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Depuis 2007, Sarkozy a fait 150 milliards d’Euros de cadeaux fiscaux aux plus riches. ! Pour quel effet ? La justification avancée par les idéologues du néolibéralisme est que la société a besoin des capitaux des riches, car ce sont eux qui investissent, soutiennent ainsi la croissance économique et favoriseraient donc la création d’emplois. Il faudrait éviter que leurs capitaux quittent la France et s’investissent ailleurs.

Mais où sont les investissements promis ? Peanut ! L’emploi industriel[1] ne cesse de baisser, le chômage d’augmenter[2]. En fait, cet argent, le nôtre, celui des citoyens français, au lieu d’être investi pour le développement dans les activités économiques ou la recherche, a été dépensé en spéculations financières, en résidences tertiaires et quaternaires (alors que la France manque cruellement de logements sociaux), en dépenses de luxe par les privilégiés de la bande du Fouquet’s.

Cet argent manque pour financer nos écoles, nos universités, que de réformes en réformes on mène sur le chemin de la privatisation (et de l’augmentation des droits d’inscription), comme nos hôpitaux livrés à la concurrence déloyale des cliniques privées.

La réalité, c’est la progression des profits des sociétés du CAC 40 (elle n’a pas cessé malgré la crise : 46,2 milliards d’Euros), qui ne sert pas à soutenir l’investissement intérieur, mais à augmenter les dividendes distribués aux actionnaires[3].

Cet absence d’investissements productifs et utiles, entraînent les délocalisations, la perte d’emplois, le chômage, et donc la précarité, la baisse du pouvoir d’achat des plus pauvres (plus de 8 millions de salariés en dessous du seuil de pauvreté[4]). C’est cela le bilan de Sarkozy- Fillion !

Un bilan de faillite dont l’euro n’est en rien responsable. C’est la logique de ce système capitaliste, aggravée par sa version financière et spéculative, qui est en cause. Elle est mise en oeuvre par une oligarchie politique à son service. Elle applique les néfastes principes ultra-libéraux inaugurés dans les années 1980 par Thatcher et Reagan : - baisse des impôts et réduction des dépenses sociales et du coût du travail (des salaires). La contradiction saute à l’esprit : moins de pouvoir d’achat, de dépenses sociales collectives entraînent moins de consommation et la baisse de la production. On va donc fabriquer ailleurs, à moindre coût social et fiscal, en Chine, en Inde, au Vietnam, etc… Perte d‘emplois en France et en Europe, affaiblissement du tissu industriel. Le cycle devient infernal. Et comme les spéculateurs exigent des profits sans cesse plus importants et rapides, sans en payer le prix par des investissements à long terme, on spécule sur les produits financiers, les produits alimentaires, l’Internet. Les consommateurs sont encouragés à s’endetter, avec toutes sortes de cartes de crédits rechargeables, avec des prêts hypothécaires (subprimes) pour acheter leur logement. Et, qu’arriva t-il ? L’éclatement des bulles spéculatives, les crises à répétition jusqu’à ce que le système lui-même soit en crise.

Nos gouvernants en tirent-ils les enseignements ? Non ! Ils en remettent une couche supplémentaire avec des mesures drastiques d’austérité, les yeux braqués sur les marchés auxquels les Etats empruntent[5] au lieu de se financer par leurs banques publiques et centrales. Les Etats s’endettent pour financer leurs minima sociaux, les allégements de cotisations patronales[6] qui reportent sur les fonds publics les coûts du travail que le capital ne veut plus supporter. Les Etats trouvent de l’argent, qu’ils nous demandent de rembourser, pour financer les banques qu’ils ont privatisées. Celles-ci s’empressent aussitôt de prêter à des taux d’intérêt supérieurs, dépendant d’agences privées de notation. Mais, si on peut juger de la performance et des capacités de remboursement d’une entreprise, peut-on juger un Etat ? Va t-on saisir le Parthénon en Grèce, si elle ne rembourse pas ? Cette logique confinerait au ridicule, si la situation n’était pas tragique pour des millions de gens. L’austérité, ça ne marche pas ! Elle enfonce toujours plus le pays qu’elle est censée sauver. C’est le tragique constat des Grecs, et aussi des Espagnols, des Italiens, des Irlandais, des Portugais.

Il est temps d’en sortir et d’en finir avec ce système et les gens qui le mettent en œuvre, avec le véritable coup d’Etat des agences de notation. Qu’ils s’en aillent tous !

Est-ce la social-démocratie, avec François Hollande, qui le permettra ? Non, puisque le parti socialiste, comme EELV,         avec lequel il a signé un accord électoral, avec lequel les Verts ont voté le Traité de Lisbonne, qui n’est ni moins ni plus que l’organisation européenne d’application du néolibéralisme. Ils veulent aussi faire payer la note aux peuples, par des mesures d’austérité. C’est ce que propose François Hollande, quand il déclare que le déficit budgétaire doit être ramené à 3 % en 2013. C’était l’objectif de Sarkozy quand éclata la crise des subprimes en 2008.

C’est la voie de la régression et non celle du progrès. Or, il est possible de faire autrement. Ce qui a été imposé depuis 1980 par le pouvoir politique peut-être défait par une volonté politique. La crise n’est pas technique, inéluctable : c’est le produit de mesures qui peuvent être changées. D’abord en France, et par valeur d’exemple, étendu à l’Europe, appuyé par la volonté populaire. Ce que la Grande Bretagne a exigé en son temps, avec Margaret Thatcher, la France peut le faire demain, avec un gouvernement résolu, qui cesserait  d’appliquer des dispositions du traité de Lisbonne contraires au vote exprimé par les citoyens.

