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La France est intervenue au Mali avec ses avions, ses hélicoptères pour stopper une attaque des bandes armées des groupes islamistes de l’Aqmi, d’Ansar Dine, du Mujao qui ont mis le territoire sahélien au Nord du Mali, de Gao à Tombouctou et Douentza en coupe réglée. Ces trafiquants, armés par les mercenaires de Kadhafi, font régner la terreur sur ces régions après en avoir chassé les Touaregs. Ce fractionnement du pays a aggravé la situation économique et sociale des populations, particulièrement dans les régions contrôlés par les islamistes, mais aussi dans les zones frontalières de Djenné, Mopti, où l’approvisionnement et les activités sont réduites[1].

Mais, pourquoi cette révolte ?

Les hommes du désert organisés dans le MLNA avaient pensé profiter de la déliquescence d’un gouvernement corrompu et inefficace à régler les nombreux problèmes sociaux et de développement du pays, pour créer leur propre Etat, l'Azawad.

Après avoir rétabli la démocratie, le président Amadou Toumani Touré s’est englué dans une anarchie libérale favorisée par le FMI, la France et les Etats-Unis, pour conserver ou étendre les intérêts financiers de leurs entreprises multinationales. Le 22 mars 2012, de jeunes officiers subalternes ont renversé le pouvoir et le 5 avril, ATT a dû quitter le pays pour se réfugier au Sénégal. Il avait en son temps réduit la sédition touareg en intégrant les guerriers dans l’armée. Mais par la suite, le malaise au sein de la jeunesse pour trouver un emploi, la fronde des syndicats et la crise dans le secteur de l’éducation, tout y était pour que la colère pu s’installer. ATT était responsable de la corruption, mais il n’était pas le seul à bénéficier des prébendes, de maigres fonds publics détournés des caisses du trésor[2].

Les éleveurs Touaregs (comme les Peuhls), ont vu leurs troupeaux se réduire, victimes de la progression du désert, de la pénurie d’eau, de la raréfaction des pâturages. Ils n’ont pas obtenu les moyens d’une reconversion nécessaire, alors que les produits alimentaires occidentaux subventionnés ont envahi le marché local.

 

Complot islamique ?

On peut se poser la question si on examine le cheminement des différents évènements. Dans un premier temps des Français ont été enlevés au Niger comme au Mali et détenus par les différents mouvements islamistes. Les négociations se sont éternisées sans jamais débouchées sur un règlement. De même que les tentatives de l’Algérie et du Burkina pour trouver une solution pacifique et politique au conflit. Ainsi les ravisseurs pensaient disposer d’un moyen de pression sur la France pour éviter son intervention, alors qu’auparavant le versement d’une rançon permettait de libérer les otages.

On peut par ailleurs observer que l’application de la loi islamique, la charia, s’est instaurée dans plusieurs Etats ou zones comme au Nord du Nigéria, lui même en proie aux exactions du Boko Aram. Avec le contrôle du Nord du Mali, les intégristes islamistes affiliés à El Qaida, peuvent à nouveau profiter d’une base territoriale après avoir perdu l’Afghanistan qui reste néanmoins sous la menace des Talibans, comme les zones frontalières du Pakistan, la rébellion irakienne, les milices syriennes Al-Nosrat[3], les Al Shabaab en Somalie.

Face à l’étendue de cette menace, les Etats africains de l’Ouest menacés dans leur intégrité ont fait appel à l’ONU pour créer une force d’intervention pendant que se déroulaient parallèlement les tentatives de négociation.

La récente visite du Président François Hollande en Algérie, n’était vraisemblablement pas une simple visite de courtoisie et limitée au contexte hérité de la guerre coloniale. La question du Mali a certainement fait l’objet de discussion et d’accords comme en témoigne l’autorisation de passage des rafales au-dessus du territoire algérien pour bombarder les positions et les bases des forces islamiques qui menacent aussi le sud-algérien.

Après les tentatives menées en direction du mouvement touareg MLNA pour le dissocier des islamistes, et avant une intervention des forces africaines de la CDAO et de la France, les islamistes ont déclenché une attaque pour s’emparer de la totalité du Mali.

