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L’ESPOIR vient de GRECE

Ce lundi matin, le magnifique succès électoral du front Syrisa en Grèce réchauffe le cœur malgré les frimas de l’hiver a européen en cette saison, parce qu’il ouvre une porte sur l’espérance d’une autre Europe possible que celle de l’austérité libérale.

Les partisans de Syrisa qui étaient hier ignorés, vilipendés, jugées irréalistes, utopistes, sont aujourd’hui magnifiés par ceux-là même qui les pourfendaient et poursuivaient de leurs ricanements ironiques et vindicatifs. Aujourd’hui ils considèrent que Tsipras est clairvoyant, modéré alors qu’il était auparavant traité d’extrémiste inconséquent.

Tsipras: « Je pratique le compromis parce que mes objectifs sont réalistes. (…) En même temps, je sais me montrer ferme si je juge nécessaire d'aller à la confrontation. » Alexis Tsipras à son bureau de vote, le 25 janvier, à Athènes.

Des voix s’élèvent enfin, de tous bords pour dire, que peut-être un autre chemin que celui de l’austérité est possible, et même souhaitable, pour sortir l’UE de la crise, sans assommer les peuples de réformes structurelles (restrictions des avantages sociaux, des retraites, des services publics y compris dans les domaines de la santé et de l’éducation) qui les plongent dans la précarité et privent leurs enfants d’avenir.

Pour les Grecs, c’était la descente aux enfers comme le montre le tableau comparatif ci-dessous, sans solution économique véritable et entraînant une vraie catastrophe sociale.

X

Où à mener la purge de la Troïka pour la Grèce ? A l’impasse qui condamne toute la zone euro pour payer les pensions des retraités allemands.

En fait de dette, l’Allemagne n’a toujours pas remboursé les frais d’occupation que le régime nazi faisait payer à la Grèce.

Mais attention, il se murmure aussi que la Gauche de gauche - la Gauche en fait – pas celle de la social-démocratie qui s’est compromise jusqu’au cou avec l’ultralibéralisme dont Bruxelles est le meilleur et le pire exemple au monde – est attendue au tournant.

- Le porte-parole pour les affaires étrangères du groupe parlementaire allemand CDU/ CSU, Philipp Missfelder, a déclaré :

Mais Syriza ne doit pas attendre de l’Allemagne une renégociation des programmes. Ils doivent respecter ce que l’ancien gouvernement a promis ».

Si Syrisa ne réussissait pas à réaliser son programme progressiste, tout en restant dans l’euro et l’UE, butant sur les exigences allemandes et de la troïka :

- « alors vous verrez ce sera encore pire, vous devrez payer la dette de ces Grecs inconséquents ! disent les tenants de l’idéologie ordo-libérale.

Et ils feront tout pour glisser des chausse-trappes sous les pieds d’Alexis Tsipras, avec tous leurs moyens financiers – et ils sont considérables et puissants – aidés en cela, par les théories pessimistes des souverainistes de tous poils, y compris ceux qui se revendiquent de gauche. C’est pourquoi Syrisa aura besoin du soutien populaire, certes en premier lieu des Grecs, mais aussi de tous les démocrates européens. C’est ce qu’a aussi déclaré Clémentin Autain, dirigeante du Front de Gauche en France :

- « Contre les faux amis et les adversaires de toute nature, à commencer par les banques, Syriza aura besoin de tout notre soutien pour l'annulation de la dette illégitime, prendre les mesures sociales de première urgence et engager une politique mettant fin à la crise humanitaire qui frappe la population. Ce qui est possible en Grèce doit l'être dans d'autres pays en Europe. » Clémentine Autain (Ensemble - Front de Gauche)

S’ils réussissaient leurs mauvais coups, les citoyens les plus désespérés, les moins conscients politiquement, se tourneraient cette fois vers la droite la plus extrême, celle dont se souviennent les Grecs, mais aussi les Espagnols de Podemos, les Portugais du Bloc de gauche, il n’y a pas si longtemps quand ils vivaient sous le joug des dictatures des colonels, de Franco et de Salazar. Ils ne veulent absolument pas, dans leur immense majorité, d’un retour tragique de cette peste noire. Les Français devraient interroger leur histoire et se souvenir des heures terribles du pétainisme et comprendre que les héritiers du Maréchal et de Laval sont aujourd’hui cachés dans les rangs du Front national.

