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Photos manifestation anti Otan

Mercredi 25 mars 2009

 Sous l’égide de l’ONU, la communauté internationale a célébré la journée mondiale de l’eau le 20 mars 2008. En effet, 1,5 milliards d’être humains n’ont pas accès à l’eau potable, 50 000 personnes, dont la moitié d’enfants, meurent chaque jour en raison des problèmes de santé liés à l’eau.

Une ressource qui devient rare.

L’eau douce ne représente que 3 % des ressources dont les 2/3 sont constituées en glace, elles devraient diminuer de

80 % pour chaque habitant en l’espace d’une vie humaine. Entre 1960 et 2025, elles pourraient passer de 3 430 m3 à seulement 667 ; or le seuil d’alerte est fixé à 2 000 mètre cubes.

L’eau c’est aussi un enjeu stratégique majeur pour un grand nombre de pays et de peuples. Son accaparement  met en péril la paix et la stabilité du monde. C’est le cas :

Au Proche-Orient ou Israël occupe illégalement le plateau du Golan Syrien, capte les eaux du Jourdain au détriment de la Cisjordanie. (Un israélien consomme quatre fois plus d’eau qu’un Palestinien.)

La Turquie retient en amont, par des barrages, l’eau du Tigre et de l’Euphrate, au préjudice des besoins des pays avals comme la Syrie et l’Irak.

En Asie centrale, dans la Vallée de Fergana.

En Chine, avec le gigantesque barrage des Trois Gorges, avec ceux prévus sur le Mékong au désavantage de la Thaïlande, du Laos, du Cambodge, du Vietnam.

En Amérique latine avec les convoitises sur l'aquifère Guaraní, de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay. La captation des eaux du fleuve frontière Rio Bravo entre le Mexique et  les Etats-Unis.

En Amérique du Nord où les Etats-Unis souhaitent transférer sur leur territoire les immenses réserves aquifères du Canada.

En Afrique Subsaharienne, en Libye et en Egypte, entre l’Afrique du Sud et ses voisins.

 


 La question de l’approvisionnement en eau est liée aux questions écologiques du réchauffement climatique et des pollutions industrielles et agricoles.

Le changement climatique affecte les précipitations et le cycle hydrologique et par conséquent la disponibilité des eaux de surface, l’humidité des sols et l’alimentation des nappes souterraines. Il pourrait provoquer des catastrophes naturelles de grande ampleur et en conséquence de grands vagues de réfugiés environnementaux (c’est déjà le cas au Bangladesh, au Proche et Moyen-Orient). Le rendement des cultures est menacé tant dans les pays développés que ceux en voie de développement. Trois milliards de personnes sont exposées aux menaces de pénurie d’eau.

Si la population du globe a été multipliée par trois au XX° Siècle, la demande en eau a été multipliée par sept et la surface des terres irriguées par six…

Plus d’un tiers des terres du globe arides ou semi-arides manquent d’eau.

Elle ne doit évidemment pas être polluée par l’utilisation outrancière d’engrais et de pesticides qui polluent les nappes et les rivières. Elle ne doit pas être prélevée outrageusement par l’irrigation de cultures industrielles inadaptées comme le coton qui a tari la mer d’Aral, le maïs qui assèche le Sud de la France. L’arrachage des arbres en Australie a provoqué la remontée et la salinisation des nappes. L’Australie souffre actuellement d’une redoutable sécheresse qui a diminué considérablement ses ressources vivrières.

La construction non maîtrisée de grands barrages a souvent des conséquences néfastes pour les populations ; elle entraîne la perte de terres agricoles (5000 000 ha en Inde entre 1950 et 1973), le déplacement des habitants, la réduction des nappes phréatiques.

Dans les pays en voie de développement, 90 % des eaux résiduaires et 70 % des déchets industriels sont rejetés sans traitement préalable dans les eaux de surface. Ce qui entraîne la mort de cinq millions de personnes par an, de maladies liées à la pollution de l’eau.

 

La consommation

La consommation journalière varie de 900 litres par personne aux Etats-Unis pour 10 à 30 litres dans les pays africains. Les pays d’Afrique du Nord et du Proche-Orient vivent dans des conditions qui handicapent leur développement économique et social avec moins de 2 000 m3 par habitant et par an.

L’agriculture consomme 70 % des ressources aquifères, suivie de l’industrie (20%). Les usagers urbains ne représentent qu’une faible proportion de la consommation globale.

