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La reconfiguration des Etats européens au XIX° siècle

C’est surtout au cours du XIX° siècle que l’Europe a été bouleversée par l’affirmation des nationalités opprimées par les empires : l’Empire ottoman, l’Autriche-Hongrie, la Russie. Après la défaite de Napoléon 1er, au congrès de Vienne en 1815, la Sainte-Alliance[3]redessine le continent avec le souci d’effacer l’œuvre de la Révolution française et des conquêtes napoléoniennes. C’est l’Europe des Empires.

Puis en 1920, le traité de Versailles configure à nouveau les frontières d’Etats-nation, cette fois sur les ruines des empires, créant la Tchécoslovaquie qui réunissait les Tchèques et les Slovaques, le royaume des Serbes, Croates et Slovènes, future Yougoslavie qui rassemblait les Slaves du Sud (et aussi des minorités hongroises et albanaises) sur les décombres des empires austro-hongrois et turcs, ressuscitait la Pologne, la Finlande, les Etats baltes libérés de la tutelle tsariste et qui échappaient à l’URSS, Celle-ci, héritière de la Russie impériale, constituait une Union de quinze républiques après le traité de paix de Brest-Litovsk en 1917 avec l’Allemagne, la guerre civile et les interventions étrangères qui le suivirent. 1920, c’était la proclamation de l’Europe des nations.

Mais avant 1914, après les guerres napoléoniennes qui ensanglantèrent l’Europe et le traité de Vienne, c’est dans un contexte de forte agitation sociale, en 1830, en 1848, que la classe ouvrière qui s’élargissait avec le développement de l’industrie, mêla souvent revendications sociales et exigences démocratiques aux questions nationales. Les habitants de la Flandre et de la Wallonie s’émancipèrent de la tutelle des Pays-Bas, pour créer la Belgique (avec le soutien de l’Angleterre qui ne souhaitait pas voir la France face à ses côtes). Les Etats d’Italie s’unifièrent, avec Mazzini et Garibaldi, contre l’empire d’Autriche, mais aussi le pouvoir pontifical. Si la France soutint ce mouvement en 1860, par le siège de Rome, elle permit la restauration du pouvoir pontifical en 1850 contre la République romaine. Des insurrections nationales, associant les nouvelles élites bourgeoises aux classes populaires, éclatèrent en mars 1948 à Budapest, Prague, Vienne, Milan, secouant l’Empire austro-hongrois. La Serbie obtint son autonomie en 1815, avec le soulèvement dirigé par Milos Obrenovic, et son indépendance reconnue par le Congrès international de Berlin en 1878, après une longue lutte. La Grèce se souleva aussi, en 1822, contre le joug ottoman et après une politique de non-intervention des puissances, la destruction de la flotte turque par les escadres anglo-franco-russe, la déclaration de guerre de la Russie en 1827, aboutirent à l’indépendance au traité d’Andrinople le 14 septembre 182Les peuples de Moldavie et de Valachie, se soulevèrent aux marges de l’Empire Russe. Les Etats allemands s’unifièrent sous l’égide de la Prusse, après une guerre contre l’Autriche et sa défaite à Sadowa le 3 juillet 1866. L'Autriche dut laisser la Prusse l'exclure de la confédération germanique qui devint alors la Confédération de l'Allemagne du Nord et réussit quatre ans plus tard l'unification allemande sous la direction du chancelier Otto Von Bismarck.

La révolution industrielle entraine une division du travail plus développée, une mobilité plus importante. Les cloisonnements traditionnels de sociétés essentiellement agraires s’effondrent. La généralisation de l’éducation, nécessaire au développement de l’industrie et du commerce, accélère le processus d’unification et d’identification. La langue française est imposée dans les écoles de la République au détriment des dialectes régionaux. Ainsi va naître une véritable conscience nationale[4] qui avait été initiée lors de la Révolution, dans la lutte contre les monarchies européennes, avec la création de nouveaux rites symboliques, de fêtes, de rituels, comme dans les communautés religieuses :

- Le coq gaulois devient un emblème sur les drapeaux de la Révolution en 1792 et en 1793. Après l’aigle impérial, le coq est de nouveau utilisé dans les années 1830 par Louis-Philippe avec la signature d’une ordonnance indiquant que le coq devrait figurer sur les drapeaux et sur les boutons d’uniforme de la garde nationale.

