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 Premier tour 10 juin

Le grand vainqueur de ce scrutin est l’abstention qui n’a cessé de progresser depuis 1988 et après l’instauration du quinquennat qui place les élections législatives dans la suite immédiate de l’élection présidentielle : . de 34,3 % en 1988, elle est passée à 35,6 % en 2002, à 39,6 % en 2007 et fait aujourd’hui un bond à 42,77 %. Elle avait baissé de 1981 à 1986, passant de 29,7 à 22%. Une forte proportion d’électeurs estime à tort que les jeux sont faits, qu’il n’est plus nécessaire de se déplacer puisqu’ils sont choisis leur champion lors de l’élection présidentielle. Pourtant, ce n’est pas le Président de la République qui vote les lois, mais ce sont les représentants du peuple, les députés qui disposent du dernier mot au parlement.

La dérive présidentialiste de notre république, qui reste parlementaire, mais sans les contre-pouvoirs d’un régime présidentiel[1] – est un défi honteux à la démocratie. Elle accentue le bipartisme souhaité par le fondateur de la cinquième république, le Général De Gaulle et écrase les autres partis qui ne retrouvent pas leurs résultats du scrutin du 22 avril, à gauche comme à droite et même pour le FN qui tombe de 17,90 % à moins de 14 %.

D’ailleurs, à l’automne, François Hollande doit ouvrir des consultations avec les partis pour « réfléchir à une évolution »…. Une réforme constitutionnelle de plus, là où il faudrait rompre avec la V° République, cette monarchie élective, née d’un coup d’Etat en 1958! Et élire une assemblée constituante pour fonder une VI° république, vraiment démocratique et sociale.

EELV passe la barre des 5 % grâce à son accord avec le PS et malgré les entorses de dissidents socialistes ici ou là ; ils améliorent aussi leur résultat sur 2007.

Avec 6,91%, le Front de gauche améliore les 4,28 % du PCF en 2007 (qui bénéficiait de 80% des candidatures), mais perd sur le résultat à deux chiffres des présidentielles. Il se stabilise un peu au-dessus du score de 6,5% réalisé pour sa première apparition aux européennes de 2009.

A l’image de Jean Luc Mélenchon qui perd son challenge face au FN et au PS à Hénin-Beaumont, le FDG n’a pas réussit à convaincre de la nécessité qu’il proclamait - à juste titre selon moi – de donner de la voix et un plus grand nombre d’élus à la gauche de gauche pour une politique vraiment à gauche et pour se démarquer de la politique d’austérité de l’Union Européenne. Les habiles premières mesures du gouvernement Ayrault ont été jugées positivement comme un changement opéré sans péril, dans la douceur et non dans la douleur. Les votants de gauche risquent cependant de déchanter dans les douze mois à venir si le nouveau pouvoir obéit aux injonctions de la troïka dans sa volonté de réduire à tous prix les déficits, en taillant dans les dépenses publiques, la protection sociale, les services publics.

Jean Luc Mélenchon n’est pas la seule victime de ce laminage, des députés PCF et apparentés comme le maire de St Denis, Patrick Braouzec et Jean Pierre Brard à Montreuil qui a dû faire face à un candidat EELV-PS. C’étaient pourtant des élus locaux et des personnalités, à la différence de JL Mélenchon qui pouvait faire figure de parachuté. Mais il est bien difficile de réaliser une implantation en quatre semaines, quelque soit son talent, sur une circonscription labourée depuis plusieurs années par la charrue FN.

Avec l’espoir d’un groupe d’une quinzaine dé députés élus au second tour de dimanche prochain, le FDG n’a aucun intérêt à participer au prochain gouvernement Ayrault. Il doit poursuivre sur la ligne de sa stratégie de rassemblement de l’Autre gauche et de son autonomie, comme une force de proposition, de mobilisation et d’animation des luttes sociales.

L’extrême-gauche est laminée passant de 3,41% à 1%, sans que ses voix se retrouvent sur le résultat des candidats du FDG.

Pour le Modem, c’est la même impitoyable loi qui le réduit de 7,63 % en 2007 à 1,6 % en 2012, loin des 9,13 % de Bayrou à la présidentielle. Le Béarnais risque fort d’y laisser « son Pau » lui-même, étant en grand péril dans sa circonscription.

Le PS et ses alliés et ralliés PRG, MRC, présents dans 466 circonscriptions seulement, obtiennent 34,8 %, faisant jeu égal avec une UMP qui perd 10 % sur le score de la droite aux élections présidentielles. Son résultat n’était que de 28,01 % en 2007 et celui de l’UMP et partenaires de 45,59%.

Le total des voix de gauche est de 49,2 % en 2012 pour 46,41 % en 2007, soit un gain de 2,79%.

Si on ajoute les 1,8 % du Modem aux 49 % de la droite et de son extrême, elle reste majoritaire dans le pays avec 50,8%. Mais dans les urnes et les 577 circonscriptions, l’arithmétique n’impose pas ses lois.

En 2007 le FN était tombé de 10,5 % des voix à la présidentielle à 4,67 % % aux législatives, cette fois l’écart est de 4,3 % environ, un recul comparable dont sont victimes tous les partis non gouvernementaux. Cependant le FN s’inscrit comme la troisième force du pays et s’implante dans le paysage politique grâce à quelques fortes personnalités médiatiques comme l’avocat Gilbert Collard dans le Gard, de sa présidente Marine Le Pen qui arrive à 49 % dans la ville d’Hénin Beaumont, et aussi la nièce, Marion Maréchal dans le Vaucluse. Le FN séduit une partie de la droite UMP dont nous avions déjà pu constater la porosité des voix lors de précédents scrutins. Il séduit aussi un électorat populaire dans les campagnes et les territoires victimes de la désindustrialisation et de la suppression des services publics par la droite sarkozistes.

Un très important effort d’éducation populaire et citoyenne est nécessaire pour démasquer les mensonges et les incohérences du FN en matière économique et sociale, dénoncer la permanence de son caractère raciste et xénophobe, du danger qu’il représente pour notre démocratie et notre république laïque, à l’image de ce qui se passe là ou ses amis idéologiques sont au pouvoir, comme en Hongrie ou en Grèce ou le Laos, mouvement néonazi qui a voté toutes les mesures d’austérité imposées aux Grecs. Politique dont on connaît le résultat désastreux.

 

Allain GRAUX

Le 11 juin 2012



[1] Voir mon article : l’élection présidentielle en France, sur http://allaingraux.over-blog.com/article-l-election-presidentielle-en-france-103529695.html

Tag(s) : #politique