pays périphériques qu'il n'est pas question de dévier du modèle néolibérale. Cette analyse s’appuie sur les premières conclusions de la commission parlementaire d’audit de la dette publique qui a publié le jeudi 18 juin son rapport préliminaire : « Une grande partie de la dette publique grecque est « illégale », « illégitime » et « odieuse ». Eric Toussaint, le coordinateur technique de la commission, affirme, dans la publication de ces conclusions, « Nous avons fourni des arguments solides pour permettre au gouvernement grec de contester légalement le paiement de cette dette »…La commission conclut que la dette publique grecque, en date de juin 2015, est insoutenable, car le pays est actuellement incapable de rembourser ses emprunts sans compromettre gravement sa capacité à remplir ses obligations de base (versement des salaires, des retraites…). Elle considère la dette contractée auprès du FMI comme illégale car les conditions d’attribution des prêts violeraient la Constitution grecque, le droit international coutumier, et les traités auxquels la Grèce est partie.[5] »

On peut ajouter que le remboursement concerne le service des intérêts des institutions financières, permettant aux grandes banques privées, européennes et grecques, de se débarrasser de leurs obligations grecques. Et si cette dette était légale, pourquoi avant de quitter le ministère, Yannis Stournaras, ministre des Finances du gouvernement conservateur d’Antonis Samaras est parti avec toute la documentation et a éliminé de la mémoire des ordinateurs toute une série de traces des négociations…

Une dette légitime permettrait de financer des projets d’intérêt général : les hôpitaux, les établissements scolaires, les infrastructures, les politiques pour une transition écologique, en luttant contre le changement climatique. Or, c’est la politique inverse qui est menée et aboutit néanmoins à l’augmentation du déficit car elle provoque une récession économique par la baisse du pouvoir d’achat, de la consommation, la perte des recettes fiscales régulières qui s’ajoutent aux cadeaux faits aux entreprises, et augmentent donc la dette.

La BCE devrait pouvoir financer les pouvoirs publics si les politiques suivies sont légitimes. Le fait de fournir le monopole du crédit aux banques privées (En France, depuis Giscard en 1974) crée un élément d’illégitimité. Les banques empruntent à 0,05 % et prêtent à des taux supérieurs aux États. Si la BCE prêtait directement aux États, on pourrait avoir une politique de relance économique, une croissance compatible avec l’environnement et génératrice d’emplois décents et utiles.

Les politiques d’austérité ne font qu’aggraver la stagnation, voire la régression économique.

Quelle Europe pour demain ?

Le gouvernement grec, mais aussi les autres chefs d’Etat et de gouvernement, se sont trouvés acculés à subir une surenchère permanente du ministre allemand non pour mettre en place un plan viable de réformes mais pour relancer, à l’occasion de la crise grecque, le projet initial allemand d’un euro construit autour d’un noyau dur de pays, dont la Grèce, mais aussi l’Italie et quelques autres seraient exclus[6].

Déjà en 1995 Théo Waigel, le ministre des finances allemand voulait créer un « Schengen monétaire » autour d’un « noyau dur de pays dont l’Italie ne ferait pas partie ». L’idée de ce pacte était selon les mots du président de la Bundesbank, Hans Tietmeyer, de faire « en même temps (que l’union monétaire) une union politique » entre la France, l’Allemagne et les pays du Benelux, dont les pays du Sud seraient exclus ; soit, l’idée politique d’une Europe restreinte dont l’euro, à l’image de l’ex mark est un pilier.

