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Au moment où le Président-candidat dénonce l’assistanat dont profiteraient les chômeurs, les précaires, tous ceux qui ne reçoivent pas un revenu suffisant pour se nourrir, se soigner, éduquer ses enfants, se loger, se vêtir et encore moins se cultiver, partir en vacances, aller au spectacle, au cinéma, au théâtre, il me parait utile de réfléchir aux buts de notre existence et de ses conditions. Vaste programme aurait dit le Général ! Mais puisqu’il s’agit du travail et des travailleurs, parlons-en.

A quoi sert le travail ? Il est nécessaire d’avoir une activité pour vivre. C’était vrai dans les sociétés primaires, que l’on qualifie de primitives ; il fallait trouver sa nourriture, construire son abri, tisser ses vêtements, etc…Dans ces sociétés, l’activité ne menait pas à l’accumulation d’un capital, de richesses. Ces sociétés n’en ont pas moins progressé, se sont différenciées. Certaines ont adopté un mode de vie pastoral où on commença à conserver l’alimentation, mais ce n’était pas dans un but lucratif, c’était pour améliorer les conditions d’existence. D’autres, des groupes guerriers, souvent nomades, ont utilisé la violence pour asservir les paysans, exploiter et piller les richesses produites.

Est-ce que les choses ont beaucoup changé depuis ces temps anciens, depuis l’aube de l’histoire de l’Humanité ?

Est-ce que l’on est plus heureux parce que l’on a accumulé d’immenses richesses et de ce fait obtenu un pouvoir dont on abuse pour en accumuler encore plus ?

Ces communautés, qui persistent encore de nos jours, sur un mode de vie collectif qui assure à chacun sa subsistance, sont-elles moins heureuses que nos « civilisations modernes » ?

Des raisonnements simplistes me dire-vous ? Simples, mais ne sont-ils pas justes ?

Nos sociétés ont évoluées vers des systèmes industrialisés, qui produisent d’énormes richesses. On peut considérer que cette évolution à apporté globalement du bien-être, amélioré les conditions de l’existence. Ce qui se traduit par l’augmentation de la durée de la vie, moins de souffrances et une élévation culturelle, du moins des connaissances. Mais tous n’en profitent pas également. Pourquoi ne pourrait-on pas partager toutes ces richesses, produites collectivement, alors que ceux qui en disposent le plus ne font qu’exploiter le travail de la plus grande masse ? Pourquoi ce système serait-il inéluctable ?

Est-ce que nous n’aurions pas les moyens aujourd’hui, à  l’identique des sociétés communautaires « primitives », d’assurer à chacun les ressources minimum pour vivre décemment ?

Des hommes, dans le passé, se sont posés ces questions et ont tenté d’y répondre en proposant un revenu « inconditionnel » pour chacun :

-          Thomas More en 1516,

-          Le révolutionnaire américain Thomas Paine, à la fin du XVIII°siècle développe l’idée d’une dotation inconditionnelle versée à chaque adulte. Cette idée fut mise en œuvre dans un village anglais en 1795, qui instaura un droit au revenu pour les pauvres.

-          Aujourd’hui, après le Philosophe américain Bertrand Russel, l’idée est portée par le mouvement Utopia et fait l’objet de débats et d’études, notamment à ATTAC, chez les Verts, le Parti de Gauche. On peut considérer aussi qu’André Gorz,  Pierre Bourdieu, ont défendu ce principe dans leurs œuvres sur la nature du travail, les revenus, l’écologie sociale.

 

Puisque M. Sarkozy veut rompre avec un assistanat qui serait dégradant pour les assistés, Plus efficace que les minima sociaux, un revenu inconditionnel d’existence ne permettrait-il pas de quitter l’assistance pour assurer solidairement, à chacun, un droit à une vie digne ? On résoudrait du même coup la question des aides au chômage, du salaire étudiant, des salaires maternels et paternels, en partie des pensions de retraite. L’utilité sociale de chacun, quelque soit son activité, serait ainsi reconnue et la dignité de tous retrouvée. D’un montant suffisant, il diminuerait les inégalités en permettant aux 8,2 millions de citoyens de ne plus survivre en dessous du seuil de pauvreté avec moins de 954 €/mois.