Le gouvernement français ne pouvait pas rester indifférent à cette situation. A cette attaque éclair des intégristes devait répondre une réaction immédiate, pour empêcher l’instauration d’un Etat islamique au Mali. D’autant plus que ce raid représentait une menace pour les six mille résidents français de Bamako.

Avec cette attaque, le temps n’était plus à des parlottes inefficaces, mais à l’action pour prévenir l’irréparable. Et stratégiquement, on ne prévient pas ses ennemis de l’imminence de l'assaut…

 

Je ne suis pas un va-t-en guerre, préférant la négociation pour aboutir à des solutions pacifiques, car pour terminer une guerre, on finit toujours par négocier. Alors, pour éviter des drames et que le sang coule, il vaudrait toujours mieux négocier avant. Mais avec de tels adversaires qui sont plus des bandits et mercenaires que des mouvements anticolonialistes, indépendantistes, on ne peut pas vraiment dialoguer comme avec un Etat ou une organisation révolutionnaire.

Les laisser s’installer durablement ici ou là, par expérience, on sait ce que cela signifie comme régression pour les populations qu’ils prétendent délivrer et qu’ils vont en réalité opprimer.

 

Sous de nobles intentions anti-impérialistes, il ne faut pas se laisser entraîner à des réactions gauchisantes, sans rapport avec la réalité des faits. Si les Maliens doivent-être les acteurs de leur avenir. Car :

S’Il nous faut rejeter la démocratie imposée par les menaces, les embargos et les bombes des puissances occidentales comme en Lybie, en Côte d’Ivoire ou ailleurs en Afrique et partout dans le monde. Ce n’est pas avec des discours et des bulletins de vote que les peuples s’affranchiront réellement mais par leur mobilisation massive, leur engagement pour leur propre salut sans aucune ingérence extérieure. Il leur appartient d’inventer leur voie pour ériger le monde nouveau qui pointe désormais à l’horizon. Aucune main ne saurait désormais leur cacher le soleil de la véritable démocratie, celle qui est en train de naître de leur colère, de leurs frustrations, des impasses de la ‘démocratie des milliardaires’, une démocratie dirigée contre le peuple[4].

Encore faut-il qu’ils soient en mesure de le faire. On a vu ce qu’il en était des Touaregs et de leur Azawad !

 

Allain Graux

Le 14.01.2013

 

 

 

 

 

 

 



[1] Ainsi, un de mes jeunes amis de Djenné, tailleur et soutien de famille, m’appela au secours car il n’était plus en mesure d’offrir aux siens, plus d’un repas par jour.

[2] Suffit-il de condamner un coup d’Etat pour être un démocrate alors que sa pratique quotidienne du pouvoir et de la gestion des affaires publiques est un déni de démocratie ? Est-on réellement démocrate quand on est aux côtés des dictateurs ‘démocratiquement’ élus contre leur propre peuple ? Est-on réellement démocrate quand, deux décennies durant, la pratique ‘démocratique’ du pouvoir a plongé les populations maliennes dans les affres de la misère, de l’injustice et de l’impunité. Est-ce démocratique que de l’étranger on vienne restaurer un ordre constitutionnel dont ne veut plus visiblement un peuple ? Est-il démocratique d’imposer la démocratie à coups d’intervention militaire et de menaces en tous genres ? De quelle démocratie s’agit-il ? Démocratie de la misère pour le plus grand nombre, démocratie des millionnaires et milliardaires pour une élite qui a tout volé et accaparé ? Pr Issa N’DIAYE - Bamako 29-04-12.

[3] Qui contrôlent maintenant l’ASL - avec l’aide du Qatar et de l’Arabie - alors que la solution en ce qui concerne ce pays n’était certainement pas le conflit armé qui a entraîné cette guerre civile. Mais les mouvements laïques ont été ignorées par les occidentaux, avec les conséquences que l’on peut imaginer.

[4] Pr Issa N’DIAYE - Bamako 29-04-12.

 

Tag(s) : #politique