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L’INSECURITE

L’Observatoire Vénézuélien de la Violence (OVV) décrit un scénario alarmant. De 1999 à 2011, le nombre de victimes d’assassinats serait passé de 6000 à 19 300. De fait, le Venezuela est l’un des pays les plus violents au monde selon les chiffres du gouvernement et de l’Office des Nations-Unies contre la Drogue et le Crime (UNODC). « Parmi les dix pays avec les taux d’homicides les plus élevés, on constate que huit sont latino-américains. Le Venezuela figure en cinquième position…» a admis Chávez au mois de juin 2012 lors du lancement du programme gouvernemental de Gran Misión a toda Venezuela, de lutte contre la délinquance et la criminalité :

« …c’est une politique intégrale de Sécurité publique, avec une portée nationale, et une attention spéciale dans les 79 municipalités où il y a eu des délits majeurs. Son objectif est de transformer les facteurs de caractère structurel, situationnel et institutionnel, générateurs de violence et délits, pour les réduire, augmenter la cohabitation solidaire et la jouissance (disfrute) du droit à la sécurité citadine. La Grande Mission « A toda vida » est basée sur une articulation entre les moyens de prévention et les moyens de contrôle pénal ajusté au droit. » Les six chapitres de la Mission regroupent 29 lignes stratégiques et 117 actions programmatiques[1].

Aux meurtres pour s’approprier des biens ou de l’argent, s’ajoutent les enlèvements, imités de la pratique des FARC en Colombie, commis par des professionnels, à la frontière, principalement, de l’Etat de Tachira :

« Nous sommes soumis à la violence organisée des bandes de Colombiens qui passent la frontière pour venir trafiquer de l’essence, pratiquement donnée chez nous mais très chère chez nos voisins, de la drogue et des aliments subventionnés par le gouvernement, explique César Pérez Vivas, gouverneur de Táchira… »

De nombreux gangs auraient migré vers la capitale et les villes vénézuéliennes pour fuir la répression menée avec succès par le gouvernement colombien depuis une dizaine d’années. En y important leurs activités. Vols à la tire, agressions armées de piétons en centre-ville dès que la nuit tombe, d’automobilistes sur les voies d’accès à la capitale et racket de passagers de certaines lignes d’autobus sont le lot commun de Caracas… Mais que fait la police ? Pas grand-chose - du moins jusqu’à tout récemment -, quand ses membres ne sont pas directement impliqués dans la délinquance. Il y a deux ans, Tareck el-Aissami, le ministre de l’Intérieur, estimait que près de 20% des 115 000 policiers en exercice entretenaient des activités délictuelles. Du trafic de drogue (1) à l’extorsion de fonds et aux enlèvements, certains «défenseurs de l’ordre» s’acoquinent avec les mafias locales. « Nous devons avant tout lutter contre la corruption morale et matérielle des corps de police municipaux, qui se sont surarmés et ont fondé de véritables gangs. C’est devenu l’anarchie », confirme un proche conseiller du Président[2].

Les moyens de la lutte contre l’insécurité

Une force spéciale, la Dibise, regroupe les meilleurs officiers et des experts en narco-traffic, pour lutter contre les trafiquants de drogue et le kidnapping. En effet, beaucoup des problèmes d’insécurité, de violence, dans les quartiers populaires sont liés à la drogue.

Trois forces de police sont chargées d’assurer l’ordre : La Police Nationale Bolivarienne, La Réserve nationale, la Garde Patriotique, les polices municipales.

Pour tenter de faire changer la vision négative que la population porte sur les polices locales corrompues, brutales et peu fiables, le gouvernement a créé la police bolivarienne et met en oeuvre des programmes d’amélioration des techniques policières. En 2010, il a créé une université pour la sécurité destinée à mieux former en entraîner les nouvelles forces de police, et enseigner les droits de l’homme aux policiers.

