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Les étudiants qui se sont soulevés en mai 1968 ont été l’étincelle qui a permis le déclenchement de la plus grande grève générale qu’avait connu la France. Ils étaient plutôt, en majorité, des libéraux libertaires. En effet, les étudiants issus de la classe ouvrière ne représentaient que 7 % de leurs effectifs. Comme aujourd’hui, ils rejetaient les partis politiques :

-         le gaulliste, figé dans le conservatisme social et sociétal ;

-         le communiste, inféodé au stalinisme ;

-         le socialiste encore incarner par la SFIO de Guy Mollet.

Depuis, les enfants et les petits-enfants des soixante-huitards ont fait l’expérience de l’alternance social-démocrate qui avait soulevé tant d’espoir en 1981, après 25 années de pouvoir personnel et de pouvoir de droite. Mais ils ont fait aussi le constat de la dérive libérale, en France comme dans l’Union européenne. Ils n’ont pas connu l’alternative. Classes populaires comme classes moyennes, ils n’y croient plus. L’utopie portée par les gauchistes de 68 s’est enlisée dans les discussions sectaires d’organisations restées groupusculaires, se contentant, dans leurs rejets, d’être les opposants durs et purs à toute entente avec les traîtres socialos-communistes. Même Olivier Besancenot, un moment coqueluche médiatique, a fini par jeter l’éponge au sein d’un NPA déconfit[1]. Arlette a pris sa retraite, et LO se contente de vivre sur son ex-notoriété, dans un superbe isolement. Ne parlons pas du POI, ex-parti des travailleurs qui reste dans la confidentialité. Que de temps et d’énergie militante gaspillée pour des causes perdues !

Les milieux populaires ne votent plus, ou se réfugient dans la contestation populiste de la droite extrême et de l’extrême-droite, aux confins de l’UMP et du FN. Marine Le Pen s’est emparée de cette aversion pour le politique afin de tenter de rallier les classes populaires à son matelas traditionnel de la petite bourgeoisie, tous inquiets pour leur avenir et celui de leurs enfants.

Des populistes surfent sur la peur de la petite bourgeoisie, des classes moyennes, pour ses acquis, la fin de sa prospérité, aux Pays-Bas, en Belgique, en Autriche, au Danemark, en Italie, en Suisse. En France, Marine Le Pen tente la conjonction avec les précaires, les laissés pour compte, victimes de la « financiarisation »d’un capitalisme globalisé. Il y a une différence importante entre la condition des uns et des autres, mais tous sont victimes du système sans en avoir toujours une conscience claire et suffisante pour le contester ensemble.

A la gauche de la social-démocratie, dans toute l’Europe, de jeunes militants et des vieux, chevronnés et chargés des expériences passées, ont conservé l’espoir pour « un autre monde possible ». En effet, les partis socialistes, ont pris la pente du renoncement. En Espagne, le PSOE et les syndicats ( sauf  l’ELA basque) ont signé un pacte social avec le gouvernement et le patronat…En France, le PS propose un « programme bâti pour être compatible avec le cercle de la raison libéral. Il ne se pose même pas la question de desserrer les contraintes et de réorienter le construction européenne[2].

Ces nouvelles formations, fronts, partis, cherchent à rassembler les souffrances et les inquiétudes du peuple travailleur et salarié, les intellectuels et chercheurs désespérés. Ils proposent d’en finir avec ceux qui conduisent le monde droit dans le mur, de faire de la politique autrement, de faire une révolution citoyenne. Jean Luc Mélenchon clame : « Qu’ils s’en aillent tous ! » paraphrasant les piqueteros Argentins qui ont chassé le successeur de Carlos Menem du pouvoir, le président Fernando de la Rúa, avec le FMI. Mot d’ordre repris

avec succès par le président équatorien Rafael Correa, pour les mêmes causes (au fond ; bien qu’elles ne soient pas identiques et les situations comparables).Elles ont associé la jeunesse diplômée et sans emploi et le peuple précarisé, sur les places publiques dans de nombreux pays de langue arabe et qui les rassemblent aujourd’hui en Europe.

Les citoyens qui occupent ces lieux des grandes villes européennes, si prompts à surfer sur la toile, semblent bien peu informés de la chose politique, bien peu se mobiliser, en faveur et avec des mouvements qui proposent des solutions qui vont dans le sens de leurs préoccupations, comme le Parti de Gauche et le Front de Gauche en France, Synapismos en Grèce, le Bloc de gauche au Portugal[1]. Ces mouvements ne décollent pas de scores variant de 6, 7 à 15 % comme Die Linke en Allemagne.

Aussi, je crains qu’en Europe, cette spontanéité  « internatique » ne dure même pas ce que durent les roses, un prurit informatique, une fièvre de printemps. Il semble que  «  beaucoup expriment une désillusion personnelle plutôt que l’indignation politique qui est devenue le symbole public de ces manifestations »[2].

Sauf, si …la conjonction et non le rejet, s’opère avec et entre les forces organisées et cette expression citoyenne, à l’image de celles des révolutions tunisienne et égyptienne, des protestations marocaines, algériennes.

Comme le dit Stéphane Essel, dont ils se sont inspirés, « ils ne doivent pas rejeter la politique et les partis qui sont les moyens de l’expression démocratique et républicaine ».

Comment créer les conditions pour gouverner vraiment à gauche ? Comment résoudre la question du décalage entre la combativité sociale qui s’est exprimée au moment de la réforme des retraites et s’expriment dans de nombreux conflits et secteurs, en France et en Europe, contre la politique européenne d’austérité ? Il est indispensable d’articuler « mobilisation sociale et perspective politique, entre demande sociale et réponse politique. »[3]

Sinon, d’un populisme à l’autre, le risque est grand de voir le mécontentement  se reporter sur le vote de la droite extrême, ou se réfugier dans l’abstention.



[1] Des élections législatives ont lieu dimanche 5 juin au Portugal. Le Bloc de gauche et le PC allié aux Verts, se présentent séparément : est-ce une alternative crédible ?

[2] Werner A.Perger – Die Zeit  - Courrier International.

[3] 2012.D’une catastrophe annoncée et des moyens de la conjurer. Par Claude Debons (syndicaliste et PG)  et Jacques Riguaudiat ( économiste et PG)- l’Humanité du 31 mai 2011.

 



[1] Le NPA , ex- LCR, a perdu la moitié de ses adhérents, rebutés par le setarisme et le refus de l’unité de l’Autre Gauche.

[2] 2012.D’une catastrophe annoncée et des moyens de la conjurer. Par Claude Debons (syndicaliste et PG)  et Jacques Riguaudiat ( économiste et PG)- l’Humanité du 31 mai 2011.

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