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Photos manifestation anti Otan

Mardi 15 janvier 2008
L’évolution des effectifs officiels de la CFDT depuis 1989
 
 
Taux d’évolution
(en %)
Effectifs
déclarés
Effectifs
corrigés
 
Taux d’évolution
corrigé des
effectifs déclarés
(en %)
 
Dont
retraités
Proportion
des retraités
(en %)
1989
+ 0,3 puis + 0,65
539 000
539 000
+ 0,65
 
 
1990
+ 3,4 puis + 3,65
puis + 3,61
558 000
558 458
+ 3.53
 
 
1991
+ 2,47
pas de chiffre
déclaré
571 783
 
+ 2,47
 
 
1992
+ 2,58 puis 2,64
586 147
586 878
+2,51
 
 
1993
+ 5,3 puis + 4,36
617 095
611704
+5,28
 
 
1994
+ 6,34
650 000
656 219
+ 5,33
 
 
1995
+ 5,78
680 000
687 570
+ 4,62
 
 
1996
+ 4,33
701 180
709 444
+ 3,1
 
 
1997
+ 4,99
723 500
736 169
+ 3,18
 
 
1998
+ 7,02
756 800
774 290
+ 4,60
 
 
1999
+ 7,23
808 581
811 517
+ 6,84
80 000
9,9
2000
+ 6,44
830 601
860 654
+ 2,72
 
53 016
6,4
2001
+ 4,21
865 528
865 570
+ 4,21
54 539
6,3
2002
+ 2,73
889 160
889 157
+ 2,73
 
 
2003
- 1,73
873 777
 
873 878
- 1,73
 
 
2004
- 6,39
818 036
817 943
- 6,38
 
 
2005
- 1,37
806 829
 
806 829
- 1,37
 
 
2006
- 0,43
803 635
803 635
- 0,43
 
- 0,73
 
2. Les effectifs probables selon quatre hypothèses
Une première hypothèse prolonge la série des effectifs – 1 adhérent pour 9 timbres – construite dans des travaux antérieurs par D. Labbé et A. Bevort. Des années 1990 à nos jours, les effectifs sont affectés du pourcentage d’évolution déclarée par la confédération. Mais on a vu que ces taux de progression ne correspondaient pas toujours à l’évolution des effectifs mais à celle des «cotisations». Cela a conduit à corriger ces coefficients et ce sont ces données corrigées qui – dans une seconde hypothèse – sontaffectées à la série – un adhérent pour 9 timbres
Bevort (A.), Labbé (D.), La CFDT
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Par Allain Louis graux - Publié dans : SYNDICALISME
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Mardi 15 janvier 2008
 
                       La CFDT
Rappel historique*
Des syndicats chrétiens vont se constituer autour du catholicisme social en opposition au syndicalisme anticlérical de la CGT. Ils prônent un syndicalisme réformiste qui a pour objectif d’améliorer le sort de salariés sans pour autant supprimer le patronat. Les 1 et 2 novembre 1919, les syndicats chrétiens se regroupent en Confédération française des travailleurs chrétiens.
1919 à 1939 - Les premières années de la CFTC
Rattachée à la doctrine sociale de l'Eglise catholique, la première CFTC se constitue essentiellement autour d’organisations professionnelles d’employés auxquelles vont bientôt se joindre des jeunes ouvriers et des enseignants
En mars 1936, a lieu la réunification de la CGT. Les élections législatives donnent la majorité au partis du Front populaire. Un vaste mouvement de grèves va se déployer. Une négociation tripartite dont la CFTC est exclue s'ensuit, elle aboutit aux Accords de Matignon.
1940 - De l'interdiction à la résistance
Le syndicalisme confédéré est interdit par le régime de Vichy : CFTC et CGT sont dissoutes. De nombreux syndicalistes chrétiens vont entrer dans les réseaux de résistance. La CFTC subit des transformations au cours de cette guerre. En 1944, est créée la Confédération générale des cadres (CGC).
Les premiers mois de guerre vont désorganiser la Confédération, dissoute comme les autres confédérations par la loi du 16 août 1940. Par la suite, de nombreux syndicalistes chrétiens vont entrer dans les réseaux de résistance.
La CFTC sort transformée de cette guerre : elle a mené des actions communes avec la CGT, et acceptera, lors du congrès de 1949, l’unité d’action. Par ailleurs, elle a participé activement à la vie politique au sein de l’Assemblée consultative provisoire et se pose la question du non-cumul des mandats politiques et syndicaux adopté en février 1946. Enfin, les « minoritaires » lancent le débat sur la laïcité, débat qui aboutit à la modification des statuts : les « principes de la morale sociale chrétienne » remplacent la référence à l'encyclique papale »
À partir de 1960, « l’évolution » est envisagée avec la remise en question du dernier « C » de CFTC. Un minoritaire, Eugène Descamps, devient secrétaire général en 1961.
·                    Histoire : pour un développement plus large et précis de 1919 à 1964, lire le chapitre consacré à la CFTC
 
 
 
 
 
En 1964 La CFTC devient CFDT
A l’issue de « l'évolution » vers un syndicalisme laïc, la CFTC se transforme en CFDT. Toutefois               10 % des effectifs décident de maintenir la CFTC.Une minorité refuse la laïcisation et maintient le sigle CFTC.
Les responsables de la CFTC depuis 1919
1919 -1940 Président : Jules Zirnheld (1)
Secrétaire général : Gaston Tessier
1944 -1946 Secrétaire général : Gaston Tessier
1946 -1948 Président : Georges Torcq
Secrétaire général : Gaston Tessier
1948 -1953 Président : Gaston Tessier
Secrétaire général : Maurice Bouladoux
1953 - 1961 Président : Maurice Bouladoux
Secrétaire général : Georges Levard
1961 -1967 Président : Georges Levard (2)
1964-CFDT Secrétaire général : Eugène Descamps
1967 -1970 Président : André Jeanson
Secrétaire général : Eugène Descamps
1970 -1971 Secrétaire général : Eugène Descamps (3)
1971 -1973 Président : Laurent Lucas
 1971 - Secrétaire général : Edmond Maire
1973 -1988 Secrétaire général : Edmond Maire
1988 -1992 Secrétaire général : Jean Kaspar
1992 - 2002 Secrétaire générale : Nicole Notat, c’est la première fois        qu’une femme est élue à la direction d’une organisation syndicale      ouvrière.
- Jules Zirnheld meurt en décembre 1940. La CFTC étant officiellement dissoute, il n'y aura pas de congrès pour le remplacer avant 1945.
- Depuis 1961, la fonction prédominante au sein de l'exécutif de la confédération est celle de secrétaire général; auparavant c'était celle de   président.
- En 1970, le poste de président est supprimé. Il a été rétabli de 1971 à 1973 en raison de la maladie d'Eugène Descamps
Depuis 2002 Secrétaire général : François Chérèque                         Naissance : 01 Juin 1956

Contrairement à la CGT, François Chérèque, à la tête de la CFDT depuis 2001, se montre plus ouvert à la réforme et prêt à accepter les mesures drastiques du gouvernement en matière de lois.
 François Chérèque n’a de cesse de marquer sa différence. Comme lorsqu’il s’oppose à la journée de grève du lundi de Pentecôte. « On ne peut pas s’octroyer par la grève ce que l’on réclame par la grève ». Paroles sibyllines d’un dirigeant syndical qui n’assume pas toujours sa différence d’opinion. Ou sa facilité à s’entendre avec Laurence Parisot, à la tête du Medef.

 
.
 
La CFDT multiplie alors les contacts avec les autres organisations syndicales, contacts qui aboutissent à un accord d'unité d'action avec la CGT signé le 10 janvier 1966, puis à nouveau en 1970.

En mai 1968, la CFDT appelle les travailleurs à agir sur les lieux de travail et sera à l’origine de la création des sections syndicales d’entreprises.
 
L’élaboration idéologique de la nouvelle centrale
La CFDT s’oriente vers l’idée de la planification démocratique. Pour se différencier du socialisme soviétique, elle veut inventer un autre type de socialisme avec la démocratie pour moteur : le socialisme autogestionnaire. Cependant il subsiste une ambiguïté dans ce projet :
- vers quel type de société ? Dépasser le capitalisme ? Le moderniser ? promouvoir une autre révolution ?
Cette approche permet des alliances politiques au sein du PSU où militent nombre de dirigeants et syndiqués de la nouvelle centrale. Ce parti est une sorte de chambre d’écho où s’affrontent ces idées défendues par Michel Rocard contre le courant laïque de Jean Poperen.
Le nouveau concept est une transformation des rapports sociaux d’une manière globale.
- Le syndicalisme dans l’entreprise n’existe légalement que depuis 1968* ( création de la section syndicale d’entreprise ).
Cette revendication était au cœur des revendications de la CFDT en 1968. pour elle, c’était l’instrument essentiel du contrôle ouvrier qui, à partir de l’entreprise, peut s’étendre à l’ensemble de la société.
Avant 1968, l’idée défendue était plutôt celle de la participation et de la cogestion (à l’allemande). Principe qui reste celui de la CFTC maintenue.
Stratégie
Après avoir tenté vainement le rapprochement avec FO, la CFDT s’oriente vers une autre option : le Pacte d’Unité d’ Action (PUA) avec la CGT signé en 1966. Il est le fruit du refus patronal de négocier. Consciente de l’insuffisance de son influence, la CFDT s’allie à la CGT. C’est un grand tournant dans le syndicalisme français ; il va transformer considérablement le paysage social et sans aucun doute politique.
Cependant en 1968, l’analyse du mouvement qui a été quelque peu le fruit du Pacte par les deux grandes centrales françaises est différente.
Entre en 1966 et 1968, les grèves et les luttes se sont multipliées, particulièrement en 1967. Ce que l’on oublie souvent quand on ne considère ce grand mouvement social que d’un point de vue sociétal, un désir de changement du blocage de la société qui n’aurait été exprimée que par les étudiants.
A sein de la CFDT, des courants s’opposent sur la question de la stratégie du rapport avec le politique, en lien avec le rapprochement entre la SFIO et le PCF, depuis la candidature commune de François Mitterrand aux élections présidentielles de 1965. Il s’était déjà posé avec le MRP après la guerre.
Dix années de contacts, de discussions, d’échec de la tentative Deferre-Mendès en 1969, aboutissent en 1970 à la signature du Programme commun.
Deux courants s’affrontent : celui de l’autonomie et celui de l’action commune.
Pour le courant autonomiste, ce qui prévaut c’est le rapport de force, l’action directe, le conflit. L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. C’est un rapprochement, un retour au syndicalisme révolutionnaire d’avant 1914.
Pour les tenants de l’action commune, l’idée est que la gauche va accéder au pouvoir et qu’il faut favoriser les actions en lien avec le rapprochement politique. (Il faudra attendre 1981 pour voir cet espoir se concrétiser).
Cette stratégie se fonde sur le réalisme, dans l’hypothèse d’un syndicalisme compatible avec les orientations de la Gauche gouvernementale. Ce courant syndical met l’accent sur les négociations avec le gouvernement de gauche en vue d’établir une convergence.
Cette idée, portée dans d’autres pays, est qu’il doit y avoir un échange politique entre syndicats et gouvernement, dans la mesure où la Gauche satisfait les revendications…C’est une stratégie mise actuellement en pratique dans de nombreux pays d’Amérique latine où la Gauche, dans des conditions et avec des modèles différents, est arrivée au pouvoir.
La CFDT va épouser largement mai 1968 et le prolonge au cours des années suivantes. Elle pousse le principe de la section syndicale d’entreprise jusqu’à sa reconnaissance par la loi quelques mois après les évènements.
 
