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LAURENT GRANDGUILLAUME, DEPUTE :

DOUBLE LANGAGE OU EVOLUTION POSITIVE ?

Aux questions de Médiapart[1], LG exprime des idées auxquelles je pourrais souscrire, sur le non-cumul des mandats (Etre élu ne doit pas être un métier), le respect des engagements politiques, les réponses aux inquiétudes des classes sociales, des plus populaires aux professions indépendantes, l’Europe.

« Déjà en 2012, il avait refusé de cumuler son mandat national avec une responsabilité locale, ce qui avait mis en rogne son ancien mentor et engendré une brouille de plusieurs années. «L'ordre des choses installe une forme de glaciation qui empêche le renouvellement des idées, l'audace et la prise de risque, fustige-t-il. Il faudrait être candidat à tout, partout et tout le temps pour exister. C'est cela aussi le moteur de la défiance.» Ses camarades cumulards, et candidats jusqu'à plus d'âge à toutes les élections qui se présentent, apprécieront[2]...

Cette déclaration était tout à son honneur.

LG - Que l’on rénove nos institutions pour que l’on n’attende pas 10 ans, sans passer par de nombreuses étapes pour obtenir un brevet de bon socialiste, et que l’on vous dise enfin que vous pouvez aspirer à être un candidat à une élection...

Parce que la seule ambition citoyenne, pour les socialistes, se résumerait à être candidat, à faire carrière...

LG -La question institutionnelle, les socialistes dans leur ensemble se sont mis dans les chaussons de la V° République qui est une démocratie brutale, puisque l’exécutif à beaucoup plus de pouvoir que le législatif ; or, quand on est de gauche et révolté par l’injustice, on doit se préoccuper à la fois de la démocratie sociale – on l’a vu lors de confrontations sur la loi travail.

Dans le même temps on doit faire en sorte de porter un certain nombre d’idées dans les institutions pour les rénover et les dépasser. Pour toute idée il faut se battre.

Pour moi la crise n’est pas que liée aux institutions, elle est d’abord sociale. Si aujourd’hui il y a une fracturation dans la gauche et surtout dans les territoires, entre l’urbain et le péri-urbain, elle est dans le salariat, elle est entre ses millions d’invisibles qui ne sont pas pris en compte, par exemple les indépendants dont on parle très peu...il y a plein de questions auxquelles on n’a pas apporté les bonnes réponses. Un parti politique n’a pas qu’une fonction électorale, normalement il doit avoir une fonction de formation, une fonction idéologique.

Heureux de t‘entendre dire cela Laurent !

A chaque fois qu’il y a eu des débats de fond, on a mis le couvercle...Et ça ne date pas de 2012.

Si on prend la question européenne, après le référendum sur le TCE, on a mis le couvercle sur cette question fondamentale.

Je suis quelque peu surpris par ces réponses - plutôt positives à mon sens - quand on se rappelle que comme député, Laurent a voté toutes les lois des gouvernements de Hollande, sauf une (celle sur le renseignement),accepté des milliards de cadeaux aux entreprises avec le CICE[3], qu’il soutient toujours et qui n’a apporté aucun des emplois espérés, la loi Macron, jusqu’à la récente loi El khomri sur la réforme du code du travail, bien qu’il en regrette les fortes tensions, la violence et les fracturations. Il a été un collaborateur fidèle de François Rebsamen, tant au PS où je l’ai bien connu («Pathé Marconi : La voix de son maître !!!), ayant été dans la même section que lui, au Conseil et au bureau fédéral), qu’à la mairie, jusqu’à leur désaccord sur le non-cumul après son élection de député.

Je me souviens particulièrement qu’à propos de l’UE, dont il regrette aujourd’hui l’évolution négative, il m’a fait expulser d’une réunion des formateurs nationaux du PS auxquels j’appartenais, puis tenté de me faire exclure du Parti en compagnie de Vincent Assante (ex-secrétaire national chargé des handicapés) parce que nous menions en Côte d’Or, la campagne pour le Non au référendum sur le TCE, avec Jean Luc Mélenchon et Henri Emmanuelli. A laquelle s’était joint Laurent Fabius...dont Rebsamen fût un temps le partisan. Ce denier a été aussi un fidèle de Jospin, de Ségolène puis de Hollande, après des débuts politiques à la LCR. Il a navigué au gré de ses ambitions, entre Vouillot, Carraz, Neugnot, dans le cadre local, si bien que François Patriat lui a dit un jour, qu’à force de trahir tout le monde, il finirait seul...

Pour en revenir au référendum européen, tirant les conclusions de l’attitude peu démocratique de Laurent, des François et des autres, j’ai quitté un parti qui ne respectait justement pas les engagements socialistes dont il se réclamait, de la défense des intérêts des classes sociales populaires dont il se disait porteur, et qu’il était censé représenter. Ce ne fût pas le cas de Laurent qui déclare aujourd’hui ce que j’exprimais à l’époque dans les actes. C’est pourquoi, responsable du club Nouveau Monde d’Henri Emmanuelli en Côte d’Or, j’ai rejoint l’association PRS[4] avec Jean Luc Mélenchon et suis devenu le premier responsable de la Coordination du comité de Côte d’or du Parti de Gauche et de la région Bourgogne. Vincent Assante nous a rejoints un peu plus tard.

