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Deux Frances, dit le quotidien « Le Monde » ; la réalité est bien plus complexe que cette volonté affichée d’opposer la France « bien-pensante et libérale-démocrate», celle qui penserait, comme le supposent les élites intello-médiatiques, à celle des classes populaires supposées conservatrices, moins instruites, figées dans des idées et clivages dépassés. Parce qu’en dehors de la démocratie libérale, face à l’économie de marché, la libre entreprise, il n’y aurait qu’une alternative, xénophobe et nationaliste, ou populiste et souverainiste et – péché capital - protectionniste.   

Les choses sont bien plus compliquées que cette présentation schématique qui n’a pour but que d’opposer le camp du Bien au camp du Mal, comme au plan mondial les méchants djihadistes aux bons occidentaux, comme d’antan le monde dit libre au camp socialiste. Une sorte de choc des civilisations sociétales.

Tout au long de cette campagne et jusqu’au dernier instant, dans le secret de l’isoloir, les observateurs ont pu constater comme bien souvent nous-mêmes, qu’une forte proportion d’électeurs était déroutée par ce pouvoir prétendu de gauche qui a mené une politique semblable à celle de la droite sarkozienne qu’ils avaient rejetée en 2012. Cela a commencé dès l’arrivée au pouvoir de François Hollande qui est allé se soumettre au diktat économique de Merkel alors qu’il s’était engagé à renégocier les traités européens. On connaît la suite : le CICE avec les 40 milliards de cadeaux aux entreprises du Medef, sans contrepartie, la destruction du code du travail, la criminalisation des luttes syndicales contre les effets de cette politique absurde qui n’a pas endigué et fait reculer le chômage de masse. La France entrainée dans des aventures guerrières derrière l’Otan et les Etats-Unis, des alliances contre nature avec des états féodaux pourvoyeurs de l’idéologie du terrorisme intégriste. Cette politique d’austérité générale et d’un début d’ubérisation de notre société a été initiée et menée un large temps par un ministre de l’économie qui prétend présider aux destinées du pays demain. Il est le vainqueur du premier tour, ce qui peut paraître paradoxal si on considère son bilan et la continuation de cette politique désastreuse dans ces propositions, par une ubérisation renforcée du pays, la poursuite des atteintes aux droits et à la protection sociale des Français.

Ce qui démontre bien quelle confusion peut régner dans la tête de ce petit quart d’électeurs qui ont voté pour cet héritier d’un hollandisme que par ailleurs les Français rejettent massivement.

Un rejet qui s’est exprimé par la chute vertigineuse du score du candidat désigné par la primaire du PS (et non de la Gauche comme on voulait nous le faire croire) : 6,3 % ! Il faut remonter à Gaston Defferre qui n’avait obtenu que 5,01 % au premier tour de l’élection de 1969 pour une telle dégringolade. Benoit Hamon a payé toutes les ambigüités qui ont éclaté au sein du PS, ce que j’avais analysé à la veille de sa désignation. Une pléthore de dirigeants et caciques néo–libéraux se sont ralliés à Macron, à commencer par son ancien premier ministre qui ne lui a jamais pardonné sa fronde et celle de ses amis. Mais cette fronde elle-même, n’a jamais abouti à rien, car elle n’a pas été menée jusqu’à sa conclusion logique : la motion de censure d’une politique qui n’était plus approuvée, par peur de ne plus être réélu, le Président disposant du pouvoir de dissuasion majeur : la dissolution. Mais lui, le Président, il est « irresponsable » politiquement, on ne peut pas le démettre, le révoquer, alors qu’il est le maître de l’orientation politique du gouvernement. C’est une des raisons pour lesquelles il faut changer nos institutions et passer à la VIème République.

Hamon, comme l’ensemble des sociaux-démocrates, se fait encore des illusions sur la possibilité de changer l’Europe, ses institutions « adémocratiques », son orientation ultra néo-libérale, par des conversations de salon alors qu’il faut taper du poing sur la table et que la France, 2ème puissance européenne, a les moyens de le faire. Proposer cela, ce n’est pas renoncer au projet de la « pax Europa », c’est la refonder avec son volet social et fiscal, toujours promis et jamais réalisé. La paix dont on se gargarise, mais quelle paix alors que la guerre rugit aux frontières, en Ukraine et que l’Otan dirigée par les Etatsuniens mène une politique de confrontation avec la Russie au lieu de proposer une conférence de paix et de stabilité.

Est-ce que ces contradictions, ces incohérences ne renforcent pas la confusion, affermies par l’impression (erronée) d’envahissement par des migrations de diverses natures, réfugiés à la suite des guerres du Moyen-Orient (il n’y a pas que la Syrie), d’Afrique, ou fuyant les dictatures et la misère provoquée par les conflits et la mondialisation ?

A cela, il faut ajouter la corruption qui a touché tous les grands partis traditionnels, dits de gouvernement et aussi le FN qui prétend laver plus blanc (c’est vraiment l’expression qui convient).

Là aussi confusion, car Marine Le Pen semble avoir été moins condamnée par l’opinion publique que le candidat de la droite François Fillon, pour des faits de nature équivalente en ce qui concerne l’utilisation des attachés parlementaires français ou européens. Il faut dire aussi que les médias lui ont fait la part  belle, avec une présence journalière sur les ondes, comme s’ils souhaitaient cette confrontation jugée gagnante de sa présence au deuxième tour...

