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Il convient de distinguer l’idée de Nation et le nationalisme. On peut être attaché à sa nation au sens sociétal, c’est-à-dire au fait d’appartenir à une société où des individus d’origines, d’opinions, de croyances, de philosophies, de langues diverses et différentes partagent leur vie selon des règles communes constituées, acceptées par tous pour permettre le vivre ensemble. Le plus souvent une langue vernaculaire commune permet la communication entre les citoyens des différentes communautés. Il s’agit alors d’un Etat plus que d’une Nation, il peut rassembler différentes nationalités dont la caractéristique est une langue et une culture historique commune.

La Nation

Le terme latin natio désigne les petits d'une même portée, et signifie aussi « groupe humain de la même origine.

Le sens de nation est souvent assimilé à celui de peuple et ajoute souvent l'idée d'État. La charte de l'ONU « fixe les droits et les obligations des États Membres » et « le Préambule de la Charte des Nations Unies exprime les idéaux et les buts communs de tous les peuples dont les gouvernements se sont réunis pour former l'Organisation des Nations Unies[2].

Pour François Guizot (1822) : « un peuple est une multitude d'hommes, vivant dans le même pays et sous les mêmes lois. Une nation est une multitude d'hommes, ayant la même origine, vivant dans le même État et sous les mêmes lois[3]. ». Deux notions différencient ainsi pour l'auteur la nation du peuple : l'État et l'origine.

Pour le Dictionnaire de la langue française, la nation est un « Ensemble de personnes vivant sur un territoire commun, conscient de son unité (historique, culturelle, etc.) et constituant une entité politique ». Dans le Petit Robert, une nation est « un groupe humain constituant une communauté politique, établie sur un territoire défini (…) et personnifiée par une autorité souveraine ».

La tradition issue de la Révolution française, de la philosophie des Lumières, insiste sur la volonté du « vivre ensemble », la nation étant alors le résultat d'un acte d'autodéfinition. C'est aussi la vision d'Ernest Renan[4]. Il s’efforce de distinguer « race » et nation, soutenant que, à la différence des races, les nations s’étaient formées sur la base d’une association volontaire d’individus avec un passé commun : ce qui constitue une nation, ce n'est pas parler la même langue, ni appartenir à un groupe ethnographique commun, c'est « avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore » dans l'avenir. A la différence du nationalisme racial du type allemand, dont la citoyenneté repose sur le droit du sang. Cependant, le « plébiscite de tous les jours » défendu par Renan « ne concernent que ceux qui ont un passé commun, c'est-à-dire ceux qui ont la même racine[5]». Il a ainsi pu être revendiqué par un penseur raciste comme Maurice Barrès.

A l’ère moderne, la formation des nations s’est faite avec la cristallisation d’une pensée nationale.

Nation et nationalisme

Le sentiment national est naturel à toutes les nations, à tous les pays. Il est aussi naturel que l’amour filial ou que l’affection familiale. Il est souhaitable qu’une nation veuille vivre, se défendre et se perpétuer. Un peuple n’est bien dans sa peau que s’il forme une nation indépendante. Le nationalisme, ça consiste à affirmer sa propre nation au détriment des autres. Le nationalisme, c’est de l’égoïsme[6].

Le nationalisme, c'est la croyance en la supériorité de la nation à laquelle on appartient, la seule qui importe alors que le sentiment national reconnaît aux autres nations un droit égal. Le nationalisme ne peut conduire qu’à l’affrontement entre les peuples, voire la guerre. L’internationalisme respecte les autres cultures nationales et propose la coopération entre les nations et les peuples.

Le nationalisme peut-être la réaction agressive d'un sentiment national naturel qui a été négligé ou frustré. On ne peut donc pas faire comme si le sentiment national n’existait pas, ou était condamnable au nom d’une pensée internationaliste niaise qui nierait les réalités nationales et conduit certains esprits à des radicalités d’affrontement qui mettent en péril la République.

Pour les nationalistes du XIXè siècle, la « haine » de l’Allemagne après la défaite de 1870, a fourbi le « nationalisme intégral » de Charles Maurras, la théorie de « l’Anti-France » qui recouvrait les juifs, les francs-maçons, les protestants et les métèques. A la différence de la première guerre mondiale où le terme de nation est utilisé pour justifier le conflit et la revendication nationaliste et revancharde de reconquête des territoires de l’Alsace-Moselle perdus en 1870, après la Seconde Guerre mondiale, le thème de la nation évoque le fascisme et le nazisme et le nationalisme est discrédité. Le nationalisme est aujourd’hui assumé autant par la droite-extrême que l’extrême-droite, le Front National et les partis souverainistes, pour stigmatiser l’immigration ou l’Union européenne et la perte d’une identité française. La stigmatisation des musulmans, des Africains, des Roms, des étrangers non-européens, a remplacé celle des juifs « apatrides ».