La reconnaissance de la section syndicale d’entreprise.
 *Avant 1968, le syndicat ne pouvait pas s’organiser et exercer son activité de défense des salariés à l’intérieur des entreprises. Seuls les délégués élus pouvaient présenter des revendications. L’activité syndicale, recrutement, réunions, distributions de tracts d’information ne pouvaient pas avoir lieu à l’intérieur de l’entreprise. La reconnaissance de la section syndicale d’entreprise est une grande victoire du mouvement social de 1968 pour l’amélioration des droits des travailleurs salariés.
C’est une loi aussi importante que les accords Matignon en 1936 sur les délégués ouvriers et celle sur les Comités d’entreprise à la Libération. Ces trois grandes institutions installent le syndicalisme dans la société et les entreprises.
 
De 1970 à 1978 La CFDT s’oriente à gauche et se radicalise.
Le congrès de 1970 met en place de nouveaux statuts et propose une alternative à la société capitaliste : l'autogestion des entreprises. C’est aussi celui dont le document d’orientation analyse la société capitaliste et lui oppose une société prenant pour modèle l’expérience yougoslave. Les piliers de la doctrine sont les options pour un socialisme démocratique:
-                     la planification démocratique, l’autogestion, la propriété sociale des moyens de production                                                                                                                         L’action revendicative :
L’accent est mis sur les luttes sociales et l’appui à certaines revendications comme celles concernant :
-                     la contestation de la hiérarchie des salaires, avec des augmentations uniformes ( et non au %, à la différence de la CGT et de FO ) ;
-                     les conditions et l’organisation du travail, peu prises en compte par la Cgt ;
-                     le soutien à des grèves dures et radicales peu prises en compte auparavant pour des catégories marginales du salariat : femmes, immigrés, jeunes ouvriers. C’est l’héritage de mai 68.
-                     au delà de l’entreprise : les luttes autour de l’école, de l’armée avec le soutien aux comités de soldats ;
-                     le soutien aux paysans du Larzac.
Ce sont de nouvelles thématiques qui s’épanouissent et ancrent l’identité particulière de la CFDT face à une CGT plus traditionnelle qui voit ces nouvelles formes d’action comme des luttes de type gauchiste. Comme :
-                     le soutien aux luttes régionalistes ;
-                                     aux mouvements alternatifs.
Le meilleur exemple est le conflit phare de LIP à Besançon en 1973 où la CFDT est en pointe :
-                     occupation de l’entreprise ;
-                     fabrication et vente du produit pendant plusieurs années par les salariés et ensuite - après la fin de l’expérience Neuschwander ( le repreneur « social ») - avec les coopératives ouvrières qui ont succédé à Lip.
 
·                 Voir le film « l’imagination au pouvoir » sur Lip – Charles Piaget, militant CFDT et PSU était le leader de ce mouvement exemplaire et original. On y voit les conceptions différentes de la lutte syndicale de la Cgt et de la Cfdt. Tous les thématiques chères à la nouvelle orientation de la CFDT sont essayées : autogestion, contrôle ouvrier, participation féminine. On y observe également comment le gouvernement de l’époque a cassé l’expérience du patron progressiste qui avait repris l’entreprise en supprimant les commandes de l’armée à Lip).
·             , parmi les ouvriers, « il y en a un qui a dit : et si on prenait les montres ? » Soit, mais qu’en faire. Et est-ce un vol ? un péché ? (la tradition chrétienne imprègne la région). Plutôt maoïste, un ouvrier dominicain absout d’avance les « paroissiens de Palente ». Des voitures sont chargées de montres et partent « les planquer ». Mais les ouvriers ont garde d’oublier de s’emparer des fichiers et des plans, car ceux-ci ne doivent pas tomber entre les mains des concurrents de la marque horlogère. Ces syndicalistes d’un genre nouveau ont beau avoir les cheveux très longs et ne pas manquer d’audace, ils tiennent au soutien de l’évêque et ont l’esprit d’entreprise…Que faire de toutes ces montres ? On décide de les vendre et de remettre en route l’usine pour en produire de nouvelles, cette fois sans patron (« tu n’as pas besoin de lui »).  
 …« La question des femmes a été la révolution dans la révolution ». Pour être un militant exemplaire, Piaget lui-même n’en abandonne pas moins la charge de ses six enfants à son épouse. Il admet volontiers : « C’est vrai que je n’ai pas été très bien ». Quant aux enfants, cette variable qui pèse sur le temps des militants va quitter à son tour le domaine privé pour être posée collectivement. « A travail égal, salaire égal ? » Ce n’est pas si facile : faut-il payer autant les couples, ceux qui ont des charges de famille ? Le dominicain est favorable à l’égalité des salaires.
Pourtant, Besançon, ce n’est pas toute la France.                                                                                                                                      …Le pouvoir fait évacuer l’usine, propose un nouveau plan, avec à la clé 159 licenciements. La majorité des ouvriers le refuse. Le premier ministre Pierre Messmer conclut, furieux : «  Lip c’est fini. » Il se trompe. L’entreprise est reprise par un « patron de gauche », M. Claude Neuschwander. Un peu plus d’un an après, en décembre 1974, le conflit semble terminé : d’un côté, l’autogestion a vécu ; de l’autre, tous les ouvriers ont été réembauchés.
Mais en mai 1974, M. Giscard d’Estaing a été élu à l’Elysée. Pour lui et pour son premier ministre Jacques Chirac, c’est surtout le second point qui pose problème, ce bras de fer remporté par les syndicats contre le chômage alors que les plans de licenciement essaiment un peu partout en France. Ministre de l’industrie en 1973, M. Jean Charbonnel confie que M. Giscard d’Estaing estimait, en substance : « Il faut les punir [les Lip]. Qu’ils soient chômeurs et qu’ils le restent. ? Renault, alors nationalisé, annule du jour au lendemain ses commandes de montres ; le ministère de l’industrie supprime un versement promis ; le robinet à capitaux se tarit d’un coup. Révoqué par l’actionnaire, M. Neuschwander en tirera plus tard la leçon que jusqu’à Lip, le capitalisme était dominé par l’entreprise. Après cela, la finance l’emporta. - Le Monde diplomatique de mars 2007- Serge Halimi 
 
Rapports avec la gauche non communiste
Le congrès d’Epinay (11 au 13 juin 1971) donne naissance au nouveau PS. Une partie des militants CFDT et du PSU s’y engagent.
Edmond Maire est élu secrétaire général en 1971. Il le restera jusqu'en 1988.
 
Edmond Maire est né le 24 janvier 1931 à Epinay-sur-Seine, sixième enfant d’une famille de cheminots. Il entre, sans le bac, à l’âge de dix-huit ans chez Valentine, entreprise de peinture de cinq cents personnes. Adhérent à la CFTC en 1954, il gravit rapidement les échelons de son syndicat en devenant permanent du syndicat de la chimie en 1958, puis secrétaire général du syndicat parisien des industries chimiques CFDT (STIC) avant de devenir celui de la fédération de la chimie (FIC).
 
Durant cette période, il poursuit la transition engagée par son prédécesseur en ancrant définitivement le syndicat à gauche de l’échiquier politique et social. Habile négociateur, esprit libre au sein même de l’organisation qu’il dirige, il engage la CFDT tour à tour sur la voie de l’autogestion, du socialisme démocratique et du "rencentrage".
 