Si l’eau est indispensable aux cultures vivrières qui font aujourd’hui défaut, en particulier dans les pays pauvres où la population est en majorité paysanne, l’agriculture doit être adaptée aux ressources en eau pour ne pas épuiser les nappes phréatiques, les rivières et les lacs par des cultures inappropriées : les golfes dans le désert, le coton dans les régions désertiques, le maïs, etc.…

 

Histoire d’eau

Depuis la plus haute antiquité, l’eau est au cœur des pratiques sociales, religieuses, économiques et sanitaires.

Les Gaulois révéraient en Belenos le dieu de l’eau et de la santé. Cette vénération continua avec la conquête romaine. En trempant leurs corps dans les sources pour retrouver la santé, ou en pratiquant le bain dans les thermes urbains, les gallo-romains partageaient l’eau en se conformant aux normes sociales, autant pour la propreté que la distraction. Les nombreux aqueducs amenaient l’eau aux fontaines où elle était fournie gratuitement et en abondance. Ce n’était pas un produit marchand mais un don de la  nature.

Entre le XII° et le XVII° siècle, dans la chrétienté, le rapport au corps change : l’eau reste sacrée, mais seules comptent les eaux du ciel pour le baptême, le bénitier, l’absolution. Les bains privés ou publics sont progressivement pourchassés, voire interdit. L’eau devient redoutable, elle passe pour affaiblir, dégrader, tuer les imprudents qui se livrent à des ablutions prolongées. Louis XIV ne prendra qu’un seul bain de toute sa vie…

En 1860, la révolution scientifique pasteurienne met en évidence les germes pathologiques qu’elle est susceptible de contenir.

Désormais la question de la qualité de l’eau s’ajoute à celle de la quantité.

Cette fois, c’est dans le cadre d’une économie marchande, de type capitaliste, que l’eau est distribuée, non seulement dans les fontaines publiques, mais par les robinets de chaque logement. Laïcisée, elle se transforme en un produit de type industriel scientifique et technique. En France, de quelques litres par habitant et par jour, la distribution passe à la fin du XX° siècle, à 200 litres par habitant et par jour dont moins de 10 % est destinée au corps et à la toilette.

Les trois dimensions symboliques de la vie humaine : sacrée, sociale et économique, restent présentes. L’eau est inscrite à ce titre au patrimoine mondial de l’humanité. Encore faut-il que chaque être humain ait accès à ce patrimoine.

(Chapitre écrit suivant l’article de J.P. Goubert « une amie de longue date… » .publié par Manière de voir 65- sept.oct.2002)

        

Accès et distribution à l’eau

La philosophie des multinationales de l’eau :

Rareté : devenue un bien économique à valeur marchande, la rareté intéresse au plus haut point les groupes capitalistes.

Pollution : si l’eau est sale, je la dépollue, si elle est propre je la vends propre, si elle est abondante je la raréfie par un système de péage.

Discrimination : je la vends cher à ceux qui peuvent payer cher.

Mais d’où viennent-elles ces firmes ?

En France, la gestion publique de l’eau a été confiée aux communes en 1789. C’est un héritage de la révolution française. Il a été remis en cause au XIX° siècle avec la possibilité de la déléguer au privé.

Les multinationales de l’eau

En 1853 fut créée par décret impérial la Compagnie Générale des Eaux. Elle fournissait alors de l'eau à Lyon. L'entreprise devenue Vivendi a entamé une diversification de ses activités au début des années 1980, en investissant dans la gestion des déchets, l'énergie, les transports, la construction, l'immobilier, la communication : c'est-à-dire dans la délégation de services publics et dans les commandes des pouvoirs publics.


En 2002, Vivendi environnement se dégage de Vivendi Universal et en 2003 devient Véolia Environnement. Puis en 2005, l'eau, la propreté, les services énergétiques et le transport sont rassemblées sous un nom commun : VEOLIA.

Ce groupe représente 36,5 % du marché mondial et français.

 

Le 2 février 1880, la Société Lyonnaise des Eaux et de l'Eclairage naît à Paris.
À l’origine, une institution bancaire, le Crédit Lyonnais fonde la SLEE (Société Lyonnaise des Eaux et de l'Eclairage), pour « l’obtention, l’achat, la prise à bail et l’exploitation, en France et à l’étranger, de toute concession et entreprise relative à l’eau et à l’éclairage ». Au début du XXe siècle, en France, de grandes villes comme Bordeaux (1913) concèdent leur service de l’eau à la Lyonnaise des Eaux. À cette même époque, l'éclairage urbain au gaz est l'activité principale de la Lyonnaise des Eaux.