Nationalisme identitaire

Le terme nation peut donc désigner un Etat ou un peuple ayant l'objectif politique de maintenir ou d'instituer un Etat ; on peut alors désigner ceux qui revendiquent ce but de nationalistes. Certains revendiquent leur indépendance ou leur autonomie, au nom d’une identité linguistique, culturelle, historique. Par exemple les nationalistes régionaux en France : bretons, corses, basques, les flamands en Belgique, en Grande-Bretagne les écossais, les catalans et les Basques en Espagne, les Québécois au Canada, les tibétains en Chine, etc...

Cependant, cette revendication identitaire est le plus souvent politique, pour des raisons démocratiques, économiques, de domination d’une majorité sur une minorité ethnique. On peut cependant avoir différentes identités : ethnique, religieuse, linguistique, de classe sociale, et se sentir citoyen de plein droit d’un Etat.

Le nationalisme religieux

Certaines communautés religieuses revendiquent aussi une idée nationaliste et un Etat au nom de leur confession. Ainsi les sionistes juifs ont colonisé la Palestine pour y fonder l’Etat d’Israël que le gouvernement actuel veut qualifier d’Etat juif. Comme si l’appartenance à la religion juive était synonyme de race ou d’affiliation ethnique. Les citoyens israéliens ne sont pas tous juifs, il y a des chrétiens, des musulmans, des athées. Il en est de même pour certains Etats dont les résidents de confession musulmane et de langue arabe sont majoritaires. Ils se revendiquent comme islamique et arabe : l’Arabie saoudite, la Mauritanie, etc…Or, les Arabes sont seulement les habitants de l’Arabie. Les musulmans ne sont pas tous arabes, les arabes mahométans sont même minoritaires dans le monde. Le premier pays musulman est l’Indonésie, et d’autres comme l’Iran, le Pakistan, qui sont majoritairement constitués de citoyens de confession musulmane et ne sont pas arabes. Les Etats d’Afrique du Nord qui se revendiquent de l’arabisme pour des raisons culturelles et linguistiques, sont en majorité constitués d’ethnies d’origine berbère.

Les intégristes de l’Etat islamique revendiquent de revenir au Califat de la Conquête au temps du Prophète Mahomet. Toutes les tentatives d’union sous cette bannière arabo musulmane ont échoué, que ce soit celles de l’Egypte et de la Syrie (République Arabe Unie), ou de la Libye de Kadhafi avec les Etats du Maghreb.

De même L’Etat d’Israël justifie son nationalisme au nom d’un droit au retour sur la « Terre promise » par Dieu[7]. C’est comme si les Bretons revendiquaient la Cornouaille dont ils ont été expulsés en 300…Le judaïsme, s’il est une foi et une culture importante n’est pas la culture nationale d’un peuple unique[8].

« La Terre d’Israël est le lieu où naquit le peuple juif. C’est là que se forma son caractère spirituel, religieux et national. C’est là qu’il réalisa son indépendance, créa une culture d’une portée à la fois nationale et universelle et fit don de la Bible éternelle au monde entier[9]. »

Remarques : être juif, ce n’est pas appartenir à un peuple mais à une culture ou une religion ou une tradition. Les « juifs » ont des origines ethniques diverses : européennes très variées (les ashkénazes), africaines (séfarades et même éthiopiennes : les falashas). Mais on peut dire que c’est en Palestine, que des colons de religion juive ont créé l’Etat d’Israël. Ben Gourion déclarait à toute occasion que le Livre des livres était la carte d’identité du peuple juif et la preuve de son mandat sur la « terre d’Israël[10] ».

Beaucoup de chercheurs, comme Hayes, ont vu dans l’idée de nation une forme moderne de religion destinée à fixer des rituels en un ordre social. Dans le cas d’Israël, la langue hébraïque ressuscitée, la création de mythes historiques ont fondé et stabilisé les strates de l’Etat sur les bases d’un nationalisme spirituel.

« Aucune nation ne possède naturellement une base ethnique, mais à mesure que les formations sociales se nationalisent, les populations qu’elles incluent, qu’elles se répartissent ou qu’elles dominent sont ethnicisés, c’est-à-dire représentées dans le présent ou dans l’avenir comme si elles formaient une communauté naturelle[11]. »

Le peuple

Dans l'organisation des pouvoirs en France le pouvoir juridictionnel est exercé, non pas au nom de l'État, mais au nom de la collectivité de fait de tous les individus qui en sont ressortissants, soit le peuple français dans son entier.