Si on veut éviter un nouveau scénario grec, il faut certes veiller aux déséquilibres internes entre les pays, comme l’estime François Hollande, mais pour cela il est nécessaire d’établir des convergences dans les domaines économique et social, non par le bas et la compétition entre les Etats, mais par l’établissement d’une Europe sociale qui viserait à un équilibre par le haut basé sur le meilleur et non sur le pire, non sur le moins disant social mais le mieux disant. Je doute fort que ce soit la voie entreprise avec l’exemple grec, un programme qui n’a pour but que de sauver l’Euro et qui aura pour effet d’enfoncer la Grèce dans le marasme, de désespérer les classes populaires, de les éloigner encore davantage d’une UE à laquelle elles ne croient déjà pas beaucoup ! Pourtant, comme la majorité des citoyens européens, elles aimeraient continuer à croire à l’idéal d’une Europe unie, à une fédération ou à une confédération d’Etats où la liberté, l’égalité et la fraternité ne soient pas uniquement des mots sur les frontons des mairies des communes de la République française. Or, nous avons tous constaté que cette Europe n’est pas démocratique mais aux mains de technocrates et de politiciens professionnels au service d’une oligarchie financière dont l’idéologie libérale a pour but le profit, par la compétitivité, la concurrence, le libre-échange, et non la coopération, la protection, le « Bienêtre » et l’émancipation des habitants. Il n’y a aucune compatibilité entre leur vision de la société et celle que nous voulons, pas de compromis possible avec les règles qui se sont accumulées sans légitimité » et qui priment sur le vote. Il ne suffit pas de répéter comme un mantra que l’Europe ce serait la paix et de sauter comme un cabri en hurlant : l’Europe, l’Europe, l’Europe ! en parodiant le Général, pour convaincre les citoyens que ce serait un New-deal qui remplacerait l’idéal socialiste dans le cadre d’une politique écologique respectant l’environnement. La guerre est à nos bordures : en Ukraine, au Moyen- Orient, menace dans les Balkans, la querelle et la dispute sont au sein même de nos frontières avec des sujets comme les migrations et le droit d’asile, et évidemment la solidarité.

Dans les faits, nous constatons qu’au nom de la construction européenne, on devrait accepter de voir régresser la civilisation, régresser les conditions de vie. Pas besoin d’être un fin politique, un journaliste surdoué, pour comprendre, très logiquement, que c’est inacceptable de voir détruire le modèle social avancé, hérité de l’après-guerre, du programme du Conseil National de la Résistance en France, au nom d’une Europe qui n’est plus qu’un césarisme bureaucratique.

Ces Tyrans économiques, bras armé des moyens financiers d’une classe dominante arrogante, sûre de son hégémonie qu’elle croit perpétuelle, ont réalisé un véritable coup d’Etat en Grèce, niant les choix du peuple décidés démocratiquement par le vote tout comme ils l’avaient fait pour la France, l’Irlande, le Danemark.

Le Non grec était une suite logique et de même nature que le Non français au projet de Traité constitutionnel Européen de 2005. Des scrutins démocratiques bafoués par le traité de Lisbonne. En 2005 comme aujourd’hui en Grèce - et sans doute ailleurs – des peuples européens rejettent cette Europe de la dictature financière.

Deux mondes différents s’affrontent, en fait une nouvelle version, à l’échelle européenne, de la lutte des classes.

Stratégie, je citerai JM Harribey :

Sans doute, nous faut-il faire un bilan critique de la stratégie consistant à parier sur la possibilité de tenir deux choses en même temps : rester dans une zone euro, véritable carcan, et engager des négociations avec ceux qui tiennent les deux branches de la tenaille. Sans rapport de force favorable, le pari est impossible à tenir, le gouvernement grec vient d’en faire les frais. C’était bien sûr l’objectif de Berlin et de toutes les capitales européennes : démontrer à tous les peuples qu’il n’y a pas d’alternative et que « rien ne sert de voter, il faut plier en temps ». Mais l’erreur n’incombe pas seulement au gouvernement de Tsipras. Elle incombe aussi, et peut-être surtout, à l’inertie totale des mouvements sociaux européens devant le coup d’État financier qui vient de se produire et qui était assez prévisible.

Se dégager de l’Européisme ?