S’il est versé dès la naissance, il améliorerait une véritable chance d’accès égalitaire à l’éducation. Certes, l’argent n’est pas le seul critère d’égalité pour effacer les différences culturelles dans ce domaine, mais il y contribue…

 

Cette idée, aussi séduisante soit-elle, est-elle réaliste ? Est-ce possible ? 

Certains opposeront des objections d’ordre moral : tout salaire nécessite de travailler par opposition à la maxime tout travail mérite un salaire. Mais, justement, dans notre société dites moderne, hautement civilisée, le salaire octroyé n’est pas suffisant pour toute une catégorie de la population et un emploi n’est pas non plus assuré pour chacun. Avec la crise, entre 2008 et 2011, le nombre d’emplois n’a quasiment pas varié, alors que la population active a augmenté de 600 000 personnes[1]. S’il y a plus de chômeurs, c’est tout bonnement qu’il n’y a pas assez d’emplois ou  parce que les employeurs n’embauchent pas. Là où les offres ne sont pas pourvues, comme dans la restauration, le bâtiment, c’est que les conditions de travail et de rémunération sont exécrables ou qu’il s’agit de postes temporaires ou à temps partiel.

L’invitation au labeur, au travailler plus, incantatoire chez Nicolas Sarkozy, ressort de principes quasi religieux, mortifères, d’abnégations et de sacrifices pour les uns, alors que l’activité est joyeuse pour les autres, qui peuvent la choisir et en vivre bien. Comme si la souffrance populaire avait aussi une dimension « purificatrice »[2]. Citons aussi Pétain qui entendait substituer, déjà, « l’esprit de sacrifice à l’esprit de jouissance ! »

Faut-il en faire une contrainte du droit au travail ?

Le travail est un droit-liberté s’il résulte d’un contrat librement consenti et choisi, non imposé comme l’esclavagisme antique, le servage féodal, voire obligatoire des systèmes totalitaires. Le travail forcé du capitalisme n’est-il pas une liberté contraignante, s’il est forcé comme le veut Nicolas Sarkozy, comme le souhaite le MEDEF, en voulant l’imposer collectivement au delà du contrat individuel et aux demandeurs d’emplois ?

Si le droit au travail est une obligation pour l’Etat à l’égard des citoyens, on peut constater chaque jour qu’il n’est pas en mesure de satisfaire cette obligation. Ne faut-il pas, de ce fait, transformer cet engagement en un droit à un revenu d’existence décent pour chacun ?

 

Est-ce un droit de ne rien faire et de bénéficier d’un revenu de la société ?

Mais, pourrait-on encore objecter : Est-il vraiment juste que les honnêtes travailleurs financent les passe-temps des chômeurs heureux ?[3]Si on peut admettre le libre choix de son activité - ce que permettrait le revenu d’existence - faut-il les financer toutes, et aussi celle de ne rien faire ?

Même un économiste de gauche comme Jean Marie Harribey, ancien Président d’Attac, estime que seul le travail est créateur de valeur susceptible  d’être distribué sous forme de revenus monétaires[4].  Pour lui, le droit au travail est supérieur au droit au revenu parce qu’il confère à l’individu  sa qualité d’homme entier, producteur et citoyen. Le problème dans ce raisonnement - un tantinet empreint de religiosité ou de moralité puritaine, comme on voudra ! – c’est qu’il n’y a plus assez d’emplois. Il faudrait au moins les partager, en développer d’autres utiles au développement de l’activité sociale, démocratique et écologique[5].

Si, on ne travaille pas, au sens salarié du terme, ne devrait-on pas avoir au moins une activité sociale utile ? Pas un Travail d’Intérêt Général imposé aux délinquants après une condamnation, en substitution à la prison, cette idée sarkoziste, c’est criminalisé le travail, le réduire à une peine et non lui donner une valeur positive. Ce pourrait-être militer dans une association, une ONG, des activités de formation, familiale, bénévoles au service de la collectivité, dans des activités sociales de non-travail dont l’utilité n’est pas réductible au seul avantage personnel car la société y trouve aussi son intérêt. C’est une forme de revenu décrit de participation par les Belges Philippe Van Parijs et Yannick Vanderborght[6].