Pour Andrés Antillano, professeur de l’UCV (Université Centrale du Venezuela) et criminologue, les solutions doivent prendre en compte la récupération des espaces publics. « L’origine de la violence est sociale et elle est essentiellement présente chez les plus pauvres », affirme-t-il. « … elle doit être combattue avec des politiques sociales et une organisation politique, de concert avec les interventions policières ».

Un large répertoire de mesures sociales et de politiques de distribution a été destiné aux plus pauvres. Pourtant, leur comportement est également dicté par des motivations qui extrapolent les conquêtes ou les attentes économiques. Le sentiment d’insécurité est attisé par la presse de droite pour un faire un thème majeur de l’opposition au gouvernement.

« La politisation de toutes les classes sociales s’est radicalisée depuis l’élection du président Chávez et conduit à un positionnement qui va au-delà des intérêts immédiats des différents segments de la société », analyse Jesse Chacon, directeur du Groupe de Recherche Sociale XXIè siècle (GIS XXI). « Ici la gauche et la droite, gouvernement et opposition sortent dans la rue pour débattre de projets de portée nationale qui dépassent les revendications ponctuelles, les bénéfices économiques ou les avancées sociales[3]».

Selon une enquête menée par Latinobarometro, le sentiment d’insécurité, serait en décalage par rapport aux indicateurs réels. Le sentiment d’insécurité est en hausse de 8 % depuis 2003. Pour 61 % des sondés, c’est une question majeure. Pourtant, le pourcentage des foyers victimes d’un délit, de juin 2011 à 2012, serait retombé à son niveau historique habituel de 31 % en 2011, alors qu’il avait atteint 50 % entre 2001 et 2007. Mais, il est plus facile promouvoir une bonne image de marque que de rectifier une image dégradée qui devient alors un préjugé.

« En 2012, le gouvernement reconnait 16 072 homicides, et un taux de 55,2 homicides pour 100 000 habitants. Or, l’Observatoire Vénézuélien de la Violence qui publie ses propres chiffres sur ce phénomène dénombre 21 692 homicides, soit un taux de 73 meurtres pour 100 000 habitants[4]. »

Nicolás Maduro a décidé de mobiliser 3000 soldats qui vont garder les rues de Caracas dans le cadre du « Plan Patrie Sûre ». Le général Antonio Benavides a déclaré : « Ici, nous avons incorporé la police militaire pour qu’elle se concentre elle aussi sur les fonctions de protection des citoyens, pour garantir la sécurité qu’ils méritent à tous les habitants de Petare ici dans l’état de Miranda[5]. »

Dans une interview accordée à l'AFP, Nicolas Maduro voit dans la violence « un mal de la société moderne, envenimé par le poison de l'industrie culturelle[6] ». Comme Chávez, il est convaincu que la délinquance est le résultat de la pauvreté et donc du capitalisme. Cependant : Dans 84 % des cas, les victimes des homicides sont « pauvres ou extrêmement pauvres. Et dans 91 % des affaires, l'impunité est totale[7]. »

LA CORRUPTION

La victoire du « Comandante » en 1998 s’est faite avant tout sur sa dénonciation de la corruption des partis politiques dominants qui se partageaient le pouvoir à tour de rôle pour pratiquer la même politique libérale d’exclusion des classes populaires aux bénéfices de la rente pétrolière.

Si Chávez a su, après sa sortie de prison, organiser son mouvement et populariser ses projets dans les villes et les campagnes, il n’avait cependant pas de liens structurels fortement organisés avec la population. Sa conception du pouvoir était très militaire, ce qui est naturel. S’il a beaucoup évolué et pris conscience de cette question, il est soumis à la contradiction entre la tradition caudilliste et sa volonté d’user de son charisme et de son autorité pour résoudre les difficultés causées par la pratique généralisée de la corruption, du favoritisme et du clientélisme. Ses partisans, dont certains sont issus des anciens partis, de l’administration, de la fonction publique, n’échappent pas à ces pratiques. On ne change pas des mentalités ancrées dans les esprits depuis des siècles en une dizaine d’années.

