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Il est né fin 2008, d’une alliance entre le Parti communiste et le Parti de gauche, rejoint par le groupe des militants de la Gauche unitaire, organisation issue de la LCR devenue depuis le NPA, sur les débris des collectifs unitaires qui avec l’Association altermondialiste Attac, le PRS de Jean Luc Mélenchon, avaient obtenu la victoire du Non au référendum de 2005 contre le Projet de Traité constitutionnel européen. La campagne des militants, de la gauche radicale, altermondialistes, de la gauche socialiste (d’Emmanuelli, de Montebourg à Mélenchon) et des souverainistes de gauche comme de droite, avaient fait triompher une autre conception de l’Europe. Mais si tous ces artisans du Non n’avaient pas les mêmes idées sur la question, le Non de gauche était majoritaire. Deux ans plus tard, en 2007, Sarkozy était élu, les résultats de la gauche radicale, divisée à l’extrême, catastrophiques, et ceux du FN et autres souverainistes de droite, considérablement en recul.

Le FN s’en est remis, avec Marine Le Pen. Le Front de Gauche, qui regroupe maintenant à peu près l’éventail de ceux qui s’étaient regroupés dans les collectifs unitaires, bien qu’ayant notablement progressé depuis le scrutin européen de 2009, grâce au charisme de Jean Luc Mélenchon, au sentiment unitaire retrouvé – malgré les difficultés d’une telle alliance qui rassemblait 9 mouvements différents – a réussi 11, 10 % et 4 millions de voix à la présidentielle alors que Marine Le Pen atteignait 17,90 % avec 6 421 426 de suffrages au premier tour.

Pourquoi cette différence, pourquoi le FDG ne décolle-t-il pas mieux , ne recueille -t-il pas une plus large mobilisation des classes populaires et des électeurs de gauche ?

On peut considérer comme Aurélien Bernier[1] que le FDG n’explique pas comment sortir rapidement de l’ordre ultralibéral, de l’Euro, voire de l’Europe, comme le proposent les altermondialistes du M’PEP, de Medelu, autour de Bernard Cassen et de l’économiste Jacques Sapir.

Pourtant le FDG propose des mesures protectionnistes, sans vouloir casser l’Europe, tout en se tenant prêt dans une telle hypothèse, mais ne voulant cependant pas céder à la démagogie. Cette position serait-elle insuffisante pour convaincre de la rupture ?

En fait, on ne peut pas tout expliquer par la seule condamnation du libre-échange. Ce que propose justement le FDG, c’est une véritable rupture avec le système échangiste actuel, avec la globalisation libérale pour un système de coopération, et non de concurrence effrénée, y compris entre les hommes, les pays, les systèmes sociaux. Le FN ne remet pas cela en cause, il reste dans le cadre de l’économie de marché, mais il apparaît immédiatement plus radical, et s’en prend aux aspects visibles, à des boucs émissaires comme l’immigré, l’étranger. Faut-il adopter le même discours ?

En fait le FDG est confronté à une grande difficulté, celle de se démarquer de la social-démocratie, d’un parti socialiste aujourd’hui ouvertement libéral avec un François Hollande qui a poursuivi en l’aggravant la politique austéritaire de la droite. Toute la gauche s’est rassemblée pour voter François Hollande, ce que ce dernier semble avoir oublié…Et la politique à géométrie variable du PCF avec son satellite de la Gauche unitaire, qui rejoint les listes PS dans nombres de villes pour les élections municipales, ne peut qu’entretenir cette confusion. Comment expliquer aux électeurs que l’on condamne la politique approuvée par des députés et sénateurs socialistes au parlement et s’allier avec eux dans les villes dont ils sont souvent maires ou élus ?

Par ailleurs, si le PCF a apporté l’essentiel des troupes au FDG, il a aussi apporté « les lourdes valises de son passé[2] » dont il ne s’est pas entièrement débarrassées. Les relents du centralisme démocratique encombrent les rapports et le passé rebutent les potentiels ralliements de la gauche socialiste, des catégories intellectuelles de la population. Le PCF est à la fois un apport indispensable et une gêne. Seule son évolution, dont il est le seul maître, pourrait résoudre cette contradiction. Ses militants sont néanmoins confrontés à cette évolution freinée par une direction conservatrice et nostalgique. Il faudra du temps, ou un évènement pour produire un effet identique à celui de SYRIZA[3] en Grèce avec Alexis Tsipras, qui a recueilli près de 30 % des suffrages, frôlé la victoire. Cependant, il n’est pas souhaitable d’attendre d’en être réduit à la situation de la Grèce, évidemment!