Les Français devraient avoir cela présent à l’esprit, quand écœurés par les mensonges et victimes de la précarité, sont tentés par cette extrémité.

Ils devraient se rassembler plutôt, comme les Grecs ont su le faire, derrière le drapeau de l’espoir, pour un avenir plus radieux que la triste perspective sarko-lepéniste,

Celui du Front de Gauche et d’une VIe République démocratique, éco socialiste et laïque.

L’évolution des votes au parlement grec, démontre que tout est possible….

SYRIZA est un parti créé en 2004 et rassemblant différentes formations politiques situées à gauche de l’échiquier politique grec. SYRIZA avait, jusqu’en 2012, la forme d’une coalition, mais les partis membres ont fusionné depuis. Elle rassemble aussi bien des partis marxistes, des mouvements écosocialistes comme Synapismos, trotskystes des altermondialistes, des ex-socialistes et communistes. SYRIZA est membre du Parti de la gauche européenne, comme le Front de Gauche et Podemos, Die Linke (Allemagne). Jusqu’en 2012, elle a trouvé ses soutiens essentiellement dans les trois grandes villes d’Athènes, de Thessalonique et du Pirée et obtenait entre 3% et 5% aux élections législatives (3,3 % en 2004, soit le score de Synapismos en 2002) auxquelles elle s’est présentée. En 2012, une série de facteurs – notamment la crise économique, le discrédit dans lequel sont tombés les deux grands partis traditionnels et le charisme incontestable de son leader Alexis Tsipras – ont propulsé SYRIZA au rang de deuxième parti politique du pays, devant le PASOK, avec 26.9% des voix. En 2014, SYRIZA a remporté les élections européennes et s’est emparée de deux régions : l’Attique et les Iles Ioniennes. Allié aux Verts, Syrisa est aujourd’hui le premier parti grec.

Le programme de Syrisa est-il crédible ?

-Dix-huit économistes dont les deux « prix Nobel » Joseph Stiglitz et Chris Pissarides, ont signé dimanche un appel dans le Financial Times demandant une renégociation de la dette grecque. « Nous pensons qu’il est important de faire la différence entre l’austérité et les réformes. Condamner l’austérité ne signifie pas être anti-réforme. Une stabilisation macro-économique peut être réalisée plus sûrement par la croissance et une meilleure efficacité dans la collecte de l’impôt qu’au travers de la réduction des dépenses publiques, qui réduit les revenus et accroît les dettes, écrivent-ils. Nous pensons que l’Europe entière bénéficiera de la chance donnée à la Grèce d’un nouveau départ. »

L'Europe pourrait bien se trouver confrontée à une expérience passionnante : celle d'un gouvernement ancré à gauche, en opposition nette avec Berlin, tout en étant prêt à jouer le jeu de l'euro et de la Banque centrale européenne (BCE). Mais y a-t-il de la place, à traités constants, pour autre chose que des compromis boiteux, qui tournent trop souvent à l'avantage d'Angela Merkel et de l'ordo-libéralisme cher aux Allemands ? Ce sera tout l'enjeu, pour Syriza, de le démontrer.

Pour Liêm Hoang-Ngoc, un ancien eurodéputé socialiste, coauteur d'un rapport sur l'action de la Troïka en Grèce, les propositions de Syriza « sont loin d'être dénuées de réalisme ». L'économiste PS s'explique, dans un article récent à L'Hémicycle : « Syriza propose en premier lieu une restructuration de la dette d'un montant qui lui permettrait de libérer 12 milliards d'euros pour appliquer un programme de relance, sans lequel la dette continuera d'exploser. C'est pourquoi Alexis Tsipras propose en second lieu d'augmenter le pouvoir d'achat pour soutenir la reprise et d'indexer le remboursement de la dette sur la croissance. »

Si cela est possible en Grèce, pourquoi pas en France ?

Allain Graux

Le 26 janvier 2015