- Le drapeau tricolore représente l’unité nationale, le blanc lys de la monarchie, le rouge populaire symbolise le sang des révolutionnaires, le bleu la République. Le bleu et le rouge étaient aussi les couleurs de la milice de la ville de Paris.

- un hymne : la Marseillaise, adoptée en 1793 par la Convention comme le « chant national ». Remplacée par le Chant du départ sous l’Empire, elle a été reprise en 1830 pendant la Révolution des Trois Glorieuses.

- une devise : « Liberté, Egalité, Fraternité », qui n’est apparu sur les frontons républicains, les mairies et les écoles que depuis 1880.

- la Déclaration du 26 août 1789 qui met en place les dispositions sur les Droits de l’homme et du citoyen et les droits de la Nation. La Déclaration fait de la société une nouvelle base de légitimité en condamnant toutes les institutions et toutes les pratiques de l’Ancien Régime.

- Le 14 juillet, jour de la prise de la Bastille, fête nationale depuis 1880 a été célébrée pour la première fois comme Fête de la Fédération en 1790, une cérémonie orchestrée par Lafayette. Elle est le symbole de la fin de l’oppression et du droit irréfragable de la monarchie absolue.

- Le culte de l’Etre suprême et de la raison, voulu par Robespierre et selon des idées de Rousseau n’a pas été conservé… Ce que Rousseau désirait mettre en évidence, c’était l’impossibilité de faire vivre le régime républicain juste avec des règlements constitutionnels visant à protéger les droits et libertés. Pour lui, il était nécessaire que le bien commun précède aux droits et aux intérêts individuels. Et cette priorité ne pouvait être possible que par l’existence de certains dogmes et d’un patriotisme républicain. La religion civile visait alors à la légitimité, à la fidélité des citoyens et aux sacrifices individuels pour le bien commun.

Le rôle de la révolution française de 1789

Elle est généralement considérée comme ayant engendré la montée des nations et du nationalisme à partir du XIXème siècle[5]. Les Français, qui n’étaient que des sujets sous l’Ancien Régime, deviennent des citoyens de la Nation et de la République laïque proclamée par le nouveau pouvoir politique. La nation qui existait auparavant seulement par la personne du roi[6] devient celle de tous les citoyens. Elle est en France, inséparable des idées républicaines, laïques et démocratiques, avec la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 qui marque l’affirmation d’idéaux dont les racines se trouvent aussi dans les expériences britannique et américaine qui ont précédé 1789. Les représentants des provinces proclament cette union volontaire, ce contrat qui fonde la nation française, sur le Champ de mars le 14 juillet 1790. Ce qui impliquait avec la déclaration des droits de l’homme, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes[7]. C’était révolutionnaire et dangereux pour les royaumes, et pas vraiment accompli par la République lors de ses conquêtes coloniales. Pour L’Allemagne et les nationalistes comme Maurras, la « nation objective », la patrie, est celle héritée par le sang. Péguy écrivait que la France était, de toute antiquité, par droit de naissance, par droit divin, comme une reine des nations. Une vision quelque peu outrancière d’un patriotisme peu respectueux des réalités historiques. L’idée de nation exprimée par la Révolution est loin de celles du nationalisme fermé, identitaire, xénophobe et antisémite, qui s’est manifesté en France avec Barrès[8] pour « protéger » la nation de toute altération étrangère : « les guerres et les révolutions ont amené l’envahissement de notre territoire et de notre sang par des éléments étrangers qui travaillent à nous soumettre. … aujourd’hui, parmi nous, se sont glissés un grand nombre de nouveaux colons (de formations variées), que nous n’avons pas la force de nous assimiler qui ne sont peut-être pas assimilables, auxquels il faudrait au moins fixer un rang, et qui veulent nous imposer leur façon de sentir… ».

Un discours qui pourrait-être un copié collé de celui dispensé par le Front national, Michel Thomas dit Houellebecq ou Eric Zemour en 2014.

