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Mercredi 2 novembre 2016, Michel WARSCHAWSKI a donné à Paris une conférence sur le thème ‘Israël, un pays à la dérive”. Ci-après quelques notes que j’ai pu prendre.

Israël un pays à la dérive Le paradoxe: Si on regarde les indicateurs objectifs concernant Israël, ce sont des indicateurs de succès. Si on regarde l'atmosphère, l'état d'esprit des gens on sent une crise structurelle grave, et un sentiment de pourriture. C'est autour de ce paradoxe que je vais organiser mon intervention. Indicateurs de succès - Economique. Pas de crise, indicateurs économique positifs. Le pays est noté AAA par les agences de rating, export de capitaux, export de technologie y compris militaire. Le pays est très riche, mais le fossé entre riches et pauvres et le plus grand de tous les pays de l'OCDE - Sécurité nationale. Pas de menace aux frontières. Les pays arabes ont fait une proposition de paix même Ben Gourion aurait vendu sa mère et son père pour l'accepter. - Sécurité individuelle. Quasiment plus d'attentats (vague d'attaques aux ciseaux et aux couteaux, mais très localisées et limitées dans le temps.) Les gens se sentent en sécurité même si le discours officiel prétend le contraire On aurait cru qu'on est arrivé à bon port. D'autant plus que le conflit israélo palestinien est contrôlé. La résistance palestinienne est dans une phase défensive. Les gens s'accrochent à leur culture, leur terre. Les palestiniens ont une capacité extraordinaire à résister, à s'accrocher, mais ça ne fait pas une révolution. Il n'y a plus de combat pour la libération nationale. En ce sens les dirigeants israélien peuvent se donner un bon point. Ils gèrent les territoires à bon prix puisque le travail de police est fait par les palestiniens eux-mêmes. Même la sécurité des colons doit être garantie par la police nationale palestinienne. On devrait être satisfait, et pourtant l'ambiance est glauque, n'est pas à l'enthousiasme du tout. On n'a même pas un sentiment de normalité. C'est de cela je voudrais parler en soulignant une série de facteurs marquant un tournant dans ce qu'est Israël, et la société israélienne. Israël toujours été et continuera à être un pays colonial qui s'est imposé à une population indigène, et dont l'ensemble des institutions visent à gérer cette colonisation. Israël est une société qui est en train de changer en profondeur.

Indicateurs de régression

1- Premier changement.

Concerne l'auto-définition d'Israël. Il se définit comme un Etat juif est démocratique. C'est un oxymore. il y a une contradiction interne dans cette expression Cette définition a toujours été présente. Dans la constitution d'Israël (même s'il y a pas de constitution) dans ses lois, dans sa déclaration d'indépendance. Par contre ce qui est nouveau c'est que au sein d'Israël, en particulier sa classe politique des intellectuels et des gens au pouvoir, on remet en question cet équilibre, illusoire, juif et démocratique. Cet équilibre qui était tellement important pour Israël, et en particulier pour quelqu'un considéré comme le meilleur commis voyageur de la démocratie israélienne Shimon PERES. Il 'était celui qui vendait une certaine image de marque d'Israël, basée sur ce dont il était incontestablement le champion mondial: le mensonge. Dans les termes mêmes du ministre de l'éducation BENNET, entre juif et démocratique, nous avons fait le choix. Nous sommes d'abord juifs, la démocratie on verra bien. Au cours des dernières années une longue série de lois changent la nature du régime, met à bas le masque démocratique. La première victime c'est la minorité arabe israélienne. En 2000 lors des grandes manifestations Ehud BARAK leur disait que la fête était finie. On revient à l'ordre ancien, vous êtes une minorité tolérée. Les discriminations aujourd'hui entre les municipalités arabes et les municipalités juives sont beaucoup plus importantes qu'il y a dix ans.

2- La Loi sur la Nakba remet en question certains des droits chèrement acquis par les palestiniens. La loi sur les ONG subventionnées par les organisations internationales (c'est à dire l'ensemble des organisations pour les droits de la personne) est semi criminalisée.

3-Un racisme assumé.

Par les politiques et dans la rue. Des lois racistes sont votées. Exemple la loi sur la réunification familiale. Un citoyen israélien palestinien n'y a plus accès. Deux choix s'offrent à lui ou à elle: vivre en Israël sans sa famille ou quitter le pays. ce droit était déjà difficile à obtenir pour différents prétextes comme la sécurité, mais maintenant le choix est clairement assumé: nous ne voulons plus d'arabes supplémentaires. Si les autres peuvent partir ça serait une bonne chose. On rencontre le racisme partout: au parlement, dans les médias, dans les discours, dans les déclarations des ministres. Autre exemple: le jour des élections législatives le premier ministre Netanyahou a marqué les esprits par un discours raciste en appelant à aller voter car les arabes se mobilisaient en masse.

