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Selon une étude de l’observatoire des inégalités, les 10 % les plus riches du monde détiennent 86 % de la richesse mondiale, alors que la moitié de la population mondiale ne dispose que de 0,5 % de cette richesse. Et ce ne serait pas assez ?

Le Mouvement social et populaire et la « Khomri » de loi Valls, les médias.

Cette loi, qui inverse les normes, accordant sa faveur, non aux droits et à la protection des salariés, mais au capital, frappe violemment et indistinctement toutes les catégories du salariat et par là les pousse à redécouvrir ce qu’ils ont en commun : leur exploitation, certes à des conditions et degrés différents, mais collectivement alors que ses dispositions visent à les individualiser davantage, à les atomiser face au patronat tout puissant. Gageons et espérons que cela leur donne l’envie et l’espoir d’une convergence de leurs luttes trop souvent éphémères, sectorisées et dispersées pour résister et s’engager dans une vaste mobilisation qui emporte, telle une marée humaine, ceux qui veulent les réduire à la soumission, au diktat.

Ce serait à n’en pas douter un référendum d’une qualité bien supérieure à celui que voudrait organiser la loi de ce pouvoir à la solde du Medef pour contourner les organisations de défense des salariés, ces syndicats qui ne seraient pas représentatifs à en croire le chœur médiatique non moins à la solde des mêmes.

Pas représentatifs les syndicats ? Pas moins que les partis politiques si l’on en juge par le nombre des adhérents, certes trop peu nombreux dans un cas comme dans l’autre pour l’exercice d’une démocratie citoyenne. Mais bien plus représentatifs, si l’on prend la peine de se référer aux critères de représentativité syndicale adoptés par la loi du 20/08/2008, qui ont mis fin au caractère irréfragable des cinq centrales : CGT, CFDT, CFTC, FO, CGC. En effet, ce n’est pas le nombre de syndiqués qui déterminent la représentativité mais les résultats obtenus aux élections professionnels des délégués du personnel et de membres du comité d’entreprise. Les résultats au premier tour des élections constituent un baromètre de représentativité syndicale et un fort taux de participation qui donne une forte légitimité aux élus et à leurs syndicats (63,8 % en moyenne dans les entreprises de plus de 50 salariés). La participation tombe à 42,78 % avec les TPE, étant donné les difficultés d’organisation de la représentation (10,4 %) dans ce secteur très dispersé où les syndicats ne sont naturellement guère efficients.

A l'issue des élections professionnelles de 2013 des salariés du privé, les syndicats ont obtenu : la CFDT (26 %), FO (15,94 %), la CGC (9,43 %) et la CFTC (9,30 %), l’UNSA (4,26 %) et Solidaires (3,47 %), avec 26,77 % des voix. La CGT est le premier syndicat français auprès de 17 millions dont les TPE, et la première organisation auprès des cinq millions d'agents de la fonction publique non concernés par ce scrutin. En décembre 2014, 2,6 millions d'électeurs ont voté pour élire leurs représentants aux comités techniques soit un taux de participation pour l'ensemble de la fonction publique de 52,9%.

CGT 23,1% - CFDT 19,3% - FO 18,6% - UNSA 10,4% - FSU 7,9% - Solidaires 6,85% - CFTC 3,3% - CGC 2,9% - FA-FP 2,9%. Lorsqu’on cumule les votes exprimés du secteur privé et des fonctions publiques, les suffrages exprimés représentent 46,57 % des inscrits.

En rassemblant 66% de votants, dans les entreprises où se sont déroulées des élections, les organisations syndicales affichent une légitimité au moins aussi nette que celle des partis politiques. Les syndicats critiqués pour leur faible taux d’adhésions, font ici la preuve que là où ils sont implantés, ils ont le soutien d’une part importante des salariés.

Alors, s’il faut pratiquer le référendum pour être représentatif, cela ne devrait-il pas s’appliquer aux partis politiques ? Il faudrait donc « référender » pour légiférer, selon cette faribole, surtout dans les assemblées locales, départementales, régionales. Alors dans ce cas, supprimons les députés, les élus départementaux et régionaux, voire municipaux, tous les élus quoi, car ils ne serviraient plus à rien. Et les syndicats, n’est-ce pas ce qui est sous-tendu avec cette loi? Cela s’appelle un régime plébiscitaire, un relent du boulangisme, un pas vers le populisme fascisant. Ce sont de vrais démocrates ces chantres du libéralisme, de Macron à Valls en passant par Gattaz, et leurs valets médiatiques inconscients ou ignorants !

Et puis ailleurs, les syndicats, ce serait mieux, avec beaucoup d’adhérents, et du dialogue social[1]. Mais pourquoi ? A cause du dialogue social ou parce que les syndicats gèrent* ici la mutuelle, là les retraites, ou qu’il faut-être syndiqué pour jouir des avantages obtenus lors des accords d’entreprise ?