Il est plus réformiste que son prédécesseur Eugène Descamps et s’il ne s’oppose pas au programme commun signé en 72 entre le PS et le PCF, il souhaite contenir le courant unitaire suscité par la perspective politique qu’il ouvre.. Face à l’échec des partis de gauche aux élections législatives de 1973, la CFDT propose une « Union des forces populaires ».
Edmond Maire qui ambitionne de supplanter la CGT comme Mitterrand souhaite le faire du PC appuie l’idée d’assises du socialisme en 1974. La CFDT lance un appel en faveur des assises :
« la nécessité d’une force socialiste puissante et populaire, insérée dans toutes les luttes sociales dan set hors de l’entreprise, et capable d’être un pôle de rassemblement autour d’un projet socialiste fondé sur l’autogestion, nous apparaît plus urgente que jamais.
C’est pourquoi nous avons accueilli favorablement l’appel lancé par François Mitterrand….
La résolution de la direction politique nationale du PSU exprimant la volonté de donner à la perspective autogestionnaire toute son ampleur et de créer les conditions d’une force politique puissante et crédible nous paraît témoigner d’un souci et d’une démarche analogue. »
Le débat entre partisans de la stratégie autonome et ceux de la stratégie convergente trouve là son illustration concrète. La concurrence entre les rocardiens et les membres du CERES de Jean Pierre Chevènement pour le contrôle du nouveau parti se répercuta au sein du Bureau national de la CFDT.
Il fallut que le conseil national adopte en 1975 un texte sur l’autonomie syndicale en avril 1975 pour clore le débat. (Réflexion 1978 p.218.219)
Le partenariat avec la Cgt s’affaiblit dans la mesure où la gauche socialiste se renforce au détriment de la gauche communiste.
En Septembre 1977, c’est la rupture du programme commun décidée et voulue par le PCF de Georges Marchais. Edmond Maire « recentre » l’action de la CFDT qui rompt le pacte d’unité d’action avec la Cgt en 78, après l’échec de la gauche aux élections législatives. Edmond rencontre Giscard d’Estaing, le Président de la République…
Le Conseil national de 1978 estime que la politisation de la CFDT a été excessive et qu’il convient d’avoir une pratique qui vise à promouvoir la négociation.
La CFDT a adhéré en 1974 à la Confédération européenne des syndicats (CES) créée en 1973.
Elle adhèrera à la Confédération internationales des syndicats libres (CISL) en 1988.
 
Le 38° congrès -Brest 1979.
Le rapport du bilan de la décennie défendu par Jacques Moreau est adopté. « La CFDT a marché sur deux pieds :
-                     un pied syndical avec la Cgt ;
-                     un pied politique avec la Gauche non communiste.
Cette stratégie a été une erreur, il faut abandonner le terrain politique et aussi l’unité d’action avec la Cgt. »
C’est l’idée du recentrage, de la «  resyndicalisation », se concentrer sur l’activité syndicale quelque soit le gouvernement.
Les moyens choisis pour réaliser cette union des forces populaires, la nature et les contenus des alliances ne doivent pas entraver le développement propre de l’action de la CFDT et ne compromettre en rien sa fonction spécifique d’organisation syndicale, porteuse à tout moment des aspirations des travailleurs. Tout accord avec d’autres suppose donc le maintien de la capacité autonome d’action et de mobilisation de la CFDT, une maîtrise totale de sa décision en toute circonstance, quel que soit le type de rapports qu’elle établit avec ses partenaires.
 
La CFDT renoue secrètement des contacts avec le CNPF, considérant que la dynamique de l’union de la Gauche est brisée. C’est le retour au syndicalisme du compromis et des petits pas explique E. Maire au patronat et au gouvernement, tout en se rapprochant de FO. L’accent est mis sur le réalisme revendicatif par la négociation plutôt que sur la lutte et la grève.
De 1979 jusqu’à nos jours la CFDT privilégiera cette politique contractuelle.
On observe une certaine convergence tactique entre les conceptions du courant Rocard exprimée dans la revue Faire et celles de la revue CFDT aujourd’hui.
 
1981 - Face à la gauche au pouvoir.
Contrairement aux prévisions cédétistes, bien que le programme commun ait été rompu, François Mitterrand est élu.
La Gauche revient au pouvoir après 24 ans de gaullisme et gouvernements de droite, dans un contexte de crise économique depuis 1974, de chômage, d’une inflation à 14 %.
L'élection de François Mitterrand est considérée comme la possibilité d'un renouveau pour le mouvement syndical. La CFDT veut faire aboutir rapidement ses revendications prioritaires : réduction de la durée du travail, lutte contre les inégalités de salaires et de pouvoir d'achat, droits nouveaux accordés aux salariés. Pour appuyer ces revendications, elle rencontre François Mitterrand puis son premier ministre Pierre Mauroy. Toutefois, la question de la réduction du temps de travail va provoquer une première distorsion car la CFDT y voit la possibilité de diminuer les inégalités en créant des emplois et en améliorant les bas salaires. Ce point de désaccord est révélateur de l'orientation que va prendre la CFDT à partir du Congrès de Metz (1982), celle des « nouvelles solidarités ».
Les dirigeants CFDT investissent les cabinets ministériels ; ils vont jouer un rôle marquant dans le cadre des réformes de la gauche au pouvoir :
-                     Les lois Auroux sont inspirées du programme de la CFDT*
 
 
Un rapport sur "Les droits des travailleurs", affirme notamment que "les travailleurs doivent être citoyens à part entière dans l'entreprise" et se donne pour objectif de "promouvoir une démocratie économique fondée sur de nouvelles relations du travail et sur l'élargissement du droit des travailleurs.
À la suite du rapport, une ordonnance et quatre lois sont promulguées, les 5 février, 4 août, 28 octobre, 13 novembre et 23 décembre 1982.
Elles s'inscrivent dans la ligne du mot d'ordre "autogestion" lancé après Mai 68 par le PSU.
Les lois Auroux transforment les relations sociales au sein des entreprises, au moins dans les textes sinon toujours dans les faits : elles fixent les pouvoirs disciplinaires du chef d'entreprise et limitent très précisément le règlement intérieur ; celui-ci ne peut pas porter atteinte aux libertés individuelles et collectives ; de même, soucieux de mieux protéger les personnes victimes de discrimination dans le cadre de la vie professionnelle, un nouvel article du Code du Travail (L122-45) qui prohibe la sanction ou le licenciement d’un salarié fondé sur “son origine, son appartenance à une ethnie, une nation ou une race”...
Elles rendent obligatoire dans chaque entreprise une négociation collective annuelle sur les salaires, la durée et l'organisation du travail.
 
 
1983. C’est le tournant économique du gouvernement d’Union de la gauche vers la rigueur.
Ce virage à 180° est accepté et défendu par Edmond Maire : il définit « les nouvelles solidarités » :
car : « les tentatives de la gauche ayant échoué, le capitalisme est indépassable. Les solidarités doivent jouer entre les salariés. »
En septembre 82, il critique le « barrisme de gauche » et en janvier 83 sur le perron de l’Elysée, il déclare que « le pouvoir d’achat est menacé et un deuxième plan de rigueur risque de devenir nécessaire ». Il critique une ligne politique attribuée au PCF et à J.P.Chevènement au sein du gouvernement en exprimant son opposition à toute radicalisation politique et le protectionnisme. (syndicalisme N° 1950).
Cette démarche est un syndicalisme de régulation sociale qui place au cœur de sa logique :
-                     la négociation à froid ;
-                     les concessions permanentes.
 
1986. La Cohabitation
La Cfdt renoue avec l’association capital-travail. C’est une rupture avec le syndicalisme de transformation sociale et autogestionnaire. Cette évolution va se voir confirmée à la fin des années 80 avec une série de crises internes.
 
1988 - Pour un syndicalisme d'adhérents. Le congrès de 1988, qui voit Jean Kaspar succéder à Edmond Maire, met l'accent sur le syndicalisme d'adhérents dans le prolongement de l'action menée par le Gaps (Groupe d'action pour la syndicalisation) et sur l’adaptation du syndicalisme face aux mutations économiques et sociales. Il s'agit de redonner aux salariés l'envie d'adhérer, stratégie qui va porter ses fruits à partir de 1989, avec une progression régulière des effectifs..
Une opposition « Tous ensemble » naît dans les luttes de terrain Elle sera défaite, poussée à la porte, exclue. En particulier dans les fédérations des PTT et de France-Télécom. Cela donnera naissance à l’émergence des syndicats Sud.
Il est difficile d’avoir un regard distancié sur les évènements qui ont traversé depuis lors la CFDT.
En 1992, Nicole Notat devient secrétaire générale, avec l’éviction de Jean Kaspar.
La CFDT abandonne définitivement « la transformation sociale » pour se livrer au pragmatisme qu’elle nomme la recentralisation de l’action syndicale. Elle s’oppose à la grève de 1995 et soutient les réformes Juppé sur les retraites lors des évènements de novembre- décembre..
1998 – Le congrès de Lille. Ce congrès est essentiel puisqu’il a permis de clarifier la conception du syndicalisme CFDT : un syndicalisme confédéré qui fait le choix de l'adaptation, de la négociation, de la lutte contre l'exclusion et pour l'emploi, d'une mondialisation ordonnée et solidaire.
2002 – 45° congrès de la CFDT.Réunis à Nantes du 27 au 31 mai, plus de 1 600 délégués font vivre le 45° congrès de la CFDT. Avec 78,51 % des mandats, le rapport d’activité est adopté par la plus large majorité de toute l’histoire de la CFDT. Plein emploi, travail de qualité, protection sociale, fonctions publiques et développement syndical sont les cinq thèmes des résolutions approuvées par les congressistes. Avec des pourcentages oscillant entre 70 % et 90 %.
C’est aussi le dernier congrès de Nicole Notat, remplacée à la tête de l’organisation par François Chérèque, ancien secrétaire général de la fédération Santé-sociaux et fils d’un ancien dirigeant de la CFDT des années 70/80 qui fût nommé préfet pour être chargé du problème de la liquidation de la sidérurgie lorraine.
 
En 2003, la CFDT soutient les réformes Fillion, également sur la question des retraites.
 
Cet accompagnement des réformes néolibérales de la Droite au pouvoir va créer de nouvelles scissions. * (voir ci-dessous)
Il amène certains militants à se poser quelques questions sur ce :
« Libéral syndicalisme »
 
Aujourd’hui la CFDT est cependant la plus importante des centrales en terme d’adhérents (mais pas en influence et représentativité électorale) avec environ 800 000 cartes contre
700 000 à la CGT.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Par Allain Louis Graux - Publié dans : SYNDICALISME
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Jeudi 10 janvier 2008

LE SYNDICALISME CHRETIEN

                                               LA C.F.T.C.