Face à toutes ces questions, et d’autres encore qu’il serait trop long d’énumérer, les clivages s’entremêlent ; on peut avoir des sentiments :

-  traditionalistes à droite comme à gauche ;

- protectionnistes à gauche comme à droite :

- souverainistes ;

- des idées sociales plutôt à gauche, mais où est la Gauche aujourd’hui, tellement la confusion entre les idées et les sentiments est grande.

En fait, la recomposition politique en cours n’est pas achevée, bien que nous n’en soyons plus aux prémices. Elle s’achèvera quand seront éradiqués :

- l’idéologie de la confusion nationaliste et xénophobe du FN abuse nombre de gens, avec le langage de la gauche altermondialiste accolé à une constante raciste de « préférence nationale » qui est un terme doucereux employé pour masquer le racisme et l’anti républicanisme de cette entreprise familiale, née d’Ordre nouveau, un parti fasciste dont il reste des éléments essentiels au sein de son organisation. Un parti qui propose en réalité une politique tout aussi libérale que celle de Macron ou Fillon.

- Le macronisme, ce masque centripète attrape tout, masque des projets les plus libéraux et surtout libérés de ce que ce Monsieur Macron considère comme des entraves à l’épanouissement des multinationales comme des start-up, c’est-à-dire les droits sociaux et fiscaux des salariés. Le promoteur de l’abominable loi sur le code du travail, dite El Khomri, c’est lui ! Le macronisme, c’est la fin des Services publics, de la Sécurité sociale, du rôle promoteur d’un Etat qui serait au service de tous, des idées sociales et républicaines d’égalité et de solidarité.

Le macronisme, c’est la préfiguration de ce qui a conduit à la disparition de la  gauche en Italie, perdue            au sein d’un parti démocrate à l’américaine, sans âme, sans idéologie autre que le ni-gauche ni droite. Or gauche et droite, ce n’est pas la même signification, car les intérêts de classe des salariés ne sont pas les mêmes que ceux de ceux qui les exploitent, les vendent à l’encan des délocalisations. Les classes sociales n’ont pas disparu, même si tous n’en ont pas conscience, par un coup de baguette magique. Les riches et les pauvres ne s’approvisionnent pas dans les mêmes supermarchés et avec les mêmes produits. S’ils possèdent tous un estomac semblable, ils ne digèrent pas la pilule de l’austérité de la même façon. Le projet macronien, s’il en est un véritablement, n’a aucune consistance sociale et sociétale cohérente, il se situe en dehors de toute considération écologique alors que les considérations environnementales sont devenues fondamentales pour l’avenir de nos sociétés et de la vie sur la planète. 

L’avenir en commun

C’est le seul projet qui englobe l’ensemble des questions politiques, économiques et sociales, écologiques (l’écologie est au centre de toutes les propositions, à la différence du FN où c’est la priorité nationale !!!), institutionnelles, de sécurité et de défense, de coopération et de solidarité comme de souveraineté.

Cette clarté portée par le candidat de la France Insoumise, Jean Luc Mélenchon, a échoué de peu à illuminer le paysage politique français, malgré une dynamique et une progression extraordinaire  depuis 2012, de 4 millions à plus de 7 millions d’électeurs avec 19,62 % des voix.

Au fur et à mesure de sa progression, la crainte s’est emparée des « bien-pensants »qui ont fait flèche de tout bois pour dénaturer les propos de Jean Luc sur Putin , la Syrie, le revêtir d’un costume de dictateur en puissance, le comparant à Castro, Maduro, Chavez (qui n’a jamais été un dictateur), pour faire peur, y compris sur les chaînes du service public, à Antenne 2 comme à France-Inter. 

On peut comprendre la déception des 450 000 soutiens et leur hésitation devant le choix réducteur qui leur est proposé pour le deuxième tour. Que ce soit l’un ou l’autre finaliste, ils ne se sentent pas représentés et craignent à juste titre que leur vote soit ignoré comme il l’a été en 2002 avec le « Front républicain » en faveur de Jacques Chirac. Beaucoup disent qu’on ne les y reprendra plus.

Sentiment d’autant plus fort que si JLM n’a pas gagné la qualification, il a néanmoins gagné le fait que c’en est fini de l’hégémonie du PS à gauche, grâce à une stratégie de rassemblement populaire qui dépasse ce simple clivage gauche-droite. A la différence du macronisme, ce rassemblement qui a permis un recul du FN parmi les classes populaires, a redonné du sens au combat politique. Au-delà d’un consensus de façade, il s’est effectué dans la clarté, avec des propositions qui, si elles se sont appuyées sur le programme « l’Humain d’abord » de 2012, se sont enrichies de milliers de contributions.

Le travail n’est pas terminé, il ne fait que commencer, en France et en Europe, avec le développement des organisations de l’insoumission face aux diktats de la libre concurrence, pour des «jours heureux ». Le mouvement devra se structurer et se renforcer après des élections législatives où il sera plus que jamais nécessaire de convaincre pour faire élire des députés de la FI. 

Le combat continuera, en fonction de la nouvelle majorité législative issue de ces élections, soit pour s’opposer à toutes les mesures antisociales projetées, soit pour appliquer le programme de la FI, enrichi par tous ceux qui veulent y contribuer.

Aujourd’hui, l’alternative, c’est l’Avenir en commun de la France insoumise.

Allain GRAUX

Le 25.04.2017

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #POLITIQUE