Le sentiment national qui s’est emparé des pays européens a gagné aussi certaines colonies, aux Antilles où s’entremêlent la lutte contre l’esclavage aux revendications d’indépendance qui aboutirent à La fondation de la République d’Haïti. Des révoltes éclatèrent en Algérie, terre conquise en 1830 et destinée à devenir une colonie de peuplement. Ce sont aussi les révolutions et guerres d’indépendance sur le continent américain.

Le sentiment national face à l’impérialisme et au colonialisme

Il ne saurait être négligé, car nous pouvons observer à la lumière de l’histoire récente qu’il est présent dans l’esprit des peuples. Et face à l’oppression impérialiste et coloniale, le nationalisme peut précéder la nation dans des espaces où l’entité nationale n’avait jamais existé avant la conquête : par exemple l’Algérie qui était un morceau de l’immense communauté islamique de l’empire ottoman. Ce sont les luttes contre l’oppresseur qui font naître le sentiment national. Quand les peuples sont dominés, exploités par d’autres, le sentiment national devient une revendication de l’affirmation nationale.

Il convient cependant aussi d’observer que les unions constituées en Europe au XX° siècle, soit celles issues de la première guerre mondiale : Tchécoslovaquie, Yougoslavie, URSS, se sont disjointes par des soulèvements populaires, des révolutions, des guerres civiles sauf pour la seule Tchécoslovaquie par un accord tacite et amiable. Les frontières des Etats de l’Europe centrale et orientale, où les peuples sont inextricablement mêlés, ne reflétaient pas toujours les identités ethniques, les langues, les religions. Elles sont encore l’objet de conflits meurtriers comme en Ukraine, où l’ont été comme en Géorgie, entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, en Moldavie, anciens territoires démantelés de l’Union soviétique. Les républiques de Yougoslavie se sont séparées après de terribles guerres, principalement entre la Serbie dominante et les autres nations. Les Kurdes de Turquie, Etat euro-asiatique, revendiquent pour le moins leur autonomie, leur culture, le droit de parler leur langue. La question Kurde touche d’autres Etats d’un Moyen-Orient enflammé par des guerres civiles en Syrie, Irak, ainsi qu’en Iran.

De manière plus pacifiste, des peuples d’Etats-nations de l’Union européenne revendiquent aussi leur indépendance nationale. C’est le cas des Catalans d’Espagne, des Flamands en Belgique, et même des Ecossais qui ont récemment fait trébucher le Royaume-Uni de Grande-Bretagne. L’empire britannique fut lui-même l’objet d’une guerre nationaliste et du accorder l’indépendance à l’Irlande. Une partie du territoire Irlandais, l’Ulster ou Irlande du Nord, restée sous domination des « protestants » fut l’objet d’une terrible guerre civile.

La Norvège a formé pendant plusieurs siècles trois unions successives avec le Danemark seul, puis la Suède seule, et devint pleinement indépendant en 1905.

Le Général De gaulle disait dans ses Mémoires d’Espoir que : « A partir du moment où des nations sont éveillées, aucune autorité étrangère, quels que soient ses moyens, n’a de chance de s’imposer. »

Sur le continent américain, les tentatives d’union entre les colonies espagnoles qui accédèrent à l’indépendance, par ou issues du « soulèvement Bolivarien », échouèrent toutes. Que ce soit la République fédérale des Etats d’Amérique Centrale[9], ou la tentative bolivarienne en Amérique du Sud[10].

Au Mexique, la guerre contre l’Espagne dura de 1810[11] à 1821, puis contre Maximilien de Habsbourg imposé par Napoléon III. Le Mexique fut occupé par les forces françaises de 1862 à 1867. Le Guatemala et le Honduras, annexés en 1821, se séparèrent définitivement du Mexique le 1er juillet 1823. Le Texas peuplé de 85 % d'immigrés américains proclama son indépendance (avec l'aide de Washington) le 21 avril 1836, après la victoire de San Jacinto, acquise sous la conduite de Sam Houston.