1919 – Création de la CFTC.
L’origine doctrinale du syndicalisme chrétien est contenu dans l’encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII le 15 mai 1891. Cette encyclique marque l’histoire de l’église. Par ce texte, elle reconnaît la modernité et constitue une rupture avec les élites catholiques traditionnelles. Le pape reconnaissait aux ouvriers le droit de s’associer et incitait les catholiques à affirmer les principes chrétiens au delà du libéralisme et du socialisme. Ce fut une impulsion décisive. En France, l’église catholique avait été un pilier de l’idéologie d’ordre social de l’ancien régime et de la contre-révolution.
Après cette proclamation se crée dès avant 1914 des structures professionnelles liées à l’église catholique ; elles vont s’unifier en 1919. Il se pose la question du C final du sigle : chrétien ou catholique ? L’enjeu est de rassembler tous les chrétiens ou seulement les catholiques.                                                                                                                    
Cette CFTC refuse le libéralisme, le collectivisme et le socialisme de la CGT. Autre refus : 
      - le syndicat mixte, le corporatisme qui existait auparavant ;
      - le syndicat unique sur le modèle cégétiste.
Cette création marque l’entrée dans le pluralisme syndical.
                                                                                                                                            
Les principaux points de la doctrine de la CFTC.
 
1° - une idée de la profession organisée ;
Il s’agit de développer une conception selon laquelle les professions concluent des Conventions collectives et créent des ententes, des contrats avec les employeurs, cependant sous le contrôle de l’Etat.
En 1936, le plan proposé relevait de ce corpus doctrinal.
Si pour la Cgt il s’agit de développer le contrôle ouvrier dans l’entreprise, pour la Cftc, l’entreprise est une communauté …On peut donc en modifier les structures pour y installer la démocratie économique. Il en résulte l’idée d’une participation financière des salariés pour remplacer le monopole patronal par un capitalisme populaire, par l’actionnariat ouvrier. On n’est dans la ligne reprise plus tard par le gaullisme de gauche de l’association capital-travail.
La Cftc, de ce fait, est opposée aux nationalisations et propose l’idée d’une économie mixte. Une idée qui sera exprimée par Mitterand en 1981, qui néanmoins nationalisera beaucoup…
Positionnement : ni jaune* ni rouge !
 
2° - La place décisive de la famille et de l’école ;
Pour la Cftc, la famille est la cellule de base de la société. Il en découle des options de sauvegarde :
- des allocations familiales pour assurer la place et le maintien de la femme au foyer pour élever les enfants ;
- la défense de l’école confessionnelle dite libre. 
 
 
3° - la conception de l’action syndicale.
La grève n’apparaît pas comme un moyen ultime. Mais dans la pratique, comme en France le patronat n’accepte pas plus le syndicalisme chrétien que le syndicalisme laïque et de classe de la CGT, la CFTC recourra aussi à la grève. Quand les patrons en appelleront au pape pour dénoncer les troubles occasionnés par la Cftc, le souverain pontife tranchera en faveur de la Cftc.
Les actions sont valorisées
La revendication doit être sérieuse et crédible, développée avec une argumentation de faisabilité.
La Cfdt crée des caisses de résistance pour les conflits.
L’ambivalence s’exprime entre les deux guerres par des contacts étroits avec le patronat et aussi des actions communes avec le Cgt.
 
4° - Le féminisme.
Dans sa doctrine la place de la femme est au foyer. Mais les syndicalistes chrétiens doivent admettre l’existence des femmes travailleuses, qu’ils vont cependant organiser dans des syndicats distincts. L’aspect positif de cette autonomie en sera la création d’un espace de formation pour des cadres féminins, à la différence de la Cgt où le patriarcat naturel de l’époque s’exercera au détriment des camarades femmes. Cette situation perdurera jusqu’en 1944 où la mixité sera adoptée.
 
Une organisation très longtemps minoritaire.
En 1936, la CFTC revendique 60 000 syndiqués face aux 800 000 de la Cgt qui seront 5 millions en 1937…Son ancrage principal est chez les employés, les mineurs et les cheminots.
Après les grèves du Front populaire commencera un début « d’ouvriérisation » qui se poursuivra à la Libération.
La JOC** (Jeunesse Ouvrière Chrétienne), une organisation de jeunes créée en Belgique dans le prolongement de l’encyclique Rerum Novarum pour évangéliser la jeunesse ouvrière, va beaucoup influencer l’action de la Cftc à partir de 1922. Dès son implantation en France, la JOC deviendra une pépinière de cadres pour la Cftc. Elle était divisée entre garçons et filles et le demeurera jusqu’en 1960.
Ce qui était une constante dans les mouvements de jeunesse d’avant guerre, confessionnels comme laïques. Il faudra attendre la Libération pour constater la mixité acquise dans la Résistance.
Avant la seconde guerre mondiale, la Cftc est insérée dans l’univers du catholicisme social avec un soutien moral et matériel. Les réunions des syndiqués ont lieu dans le cures.
Avec la JOC et « Le Sillon » de Marc Sangnier, il s’est mis en place un Réseau catholique intellectuel.
Cependant ce réseau syndical, en raison de sa faiblesse ne pourra pas participer aux accords Matignon en 1936.
 
Le courant reconstruction.
Les militants sont formés en lien avec la JOC.
En 1925 est créée l’Ecole Normale Ouvrière dont les premiers enseignants sont des prêtres.
Paul Vignaux, enseignant de l’histoire médiévale fait entrer une idée simple et féconde, après la guerre :
-   la distinction entre l’enseignement du droit, de l’économie, la sociologie et l’enseignement moral réservé au clergé.
-   il introduit l’idée d’une laïcisation des savoirs syndicaux, tout en se référant à la morale sociale de l’église, tout comme les statuts de la CFDT adoptés en 1964 continuent de le faire.
Une minorité de ses partisans se regroupaient autour de la revue Reconstruction.
L’apport de la JOC est déterminant. C’est un vecteur essentiel des idées nouvelles. Ces transformations sont le fruit des grèves de 1936 et de pénétration du mouvement ouvrier. Ces jeunes ouvriers formés vont occuper des postes de responsabilité. C’est un début de rupture avec les cols blancs qui constituaient la majorité des troupes du syndicat chrétien.
Vignaux*** est aussi le responsable du SGEN, le syndicat chrétien des enseignants. C’est le seul syndicat qui a réussi à faire accepter la laïcité au sein de la CFTC.
*« Les jaunes » :courant syndical qui a existé avant 1914. C’était une création du patronat le plus réactionnaire : « la Confédération des Jaunes». Cette organisation antigréviste d’extrême droite (Sternel) a été la base prolétarienne du fascisme en France. De puis l’expression jaune est employée pour qualifier les briseurs de grève et les collaborateurs du patrona.
**Sur la JOC , lire «Pêcheurs d’hommes » de Maxence Vandermeersch
***Paul Vignaux – De la CFTC à la CFDT - : Syndicalisme et socialisme. «Reconstruction(1946-1972)» – Les Editions ouvrières, 1980.
 
La Résistance
Pendant la guerre, la CFTC noue des liens avec la CGT. Elle pourra ainsi être représentée au CNR
( Conseil National de la Résistance)
Après la guerre, la minorité « Reconstruction » va développer des débats sur :
-   La conception de l’action syndicale : est-elle destinée à « établir la paix sociale » ou à conduire à la lutte revendicative ?
-    la référence chrétienne au sein du syndicalisme chrétien. Ils mèneront la confédération sur la voie de la laïcisation. En 1947, les statuts adoptés font référence à la morale chrétienne mais pas à l’encyclique Rerum novarum. A la « lutte des classes » toujours répudiée, succède : « l’inacceptation du développement systématique des antagonismes de classe ».
-   le non cumul des mandats politiques et syndicaux ( résolution de Fernand Hennebicq au congrès de juin 1946). Le courant Reconstruction réclame la déconnexion du MRP ( Mouvement Républicain Populaire*), parti démocrate-chrétien qui à l’instar de la doctrine sociale de l’Eglise prône la collaboration de classe alors que des militants syndicaux sont réprimés et licenciés par le patronat. C’est une volonté de développer l’autonomie syndicale, à la fois à l’égard des partis politiques et le refus d’une entente entre employeurs et salariés.
-   L’adaptation des structures. Aux structures professionnelles où employés et ouvriers sont dans des organisations différentes, la CFTC préfère un syndicat unique de l’entreprise dans la même branche professionnelle. Elle va permettre l’accession aux responsabilités des ouvriers.
-   L’insertion internationale. La CFTC refuse de s’affilier à la FSM, la centrale internationale dominée par les communistes qui succède à la FSI (Fédération Syndicale Internationale) pour adhérer à la Confédération Internationale des Syndicats Chrétiens (CISC).
*MRP : parti de la démocratie chrétienne à la Libération. Il est l’un des piliers du triptyque du pouvoir en 1945 avec le PCF et le RPF gaulliste. Il sera actif pendant toute la IV° République et disparaîtra avec le retour de De Gaulle en 1958. La démocratie chrétienne française existera au travers des différentes groupes centristes sous la V° République ; il s’est fondu dans les partis de Centre-droit, puis de la droite libérale, l’UDF de Giscard d’Estaing, avant de s’en distinguer en 2007 avec le Modem de François Bayrou.
 