4-Une violence de plus en plus présente.

 Il y a la violence du discours, mais il y a la violence tout court. Il y a deux ans après un rassemblement à Jérusalem j'ai écrit un article intitulé "J'ai peur". J'ai pleins d'amis (es) surtout à Paris qui se sont moqués de moi. Il n'a pas fallu longtemps pour eux aussi comprennent que je ne parlais pas en l'air. Ce jour-là, il y avait des groupes violents d'extrême droite, heureusement nous avons été protégés par la police. A Tel-Aviv les manifestants se sont faits poursuivre par des groupes d'extrêmes droite jusqu'à chez eux. Le local de l'organisation des droits de l'homme été visité. Pas saccagé, mais une visite musclée pour leur signifier qu'il y a une limite à ne pas dépasser. La violence, on la ressent partout. Dans le bus et le tram les gens n'osent plus parler fort, comme c'est dans notre habitude, mais ils parlent tout doucement par peur du voisin.

5-Une corruption qui pourrit tout Un ancien premier ministre, Ehud Olmert, est en prison. L'actuel a des chances d'y aller. Le mode des affaires est gangréné par la corruption. La relation est très étroite entre le capital et le pouvoir. Après avoir quitté la politique, l'ancien président de la Knesset, Avraham Burg, voulait faire des affaires, mais il a renoncé au bout de quelques mois. Il considérait qu'on ne pouvait pas faire de l'argent propre. On est obligé de rentrer dans des réseaux semi-mafieux, de corruption et de pots de vin.

6-Un personnel politique incompétent

Personnel politique particulièrement et gravement incompétent. Deux exemples: -La vice-ministre des affaires étrangères Tzipi Hotovely. Un journaliste lui demande ce que vont être ses priorités. Elle répond "j'irai de capital en capital avec la bible et je leur montrerai que ce pays appartient à nous et que à nous". -La ministre de la culture, ancienne porte-parole de l'armée et ancien officier de l'armée. Lors des massacres de Gaza il a organisé une conférence de presse sur une colline d'où on regardait les bombardements. On regardait en fait le spectacle des gens qui mourraient et des quartiers entiers détruits. Son discours a été tellement bête que mon patriotisme israélien en a souffert, pourtant je suis loin d'être un grand patriote. J'avais honte pour Israël. Son discours tellement nul, ses arguments ne pouvaient pas convaincre le moindre des imbéciles des correspondants d'une radio du Midwest américain. Et aujourd'hui elle est ministre de la culture. Pour commencer elle a coupé les vivres au théâtre Maydan de Hayffa, un très bon théâtre arabe. Pour bénéficier des subventions, elle demande aux institutions culturelles d'être loyales à Israël. Il leur faut un certificat de loyauté. Là, on arrive dans un régime fasciste. Son dernier acte, presque du domaine du grotesque, elle a quitté la cérémonie de clôture d'un important évènement culturel en disant " Je ne veux pas écouter Mahmoud Darwich". Un des 2 ou 3 grands poètes arabes du 20 ème siècle. C'est une femme d'inculture et c'est un censeur. Sa mission c'est la mise au pas des acteurs culturels. C'est la raison pour laquelle des gens comme l'historien Zahed Sternhel, lauréat du grand prix d'Israël, dit que notre Israël c'est l'Allemagne des années 30. Ce n'est pas l'Allemagne du génocide mais du fascisme montant. Avraham Burg l'a écrit à plusieurs occasions. Beaucoup d'aspects de la vie politique participent de cette fascisation. On vit dans une ambiance de terreur et de peur. Tous les aspects d'un Etat fasciste sont présents: On parle de la loyauté envers le pays, on parle de la suspension de la citoyenneté, on prépare toute une série de projets de lois du même ordre. Une loi a déjà été votée qui permet à une majorité qualifiée du parlement de démettre un député à cause de ses positions politiques sur lesquelles il s'est fait élire. C'est ce l'on appelle la loi Hanine ZOGHBI. Député arabe qui a été démis de son mandat pour ses idées politiques. C'est une loi faite pour exclure les députés arabes, alors que des chefs mafieux connus sont protégés par leur immunité parlementaire.7-Dernier aspect: Départ des jeunes Un autre aspect qui accélère ce changement de régime, et le glissement d'Israël vers quelque chose d'autre: c'est le départ des jeunes. Ils ne supportent plus cette atmosphère. Ils ne sentent pas la force de changer les choses, ils se sentent mal et ils démissionnent en émigrant.