Après la chute de l’autorité coloniale, l’affirmation nationale fut souvent le fait des caudillos, chefs militaires sui s’emparèrent du pouvoir dans la plupart des Etats nouvellement créés. Elle excluait les noirs esclaves et les amérindiens, bien que parfois majoritaires (Guatemala, Bolivie…). Et ce n’est qu’après la chute des régimes militaires, depuis les années 1970 que la question nationale revient à l’ordre du jour avec la démocratie. Les populations amérindiennes, là où elles existent encore, revendiquent leurs droits démocratiques et nationaux, des Inuits du Canada aux peuples de l’Altiplano et de la Pampa. Hugo Chavéz, un zambo, d'origine principalement indienne-indigène, espagnole et afro-vénézuélienne, a été élu Président du Venezuela en 1999. Evo Moralès, né dans une famille Aymara devient président de la Bolivie en 2006.

Seuls les Etats-Unis ne se sont pas disloqués, mais ont fait néanmoins l’objet d’une guerre de sécession entre le Nord et le Sud, pour des raisons plutôt économiques et sous le prétexte de la fin de l’esclavage sur tout le territoire de l’Union[12]. Les nations amérindiennes furent quasiment exterminées et les survivants furent ensuite intégrés dans l’Union où ils disposent de territoires appelés « réserves ».

D’autres peuples revendiquent leur indépendance ou leur autonomie dans le monde : Les Touaregs en Afrique subsaharienne, les papous de Nouvelle Guinée contre le pouvoir indonésien, des ethnies en Birmanie.

Certains ont réussis à se libérer comme au Timor, au Sud-Soudan (cependant en guerre civile actuellement).

Beaucoup de ces guerres d’indépendance ou civiles sont le fruit pourri des empires coloniaux qui ont partagé les peuples et créer des frontières restées pour la plupart identiques après les indépendances sans tenir compte ni de leur histoire, ni de leur culture.

Réunis à Berlin en 1884-1885 à l’initiative du chancelier Allemand Otto Von Bismarck, Britanniques, Français, Allemands, Belges, Portugais, Italiens, puis plus tard Belges et Espagnols, se sont partagés l’Afrique. Ce processus est appelé « Scramble for Africa » (« ruée vers l'Afrique »). La concurrence entre les puissances coloniales peut être considérée comme emblématique des événements qui ont contribué au déclenchement de la Première Guerre mondiale, notamment la frustration de l’Empire d’Allemagne[13]. Des peuples en révolte contre la conquête impérialiste furent quasiment exterminés : comme les Hereros en 1904 en Namibie, ou durement réprimés comme les « ivoiriens » sous le la férule du gouverneur français Gabriel Angoulvant, ainsi qu’au Congo Belge, propriété personnelle du roi Léopold II de Belgique[14] ! L’exploitation des Africains y fut épouvantable, où les familles, femmes et enfants étaient punis des révoltes des hommes et victimes d’amputations[15].

Le traité de Versailles en 1919 avait aussi scellé le sort des peuples moyen-orientaux de l’Empire ottoman déjà partagé par les accords Sykes-Picot de 1916 entre la France et le Royaume-Uni. La Palestine passe sous le mandat britannique et la Syrie sous celui de la France, tandis que les Arabes ne verront jamais naître le royaume du Hedjaz qui devait réunir la péninsule arabique à la Mésopotamie, malgré les promesses de Laurence d’Arabie. Cependant, à la différence des Kurdes, des Etats seront créés : L’Egypte, le Soudan, l’Arabie Saoudite, le Yémen, l’Irak, le Liban, la Syrie, la Transjordanie devenue Jordanie, Israël, Emirats arabes Unis, souvent dans des convulsions guerrières qui sont loin d’être terminées du fait des interventions étrangères comme des révoltes populaires, contre les puissances coloniales et les impérialismes.

Révoltes coloniales et indépendances

L'Empire britannique comprenait d'une part, les colonies « blanches » (Canada, Australie, etc.), qui accédèrent progressivement à l'indépendance tout en conservant des liens avec l'ancienne métropole par le biais du Commonwealth, institué en 1931 ; d'autre part, les colonies « non blanches ». Elles étaient gérées selon le système de l'administration indirecte.