HISTOIRE : de la Libération à 1964
 
En 1947, lors de la scission de la CGT, dont FO se sépare, se pose la question de l’unité avec ce courant pour créer une nouvelle centrale indépendante du communisme. Mais FO réponds avec dédain à ces avances.
1953-1957 – Les minoritaires de Reconstruction accroissent leur influence, sans cependant accéder aux responsabilités. Ils incitent à la rénovation en puisant non seulement dans la tradition du syndicalisme révolutionnaire français mais aussi dans le travaillisme anglais. Il est nécessaire de saisir l’importance de cette double tendance idéologique pour comprendre les différentes évolutions de la future CFDT.
La minorité réclame une idéologie sociale acceptable, non seulement par les militants chrétiens mais par tous ceux qui aspirent à un socialisme démocratique.
Durant cette période, les militants CFTC de Reconstruction vont dénoncer la collusion des majoritaires avec Paul Bacon, le ministre du travail MRP pendant les grèves de 1953 et participer à la lutte pour l’indépendance de l’Algérie en soutenant les réseaux du FLN.
C’est seulement après les grèves de 1957 que Reconstruction arrive au Bureau confédéral avec Eugène Descamps. Métallurgiste, c’est le prototype du militant ouvrier issu de la JOC. Il deviendra secrétaire
général en 1961.
Les vieilles générations disparaissent avec la mort de Gaston Teissier ( président de 1948 à 1953).
1960 -  Création du PSU avec l’apport de militants politiques socialistes et chrétiens (Michel Rocard), des laïques ( Pierre Mendès-France dont Reconstruction se sent proche Edouard Depreux), communistes (Jean Poperen).
 
 
 
1964 – LE CONGRES. naissance de la CFDT.
Les délégués mandatés par 73 % des militants votent pour l’abandon du sigle CFTC.
Un long conflit commence entre les minoritaires de la CFTC maintenue et la nouvelle CFDT.
Les minoritaires se sont regroupés autour de Joseph Sauty, Jacques Tessier et Jean Bornard. L’organisation conserve ses statuts dont l’orientation autonome et « apolitique » est confirmée au Congrès d’octobre 1965 à Vincennes.* ( chapitre 10 du programme CFTC- René Mouriaux- Syndicalisme et politique)
Le secrétaire général, Jean Bornard confirmera inlassablement cette orientation aux Congrès de 1971, en 1973, en 1975, en 1977. Ce positionnement érigé en principe de base conduira la centrale à refuser: « une déviation globale des mouvements de grève sur le plan politique », comme en 1920 et 1936 …
Il déplore une opposition systématique (de la CFDT) aux accords professionnels. Si la CFTC appelle à la grève contre le plan de rigueur de Raymond Barre le 24 mai 77, elle refuse de participer aux manifestations organisées par la CGT et la CFDT unies par le Pacte d’Unité d’action depuis 1966. Quand au congrès de 1979, la CFDT recentre son action, Jean Bornard condamne ce qu’il considère comme l’aveu d’une trop grande politisation. En 1981, il dénonce le grand nombre de conseillers CFDT qui entourent le nouveau pouvoir socialiste.
Cependant la CFTC ne jouera pas l’affrontement avec le gouvernement d’Union de la Gauche, même si elle reproche « son manque de réalisme » au ministre du Travail, Jean Auroux qui assiste à son congrès de Strasbourg en nov. 81
Mais en 1982, elle s’oppose vivement à la nationalisation de l’enseignement privé et se joint à l’opposition de la droite en participant au rassemblement de Pantin avec Giscard et Jean Lecanuet.
Elle proteste contre le blocage des salaires en 1982.
Représentation électorale
Elle se trouve confortée dans cette orientation par un succès relatif aux élections prud’homales du 8 décembre 1982 où elle progresse de 1,31 % pour atteindre 8,46 %.
Puis à celles de la sécurité sociale le 19 octobre 1983 où Jacques Chirac et Barre avaient clairement appelés à voter en faveur de la centrale chrétienne : 12,30 % ( CFDT : 18,38 %. Le score était de 22,5 % en 1962, avant la scission et de 25 % en 1945, à la Libération).
On peut relever aussi une progression continue, bien que très minoritaire, à sa représentation dans les comités d’entreprise où elle passe de 2,4 % en 1966 à 3,8 % en 1984.
Son influence est limitée à 3,3 % en 83 dans les commissions paritaires centrales de l’administration publique.
 
Nombre de syndiqués :
La centrale n’indique que des pourcentages de progression entre 71 et 76 d’environ 4 % chaque année sauf en 72, 73, 74. une moyenne de 3 % entre 77 et 81 et une stabilisation de 82 à 84.
Le congrès de 1984 a exprimé à nouveau, à la fois le refus des nationalisations et la méfiance vis-à-vis du libéralisme.
Peu de données sont disponibles sur le nombre d’adhérents, même si la CFTC avait annoncé lors de son congrès de 2002 qu’elle afficherait plus de transparence.
Elle revendiquait 128 000 adhérents (en 2003) puis 132 000 (en 2004) alors qu’elle en annonçait 250 000 en 2000.. Ceux-ci ont augmenté – officiellement – d’un peu plus de 20 % entre 1992 et 2005…Ces évolutions ne semblent pas sans lien avec des changements de direction – sinon de stratégie.
                  
Adhérents officiels :( 8 timbres ) - adhérents 10 timbres ( hypothèse ) – retraités
1992                      111 000                                         89 000            dont                           17 000
2005                      137 000                                       109 000                                              10 000
 
Les données – ici présentées – sont issues d’une comptabilité des « adhérents ».
Celle-ci est établie selon une convention de 8 cotisations par adhérent. Comme à la CFDT, cela conduit à surévaluer les effectifs réels, d’autant plus que près de la moitié des syndiqués chrétiens auraient leurs cotisations directement prélevées sur leurs comptes bancaires (lequel prélèvement fonctionne 12 mois sur 12). En interne, la CFTC comptabilise d’ailleurs ses effectifs selon la convention de 10 cotisations (à la CFTC, on parle de « parts mensuelles » ou PM) pour un adhérent. Cela tend à indiquer que ce serait notre dernière hypothèse qui serait la plus plausible. La CFTC compterait donc 109 000 adhérents en 2005, dont environ 100 000 actifs (ces chiffres sont confirmés par l’estimation, fondée sur les audiences électorales.)
Selon un « état des lieux » des effectifs dressé en 2005, la CFTC se composait alors de 1 107 syndicats, de taille relativement variable, mais les 2/3 des adhérents étaient concentrés dans les syndicats les plus importants (comptant au moins 150 adhérents). Il apparaissait également que la population des syndiqués était très concentrée, à la fois sectoriellement (4 fédérations : commerce et services, enseignement privé, métallurgie, collectivités territoriales – accueillant plus de 50 % des adhérents) et territorialement (6 unions départementales regroupant un tiers des adhérents et, par ailleurs, quasi absence de syndiqués dans 46 départements). De fait, la CFTC demeure surtout implantée dans un grand quart nord-est : Ile-de-France, Nord-Pas-de-Calais, Alsace, Lorraine.
Par fédération, les évolutions sont contrastées depuis 1999 : 4 fédérations déclinent assez sensiblement (Chimie-Mines-Textile-Energie, Défense arsenaux, Fonctionnaires d’Etat, organismes de Protection sociale) ; 2 fédérations stagnent (Banques et Enseignement privé) ; 3 fédérations progressent légèrement (Communication, PTT, personnels de la Santé et de l’action sociale) ; 5 fédérations progressent fortement, pour l’essentiel dans le secteur privé (Agriculture, Bâtiment, Finances, Transports, Métallurgie et, surtout, Commerce et services).
· (Dominique Labbé et Andolfatto- les syndiqués en France)
 
le projet cftc pour « Mieux vivre »
 
Mettre la croissance économique au service de tous
L’économie doit être au service des hommes.
Le développement de l’emploi garantit  la cohésion sociale et favorise l’épanouissement des personnes. Les régimes de solidarité reposent sur lui. Il faut construire une croissance durable source d’emplois…
Le salarié a droit à la juste rémunération de son travail…
Droit à l’emploi et droit au salaire sont le même droit de vivre. Le salaire est un facteur de demande et donc d’emploi.
Créer un cadre de vie favorable aux familles
La CFTC apporte son soutien aux familles dans l’entreprise comme au niveau des territoires, dans le cadre du paritarisme (protection sociale, logement…) comme vis à vis des pouvoirs publics.
Il s’agit, au travail, de faire prendre en compte toutes les dimensions de la personne (salarié, parent, acteur associatif…) permettant ainsi une réelle conciliation des différents temps de vie et la reconnaissance des tâches d’utilité collective.
Les entreprises ont des responsabilités – y compris financières - en matière de politique familiale. La CFTC préconise que les questions familiales soient intégrées dans la négociation d’entreprise et de branche notamment en ce qui concerne l’organisation du travail, la mobilité, les plans sociaux.
Construire un nouveau statut du travailleur
Le monde du travail a beaucoup changé. Il faut désormais s’adapter, se former tout au long de la vie, changer de métier, d’entreprise… Le travail des femmes rend plus impérative la non discrimination et la prise en compte de la vie familiale…
Le statut du travailleur proposé par la CFTC vise à répondre à ces évolutions. Il est construit sur trois axes :
une continuité des droits (rémunération, formation, protection sociale…) pour réduire les risques de précarité, garantir une vie décente, … mais aussi ouvrir aux personnes des possibilités de choix d’activités,
le temps choisi pour permettre de mieux concilier vie familiale, associative, et culturelle avec la vie professionnelle,
l’association des salariés à la vie de l’entreprise par leur participation aux décisions stratégiques, à la répartition des bénéfices et à l’organisation des conditions de travail.
 