Après la Première Guerre mondiale, l'entreprise investit dans l'énergie. En 1946, la nationalisation des secteurs du gaz et de l'électricité change la stratégie. La Lyonnaise des Eaux se repositionne sur les services d’eau. L’entreprise investit dans le traitement des eaux usées. Elle poursuit en parallèle sa politique d’acquisition de sociétés : Eaux de Calais, (1954), Eaux de Douai (1959) et signe des contrats de concession avec des villes importantes comme Soissons (1962) et Carcassonne (1964).

Lyonnaise des Eaux se désengage des Pompes funèbres générales en 1996 et fusionne un an plus tard avec Suez (19 juin 1997). Le nouveau groupe se recentre progressivement sur deux pôles : l'énergie et l'environnement. LA Lyonnaise des Eaux appartient désormais à ce second pôle. Il représente 22% du marché.

 

La Société d’Aménagement Urbain et Rural (SAUR) a été créée en 1933.

C’est le troisième groupe français avec 16,5 % du marché et le quatrième mondial, devancé par l’allemand RWE. En 1984 : Le Groupe Bouygues se porte acquéreur de Saur dans une perspective de développement et de diversification de ses activités, avec la création de Coved pour le traitement des déchets. En 1997 : Intégration de CISE (filiale de la société Saint-Gobain) au sein du groupe SAUR, qui devient le troisième prestataire de services auprès des collectivités locales. En 2005, le groupe Bouygues négocie avec « PAI Partners » la cession du Groupe SAUR et n’en conserve que 10 %.

2006 : Retrait de Bouygues du capital de SAUR ; SAUR France absorbe la maison mère.

2007 : PAI Partners cède ses parts à 3 actionnaires français: la CDC, Caisse des Dépôts (47%), Séché Environnement (33%) et AXA (20%).

Le groupe SAUR est constitué de plusieurs filiales qui s’occupent chacune d’une mission bien spécifique :
-SAUR : gestion de l’eau et de l’assainissement

-STEREAU : conception et construction d’usines de traitement (1960)

-COVED : collecte et traitement des déchets

SAUR est un opérateur de gestion, déléguée des services d’eau ; elle dessert en eau potable et traite les eaux usées de 5,5 millions de consommateurs dans plus de 6 700 communes et agglomérations sur tout le territoire français. Pour cela, SAUR exploite 3 600 stations d’épuration et gère 200 000 km de réseaux.

 

Ces trois firmes forment un oligopole et ne sont pas vraiment en concurrence ; elles se partagent le marché. Leurs actionnaires sont souvent communs : Crédit Lyonnais, Crédit agricole, Axa, Suez. Elles sont présentes dans le bâtiment, les travaux publics, la communication (TFI, TPS, M6, Canal +). Car qui tient les médias tient les hommes politiques dont le rôle est important dans le partage des marchés. Dans le début des années 90, le nom de la Lyonnaise des Eaux ainsi que celui d’autres entreprises, a été cité dans des contentieux liés au financement de partis politiques.

 

Le marché

Le marché mondial, c’est plus de 1000 milliards de dollars ; il est détenu à 80 % par les sociétés multinationales françaises et leurs filiales. Alors que le marché américain est municipalisé à 89 % et desservi par 60 000 intervenants publics, en France 80 à 85 % des français consomment privé. En 1945, le rapport était inverse : 75 % relevait du publique et  25 % du privé  (31,6 % en 1954).

 

En France, il existe plusieurs modes de gestion des services d’eau et d’assainissement                                  - La régie : le service est directement géré par la collectivité (commune ou groupement) et dispose de l’autonomie financière.                                                                                                                                           - la gestion déléguée : les contrats signés entre les collectivités locales et les opérateurs d’eau répondent à une réglementation stricte.                                                                                                                                             - La concession : le service de l’eau est concédé à une société privée. Cette dernière construit les infrastructures et gère le service pour le compte de la collectivité. Les investissements réalisés reviennent ensuite de plein droit à la commune, à l’issue du contrat.
Généralement, ce type de contrat, en raison des investissements à amortir est de longue durée (20 - 25 ans)                                                                                                                                     - L’affermage : l’entreprise gère seulement le service, les investissements sont pris en charge par la collectivité. La durée du contrat est moyenne (10 – 15 ans)                                                                                                              - La gérance : le contrat ne porte que sur une partie spécifique du service ; la durée du contrat est généralement plus courte (moins de 7 ans).                                                                                                            

 

En France, le marché de l’eau représente 23 millions d’abonnés.

60 % des communes représentant 80 % de la population ont délégué leur gestion pour 416 milliards d’euros.

Pour l’assainissement, 50 % de la population est en gestion déléguée.

En 2005, 20 576  communes sont en gestion déléguée, 15 841 en régie publique.