L'Empire français était le deuxième en importance et s'étendait essentiellement en Afrique (Maghreb et Afrique noire) et en Indochine. A la différence de l’empire britannique, il était géré selon le système de l'administration directe, sous la direction de fonctionnaires français. La France n'avait pas de véritables colonies de peuplement, à l'exception de l'Algérie, et des confettis océaniques des Antilles, de la Réunion, de la Nouvelle-Calédonie, de la Guyane, de l’Océanie, devenues départements ou territoires d’outre-mer et intégrés à la République

L'Allemagne avait peu de colonies et les perdit en 1918. L’Italie était présente en Libye, en Somalie, en Erythrée, elle occupa l’Ethiopie de 1936 à 1941. De petits pays pouvaient avoir d'importantes colonies : la Belgique possédait l'immense Congo, le Rwanda, le Burundi ; les Pays-Bas détenaient l'Indonésie, L’Espagne une partie du Maroc (République Sahraouie annexée par le Maroc et la Mauritanie), le Portugal le Cap-Vert, la Guinée, l’Angola, le Mozambique.

Dès 1927, s’était réuni à Bruxelles, le congrès constitutif de la Ligue contre l’impérialisme et l’oppression coloniale sous le patronage d’Albert Einstein et de l’écrivain pacifiste français Romain Rolland.

En 1955, la conférence de Bandung signa l’acte de naissance du non-alignement des ex-nations coloniales.

De nombreuses révoltes nationales précédèrent les indépendances des peuples colonisés :

Révoltes au Moyen-Orient :

Irak en 1920 ; Syrie 1925 ; Omar Al Mohktar en Lybie en 1920 ; le mouvement Wafd en Egypte en 1919.

En Afrique :

La plus grande partie du continent africain est en 1945, sous domination coloniale. Au lendemain de la guerre, le Congrès Panafricain de Manchester fut l’occasion de revendiquer une Afrique libre et unie par la voix de Kwame Nkrumah, futur président du Ghana. Mais, toutes les tentatives de rapprochement échouèrent : celle de l’Union des Etats africains, créée en mai 1959 avec la Guinée de Sékou Touré et rejointe par le Mali en 1961. Elle échoua comme la Fédération du Mali avec le Sénégal de Senghor en 1961. Seul Zanzibar a réussi sa fusion avec le Tanganyika. Les intérêts claniques des dirigeants et les interférences des ex-puissances coloniales maintinrent le morcèlement de l’Afrique et les frontières issues de la colonisation.

Si certains territoires ont été colonisés précocement (l’Afrique du Sud dès le XVIIe siècle, l’Algérie à partir de 1830), la plupart des territoires sont passés sous souveraineté européenne autour de la fin du XIXe siècle. En 1945, cinq pays sont indépendants : l’Égypte (depuis 1922), le Liberia (depuis 1945), l’Érythrée (mais ce territoire fait alors partie de l’Éthiopie avant de s’en séparer en 1993), l’Éthiopie (qui n’a jamais été colonisée hormis la parenthèse de l’occupation italienne entre 1935 et 1941), l’Union sud-africaine (qui est alors un dominion britannique et le restera jusqu’en 1961, date de sa pleine et entière indépendance).

L’accession des colonies d’Afrique à la souveraineté fut l’aboutissement de multiples formes de résistances et de luttes que le continent a connues depuis les débuts de la colonisation et qui se sont amplifiées à partir des années 1930. Elles se sont radicalisées après la Seconde Guerre mondiale avec l’affaiblissement des puissances coloniales. Le processus d’émancipation a dû compter aussi avec d’autres facteurs, en particulier le rapport des forces politiques à l’intérieur des Etats colonisateurs et avec la rivalité opposant les grandes puissances, la guerre froide entre « le monde occidental » et l’Union soviétique. Les indépendances africaines se sont échelonnées sur une période relativement longue, quatre décennies s’écoulèrent entre l’indépendance de la Libye (24 décembre 1951) et celle de la Namibie (21 mars 1990).