Une nécessité pour l’Alternative démocratique, écologique et sociale. Mais comment ? Avec quelle stratégie ? C’est la principale question qui est posée au FDG France comme aux autres forces progressistes européennes, d’autant plus que le PCF reste toujours comme un satellite du PS, préférant la certitude d’avoir des élus qui financent sa trésorerie, plutôt qu’une politique audacieuse d’indépendance et de fusion sincère avec les forces de la gauche radicale et citoyenne. Les dirigeants du PCF n’ont toujours pas rompu avec la conception du parti avant tout comme s’il était toujours révolutionnaire et d’avant-garde. Ils ont perdu de ce fait toute crédibilité vis-à-vis des électeurs de la gauche de transformation sociale et écologique comme des classes populaires qui ne le comprennent plus. Le PCF n’est plus qu’une pastille autobloquante qui a favorisé l’hémorragie au sein du FDG. Il est nécessaire de détacher le maximum de militants et d’électeurs Verts de l’idolâtrie européenne qui les ont conduit en majorité à approuver le TCE rejeté par la France, les Pays-Bas en 2005, ont contribué à la signature du traité de Lisbonne en 2008, Il ne doit plus être trop difficile de les convaincre que l’Europe sociale toujours promise, à chaque scrutin européen, et jamais réalisée, n’est plus un objectif accessible dans le cadre actuel. Par quel miracle y parviendrait-on avec un parlement de droite et des gouvernements libéraux, aux ordres de l’ordocratie libérale ?

Si on n’y parvient pas, ici ou là, particulièrement au Sud de l’Europe, mais aussi pour l’ensemble des gauches européennes dites radicales, ce sont les raisonnements simplistes des souverainistes des droites extrémis qui l’emporteront, se présentant comme la seule alternative ou en alliance avec la droite conservatrice toujours prête au pire, qui s’est illustrée dans le passé par la formule : « plutôt Hitler que le Front populaire ». C’est un peu là-dessus que compte Hollande pour se replacer dans la course au titre présidentiel de 2017, le rempart contre l’extrême-droite comme l’avait été Chirac en son temps. C’est dans ce piège que sont prêts à tomber le PCF et nombre d’EELV. Hollande se présente comme l’ami de Tsipras alors qu’il l’a encouragé à signer un humiliant accord avec les pays de la Zone Euro dont il faut rappeler que cette instance n’existe pas dans les instances de l’UE. Qui peut croire aux « promesses de gascon »de Hollande, lui qui a trahi toutes celles qu’il avait faites pour être élu en 2012 ? Pour cela il faudrait qu’il change de politique, passe un compromis, non avec Merkel, mais avec le FDG …Ce serait illusoire de croire cela possible.

Réformer l’UE ou en sortir ?

Seraient-ce les seuls termes de l’alternative possible ? Le problème du pari de Tsipras et de la Grèce, c’est qu’il est seul, un tout petit pays face aux géants économiques et politiques au pouvoir au sein de l’UE. Ne serait-ce pas différent avec la France, surtout si elle est alliée à Podemos qui peut accéder au pouvoir en Espagne, avec une Italie frémissante, et qui sait, d’autres comme le Portugal, l’Irlande ?

La question ne serait pas d’engager des négociations dans une position d’infériorité comme l’est la Grèce, mais de taper du poing sur la table comme le faisait naguère Miss Thatcher avec une réussite certaine. Il s’agit de dénoncer et refuser les points qui l’avaient été lors du référendum de 2005, et au-delà pour appliquer la politique alternative qui aurait été votée par les peuples au sein des Etats nationaux avec pour objective une convergence positive et non une compétition austéritaire.

L’un des problèmes de Syrisa, sans doute, c’est qu’il n’avait pas préparé de solution de rechange à l’échec des négociations avec l’Eurozone, un plan B pour sortir de cette zone, en cas où. Il a voulu respecter le souhait des Grecs d’y rester à tout prix. Cependant présenter clairement, une sortie éventuelle, pour la France, non pour mimer le FN, mais pour être prêt à toute échéance, peut-être facilement compréhensible et admise par des électeurs qui ont été capables de voter Non au TCE, après avoir reçu les informations d’une formidable campagne d’éducation populaire des collectifs, lancée par « Pour moi c’est Non » de Jean Luc Mélenchon, encore membre du PS, qui lança à cette occasion l’Associations PRS, ancêtre du futur Parti de gauche et plus tard inventeur du Front de Gauche avec Marie Georges Buffet du PCF.