Au sein même du pouvoir chaviste, il existe une bureaucratie installée dans les institutions, les administrations, les directions des entreprises publiques, du mouvement syndical, du PSUV. Profitant du régime, ces nouveaux corrompus bénéficient d’avantages qu’ils ne sont pas prêts à remettre en cause et soumettre au contrôle de conseils ouvriers dans les entreprises, les mouvements sociaux, les conseils communaux. Cette « boli-bourgeoisie » freine des quatre fers tout processus de radicalisation de la révolution bolivarienne. Elle est sévèrement critiquée à la base, par ceux qui s’irritent de voir ces personnages accaparer les instances dirigeantes par un mode de désignation clientéliste qui favorise leurs partisans. Ce qui amenait Chávez à intervenir directement ici ou là quand il était informé des cas de concussion, détournements, incapacité à mettre en œuvre la politique du gouvernement.

Et à renforcer son pouvoir personnel au détriment de cet élargissement de la démocratie populaire qu’il souhaitait et qu’il voulait mettre en œuvre au travers des Conseils communaux.

Le gouvernement devrait s’appuyer plus sur les mouvements sociaux représentatifs, même critiques, fidèles au processus bolivarien. Certains se sont regroupés en mai 2012 pour former l’APR (Alianza Popular Revolucionaria), avec le mouvement paysan Bolivar et Zamora, le Mouvement des Pobladores, l’association nationale des médias communautaires libres et alternatifs, le Surco (Collectif d’éducation universitaire), Marea Socialista (liée à la 4e Internationale trotskiste), des organisations féministes, des militants du PSUV. Ce mouvement, outre les phénomènes de corruption bureaucratique, dénonce la construction du socialisme par décret.

C’est un des défis auquel le régime est confronté. Car après Chávez, ses successeurs auront-ils l’autorité suffisante pour continuer sur la voie du socialisme du XXIe siècle s’il n’y a pas d’organisations fortement structurés idéologiquement et liés avec les classes populaires ? Un nouveau caudillo, ou un pouvoir authentiquement populaire et démocratique ? Nicolas Maduro a pris cette question à bras le corps en s’engageant avec son gouvernement dans une action au plus près des gens, sur le terrain : « C’est sans doute la phase la plus importante de la révolution bolivarienne : la mise en pratique du “gouvernement dans la rue” que le président Chávez avait souvent demandé de réaliser, sans guère de résultats, à ses ministres. Les médias privés et internationaux ne s’y trompent pas en l’occultant totalement[1]… »

La corruption au Venezuela ne date pas de 1998, de l’arrivée au pouvoir de

Chávez. Issue de l’histoire coloniale, elle s’est approfondie avec la rente pétrolière depuis 1920, pour contaminer toute la société. Le Président en était conscient et avait lancé une grande campagne en 2009. Il sera cependant long et difficile de dépasser les héritages du passé, les passe-droits, le clientélisme endémique, la bureaucratie de l’administration qui n’a pas l’habitude de rendre des comptes. Les hauts-fonctionnaires reconvertis en partisans zélés du chavisme, sont toujours ceux du passé. Il y a deux sortes de corruption, celle très ancienne qui touche le secteur privé, et la nouvelle qui concerne la boli-bourgeoisie. Il y a celle des entreprises privées, dénoncée par les syndicats mais pas par l’opposition, qui consiste à masquer les bénéfices pour réduire les taxes à payer. D’autant mieux et plus qu’une loi d’avant 1998 avait allégé les contrôles fiscaux.

Ce qui touche particulièrement les classes populaires et la critique, ce sont les affaires liées aux détournements de l’argent des missions. En particulier, ces dirigeants de Mercal qui revendaient les produits alimentaires au prix fort, et aussi le favoritisme de comités chargés de la redistribution des terres et de l’eau.