Il reconnait qu’il n’y a pas eu le changement promis, depuis 2012, mais il est resté au PS jusqu’à maintenant, n’a pas rejoint les contestataires, n’a pas eu le courage de l’économiste Liem Hoang Ngoc, même pas le positionnement des frondeurs. Il déclare encore :

On aurait pu s’appuyer sur la force des citoyens pour faire en sorte que l’on ne soit pas uniquement une puissance électorale qui a montré ses faiblesses, mais au contraire que l’on débatte des problématiques posées pour que les citoyens interpellent. Mais que n’a-t-il répondu aux demandes, aux interpellations du Front de Gauche, de Jean Luc Mélenchon sur les questions de l’austérité, de la transition écologique, de la politique européenne ?

Un des risques pour le PS serait de revenir à une sorte de SFIO avec des baronnies locales, où il n’y a plus de débats, où on entretient un réseau d’élus, ce n’est pas cela la fonction première du PS.

Bonne analyse, mais ce n’est pas nouveau, et je ne me souviens pas Laurent, que tu aies dénoncé ces méthodes déjà en pratique quand ton mentor Rebsamen était secrétaire de la section de Dijon et membre du secrétariat fédéral et dirigeant national.

Si la gauche fracturée n’est pas rassemblée, elle peut disparaître. Il faut que la Gauche puisse rejoindre la majorité sociale qui est dans le rural, le périurbain, la périphérie sur les questions sociales, une majorité sociale qui se sent parfois abandonnée.

Certes mais sur quelle politique, celle de Hollande et Valls que tu as soutenue, ou une autre politique radicalement différente ? Tu cites les différences entre les salariés urbains et les autres, les chômeurs de longue durée, depuis plus de 3 ans, mais tu condamnes en même temps l’analyse marxiste de la situation, qu’il faudrait dépassée. Ne serait-ce pas pourtant un exemple de l’exploitation capitaliste, de la lutte des classes – qui n’est pas une volonté de la classe ouvrière de lutter contre les vilains bourgeois– on dit populaire aujourd’hui, comme si c’était une injure d’être ouvrier, alors que les ouvriers et les employés sont toujours la majorité sociale du pays – mais c’est une réalité de la domination du capital sur le salariat.

Il faut des confrontations, mais la logique des primaires renforce la logique de la V° République en privilégiant les personnes au détriment des débats, dis-tu. C’est exact. Et c’est bien pourquoi il faut en finir avec cette république monarchique, élire une Assemblée constituante et élaborer ensemble une autre République, citoyenne, démocratique, solidaire, écologique.

Aujourd’hui, tu quittes toute responsabilité, tu ne te représenteras pas à l’échéance de 2017. Fort bien, mais pour aller vers où et vers quoi ? Est-ce comme ces rats qui quittent un navire, qui après avoir longtemps louvoyé pour atteindre un cap, qui n’était pas, loin de là, celui de la Bonne espérance, mais plutôt un courant qui mène le vaisseau socialiste droit sur des écueils. Il risque de se fracasser et sombrer dans les abysses après une longue dérive à l’image de tous les partis de la social-démocratie européenne, qui à force de compromis avec le capital, comme le revendique Henri Weber, également dans un article de Mediapart, sombrent dans la compromission avec le capital financier, le libéralisme globalisé.

Aussi faute de réponse précise sur tes engagements futurs, on ne peut que se poser cette question concernant les idées que tu exprimes :

Es-tu sincère ? Ou est-ce une fois de plus que l’expression d’un double langage ?

Il faut te reconnaître la qualité d’un député actif et sérieux. Mettras-tu enfin ces qualités au service du changement politique, économique, institutionnel, social, écologique, que la grave situation de notre pays exige ?

Le 28.09.2016

Allain Louis Graux

Porte-parole du PG 21

Membre du Conseil national du PG

[1] https://www.mediapart.fr/journal/france/210916/garder-le-parti-socialiste-le-quitter-le-reconstruire-pour-en-faire-quoi

[2] LE FIGARO - Pourquoi le député Laurent Grandguillaume tire sa révérence... à 38 ans, par Marc Landré- 07/09/2016

[3] La créance cumulée progressivement par les entreprises au titre du Cice depuis 2013 s'élevait au 31 juillet à 43 milliards d'euros, dont 27,5 milliards effectivement perçus sous forme de baisses ou de restitutions d'impôt.

Pour la seule période 2013-2014, la créance cumulée s'élevait à 28,7 milliards d'euros et le coût budgétaire effectif pour ces deux années à 18,6 milliards... La commission des finances du Sénat avait dressé dans un rapport rendu public en juillet un bilan très mitigé du Cice, jugé trop complexe et à l'efficacité incertaine pour un coût budgétaire élevé. (https://La commission des finances du Sénat avait dressé dans un rapport rendu public en juillet un bilan très mitigé du Cice, jugé trop complexe et à l'efficacité incertaine pour un coût budgétaire élevé.)

[4] Pour la République Sociale

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