Ce serait se différencier du FN et des souverainistes, actuellement justement en recul, en posant clairement le choix aux Français :

- Désobéir aux diktats européens.

- Rester si ça marche, avec des engagements précis et sûrs, pour une sortie de l’austérité.

- Ou partir, quitter la zone euro.

La sortie de la France de l’Euro marquerait la fin de l’UE telle que nous la connaissons, car il n’y a pas d’UE sans la France.

Cela nécessitera l’instauration d’une monnaie commune et le retour aux monnaies nationales pour ceux qui auront choisi cette voie, dégageant des marges monétaires de manœuvre.

C’est ce qu’a proposé la majorité des délégués du Parti de gauche lors de son dernier Congrès, non pas proposer la sortie de l’Euro comme un but en soi, de façon démagogique comme le FN, mais comme une éventualité à laquelle il faut se préparer.

C’est aussi ce que proposait Jean Marie Harribey :

- récupérer la maîtrise de sa banque centrale, émettre des bons publics pouvant servir dans les paiements quotidiens et renforcer le contrôle des capitaux ; (Pour la Grèce mais ça vaut pour la France).

- poursuivre une réforme fiscale de grande ampleur et juste. Pas comme ce que fait ou n’a pas fait Hollande !

- Le plus rapidement possible, les citoyens engagés dans les pays européens contre les diktats néolibéraux, c’est-à-dire nous dans les associations, syndicats ou partis, il faut que nous fassions un bilan critique de la difficulté à tenir la ligne de crête qu’ont dû lâcher nos amis grecs…[]

- Proposer que la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, au moins, accompagnent la sortie de la Grèce d’une sortie collective pour jeter immédiatement les bases d’une autre forme de coopération économique et monétaire, d’une maîtrise des banques centrales, d’une convergence fiscale à commencer par celle qui concerne les bénéfices des entreprises et de la création d’un fonds d’investissement pour la transition écologique et la réhabilitation des services publics et sociaux. Alors la question de l’euro en elle-même deviendrait presque secondaire (je veux dire la couleur des billets circulant), si la finance était enfin arraisonnée (pas raisonnée car c’est impossible), c’est-à-dire mise hors d’état de nuire.

N’oublions pas que si Tsipras vient de perdre une bataille stratégique en juillet, parce qu’il n’avait pas de plan alternatif au fait que sortir de l’euro en janvier aurait été suicidaire au vu de l’état de l’économie grecque, c’est aussi à cause de notre propre vacuité stratégique.

Allain Graux

Le 25 Juillet 2015

SOURCES

- (http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/06/18/un-rapport-parlementaire-qualifie-la-dette-grecque-d-illegale-et-illegitime_4656831_3234.html#T1UVTv5VJ5QFUQV8.99- alternatives économiques

- L’Humanité

- Politis

- A gauche

- Charlie Hebdo

- Jean Marie Harribey - chroniqueur à Politis. Il anime le Conseil scientifique d'Attac France, association qu'il a co-présidée de 2006 à 2009, il a co-présidé les Économistes atterrés de 2011 à 2014 et il est membre de la Fondation Copernic.

Pour Alternatives Economiques : « 1938, Munich – 2015, Berlin » (posté le Mardi 14 juillet 2015 dans la catégorie Non classé)

[1] - Guillaume Duval Article Web - 27 novembre 2014 – Alternatives économiques

[2] L’Allemagne : un pays où les pauvres meurent de plus en plus jeunes Par Antoine Lanthony - Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 2 mai 2012, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1484)

[3] Source La Tribune – 4/01/2011

[4] - Que l’on pourra trouver dans Charlie Hebdo N° 1199 du 11 juillet 2015 :

[5] En savoir plus : http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/06/18/un-rapport-parlementaire-qualifie-la-dette-grecque-d-illegale-et-illegitime_4656831_3234.html#T1UVTv5VJ5QFUQV8.99

[6] http://www.alterecoplus.fr/europe/ambiguites-allemandes-201507201448-00001843.html

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