Des dirigeants importants du gouvernement et du PSUV, comme Diosdado Cabello, le député Rafael Isea sont qualifiés de « grand ordonnateur de la corruption » par Ismael Garcia, député du « Podemos ». Adàn Chávez, le frère du président, Jesse Chacon et José Vicente Rangel sont également sur le banc des accusés. Mais aucune preuve n’a été apportée à ce jour contre ces personnalités. Calomnie, jalousie, luttes d’influence, quien sabe ! Jesse Chacon a dû démissionner le 6.12.2009 et Rangel n’est plus vice-président depuis 2007. Il est cependant resté très proche de Chávez et il a repris son émission à la télévision. J’ai pu constater le 7 octobre 2012, devant le bureau électoral du quartier 23 de Eneros ou sur la Plaza Bolivar, qu’il est toujours très populaire parmi les électeurs chavistes.

Plusieurs ministres ont cependant dû démissionner et le général Baduel, ex- ministre de la défense - qui s’était éloigné de Chávez en 2007- a été arrêté en 2009 et condamné à 8 années de prison pour un détournement de 4 millions de dollars. Neuf maires ont été arrêtés en 2009, quatre de l’opposition et cinq chavistes dont l’ancien maire de Caracas, Juan Barreto, camarade du président. Voici les extraits d’un article de Gregory Wilpert[2] (RISAL) :

« L’Indice de perception de la corruption de Transparency International (TI), classe le Venezuela parmi les pays les plus corrompus au monde. Allant dans le même sens, un article du Washington Times (« New Role for a Sore Loser », 15 sept. 2006) affirmait qu’il y a « une corruption galopante dans le cercle intime des ministres et conseillers de M. Chávez ». De tels propos sont assez fréquents dans les principaux médias à propos du Venezuela. L’indice de corruption de TI se base sur les perceptions de la corruption dans un pays donné par des experts et des hommes d’affaires, pour la plupart étrangers ou non-résidents.

Etant donné que l’image du Venezuela est en grande partie façonnée par les médias internationaux et nationaux, qui sympathisent dans leur toute grande majorité avec l’opposition et qui accusent continuellement le gouvernement Chávez de corruption, il n’est pas surprenant que l’Indice de perception de la corruption reflète ce point de vue. » Il ne s’agit pas de nier ce problème mais de montrer que le CPI auquel on se réfère, est un indice extrêmement peu fiable de la corruption, et que la volonté exprimée de Chávez, dès 1998, d’éradiquer ce fléau ne peut non plus être niée, y compris en réprimant son entourage quand ses partisans sont coupables. Le Venezuela n’est pas moins bien classé, ni mieux, que les autres pays d’Amérique latine.

Le Global corruption comme le Latinobarometer réalisent tous deux, avec impartialité, des sondages similaires dans les pays étudiés. LB indique que 42 % des vénézuéliens pensent qu’il y a eu des progrès dans la lutte contre la corruption. Ce qui classe le Venezuela à la troisième place des pays qui combattent le plus cette calamité : « seuls 16% des Vénézuéliens ont déclaré avoir personnellement eu connaissance ou participé à un acte de corruption au cours des 12 derniers mois. Ce pourcentage est inférieur de 4 points à la moyenne latino-américaine (20%) et de 11 points par rapport aux chiffres de 2001 au Venezuela (27%)[3]. »

[1] http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/06/nous-tecoutons-claudia/

[2]Sources : Hugo Chavez et la révolution Bolivarienne – Mediteur – P 235

Risal.collectifs : De la corruption au Venezuela par Gregory Wilpert le 8.10.2007.

[3] Risal.collectifs : De la corruption au Venezuela par Gregory Wilpert le 8.10.2007

[1] www.fundaribas.gob.ve/paginaweb/documents/misiontodavida.pdf

[2] Libération –Gérard Thomas – 3.10.2012

[3] http://www.legrandsoir.info/dossier-venezuela-les-annees-chavez.html

[4]http://fr.euronews.com/2013/05/16/lutte-contre-l-insecurite-et-penuries-au-venezuela/

[5] ibid

[6] Le Monde -Le Venezuela empoisonné par l'insécurité - 02.04.2013 Marie Delcas

[7]Selon Roberto Briceño, directeur de l’OVV-