Histoire de la nation

Avant le XVIIIe siècle, le terme « nation » est utilisé dans un sens proche de l'étymologie latine « groupe humain de la même origine » qui n’est pas compris dans le sens de origine de naissance. Les royaumes regroupaient des territoires variables en fonction des guerres, des traités, des mariages des princes. Dans l’ancienne Université de Paris, on distinguait quatre « nations » : de France, de Picardie, de Normandie et de Germanie[12]. Dans la Bible « Nation » désigne les peuples infidèles et idolâtres, par opposition aux chrétiens ou aux Juifs.

Au cours du XVIIIe siècle, des historiens commencent à rapporter les hauts faits de la « nation française », mais c’est la noblesse qui à leurs yeux, incarnent la nation. C'est le début de l'opposition entre la conception aristocratique et ethnique de la nation : le « droit du sang » et la conception assimilationniste des philosophes des Lumières : le droit du sol. Quand la noblesse s'identifie à la nation, elle s’identifie au pouvoir, alors que la bourgeoisie, à travers les philosophes, en identifiant l'ensemble de la population à la nation, revendique sa part du pouvoir. Jean-Jacques Rousseau met en avant l'unité du peuple à travers le « contrat social ». La Nation devient l'expression politique du peuple français. A la suite de la brochure « Qu'est-ce que le Tiers État ? » d’Emmanuel-Sieyès, la Révolution française officialisa ce sens en l'incluant notamment dans la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Cette version de la nation, devenue la version officielle, a été pour la bourgeoisie un moyen de justifier l'abolition des privilèges de l'aristocratie[13].

Sur le plan historique, si la conscience nationale de l’Europe occidentale s’est abreuvée de l’esprit des lumières, à l’Est, elle prit son envol avec les conquêtes napoléoniennes. De prime abord en opposition au conquérant et à l’exportation de son idéologie révolutionnaire, les élites bourgeoises étant peu développées et inféodées aux autorités royales et aristocratiques, l’idée nationale s’appuya naturellement sur le droit du sang et de l’origine ethnique. Si bien qu’un Allemand ou un Polonais, même de nationalité américaine, ou russe, reste un Allemand ou un Polonais. En France comme dans l’Empire, les enfants d’immigrés africains ou asiatiques, apprenaient que leurs ancêtres étaient les Gaulois…Soit une assimilation, mais quelque peu baroque, à la Nation française.

La géographie est utilisée par le premier tome du Lavisse comme identité d’une France qui est là dès le départ, dans ses contours, son territoire, son caractère ». C'est une vision statique de l'identité de la France,

à l'opposé de celle de Michelet qui voyait la nation comme une permanente dialectique des différences vers un avenir commun.

[1] http://www.formes-vives.org/blog/index.php?2007/07/14/38-la-fete-nationale-de-quoi

[2] Charte des Nations Unies.

[3] Nouveau dictionnaire universel des synonymes de la langue française [archive] » de François Guizot - 1822, page 19,

[4] Qu'est-ce qu'une nation ? (1882

[5] Marcel Detienne, L'identité nationale, une énigme, Gallimard, 2010, p.47

[6] Général De Gaulle : Alain Peyrefitte, "C’était de Gaulle" - Conseil des ministre du 10 septembre 1962.

[7] Selon l’historien israélien Shlomo Sand, il n’y a jamais eu de dispersion du peuple hébreu lors de la conquête romaine. Et cela ne justifie pas une nouvelle conquête colonialiste européenne ! Les Palestiniens ne sont pas responsables des persécutions dont ont été victimes les personnes de religion ou de culture juive en Europe. Ils sont en fait les réels descendants des hébreux, convertis au christianisme ou à l’islam.

[8] Lire Shlomo Sand - Comment le peuple juif fut inventé - Fayard _ p.35

[9] Déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël en 1948.

[10] Shlomo Sand- Comment le peuple juif fut inventé P. 155.

Or selon les historiens les plus sérieux, il n’existe aucune trace historique de Moïse, du roi Salomon et d’un Etat antique d’Israël. Seulement des petits royaumes, Judée, Canan, Samarie où vivaient des Hébreux. Même si ces légendes s’appuyaient sur des réalités, cela ne saurait justifier un droit …au retour !

[11] Etienne Balibar – La forme nation : histoire et idéologie - 1988

[12] Jean-Claude Caron, La nation, l'État et la démocratie en France de 1789 à 1914, Armand Colin éditeur,

[13] - Population, immigration et identité nationale en France : XIXe ‑ XXe siècle, par Gérard Noiriel, Hachette éditeur, 1992.

Et selon Wikipédia.

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