Dans les régions fortement touchées par la crise et la désindustrialisation, les ouvriers se défient de l’Union européenne et ont le sentiment que les partis socialiste et communiste les ont abandonnés. Ces constats ont amenés d’anciens proches de ces partis à penser que le Front national était désormais leur seul recours. D’autres, par crainte du déclassement, estiment que l’étranger islamique est le coupable, qu’il bénéficie d’avantages sociaux qu’eux-mêmes ou leurs enfants n’obtiennent pas. Nombre de Français expriment la sensation d’être exilé chez soi. De fait, le national-populisme concentre ses attaques sur le danger musulman, l’islam étant assimilé à une religion fanatique et expansionniste. Ce discours présente les flux migratoires comme une invasion du continent européen, et l’Union européenne partie prenante du projet “mondialiste” de destruction des identités nationales. L’immigré est maintenant rejeté au nom d’arguments civilisationnels qui ne touchent d’ailleurs pas que les seuls ouvriers ou classes populaires.

Mondialisation et délocalisation

Depuis 40 ans, confrontés à la baisse de leurs taux de profit, les grandes entreprises multinationales ont choisi d’investir dans des pays à faible coût de main d’œuvre, dont certains sont devenus aujourd’hui les ateliers de la production des biens de consommation. Cela a entrainé la désindustrialisation des pays occidentaux développés, le chômage, la baisse des revenus salariaux au profit du capital (+10 %), le recul des services publics et sociaux, la limitation des luttes revendicatives. Les recettes des Etats, appauvries par les crises spéculatives de la finance, les réductions des taxes et impôts au profit du capital, du fait de choix économiques libéraux ne parviennent plus à financer les dépenses sociales. Le grand capital n’investit plus suffisamment dans les pays européens, privilégiant les spéculations, les investissements étrangers à plus forte rentabilité, à des taux inégalés de 15%. Cette situation est aggravée par la politique de l’Euro fort de la Banque centrale, imposée par l’Allemagne, puissance économique dominante en Europe.

La régression sociale due à la mondialisation et la financiarisation du système capitaliste, n’est pas une fatalité. Il y a une autre voie, qui n’est pas celle de la défense des intérêts capitalistes nationaux, mais celle de la coopération. La France, deuxième puissance européenne, cinquième puissance mondiale, dispose des moyens nécessaires pour faire entendre une autre voix au sein de l’Union Européenne, celle du progrès, du partage de l’emploi[4], de la redistribution, du développement des services et biens publics : santé, éducation, transports, logements.

La souveraineté

La souveraineté est à retrouver à tous les niveaux de la vie politique et publique, elle ne se résume pas à des droits de douane aux frontières. Elle se traduit dans le domaine de la production, par une nouvelle politique de développement écologique de l’activité, de circuits courts, de productions au pays pour ce que nous pouvons et savons produire et d’échanges égaux pour ce que nous n’avons pas, ou ne savons pas faire.

« Cette nouvelle donne politique jettera les bases d’une République débarrassée des conflits d’intérêt et du clientélisme. Elle redonnera sa place au peuple de détenteur de la souveraineté, à travers les référendums révocatoires. Il ne sera possible de peser en Europe que par la force de la révolution citoyenne. Nous devons d’abord retrouver notre souveraineté à l’intérieur de nos frontières avant de pouvoir construire la riposte au niveau européen[5]. »

L’idée de souveraineté que défend le Front de Gauche n’a évidemment rien à voir avec celle développée par le Front national. Elle ne part pas de cette sclérose mentale qu’est le fantasme d’une nation refermée sur elle-même, seul rempart face aux invasions étrangères.

La souveraineté est une question de dignité et de puissance d’agir. La VIe République et la désobéissance européenne devraient compléter le processus, avec les autres désobéissants européens, par les luttes sociales qu’ils mènent, pour construire ensemble une Europe solidaire à laquelle nous n’avons pas à renoncer. La construction Européenne actuelle, ultra-libérale n’est pas une fatalité. Porter un discours sur l’Europe assimilable, de près ou de loin, à celui du Front national c’est tomber dans son piège idéologique. Mais il faut aussi porter des réponses claires et audibles, crédibles, un message clair sur ce qui questionne les classes salariées et la ruralité. Proposer par exemple un protectionnisme ciblé par l’instauration de visas sociaux et écologiques susceptibles de parer au dumping inhérent au libre-échange généralisé, rejeter fermement l’Europe de la technocratie, des lobbys et de la finance, rejeter les traités austéritaires et libéraux, rejeter la confrontation des nations pour réaliser enfin l’Europe sociale et de la coopération. Faire de la sortie de l’Euro et du processus de Schengen la seule politique possible, ne peut pas être la position d’un parti politique crédible. Il faut prévoir cette éventualité, sans la précéder, en faire un enjeu.