L’année 1960, année des indépendances des colonies de l’Union française devenue Communauté française à la naissance de la V° République en 1958, avec De Gaulle, correspond aussi à la décolonisation des possessions britanniques, qui commence par le Ghana en 1957. Puis c’est le Nigeria, suivi en 1961 du Sierra Leone, et des territoires d’Afrique orientale (Tanganyika[16], Kenya, Ouganda) et centrale (Nyassaland[17] et Rhodésie du Nord[18]). Le 11 novembre 1965, lorsque la Rhodésie du Sud[19] déclare unilatéralement son indépendance, toutes les possessions françaises et anglaises d’Afrique noire ainsi que le Congo belge sont devenus des États souverains. Ce dernier devenu Zaïre sous Mobutu, après l’assassinat de Lumumba, aujourd’hui République Démocratique du Congo se débat toujours dans des guerres qui ensanglantent sa périphérie orientale du fait des multiples interventions étrangères pour piller ses immenses richesses minières.

L’indépendance de la Rhodésie du Sud a été proclamée par la minorité blanche en 1965, comme en Afrique du Sud. Elle ouvre une troisième phase des indépendances nationales, longue et conflictuelle, dominée par la résistance des « bastions blancs » (colonies portugaises, Rhodésie et Afrique du Sud). Ce n’est qu’en 1980 que le Zimbabwe accède à l’indépendance, au terme de la lutte menée par la guérilla sud-rhodésienne, et en 1990 pour la Namibie, avec la chute de l’apartheid en Afrique du Sud. Le Bechuanaland était un protectorat britannique qui est devenu le Botswana après son indépendance à l'intérieur du Commonwealth le 30 septembre 1966.

Les révoltes nationales :

Madagascar en 1925 et 1947 ; des Mau-Mau au Kenya entre 1952 et 1956 ; Les Boers en Afrique du Sud (1881-1902), puis la longue lutte de l’ANC créée en 1912 jusqu’à la fin de l’Apartheid en 1992 et l’élection de Nelson Mandela en 1994 ; etc…

Guerre du Rif au Maroc, guérillas sahariennes, guerre d’Algérie de 1954 à 1961, révoltes au Congo, au Cameroun, les colonies françaises d’Afrique, après le Maroc, l’Algérie, accèdent à l’indépendance en 1960, 1962 pour l’Algérie.

Les colonies portugaises, l'Angola et le Mozambique, accèdent à l'indépendance au terme de longues guérillas en 1974, après la révolution des Œillets qui renverse le régime salazariste. En Guinée-Bissau, le mouvement dominant, le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), a conquis dès 1973 la supériorité militaire et déclaré l'indépendance du pays. Il n'y a pas de résistance anticoloniale armée au Cap-Vert et à Sao Tomé-et-Principe qui ont donc obtenu leur indépendance à la suite du retrait, sans conflit, du pouvoir colonial portugais. (Wikipédia)

En Asie :

4 mai 1919 en Chine ; Création du parti du Congrès en 1920 en Inde et la longue lutte du Mahatma Gandi. Etc…

Après les accords de Genève du 20 juillet 1954, qui mettaient fin à la guerre d’Indochine, une trentaine de pays asiatiques accédèrent à l’indépendance.

L’insurrection des Philippins firent un million de morts entre 1899 et 1902, massacrés par les troupes des Etats-Unis …une histoire oubliée !

Amérique :

Hawaï et Porto-Rico, devinrent des Etats incorporés aux Etats-Unis.

Les Etats-Unis firent plus d’une centaine d’intervention militaires en un peu plus d’un siècle, contre des Etats du continent afin d’affirmer leur contrôle sur le continent. Ils prirent le Texas et la Californie au Mexique.

La planète comptait 53 Etats indépendants et souverains en 1914, 77 en 1932, l’ONU rassemble 193 Etats en 2014

Patriotisme et chauvinisme

Il y a aussi une dimension quasi religieuse dans la qualité du sentiment national, car son fondement fait aussi partie de l’irrationnel. Comme dans les religions, il peut faire appel à des totems ou divinités : les ancêtres ou le coq gaulois qui rassemblent une ferveur sacrée, avec des rites propitiatoires : les cérémonies nationales comme les évènements sportifs internationaux qui deviennent des incarnations de la réalité nationale. La conscience nationale est un phénomène d’ordre intellectuel autant qu’affectif, fruit de processus historiques où s’entrecroisent conscience, idéologie, identités.