La vie politique aujourd'hui en Israël se limite à qui sera le gagnant entre 3 extrémistes : Benyamin Netanyahou, Avigdor Liberman et Naftali Bennett. J'insiste la dessus puisqu'il n'y a pas d'opposition. Le parti travailliste qui était au pouvoir et était le pouvoir même, n'existe plus. Le parti n'est que l'ombre de lui-même. Le combat politique en Israël se déroule à droite, c'est à dire l'extrême droite. Le discours du gouvernement est extrémiste, celui du parlement est extrémiste. A l'exception du parti Meretz, mais hélas trop petit (4 députés), et la liste arabe unifiée (13 députés). Pour empêcher les arabes d'accéder à la Knesset, une loi de circonstance a élevé le seuil à 3.5%, alors qu'aucun parti arabe ne dépassait 2.5%. Résultat: unification de tous ces partis pour constituer la liste arabe unifiée qui leur a garanti la présence au parlement. Mais des projets de lois, en plus de la loi Hanine ZOGHBI, sont en cours de préparation pour empêcher que ça se renouvelle. Benyamin Netanyahou a subi l'échec le plus cuisant de sa carrière. De tout temps il a désigné l'Iran comme l'axe du mail et de tout temps il voulait le bombarder. C'était une obsession chez lui, c'était le cœur de sa stratégie. Il y a deux ans il a demandé au sein même du congrès américain de bombarder l'Iran. Et voilà que l'Iran devient une partie de la solution. Toute la stratégie de Netanyahou s'écroule. L'Iran est intégré à la communauté internationale et aussi dans la recherche de solution au moyen orient. Malheureusement il n'y a pas en Israël de mouvement susceptible d'utiliser cette déroute totale du premier ministre pour mettre à bas son régime. Alors, est-ce que la société Israélienne a massivement basculé à droite? La réponse est malgré tout non. La société reste partagée en deux blocs. Un bloc majoritaire de droite, mais pas très dominant, et le bloc de gauche qui est minoritaire. La carte de l'opinion publique est restée stable depuis la guerre du Liban. La différence c'est que la droite a un projet et une stratégie, et le pouvoir pour les mettre en œuvre. Sa stratégie est la colonisation. En face, nous avons une formation à la recherche de quelques strapontins, sans projet clair, rien de concret. C'est ce qui explique cette asymétrie entre deux forces à peu près similaires. La droite est dans l'urgence, elle déroule sa stratégie. La gauche est dans la consommation et dans l'attente d'une action internationale. Quant au camp de la paix, il n'existe plus. Après avoir été une force publique de masse au point de forcer les négociations avec les palestiniens, il s'est suicidé en Aout 2000. Il s'est laissé piéger par les mensonges d'Ehoud Barak, à la suite des négociations de Camp David. A cette situation lourde et pesante, s'ajoute un facteur très fort, c'est le sentiment d'avoir un gouvernement qui navigue à vue, avec une carte qui a été dessinée en 1985 par les néoconservateurs. Celle de la guerre totale. La carte de Netanyahou est celle d'un moyen orient qui n'existe plus. Tout cela sur fond d'arrogance totalement illusoire. Aujourd'hui, l'intelligence politique en Israël on la trouve dans l'appareil militaire et sécuritaire. C'est là qu'on trouve des analyses lucides, très critique face à la politique du gouvernement. Les anciens généraux, qui ont pourtant beaucoup de sang sur les mains, sont unanimes pour mettre en garde contre une politique qui nous mène doit dans le mur. L'ancien chef du Mossad, Meîr Dagan, dans un meeting électoral supplie le peuple israélien de se démarque de l'équipe que nous avons au pouvoir, sinon c'est la fin d'Israël. Ce n'est pourtant pas un tendre. Il a beaucoup de sang sur les mains, mais il a la lucidité de comprendre que cette politique est une politique d'il y a trente 30 ans.

Dernier point: et vous dans tout ça? Il y a une responsabilité qui s'impose à tous les mouvements de solidarité et tous les mouvements pour les droits en général ici en France et partout ailleurs. Responsabilité qu'on peut mesurer en 3 lettres : BDS. Faites pression pour qu'il y ait des sanctions contre Israël pour qu'il respecte enfin le droit. Il faut des sanctions contre Israël comme on l'a fait contre l'Espagne de Franco, contre la Grèce des colonels, contre la Chine pour boycotter les jeux olympiques, contre l'Afrique du sud. BDS n'est pas simplement une compagne juste, c'est une campagne qui marche, qui change l'attitude du monde par rapport à Israël, par rapport aux droits des palestiniens, et par rapport à ce qui le plus grand malheur des israéliens: notre impunité. BDS est l'antidote à cette impunité.

Lahsen ZBAYAR