Des droits sociaux et de solidarité

Partout dans le monde les inégalités s’accroissent avec la globalisation, les riches deviennent très riches et les pauvres se paupérisent de plus en plus, jusqu’à devenir une classe à part que l’on traite par des aides individuelles, des droits individuels. On renonce de fait au droit collectif et solidaire. L’Etat se sent ainsi dispensé d’une action collective pour affronter les problèmes. Nous ne sommes plus très loin de la charité, de la conception très libérale et en vogue aux Etats-Unis d’une action charitable des très riches envers les pauvres en favorisant leurs dégrèvements fiscaux en fonction de l’importance de leurs versements charitables. Cela satisfait leur bonne conscience mais rend les pauvres dépendant de cette bonne conscience morale, ils deviennent sujets stigmatisés et non citoyens attributaires de droits collectifs.

Notre sécurité sociale devrait redevenir ce qu’elle était à la Libération, un instrument solidaire de protection et de redistribution, gérée par les cotisants et donc élire comme par le passé ses dirigeants.

« …la tendance est à la défiance vis-à-vis de l’État, plus exactement de sa fonction protectrice. La société civile prétend « se libérer » de sa tutelle. Cette sacralisation de la société civile, à laquelle la « deuxième gauche » a contribué en invitant à se libérer d’un prétendu « archaïsme étatique », n’a pas été sans jouer un rôle majeur dans la perte de crédit d’un pouvoir collectif. La diffusion de l’individualisme et la logique de l’intérêt individuel ont fait le reste[6]. »

L’Etat doit redonner et garantir le sens collectif et universel de notre système de protection social. Car réduire aussi la protection aux plus pauvres reviendraient à faire des dépenses publiques un système au rabais, pour palier à la gravité. Les classes moyennes qui la financeraient sans en profiter elles-mêmes, feraient pression pour qu’elle devienne moins généreuse[7].[]Tout le monde y perdrait : les riches qui paieraient plus cher des services privés et les pauvres dont la protection sociale s’étiolerait[8]. N’est-ce pas le chemin emprunté par les gouvernements libéraux de gauche et de droite ? N’est-ce pas ce qui entraine un climat malsain de repli, de peurs, de ressentiments de remise en cause de l’idée de la protection sociale collective, et pour le coup, nationale ? D’autant plus que ces pauvres, bénéficiaires des aides sociales, sont stigmatisés comme fraudeurs. Evidemment pour le FN, ce seraient les immigrés qui fraudent notre bonne et brave sécu, en bénéficieraient plus que les « bons français ». Or, si la fraude des cotisants s’élève à 2 à 3 milliards d’Euros, et nécessitent de meilleurs contrôles, celle des employeurs qui crient au charron en commun avec le FN, devraient balayer devant leur porte car ils n’acquittent pas leurs cotisations, soit un manque à gagner de 8,4 à 14,6 milliards d’Euros selon le Conseil des prélèvements obligatoires[9]

En France, la situation ne cesse de se dégrader depuis de longues années. La droite a échoué et ne propose plus rien car le parti solférinien fait ce qu’elle aurait fait. Pire, elle soutient les manœuvres de l’extrême-droite dans ces mouvements de mobilisation contre des réformes sociétales qui sont censées redonner un sens de gauche au gouvernement de François Hollande. Voilà qui offre un boulevard au FN et aux divers pourfendeurs de « l’UMPS ».

L’Alternative

L'Alternative à la politique de ces gouvernements n’est pas l'extrême droite, car :

« L'ennemi, ce n'est pas l'immigré, ce n'est pas le fonctionnaire, ce n'est pas le travailleur révolté. Paris n'est pas l'ennemi des régions de France. La laïcité n'est pas l'ennemie des croyants. Ne nous trompons pas de colère ! L'ennemi, il y en a un. C'est la finance. Française et mondialisée ! Qui profite, salit, et saigne sans limite tout ce qu'elle touche[10]. »

Si 34 % des Français estiment que le FN incarne une alternative politique crédible au niveau national, qu'il propose des solutions réalistes, et qu'il est proche de leurs préoccupations (32 %), un Français sur deux considère que ce parti est un danger pour la démocratie. Si le FN fait donc moins peur, il reste toujours un parti à part, en marge de la République, à la crédibilité minoritaire. L’alternance n’a pas produit d'effets tangibles et à au contraire accentué le désespoir des catégories populaires et moyennes.