En fait, toutes les couleurs politiques ou religieuses, républicaines, libérales, socialistes, peuvent s’allier à la revendication nationale. Mais pour qu’il y ait Nation, il faut une volonté, une conscience nationale.

Allain Louis Graux

[1] Jean-Claude Caron, La nation, l'État et la démocratie en France de 1789 à 1914, Armand Colin éditeur,

[2] - Population, immigration et identité nationale en France : XIXe ‑ XXe siècle, par Gérard Noiriel, Hachette éditeur, 1992.

Et selon Wikipédia.

[3] Les empires Russe et Autrichien, le royaume de Prusse.

[4] Lire Gellner : Nations et nationalisme

[5] Kedourie Elie -Nationalism, New York, Praeger University Series, 1967, p. 92-93, 98, 121-122

[6] Louis XIV affirmait : « la Nation, c’est moi ! »

[7] Ce qu’exprima Merlin de Douai le 28.10.1790 à propos de l’adhésion des alsaciens – Histoire N°407 – p.47

[8] Maurice Barrès - l’éducation nationale « le Journal »- 30.10.1899

[9] Les Provinces unies d'Amérique centrale (Provincias Unidas del Centro de América en espagnol) étaient une république fédérale d'Amérique centrale qui exista entre juillet 1823 et 1839. En 1824, la fédération prit le nom de République fédérale d'Amérique centrale (República Federal de Centroamérica en espagnol). Sa capitale fédérale fut Guatemala jusqu'en 1834 puis Sonsonate (Salvador) pendant un court laps de temps et enfin San Salvador de 1834 à 1839. Basée sur le modèle des États-Unis d'Amérique, les Provinces unies d'Amérique centrale étaient composées des États du Guatemala, du Salvador, du Honduras, du Nicaragua et du Costa Rica, ainsi que le Chiapas, actuellement incorporé au Mexique. (Wikipédia)

[10] Simon Bolívar, à l'origine de l'indépendance de certains États sud-américains, avait pour objectif de créer une fédération des nations de l'Amérique hispanique. Le « Libertador » a participé de manière décisive à l’indépendance des actuels Bolivie, Colombie, Equateur, Panama, Pérou et Venezuela. Il est un acteur majeur de la création de la Grande Colombie dont il souhaitait qu’elle devienne une grande confédération politique et militaire regroupant l’ensemble de l’Amérique Latine. Cette Colombie qui réunissait le Venezuela, la Colombie, le Panama a éclaté très vite. Bolivar avait aussi été élu Dictateur président du Pérou-Bolivie. Bolívar proclama le rattachement de la province de Guayaquil à la Grande Colombie en 1822 (ce qui provoqua le conflit territorial entre le Pérou et l'Équateur), ainsi que la sécession du Haut-Pérou, qui devint la Bolivie, en 1825.

[11] En 1810, les Mexicains s’opposèrent surtout au frère de Napoléon 1°, Jérôme, que l’empereur avait installé sur le trône d’Espagne.

[12] 12 avril 1861 à la reddition du général Lee au général Grant à Appomattox le 9 avril 1865. cette guerre provoque la mort de 620 000 soldats, dont 360 000 nordistes et 260 000 sudistes. La très grande majorité des soldats étaient natifs des États-Unis. Concernant la participation non américaine, on a avancé le nombre de 600 000 étrangers, principalement européens ; parmi eux on a recensé environ 26 000 Français dont environ 40 % combattirent avec le Nord, et 60 % environ avec le Sud. (Wikipédia)

[13] - http://www.sport-histoire.fr/Histoire/1GM/Les_origines.php [archive]

[14] - Comme le gouvernement belge n'envisageait pas de prendre une colonie, Léopold le fit en son nom propre, utilisant son droit de propriété en tant que citoyen ordinaire et seul actionnaire de l’Association internationale du Congo.

[15] - Voir le très intéressant musée maritime de Liverpool et son exposition sur l’esclavage à ce sujet.

[16] -Le Tanganyka est devenu la Tanzanie lors de sa fusion avec Zanzibar.

[17] -Nyassaland : nom colonial du Malawi de 1907 à 1964.

[18] - Rhodésie du Nord : République de Zambie en 1964

[19] - Rhodésie du Sud devenu Zimbawe.

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