LA CFTC vu par elle-même…
 
Avec 132 000 adhérents, la Confédération française des travailleurs chrétiens a réalisé un score de 9,7% aux élections prud'homales de décembre 2002, en progression de 2,2% par rapport à 1997. Aux dernières élections des comités d'entreprise, la CFTC est la seule confédération syndicale à progresser, avec 6,7 % contre 6 % en 2001 et moins de 5 % quelques années plus tôt. La CFTC compte aujourd'hui 1 145 syndicats regroupés en 16 fédérations professionnelles (commerce-services-forces de vente, enseignement privé, métallurgie, collectivités territoriales, transports, télécoms, banques...). La CFTC est divisée en 22 unions régionales, 100 départementales et 249 unions locales.
Depuis 1964, la CFTC a été dirigée par Joseph Sauty (1964-1970), Jacques Tessier (1970-1981), Jean Bornard (1981-1990), Guy Drilleaud (1990-1993) et Alain Deleu (1993-2002)
 
 
Son président actuel est Jacques Voisin.
Jacques Voisin, né en 1950 à Obies dans le Nord, marié, père de 2 enfants, adhère à la CFTC en 1975 et devient délègue syndical de son entreprise. En 1977, il devient permanent de l'Union régionale CFTC du Pas-de-Calais. C'est en 1987 qu'il est appelé à exercer au niveau confédéral la responsabilité du secteur formation professionnelle. Secrétaire général adjoint en 1990, il est élu Secrétaire Général de la Confédération en 1993, est réélu au congrès de Nantes en 1996 et obtient un troisième mandat lors du congrès de Dijon, en 1999. Il devient en novembre 2000 vice-président de la CFTC, chargé de la mobilisation des équipes syndicales. Il est élu Président au Congrès de Toulouse (novembre 2002), réélu au Congrès de Bordeaux en novembre 2005.
 
 
Jacky Dintinger est secrétaire général.
Jacky Dintinger est né le 30 janvier 1954, il est marié et père de deux enfants. Après un CAP d'électromécanicien, il est embauché chez Continental, à Sarreguemines (Moselle). Il prend sa carte immédiatement. En 1977, il est élu délégué du personnel et membre du comité d'hygiène, sécurité et conditions de travail (CHSCT) dont il deviendra plus tard secrétaire. Il est ensuite nommé secrétaire du CE et du comité de groupe ainsi que vice-président du comité d'entreprise européen. En 1990, il est élu président de l'Union départementale CFTC de Moselle. Il entre au bureau confédéral en 1993. Compte tenu de son attirance pour le terrain, c'est tout naturellement que Jacques Voisin lui propose, lors du congrès de Dijon en 1999, le poste de Secrétaire général chargé de l'action en entreprise. Enfin, le 1er novembre 2000, il devient secrétaire général de la CFTC, réélu en 2002 au Congrès de Toulouse et au Congrès de Bordeaux en novembre 2005.
 
 
Le sens de notre action syndicale :
l’ouvrage qui est paru décline ces valeurs : la solidarité, la liberté, la justice sociale, la participation démocratique, l’exigence de développement durable… “ qui sont, certes, largement partagés dans notre société, poursuit Jean-François Vanneste, mais auxquelles l’inspiration sociale chrétienne apporte un éclairage particulier par son exigence de respect de la dignité de la personne et de fraternité, en particulier pour les plus fragiles. ” Une exigence qui se traduit, en acte, par la volonté de créer des dispositifs contenus dans le Statut du travailleur qui visent à sécuriser les parcours de vie, à permettre de s’épanouir et de donner la possibilité de concilier les différents temps de vie. Une exigence qui devrait, aussi, engendrer des comportements syndicaux spécifiques de la part des structures et des militants de la CFTC : proximité, écoute, service, ouverture aux autres, indépendance, négociation, espérance, souci du bien commun.
 
 
Le rapport du CONGRES de DIJON ( 2000 )*
Pour la CFTC, la politique contractuelle reste au cœur de son action syndicale: «Au-delà de la défense du droit de grève, la CFTC a beaucoup fait pour que tous les travailleurs disposent de moyens effectifs de recours contre l’arbitraire, avec la médiation, le conseiller du salarié et le renforcement de la défense prud’homale, et maintenant les procédures négociées d’alerte sociale qui vont permettre de régler les conflits sociaux sans porter préjudice au public et aux travailleurs. »
Elle pose le problème de la réforme de l’entreprise avec le développement de la participation. Toujours la vieille idée de collaboration de classe et de l’association capital-travail : » la réforme de l’entreprise, a permis de créer un droit à la participation qui ne demande qu’à être développé et modernisé ».
La démocratie sociale ne peut fonctionner « que dans la stricte distinction des responsabilités par rapport à l’action politique ». Le respect des valeurs chrétiennes est naturellement rappelé, avec le droit à la vie (donc contre l’avortement).
Avec le droit au devoir « Chaque droit appelle un devoir. D’une certaine manière, les devoirs justifient l’exercice des droits. », la CFTC accepte et revendique une égalité entre ce qui devrait être un droit pour chaque homme      (droit universel) mais sous conditions de devoirs à remplir, en échange du respect des droits. Cette conception néo-libérale de la société démontée par Jacques Généreux **dans son livre la Dissociété implique qu’il n’y a pas de droits sans obligation, que le « seul droit social dont dispose un individu est d’exiger que les autres respectent leurs obligations … Les individus n’acceptent que l’échange de droits ».Or «  la quasi totalité des philosophies et des courants politiques reconnaissent qu’il existe des droits inaliénables de l’individu, droits attachés au seul fait d’être humain, et donc absolument sans contreparties préalables. Tels sont les droits de l’homme…la pensée moderne admet un socle minimum de droits fondamentaux de la personne humaine qui échoient à chacun, à sa naissance, et lui restent dus même s’il ne satisfait pas à ses obligations envers la société. Le discours libéral est commun à Margaret Thatcher, Nicolas Sarkosy et Ségolène Royal :« il n’y a pas de droits sans responsabilités »**                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   
« La vraie notion de justice sociale doit dépasser le jeu des rapports de force pour devenir l’expression de la solidarité ». La solidarité évoquée ici ressemble plus au bon vouloir patronal, puisque la justice sociale ne pourrait pas naître d’un rapport de force. Or sans ce rapport de force, exercé par l’exercice démocratique du pouvoir ou imposé par un conflit, il n’y a jamais eu de conquête sociale.
L’action de la CFTC : Ce n’est pas autre chose que mettre en œuvre les trois concepts essentiels de liberté, de responsabilité et de solidaritéLa négociation, le paritarisme, le partenariat social reposent sur ce principe.                                                                                                                                                                                                          
.**Jacques généreux ( économiste socialiste et chrétien) -La Dissociété – Le Seuil P.262
 Pour la première fois, un négociateur de la CFTC raconte comment le patronat a tenté en vain de le corrompre dans le cadre de discussions sociales.( Renaud Lecadre )
Un syndicaliste accepte d’évoquer, à visage découvert, les relations parfois incestueuses entre l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) et les syndicats de salariés. Jean-Claude Duret, 65 ans, ancien ingénieur chez Thomson (rebaptisé Thalès), a milité pendant quinze ans à la CFTC. Il n’entend pas démontrer que le patronat arrose systématiquement les syndicats pour leur arracher une signature, simplement narrer sa propre expérience. La scène se passe en juin 1998, au siège parisien de l’UIMM. Les partenaires sociaux sont réunis pour renégocier la convention collective des cadres. Le patronat souhaite rogner leur régime de départ en retraite: à la différence des autres salariés, les cadres peuvent travailler jusqu’à 65 ans; si leurs employeurs veulent s’en débarrasser dès 60 ans, il doivent verser l’équivalent d’une indemnité de licenciement. Jean-Claude Duret,membre de la délégation CFTC, ne voit pas pourquoi il devrait lâcher du lest. D’entrée, il est marqué par l’ambiance au QG de l’UIMM : «La CGC donne à Denis Gautier-Sauvagnac du “monsieur le président” long comme le bras. Seule la CGT gueule, pour la forme.» Assis à la table des négociations, son supérieur de la CFTC lui glisse : «Tu vas faire capoter la réunion si tu poses des questions. Te casse pas la tête, on signera quand même.» Sauf que Duret est du genre tête brûlée. Après esclandre, il quitte brusquement la réunion, suivi par un type en costard, membre de la délégation de l’UIMM. qui lui pose cette question fâcheuse: «Quels sont vos besoins?» Jean-Claude Duret s’indigne derechef, le type en costard ne se démonte pas: «Tout homme a son prix, un syndicaliste n’est pas incorruptible. Je vous serre la main, c’est pour la dernière fois.» De fait, Duret ne sera pas convié par la CFTC aux réunions suivantes. Il y voit «la preuve que le patronat choisit ses partenaires syndicaux.» Dernier souvenir de cette mémorable journée: le soir, l’ensemble des délégués syndicaux se retrouvent au restaurant. Duret veut régler son addition. On lui rétorque : «T’inquiète, c’est payé par le patronat.» Interrogée hier par Libération, l’UIMM n’a pas souhaité réagir. Au sein de la CFTC, un ex-cadre confirme l’histoire. De surcroît, la centrale syndicale lui aurait fait miroiter une retraite aux petits oignons contre son silence... La révision à la baisse de la convention collective des cadres a finalement été signée dans son dos. Deux ans plus tard, il s’agit de la ratifier entreprise par entreprise. Chez Renault, pilier de l’UIMM, le financement des syndicats par l’employeur fait alors jaser en interne: «Une fois de plus, on achète le silence et le bon vouloir des syndicats.» Chez Thomson, Duret entend faire de la résistance locale en tant que délégué CFTC. Il fait circuler une pétition exigeant la «suppression de l’accord UIMM», dénonçant le «chantage du patronat pour obtenir des syndicalistes dociles». Après avoir suspendu ses subventions à la CFTC, la direction de Thomson obtiendra la tête de Duret. En août 2000, la Fédération de la métallurgie retire sa délégation aux syndicalistes maison, remplacés par des apparatchiks fédéraux. En octobre, la Fédération metallo de la CFTC présente à la direction de Thomson la liste de ses candidats aux élections professionnelles, précisant que «le nom de M. Duret n’y figure pas»… Un an plus tard, c’est la mise à la retraite d’office, Jean-Claude Duret étant victime directe de la révision au rabais de la convention collective,qu’il a combattue en vain. L’adversaire était-il trop fort ? Sa plainte pour discrimination syndicale vient d’être validée par la Cour de cassation. Il est désormais prêt à tout déballer devant les tribunaux.
http://www.liberation.fr/actualite/societe/288461.FR.php
© Libération
 
 
CONCLUSION :
Nous avons cité cet article in-extenso car il illustre assez parfaitement avec les concepts exprimés dans le rapport du congrès des Dijon, le rôle joué par cette centrale très minoritaire autant par son nombre d’adhérents (- de 100 000 ) que par sa représentativité électorale.
Elle est utilisée par le patronat pour signer des accords minoritaires auxquels s’opposent les grandes confédérations véritablement représentatives.
On peut légitimement penser, à la lumière des révélations faites sur la caisse noire du syndicat patronal de la métallurgie l’UIMM, que la progression revendiquée par la CFTC est très « aidée ».
Cela ne peut que brouiller l’image de la représentativité des syndicats que le MEDEF voudrait légitimer...
 