Une certaine presse se gausse et renforce le pessimisme ambiant, elle ne cite jamais cette autre réalité de la gauche populaire qui se positionne à 36 % à gauche, à 5 % au centre et à 14 % seulement à droite S’il n’y a pas adhésion enthousiaste à la gauche -du fait d’un PS libéral- il y a bien un puissant rejet de la droite. Mais combien des 45 % d’ouvriers se déclarant ni à gauche à ni à droite vont finalement voter à gauche par rejet de la droite ? Voilà un enjeu décisif pour l’Alternative[11].

A la France pessimiste et fragmentée, il est nécessaire de redonner confiance, de lui faire découvrir d’autres possibilités qu’il est nécessaire de rendre crédibles, pour d’abord reconquérir les esprits. Les bases en existent, car les deux tiers de nos concitoyens estiment que le déclin n'est pas irréversible. L'espoir d'un redressement est donc malgré tout présent...pour une autre France possible.

Placer le développement humain comme fin et l'argent comme moyen – et non l'inverse – est la logique qui peut rassembler la majorité du peuple de France : Promouvoir le bel ouvrage et non le travail insensé, l'utilité du produit ou du service plutôt que l'obsolescence programmée et l'injonction comptable, voilà ce qui peut unir les créateurs, les chercheurs, les producteurs autour d'un nouveau devenir[12]. Cela serait inscrire la gauche dans des combats mobilisateurs, en phase avec les attentes populaires.

Allain Graux

Le 10 mars 2014

[1] La Gauche radicale et ses tabous – Le Seuil _ p.83

[2] Selon les termes employés par Cohen–Séat, dirigeant du PCF…

[3] La SYRIZA (en grec moderne, Synaspismós Rhizospastikís Aristerás, Coalition de la Gauche Radicale) est une coalition de mouvements politiques de rupture, devenu le premier parti politique de gauche en Grèce lors des élections législatives de 2012. La naissance officielle de la SYRIZA est liée aux élections législatives de 2004. Les membres de l'Espace créèrent un programme commun : le Synaspismos, la Gauche du Renouveau Écologique et Communiste (AKOA), la Gauche ouvrière internationaliste (DEA), le Mouvement de la gauche unifiée dans l'action (KEDA) (une scission du KKE), les Citoyens Actifs (une organisation proche de Manolis Glezos). Aux élections législatives de 2007, la SYRIZA, à laquelle se joignit la KOE, un mouvement communiste, ainsi qu'Intervention écologique, créa la surprise en recueillant 360 000 voix, soit plus de 5 %, et obtint 14 sièges principalement dans les grandes villes. Lors des élections législatives anticipées du 6 mai 2012, la SYRIZA fait une percée plus ample que prévue par les sondages avec 1 061 265 voix, soit 16,78 % (+ 12,18) et 52 députés à la Vouli (+ 39), et suite à l’effondrement du Pasok (13,2 %, 41 députés), devient la première force à gauche et la deuxième du pays, derrière la Nouvelle Démocratie (18,85 %, 108 députés). Comme le système politique grec n'accorde la prime majoritaire (50 députés en plus de ceux élus à la proportionnelle intégrale) qu'aux partis politiques, et non pas aux coalitions de partis, SYRIZA décide de se transformer en parti politique. Le 22 mai 2012, le parti SYRIZA Front Unioniste Social a été déclaré auprès du procureur de la Cour Suprême. L'emblème reste le même et le président de ce nouveau parti est toujours Aléxis Tsípras. Lors des élections législatives du 17 juin 2012, la SYRIZA connaît à nouveau une très forte progression de plus de 60 %, obtenant 1 655 053 voix soit 26,89 % des suffrages exprimés. Elle gagne 19 sièges supplémentaires à la Vouli pour atteindre un total de 71 députés.

[4] Il faut continuer sur le chemin de la réduction du temps de travail, les 32 h avec la semaine de quatre jours par exemple, la retraite effective à 60 ans. Car la réalité, c’est que dans le système actuel, la précarité, les emplois temporaires, sont une réduction déguisée du temps de travail, la mise à l’écart d’une partie de la population, exclue et culpabilisée par cette exclusion, privée de leurs droits sociaux, et finalement politiques, car ces marginaux de la société ne votent plus ou votent FN par désespérance ou colère.

[5] Gabriel Amard – secrétaire national du Parti de gauche

[6] Mediapart : démocratie, assurance, sécurité sociale, protection sociale-« Ce dont souffre la Sécurité sociale, c’est d’un manque de légitimité politique » - Colette Bec et Pierre Laroque.

[7] Alternatives économiques – Guillaume Duval- février 2014 – p13

[8] ibid

[9] ibid

[10] Jean Luc Mélenchon- le 1° décembre à Paris

[11] Source : De quoi la gauche devrait-elle être le nom ? L’Humanité - 5 Juillet, 2013.

[12] ibid

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