La Francepourrait parfaitement sortir du Traité de Lisbonne sans sortir de l’Union Européenne, ni sortir de l’Euro.

Merkozy proposent la règle d’or pour corseter les choix des peuples, et poursuivre cette politique qui a conduit vers la récession économique, la régression sociale. La crise, c’est le prétexte pour imposer définitivement leur système antisocial en le constitutionnalisant. C’est ce que les Français, mais aussi les Hollandais et les Irlandais avaient refusé en 2005, en votant Non au référendum sur le TCE[7].

Ils disent qu’il s’agit de renforcer une Europe plus solidaire, en harmonisant la politique budgétaire des Etats de la Zone euro. Mais ils refusent toujours d’harmoniser les politiques fiscales et sociales, vers le haut, pour lutter contre le dumping des baisses d’impôts et de cotisations sociales et fiscales, d’alignement du droit du travail vers le bas. Jusqu’où comptent-ils aller ? Jusqu’en Chine ?

Oui, une solidarité budgétaire pourrait être développée en parallèle avec une politique sociale et fiscale commune, engageant un processus de convergence des pays les moins avancés, vers des critères plus élevés en matière de droits sociaux, de salaire minimum et de protection sociale. Cela nécessiterait un budget européen plus important, un nouveau statut de la BCE lui assignant d’œuvrer au soutien de l’activité et de l’emploi, un contrôle des mouvements de capitaux vers les pays non membres de l’UE.

Cette politique commune européenne, aurait pu être engagée dans les années 90, quand 12 Etats sur 15 étaient dirigés par des gouvernements à majorité sociale-démocrate. Il n’en fût rien. Au contraire, ces gouvernements ont validé la politique néolibérale de la droite européenne dans le traité d’Amsterdam. Puis, ils ont voté pour le traité de Lisbonne. Aujourd’hui, ils acceptent majoritairement la règle d’or et les mesures d’austérité.

D’autres proposent de sortir de l’Euro. Mais ce n’est pas l’Euro qui a engendré la crise, ce sont les politiques néolibérales. Sortir de l’Euro, ou le faire disparaître ne changerait pas les causes de la crise. La crise de la dette publique est en fait imputable aux raisons évoquées ici : principalement la baisse des recettes fiscales et le financement des déficits publics par les marchés financiers.

Les difficultés pour la résoudre sont imputables à la libre circulation des capitaux avec le reste du monde, aux jeux dangereux de la finance mondialisée. Il n’en serait rien, si la BCE pouvait financer directement les Etats. Le maintien de la Livre anglaise n’a pas empêché les Britanniques d’être exposé à la crise des subprimes et à la récession économique[8].

Dans l’état actuel des rapports de force politiques au sein de l’UE, il est parfaitement illusoire d’espérer, une réorientation radicale des politiques et des institutions européennes si l’on se contente d’attendre que tous nos partenaires soient disposés à engager une renégociation des traités[9].

En invoquant le Compromis de Luxembourg, un gouvernement français peut parfaitement exiger une clause d’exception pour une liste de dispositions qui seraient adoptées par un gouvernement populaire.

Avec les mesures proposées ci-dessus, il s’agit, non de détruire l’Union Européenne et sa monnaie, mais de la refonder.

Il faut refonder en France et en Europe, une politique industrielle, engager une véritable planification économique et écologique de la production, créatrice d’emplois et de richesses qu’il conviendra de partager équitablement, pour répondre aux exigences du progrès social.

Il s’agit de ramener l’espoir dans le camp des peuples et l’inquiétude dans celui des riches.

 

Allain GRAUX

 Le 5.12.2011

 



[1] Emplois industriels : perte de 6,9% en France entre 2008 et 2010 ; 2.1 millions de postes dans la zone euro. – Alternatives économiques (dec.2011).

[2] Chômage - France : + 2% entre 2008 et 2010 – taux de chômage : 9,1 % ; - de 25 ans : 21,9% sur les actifs – 4 millions de chômeurs de plus dans l’Union ; 65 % de chômeurs de longue durée en plus…Alter éco (dec 2011).

[3] Mois de 2% des opérations financières financent des opérations économiques réelles. François Morin – Un monde sans Wall street- seuil 2010.

[4] Le taux de pauvreté des jeunes de moins de 25 ans est passé de 21,3% en 2008 à 24,5% en 2010. (Alter éco – dec. 2011)

[5] C’est Giscard d’Estaing, ministre de l’économie de Pompidou en 1973, qui a rendu obligatoire les emprunts d’Etat sur les marchés financiers

[6] Cotisations patronales -172 milliards de cadeaux aux entreprises : 30 m. d’exonérations de cotisations sociales, pour de simples effets d’aubaine, sans véritables créations d’emplois significatives.

[7] TCE : Traité constitutionnel européen

[8] Grande-Bretagne – taux de chômage inégalé depuis 1994 : 8.1%. Le revenu médian dégringole de 7%...300 000 enfants et 500 000 adultes supplémentaires passeraient sous le seuil de pauvreté. (www.ifs.org.uk/comm121.pdf).

[9] Jacques Généreux – Nous on peut- Le Seuil - p.125

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