Allain Louis GRAUX
   le 31.10.07
 
Par Allain Louis Graux - Publié dans : SYNDICALISME
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Jeudi 10 janvier 2008
I - LE SYNDICALISME INTERNATIONAL SE RASSEMBLE
 
 
Le 1° novembre 2006, il s’est produit un évènement considérable pour le monde des travailleurs, pour le monde syndical : la naissance de la CSI (Confédération Syndicale Internationale). Cette centrale mondiale regroupe 309 organisations de 156 pays qui rassemblent 167 millions de syndiqués. C’est la première fois dans l’histoire du syndicalisme que se crée une confédération quasi unique.
Le syndicalisme international
1913- Apparaît la FSI (Fédération syndicale Internationale) qui vise à regrouper les organisations syndicales du monde. Elle siège à Amsterdam. Elle est essentiellement européenne et Nord-américaine.
1917- La révolution Bolchevique en Russie, la création des partis communistes en 1920, vont bouleverser aussi le monde syndical.
Sous l’impulsion des Soviétiques, la FSI éclate en 1920 : le courant révolutionnaire crée l’ISR
(Internationale des syndicats Rouges ou PROFINTERN).
Après la guerre, le Chrétiens-sociaux créent la CISC (Confédération International des Syndicats Chrétiens.)
Le paysage syndical se divise comme le paysage politique du monde ouvrier, entre socialistes réformistes, révolutionnaires communistes, et Chrétiens.
En France, la CGT Unitaire (Communiste) se détache de la CGT (créée en 1895). Elle se réunifiera au moment du Front populaire en 1936. Les Chrétiens sont rassemblés dans la CFTC qui est née en 1919.
1945- La FSI devient la FSM qui est son prolongement ; l’ISR a disparu dans les années 30. FSI et ISR se retrouvent dans la FSM( Fédération Syndicale Mondiale)
1949- La FSM se divise ; la CISL (Confédération des syndicats Libres) se crée sous l’influence de l’AFL-CIO (Etats-Unis). C’est la guerre froide. La CGT reste à la FSM. Tandis que la CGT-FO (Force Ouvrière), réformiste, de tendance sociale-démocrate est créée avec l’aide et les fonds de la CIA au moment des grandes grèves de 1947. Elle est fondatrice de la CISL. La CFDT, scission de la CFTC la rejoindra en 1982.
1969- La CISC devient la CMT (Confédération Mondiale du Travail), avec la déchristianisation du syndicalisme chrétien (création de la CFDT).
1973- La CEE amène les syndicats européens à se regrouper dans la CES ou ETUC (Confédération Européenne des Syndicats).
Les trois structures : communiste, sociale-démocrate, chrétienne, coexistent.
1989- Chute du mur de Berlin : la FSM est en crise à partir de 1990, avec l’éclatement de l’URSS.
1994- La CGT sort de la FSM, pour devenir non affiliée.
2004- CISL et CMT décident de se rapprocher et créent la CSI
Cette création constitue un bouleversement très important ; Les sociaux-démocrates, les chrétiens, ainsi que les anciennes organisations de la FSM sont rassemblés dans une même organisation.
 
 
 
 
 
 
 
II- LE DIALOGUE SOCIAL EN FRANCE
 
Le 23 octobre 2006, le MEDEF invite les 5 syndicats représentatifs à une rencontre pour parler des sujets suivants : le contrat de travail, la sécurisation des parcours professionnels, l’assurance-chômage.
L’objectif est d’arriver à des constats : un état des lieux commun, un diagnostic partagé.
Cette invitation est étonnante car depuis un an se déroule en catimini des discussions sur les accidents de travail et la pénibilité, et elles ont été bloquées par le patronat. Il semble paradoxal que ce soit le MEDEF qui rassemble les syndicats. Pourquoi ?
Parce que pour le principal syndicat patronal, cette démarche vise surtout à préparer le terrain pour les prochaines échéances électorales de 2007, comme futurs adversaires ou partenaires du pouvoir. Cela entre dans leur logique de la REFONDATION SOCIALE. La CGT a refusé de s’associer à ces commissions de travail,
Les lois Aubry en 1998 (35 heures) avaient provoqué une vraie révolution dans le syndicalisme patronal, et entraîné la démission de Jean Gandoy qui avait déclaré : « un tueur doit me remplacer... »
Ce fût le baron Sellières.
La refondation sociale s’enlise, mais en 2002, elle est à nouveau à l’ordre du jour avec la réélection de Chirac à la présidence de la République qui satisfait pleinement le MEDEF.
En 2005, le premier ministre Villepin qui a succédé à J.P. Raffarin instaure le CNE*, puis le CPE* qui provoquent la colère des syndicats. Elle aboutit à un puissant mouvement unitaire des organisations étudiantes, d’enseignants et ouvrières en février 2006, qui oblige le gouvernement à retirer le CPE de la loi sur l’égalité des chances.
Ces textes votés sans concertation remettaient profondément en cause le droit du travail. Ils donnaient satisfaction au MEDEF au mépris de la loi sur le dialogue social adoptée deux ans plus tôt. Après cet échec gouvernemental réapparaît le serpent de mer du dialogue social.
Deux rapports importants sont publiés :
1)- Le rapport Chertier : il faut rendre obligatoire une période de concertation de 3 mois avant toute réforme sociale pour associer le patronat et les syndicats à la loi.
Il prévoit un renforcement du rôle du Conseil Economique et Social.
2)- le rapport Raphaël Hadas-Lebel :sur la représentativité et le financement des organisations syndicales.
-                     les organisations syndicales doivent-être financées par des fonds publics.
-                     Ex: le chèque syndical (AXA )distribué aux salariés pour adhérer au syndicat de leur choix.
-                     L’électeur salarié est l’élément désigné de la représentativité.
En fait, derrière cette idée de dialogue se cache un enjeu fondamental :
o      l’ordre social public  
o      La loi ou la convention
C’est le fondement du droit du travail qui est interpellé : le principe de faveur :
la loi (actuellement) prime sur l’accord de branche ou d’entreprise.
Un accord d’un niveau inférieur ne doit pas déroger à un accord de niveau supérieur.
Ce principe avait déjà été écorné par les Lois Auroux en 1981, par des dérogations.
L’enjeu est de savoir si c’est le suffrage, la loi, qui doit prévaloir ou si c’est la négociation entre partenaires. Cela renvoie à des rapports de force, à des relations inégales - selon les entreprises – entre le Medef et les syndicats de salariés. Le suffrage universel est une garantie que la loi s’applique également pour chaque citoyen en tout lieu, sur tout le territoire. Le contrat d’entreprise ou de branche, signé par un syndicat dit représentatif permettrait de passer outre à la loi. Il accorde la priorité à une négociation en fait faussée par les rapports inégaux ou l’absence de représentativité réelle. Le pouvoir législatif et son exécutif, l’Etat, garantissent l’égalité de tous devant la loi républicaine.
Ainsi Laurence Parisot, Présidente du Medef, a déclaré qu’il fallait réviser la Constitution (article 34). Remettre ainsi en cause le pouvoir législatif du parlement en matière de droit social et du travail, serait se mettre à la merci du patronat.
L’autre enjeu c’est la représentativité.
Pour asseoir la légitimité, il faudrait que les partenaires sociaux soient légitimement représentatifs.
Or qu’est-ce qui organise ce principe ? Il est basé par la loi de 1966 qui reconnaît cinq organisations syndicales comme irréfragables . Elle permet à une seule organisation «représentative» de signer des accords sans le moindre élément d’implantation dans l’entreprise.
La représentativité : elle se mesure certes par le nombre de syndiqués, mais aussi par l'influence auprès des travailleurs dans les élections de leurs représentants. La capacité d'action est plus difficilement mesurable et relève de traditions historiques et de formes de luttes ou de négociations différentes.
Certaines organisations sont peu signifiantes aujourd’hui, comme la CFTC qui ne dépasse pas
50 000 membres, la CGC (~100 000), pour 25 millions de salariés.
Les cinq organisations reconnues et nombre d'adhérents: CFDT (808 581) ; CGT (700 926 en 2005), CGT-FO (~300 000), CGC,(~100 )000 CFTC (~80 000).
Alors que sont apparues de nouvelles centrales, comme SOLIDAIRES (93 000), l’UNSA (360 000 –
7 % des syndiqués), la FSU (1° syndicats de la Fonction publique et de l'enseignement)
Représentativité dans la fonction Publique( 2002-2004) : FSU : 18,94 % ; UNSA : 15,51 % ; CGT : 16,34 % ; FO : 13,70 % ; CFDT : 12,75 % ; CGC : 3,31% ; CFTC : 2,18 %,
*(Les enseignants du syndicat autonome unitaire de la FEN, se sont divisés entre les nouvelles centrales de l'UNSA et de la FSU)
Les chiffres des élections prud’homales de 2002 : CGT : 32,1 % ; CFDT : 25 % ; FO : 18 %; UNSA : 5,01%.
Les élections de délégués du personnel en 2004 : CGT : 24,5 % ; CFDT : 22,4 % ; FO : 12,6 % ; CFTC et CGC ensembles : 6,1 %.
Les accords : la loi Fillion permet à un accord d’être majoritaire en fonction du nombre de syndicats représentatifs signataires ; ce qui est aussi contestable.
Evidemment, la proposition de faire reposer la représentativité sur le vote rencontre l’opposition de FO, de la CFTC, de la CGC, à l’inverse de la CGT et de la CFDT et des organisations non reconnues encore.
Une proposition pour mesurer la représentativité.
Ce serait de procéder à des élections professionnelles de délégués du personnel, ou des représentants des salariés à la CPAM (Sécurité sociale), le même jour dans toutes les entreprises.
Les accords d’entreprise ou de branches ne pourraient être légalisées que par une majorité désignée par les élections.
La loi républicaine resterait prioritaire sur les accords inférieurs, d’entreprise ou de branche.
Le Conseil Economique et Social vient de se saisir de ces importantes questions qui devront trouver une solution conforme aux principes démocratiques si on veut redonner de la légitimité au syndicalisme en France.
 