 

Lors du renouvellement des contrats (12 000), le petit négociateur local n’a aucun poids pour renégocier les prix face à une puissante multinationale liée aux autres par des contrats de non-agression…Une unique réponse dans 31 % des appels d’offre rend totalement illusoire la concurrence. Dans 95 % des cas, le même délégataire est reconduit après la fin d’un contrat.

Ces contrats à long terme sont de véritables rentes de situation :

Véolia : de 10 à 20 % ; en 1997, 4,5 milliards de profits. En 2000, entre 8,4 et 16,8 milliards de francs…

 

 

Distribution déléguée : trois entreprises se partagent le marché

 

Véolia Water (ex-Générale des eaux)

56 %51 % + 5 % (part de l'entreprise dans les filiales communes)

Suez Lyonnaise des eaux

29 %24 % + 5 % (part de l'entreprise dans les filiales communes

SAUR

13 %

Une dizaine d'entreprises locales

2 %

Source : avis du conseil de la concurrence 31 mai 2000

 

Le Prix de l’eau

La Cour des comptes a étudié pour la période 1995-2002 la gestion des services publics d'eau et d'assainissement de plus de 200 communes et établissements publics intercommunaux. En ce qui concerne le prix de l'eau, la Cour constate d'abord l'existence d'écarts très importants - de 1 à 4 d'une commune à l'autre - sans que les raisons de telles disparités soient parfaitement claires. En comparant gestion directe et gestion déléguée de l'eau, la Cour observe ensuite que le principe de l'équilibre budgétaire du système de régie permet uniquement le financement des investissements déjà inscrits au budget, et que l'existence d'une comptabilité analytique ou d'un contrôle de gestion est trop rare, ce qui entraîne fréquemment la majoration du prix de l'eau par des charges indues. Du côté de la délégation, le prix est affecté notamment par diverses clauses défavorables aux usagers.

 

Des prix systématiquement abusifs sur les grandes villes. 

L’étude constate que le prix de l'eau est largement surfacturé sur toutes les agglomérations de plus de 300 000 habitants et sur la moitié des agglomérations comprises entre 100 000 et 300 000 habitants. Cette surfacturation a un impact économique très important. En effet, selon l'INSEE, les agglomérations urbaines de plus de 100.000 habitants regroupent 27 millions de français. Une petite moitié de la population est donc exposée à une politique tarifaire le plus souvent abusive. Les marges nettes sur chiffre d'affaires dégagées par les services d'eau sont impressionnantes puisque, elles oscillent entre 26 et 42%, 59% pour le SEDIF (Ile de France). Elles sont au minimum deux à trois fois supérieures aux taux de marges nettes des autres secteurs industriels déjà considérés comme profitables. (Enquête UFC – Que Choisir)

Le prix de l’eau et de l’assainissement est de 2,75 € en moyenne, mais il peut varier de 1,90 à 4,10 € (dans le Morbihan). La confusion permet d’entretenir l’ambiguïté sur le vrai tarif de l’eau et de pratiquer une gestion occulte. Le prix a progressé de 2,4 % entre 2001 et 2004.                                                                                  

En Bourgogne, le tarif facturé moyen de 3 € le m3, l’eau est la plus chère du bassin : 3,32 €  le m3 à DIJON - 3,41 € à Beaune pour 120 m3 consommés.                                                                                                                                                     Toutes les enquêtes le confirment, le tarif du m3 d’eau est en moyenne 20 à 25 % plus élevé en gestion privée qu’en régie. Cela permet aux grands groupes de réaliser de juteux bénéfices  et des marges allant de 40 à 55 %.

 (Selon Que Choisir 2007).                                                                                                                                           

Dans toutes les renégociations intervenues ces dernières années, les tarifs ont pu être baissés jusqu’à 30 % et plus  Quant au retour en régie, Ils ont toujours permis une baisse significative des tarifs  de 15 à 30 %,  (44 % en régie intercommunale) en améliorant la qualité du service et les investissements.                                                                                                                          A Grenoble la reprise en régie directe a permis de réduire le montant à 0,75 € le m3.   

Quatre raisons pour le retour en régie :

éthique : pour vivre ensemble, gérons nos biens communs en commun comme l’eau, le soleil, le savoir ensemble.   

Ecologique : léguer à nos descendants une eau de bonne qualité et les savoirs qui leur permettront de préserver l’eau. La privatisation de l’eau, c’est aussi la privatisation des savoirs.

Sociale : pour que la facture de l’eau soit moins lourde aux ménages.

Altermondialiste : pour lutter contre le pillage des ressources naturelles de la planète par les multinationales.


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