Aux Usa, au Canada, pas de syndicat patronal et ouvrier dans l’entreprise, pas d’accord, pas de droits ! Et d’une entreprise à l’autre des conditions différents, là une semaine de congés, ici 15 jours. En France, c’est cinq semaines pour tous, les 35 heures et la sécurité sociale pour tout le monde. Et c’est cela qu’il faudrait remettre en cause ? Pour le bénéfice de qui ? N’est-ce pas la France qui a la meilleure productivité au monde, non pas malgré, mais à cause de ces dispositifs sociaux que tout le monde nous envie ? Est-ce la forte inégalité sociale de ces pays, la faiblesse productive de la Grande-Bretagne, la misère la plus totale pour les exclus du système que nous envions, que nous voulons pour la société française ? Pour concurrencer la Chine, le Vietnam, le Bangladesh ? En France, les organisations syndicales ont négocié des accords, des conventions collectives dont tous bénéficient. C’est cela la République, même si elle n’est pas assez sociale, la République jusqu’au bout comme disait Jaurès. Pour qu’elle le devienne, il faut chasser ceux qui rêvent de nous ramener au XIXème siècle, par incurie, inconscience, ou malhonnêteté pour jouir du profit, loin du Bien commun.

Que vayan todos ! Qu’ils s’en aillent tous !

Agissons et votons pour une Assemblée constituante, pour la VIème République.

Allain Graux

Le 8 avril 2016

Remarque[2]

Le recul du mouvement syndical ne touche pas que la France

Evolution de la syndicalisation dans les pays développés[3]

année

Suède

Italie

G-B.

Allemagne

Espagne

France

Etats-Unis

1970

67,7 %

37 %

44,8 %

32, %

21,7 %

23,5 %

1980

78

49,6

50,7 %

34,9 %

12,9 %

18,3 %

19,5 %

1990

80,8

38,8

39,3 %

31,2 %

12,5 %

10,1 %

15,5 %

2000

79,1

34,9

29,7 %

25, %

16,1 %

8,1 %

12,8 %

2004

74

34

29 %

23 %

15 %

10 %

12,3 %

Le recul du mouvement syndical en Europe depuis l’offensive néolibérale des années 1980 [4]

Taux de syndicalisation

1985

1995

France

15 %

9 %

Grande-Bretagne

59 % (1979)

31 %

Espagne

27 % (1980)

19 % (1994)

Italie

48 %

44 % (1994)

Allemagne (Ouest)

35 %

29 % (1993)

* Grande Bretagne

Le Tuc a adopté une nouvelle méthode de recrutement inspirée du syndicalisme américain depuis 1994 : l’organising unionism. Cela consiste à offrir des services individuels efficaces à leurs membres. Cette stratégie nécessite un tel investissement financier qu’elle amène les syndicats à éviter le conflit…pour éviter le retrait des employeurs de la procédure de négociation collective (la reconnaissance : the bargaining unit).[5]

L’Italie se place en tête des pays européens pour le nombre d’adhérents. La CGIL revendiquait 5 734 900 affiliés, dont seulement 2 719 700 sont actifs. Cependant, la part des travailleurs actifs est en régression par rapport à des retraités qui représentent la moitié des effectifs syndiqués. (-30% d’adhérents actifs depuis 1980)

Aux Etats-Unis, il n’est pas facile d’organiser librement un syndicat : « il faut qu’une élection ait lieu et qu’une majorité de salariés se prononce en faveur de sa mise en place ». Avant le scrutin, les militants ne disposent d’aucun droit syndical ni protection légale.

Il ne peut y avoir qu’un seul syndicat par entreprise, pour une catégorie déterminée. Les cadres n’ont pas le droit de se coaliser. Les grèves sont très encadrées, elles peuvent être organisées seulement en dehors des périodes couvertes par une convention collective, et en cas d’échec des négociations pour les accords (« good faith bargainning effort »). Elles doivent être circonscrites aux salaires et aux conditions de travail. Les grèves de solidarité sont également prohibées.

[1] Lire Panorama sur l’Histoire des Syndicats – Les points sur els I -b P.325 – Allain Graux

[2] ibid

[3] Source : Jelle Visser, “Unionmembeship statistics in 24 countries », in Monthly labor review,” janvier 2006

[4] Asbjörn Wahl - Le syndicalisme du 21e siècle (Syllepse) P.129.

[5] Bargaining unit : un syndicat est reconnu s’il représente 10% de l’effectif ou si 50 % des salariés se prononce pour sa reconnaissance.

Tag(s) : #SYNDICALISME

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