 

Une autre forme de revenu : la  gratuité.

Une autre façon de procéder serait d’assurer la gratuité des services essentiels à la vie des individus :

-          Gratuité des transports publics, seulement locaux, ou nationaux. Dans quelles limites ? Ce sont des choix sociaux à décider par les citoyens, à chaque échelon. Cette gratuité existe déjà dans certaines agglomérations comme Aubagne.

-          Gratuité des Biens humains universels : les 50 premiers m3 d’eau, d’une quantité définie de KW/h, de gaz, des soins médicaux, totale de l’enseignement, d’une part de culture : musées, d’un quota de films, l’accès aux théâtres et concerts publics …

-          Gratuité des cantines scolaires et d’entreprises.

-          Plafonnement des loyers pour le droit au logement.

C’est un autre choix de vie sociale partagée, républicain, c’est-à-dire accessible à tous et partout. Il pourrait-être combiné avec un revenu minimum d’existence.

 

Mais est-ce que les gens voudront encore travailler ?

Les expériences déjà réalisées dans le monde, aussi bien dans des villages namibiens que dans des cités américaines, démontrent que loin d’encourager la non-activité, le revenu d’existence, entraîne de l’activité et de …l’emploi. Le fait de disposer d’un revenu permet de consommer et donc de développer les échanges marchands et la production de marchandises. Si, une petite minorité d’individus se contenteront du minimum vital, pas leurs achats, ils contribueront économiquement à la vie sociale. Et l’augmentation du nombre de « chômeurs volontaires » libérerait des emplois et permettrait de réduire le nombre des chômeurs involontaires.

Le  risque existe d’une désertion des emplois les plus pénibles comme le ramassage des ordures ménagères. Cela posera le problème du montant de la rétribution de ses tâches, souvent très mal payée, de leur réorganisation dans le sens d’un partage équitable, de la réduction de ces tâches (réduction des ordures ménagères) et de leur modernisation.

 

Le revenu d’existence, n’est pas une idée spécifique de gauche, des économistes libéraux en présente une version… libérale, comme l’impôt négatif sur le revenu[7], d’un montant très faible et associé à la suppression du salaire minimum et de la protection sociale. Ce qui a pour effet de développer les trappes à bas salaires. Le revenu d’existence ne doit pas être synonyme d’un égalitarisme par le bas, d’une misère partagée…C’est un dispositif destiné à embaucher les chômeurs à bas prix, comme le dénonçait André Gorz[8], les bas salaires étant complétés par l’impôt. Or, le prix de la Force de travail doit-être payé au moins à sa valeur.

 

Voilà un choix de société qui mériterait un large débat citoyen pour en définir les objectifs, les contours, les limites. Il devrait s’insérer dans le sens d’une réorganisation globale de notre système économique, politique et sociale, s’inscrivant dans une planification écologique, démocratiquement choisi par le référendum d’initiative populaire, après un large débat de l’Assemblée constituante de notre VI° République.

 

Il n’est pas interdit de rêver…

 

  Allain Graux

Le 6 mars 2012

 

 



[1] Alternatives économiques  - mars 2012 – Denis Clerc p.17

[2] Frédéric Lebaron »Un parfum d’années trente » Savoir/Agir N° 18  dec2011- lire Le Monde Diplo mars 2012- (Mona Chollet

[3] Un revenu pour tous – Baptiste  Mylondo – Editions Utopia -. P.65

[4] JM Harribey : Allocation universelle ou plein emploi.

[5] Voir Allain Graux : http://allaingraux.over-blog.com/article-votre-avenir-avec-sarkozy--i--97518278.html

Mettre de l’humain dans les rapports sociaux, de travail, de vie, c’est aussi ne pas remplacer les hommes et les femmes par des machines quand cela n’est pas nécessaire. C’est plus agréable, au guichet, au téléphone, de parler à une personne, plutôt qu’à un automate.

[6] Assurance participation – Travail et non-travail, vers la pleine participation – Bruxelels – De Boeck et Larcier 2000

[7] Milton Friedman. Capitalisme et liberté 1962. En France : la prime pour l’emploi instaurée sous Jospin est une forme d’impôt négatif.

[8] André Gorz –Pour un revenu ».

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