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Ali demeure dans une maison du « quartier africain » où la population est très dense. Si quarante familles d’origine africaine habitent ici, pour les jeunes couples c’est le plus souvent le départ, ils doivent quitter le quartier puisqu’il est interdit d’agrandir la maison familiale sous peine d’amende (30 000 shekel) et de destruction systématique de l’agrandissement. Les « afros » sont très bien acceptés par les Palestiniens avec lesquels ils se marient. Ali est lui-même marié à une palestinienne. Il est père de cinq enfants.

Le vieil homme est assis sur un canapé de son salon, décoré de photos, tableaux, accrochés sur les murs peints. C’est un afro-palestinien, né en 1950 d’une mère nigériane et d’un père tchadien. Il a été scolarisé jusqu’en 1967 dans l’école chrétienne française de Jean Baptiste de la Salle, dans la vieille ville de Jérusalem. C’est-à-dire jusqu’à la guerre des six jours Mais laissons-le parler :

« En raison des problèmes financiers de mon père, je lui ai proposé de travailler et de poursuivre mes études plus tard. Et j’ai commencé à percevoir ce que signifiait l’occupation. J’ai été souvent arrêté dans la rue, battu par les policiers, humilié. Et puis, j’ai vu arriver des groupes de civils israéliens dans la vieille ville, très arrogants, se comportant de manière provocatrice à notre égard. J’ai eu de suite l’impression que j’avais perdu mon identité et ma nationalité[1]. J’ai discuté de cette situation avec des amis palestiniens qui avaient subis les mêmes expériences que moi. De ce moment, j’ai commencé une action politique. J’ai adhéré au FPLP (Front Populaire pour La libération de la Palestine)[2].

En 1968, la violence des relations s’est accrue entre Palestiniens et Israéliens. J’y ai participé en posant une bombe dans la rue de Jaffa, neuf israéliens ont été blessés. Pourquoi avoir fait ça ? Parce que le jour précédent des avions israéliens avaient bombardé une ville jordanienne où beaucoup de civils ont été tués. Nous voulions envoyer un message aux civils israéliens, pour leur dire : Faites attention ! Car si vous ne protestez pas contre les actions de votre gouvernement, vous allez en payer le prix. Un mois après, je vois ma photo affichée au coin de la rue…

J’avais juste dix-huit ans quand j’ai été arrêtée et condamné à vingt ans d’emprisonnement. Je suis resté dix-sept ans en prison. J’ai été libéré en 1985 grâce à un échange de prisonniers entre Israéliens et Palestiniens. Après ma libération, j’ai commencé à travailler comme journaliste avec un groupe israélien antisioniste, jusqu’en 1991. J’ai rencontré Michel Warschawski[3] et œuvré avec lui.

Puis, à cause de la première Intifada, j’ai été obligé de revenir chez les Palestiniens où j’ai continué à travailler comme journaliste jusqu’en 1994. Mais quand Arafat est rentré en Palestine, j’ai estimé que je ne pouvais plus travailler comme journaliste, parce que j’étais trop critique, contre les accords d’Oslo et contre la politique de l’Autorité palestinienne. Alors j’ai commencé à travailler comme un guide alternatif. Ce qui signifiait que je faisais visiter la vieille ville pendant deux heures et demie, pour faire savoir, connaître ce qui se passait exactement sous l’occupation israélienne, pour que lorsque le visiteur rentre chez lui, écoutant les nouvelles, il puisse dire : je sais exactement ce qui se passe là-bas.

En 1967, la première femme activiste arrêtée vient de ce quartier, elle a été condamnée à 11 ans de prison. Elle est revenue avec Arafat en 1994 et est actuellement chef de la police féminine de l’autorité palestinienne. »

Pour Ali, Les Israéliens sont racistes : « par exemple, on nous appelle koushi[4], nous les noirs. Les afro-palestiniens sont doublement discriminés et opprimés par les israéliens. Les noirs d’Ethiopie : les Falashas sont les plus discriminés. En 1988, lors d’un don du sang, leur sang a été jeté. »

Ali pense qu’une troisième Intifada est proche car les confrontations sont très importantes entre les colons américains de la vieille ville (des juifs de Brooklyn), les jeunes palestiniens et la police israélienne. Les Palestiniens des territoires occupés subissent quotidiennement des humiliations, des spoliations, des interdictions multiples et des provocations en permanence.

Ali est partisan de la solution pour un seul Etat où les deux peuples pourraient vivre en paix : « nous voulons une vie normale comme beaucoup d’israéliens. Je veux que ma fille soit ingénieur et puisse aller où elle veut! Je veux voir ma fille docteur ou avocat, je ne veux pas revoir ce que j’ai subi, voir mourir mes meilleurs amis. Lors des précédentes Intifadas il y a eu beaucoup de souffrances, et pour quels résultats ?

Pendant quinze ans, j’ai été le porte-parole des prisonniers politiques, maintenant je veux une vie normale. Che Guevara disait : la violence n’est pas un choix personnel. Vous êtes obligés d’être violents quand les autres moyens pacifiques ne donnent pas de résultats ! Je ne reposerai plus de bombe ! J’ai 5 enfants. Je ne voudrais pas qu’il leur arrive du mal alors je ne veux pas faire de mal à d’autres. La bombe ne fait pas de différence entre un colon arrogant et un israélien sérieux! Mais je dois aussi me battre pour un Etat démocratique. Si un juif russe est installé ici je lui dirais: tu es chez toi, mais n’oublie pas que c’est aussi chez moi ! Comment faire ? Quelle stratégie utiliser afin que la colonisation s’arrête et que nous puissions retrouver notre dignité et un état de droit ?

Moi, je ne peux pas sortir de chez moi après 20h30, dans mon propre pays, alors que vous pouvez circuler librement.

Ali répond à quelques questions :

- Un seul Etat :

Il s’agit d’un Etat démocratique et laïc, il n’y a donc pas de raison d’en avoir peur. Il s’agit d’avoir une solution de vie en commun, comme avant 1948. Le problème, c’est la nature de l’Etat d’Israël, juif et raciste. Je suis seulement résident dans mon propre pays, pas citoyen. Je suis né en Israël, mais je suis juridiquement Jordanien !

Je suis pauvre et difficile, mais je suis riche des relations avec mon peuple. Je n’ai jamais payé un shekel au gouvernement. Je ne veux plus payer 30 000 d’amende. Je ne veux plus, je ne peux plus aller en prison car je suis vieux et handicapé.

Je ne peux pas aller en France, je n’ai pas obtenu le visa, bien que mon père soit tchadien. Mais j’ai pu aller en Belgique, être reçu par les Basques d’Espagne. Je suis un peu le maire, non officiel, de la vieille ville de Jérusalem.

- Quelle stratégie ?

Comme le disait Che Guevara, je le répète, la violence n’est pas un choix personnel, vous êtes obligés d’être violents quand les autres moyens pacifiques ont échoué. Le processus d’Oslo n’a fait que renforcer la colonisation et Abbas n’a rien reçu en échange de sa politique pacifiste.

La majorité du peuple palestinien veut dormir en paix et ne pas se réveiller chaque matin sous un régime d’occupation. Aucun être humain digne ne peut accepter l’occupation !

Les USA et les européens sont responsables de cette situation ! Ils cautionnent ce qui se passe et soutiennent Israël qui peut agir et coloniser illégalement en toute impunité. Obama, c’est un « coconut » ! Et comme les autres il soutient les dictateurs.

Les dirigeants français actuels sont plus sionistes que Netanyahou lui-même ! C’est pourquoi votre présence et vos témoignages sont très importants pour nous, pour que nous ne restions pas isolés. Ne pas poster mon peuple dans un coin, ce serait dangereux pour tous, nous condamner à adopter la doctrine de Sanson[5]. Mais qui a commis la shoah? Ce sont les Européens pas les Arabes! Les Palestiniens paient le prix de l’holocauste dont ils ne sont pas responsables.

Alors, vous ne pouvez pas venir chez nous pour nous donner des leçons.

Seule la pression internationale peut faire plier Israël.

Le Boycott (BDS) des produits israéliens commence à porter ses fruits. Cette action est très importante à l’image de ce qui s’est passé lors du boycott en Afrique du Sud. Il faut continuer et démultiplier cette action afin d’isoler économiquement et politiquement Israël.

Ne vous souciez pas de ce qui arrivera après! Nous sommes prêts pour vivre en démocratie, nous avons une société civile efficace et importante, nous avons expérimenté une économie de la résistance en solidarité avec de nombreux villageois. »

Mais comment peut-on imaginer actuellement un seul Etat pour la Palestine ?

Mais par les élections, démocratiquement. C’est au peuple de choisir sa route. Il n’est nul besoin de changer de peuple !

Notre lutte s’exerce contre le gouvernement israélien, et aussi contre l’Autorité palestinienne, une lutte sociale et politique. La rivalité entre le Hamas et le Fatah, c’est une pièce de merde coupée en deux !

Le plus important, c’est la fin de l’occupation. Il faut lutter, mais avec des moyens démocratiques. Nous avons tâté la démocratie, nous connaissons son goût.

Mustafa, proche du FPLP, intervient :

La société civile palestinienne est très importante, sans que cela soit un Etat.

Mais on ne peut pas vivre avec les colons, ce ne sont pas de bons voisins. Il y a 800 000 franco-israéliens en Israël-Palestine.

Comment lutter contre l’occupant, violence ou non-violence, un Etat ou deux Etats, c’est un débat que nous retrouverons au fil de nos rencontres avec nos interlocuteurs israéliens et entre palestiniens.

[1] En 1967, il était Jordanien.

[2] FPLP, voir en annexe

[3] Pacifiste israélien, né en France.

[4] Terme injurieux qui vient de Koush, le pays de Koush, l’Ethiopie …

[5] Soit se suicider en tuant le plus d’ennemis possible ! Ce sont les Juifs qui l’ont inventée !

Tag(s) : #PALESTINE

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