·                  CNE – contrat nouvelle embauche
·                  CPE – contrat première embauche
III -Caractéristiques du syndicalisme en France
Le modèle français se caractérise par un aspect continu, toujours valable, en regard des pays voisins, anglo-saxons, nordiques, hormis de brèves périodes :
      - un syndicalisme faible par le nombre de ses adhérents.
Cela ne signifie nullement qu’il ne serait pas en mesure de rassembler le salariat. Il eût des périodes de syndicalisme de masse où les organisations syndicales regroupaient plus de la moitié des salariés.
( 1936-37 – 1945- 1947 )
La France est néanmoins la lanterne rouge des pays de l’OCDE avec un taux de syndicalisation inférieur à 10 % ( 8 % probablement – 3 à 5 % dans le privé en 2006). En Suède, Norvège, Finlande, les taux oscillent entre 85 à 90 %...
Cette faiblesse est liée à une deuxième caractéristique :  la désunion ou le pluralisme syndical.
L’unité est exceptionnelle. Les périodes d’unité sont des périodes favorables au rapport de force :
Unité organisationnelle (Le Front Populaire, La libération), ou unité d’action (1960-1970 , CGT-CFDT).
Le syndicalisme français a été marqué par l’idéologie marxiste de la lutte des classes. Ce qui ne signifie pas qu’il aurait un lien intrinsèque avec le politique, qu’il serait politisé, même si d’évidence il a des rapports avec le politique au cours de son histoire. il n’existe pas dans le monde de syndicats qui ne soient pas liés à un parti politique. Dans des pays proches de la France, comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, le syndicat est lié structurellement au parti social-démocrate. Au Royaume-uni, ce sont les Trade-Unions qui ont créé et financent le Parti Travailliste. (Bien que récemment certains syndicats britanniques aient rompu avec le New-Labour de Tony Blair).
C’est impossible en France, ne serait-ce que légalement. La charte d’Amiens*, en 1906, consacre l’indépendance du syndicalisme français par rapport aux partis politiques
En Allemagne, à l’inverse, c’est le SPD qui a contribué à la création du syndicalisme allemand.
Il ne faut donc pas confondre la radicalité et la politisation.
L’histoire sociale en France a été marquée par des affrontements très violents entre l’Etat, le patronat, le mouvement ouvrier. Jusqu’en 1945, il a vécu avec le souvenir de la saignée de la répression contre la Commune de Paris en1871 : 30 000 morts, blessés, déportés. Cette histoire pèsera longtemps et lourdement sur la destinée du syndicalisme français, avec l’idée que :
-               pour exister il est nécessaire de se battre.
Par ailleurs le patronat français n’a jamais accepté le pouvoir syndical et encore moins de partager le pouvoir dans l’entreprise. C’est uniquement par la lutte et les grèves que le syndicat pourra s’imposer et être reconnu : en 1936 lors du Front populaire, à l’extérieur. C’est seulement en 1968 que la section syndicale d’entreprise sera reconnue et ses droits affirmés en 1981 ave les lois Auroux.
C’est par la lutte des classes que les conquêtes ouvrières ont marqué l’histoire du pays. L’empreinte variera selon les périodes et les organisations. Elle irrigue sur le long terme l’ensemble du mouvement et est typique du syndicalisme et de l’histoire sociale en France.
La lutte n’est pas idéologique, c’est un état pratique, relevant des rapports de force avec le patronat.
Les grands courants syndicaux français.
-                socialiste : CGT et CGT FO ;
-                communiste : CGTU, CGT.
-                chrétien : CFTC, CFDT.
-                autonome : les enseignants : (la FEN, puis la FSU, Solidaires), l’UNSA ( Fonction publique)
-                anarchiste : la CNT (ultra minoritaire)
-                Le syndicalisme est éclaté en une multitude d’organisations de salariés, de non salariés, de professionnels, du syndicalisme étudiant.
La charte d’Amiens et le syndicalisme contemporain.
 
Le 13 octobre 1906 à son congrès d’Amiens la CGT expose dans une déclaration, une série de dispositions élevant en charte des principes et objectifs syndicaux.
Principes :
Le Congrès réaffirme le principe de la lutte de classes des exploités contre les exploiteurs en vue de soustraire les travailleurs à l’oppression, tant matérielle que morale, mise en oeuvre par la classe capitaliste. La CGT regroupe tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat, en dehors de toute école politique.
Les moyens pour parvenir à cet ultime objectif révolutionnaire est la grève générale. Elle est la solution qui permettra d’installer le syndicat comme base sociale de réorganisation de l’économie et où le syndicat sera à la fois le groupement de production et de répartition des richesses produites.
Le congrès précise ses objectifs en indiquant que le syndicalisme devait entraîner simultanément une double besogne
1                    • Réaliser les conditions permettant l’amélioration immédiate de la vie des travailleurs.
2                    • Réaliser les conditions de l’émancipation intégrale par l’expropriation des biens des capitalistes.
Cette double besogne doit conduire les travailleurs à considérer que leur appartenance au syndicat est un impératif essentiel de la transformation sociale, quelle que soit sa catégorie ou classe sociale et quelles que soient ses tendances philosophique et politique.
Cette exigence d’appartenance syndicale implique pour le syndiqué une double règle de vie en interne au syndicat. Que le syndiqué a l’entière liberté de participer de dehors du groupement corporatif, à l’exercice de ses propres convictions politiques ou philosophiques, et qu’en contrepartie, le syndiqué s’engage à ne pas introduire dans le groupement corporatif les opinions qu’il professe en dehors.
L’exercice d’un droit politique nouveau pour les citoyens a été un acte social fort en 1905 alors qu’un an plus tard, la CGT suspendait ses syndiqués de l’exercice de leurs opinions politiques ou philosophiques à l’intérieur du syndicat. La charte d’Amiens a mise de coté le débat politique par lequel le droit institutionnel et les politiques exécutives qui en garantissent le respect sont nécessaire à l’accomplissement révolutionnaire, notamment celui qui consiste à faire du syndicat le groupement de production et de répartition des richesses produites. Cette contradiction est structurelle à la charte car elle déclare s’adresser qu’aux seuls travailleurs salariés et conscients des luttes à mener pour réaliser l’idéal révolutionnaire d’expropriation capitaliste. Cette disposition a contribué aux dissensions syndicales qui ont donné naissance à d’autres organisations syndicales au cours du 20° siècle. Ce positionnement à l’égard du politique a conduit le citoyen à considérer le politique comme agissant sur le mouvement social de façon intéressé et dont le seul but serait la récupération électorale. Cette forme de pensée a participé de la disqualification du monde politique et par la même à son rejet.
Néanmoins, la question du projet politique soutenue par les différents partis politiques ne doit pas laisser indifférent le syndicalisme. Les étapes électorales doivent pour les syndiqués être l’occasion de faire avancer leur revendication et la possibilité pour le syndicat de confronter les programmes des différents partis politiques, à son ambition syndicale, à sa double besogne.
(Daniel Cojean, CGT RATP)
 
CHARTE D'AMIENS
Le congrès confédéral d'Amiens confirme l'article 2, constitutif de la CGT : "La CGT groupe, en dehors de
toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du
patronat..." Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classes qui
oppose, sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d'exploitation et
d'oppression, tant matérielle que morale, mises en oeuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière.
Le Congrès précise, sur les points suivants, cette affirmation théorique: Dans l’œuvre revendicatrice
quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination des efforts ouvriers, l'accroissement du mieux-être des
travailleurs par la réalisation d'améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail,
l'augmentation des salaires, etc. Mais cette besogne n'est qu'un côté de l’œuvre du syndicalisme; il
prépare l'émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l'expropriation capitaliste; il préconise
comme moyen d'action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd'hui groupement de
résistance, sera, dans l'avenir, le groupement de production et de répartition, base de réorganisation
sociale. Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d'avenir, découle de la situation des
salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait à tous les travailleurs, quelles que soient leurs tendances
politiques ou philosophiques, un devoir d'appartenir au groupement essentiel qu'est le syndicat. Comme
conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l'entière liberté pour le syndiqué, de
participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception
philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les
opinions qu'il professe au dehors. En ce qui concerne les organisations, le Congrès décide qu'afin que le
syndicalisme atteigne son maximum d'effet, l'action économique doit s'exercer directement contre le
patronat, les organisations confédérées n'ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des
partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre, en toute liberté, la transformation sociale.
Déclaration adoptée le 13 octobre 1906 par le IXe Congrès de la Confédération Générale du Travail,
réuni du 8 au 14 octobre 1906 à Amiens. (Texte adopté par 830 voix contre 8 et 1 blanc)
 
 
 
 
 
 
 
Repères historiques
1791 Loi Le Chapelier interdisant le droit de coalition des métiers
1831 Révolte des canuts à Lyon, échec des négociations menées par le préfet. L'insurrection sera durement réprimée.
1848 Révolution
Face à la répression menée par la bourgeoisie au pouvoir, jonction du mouvement social et républicain. Sous la pression populaire, le nouveau gouvernement adopte des mesures démocratiques et sociales : proclamation de la liberté d'association, du suffrage universel et du droit du travail, ouverture des Ateliers nationaux pour assurer aux chômeurs le droit au travail, décret limitant la durée
de travail à 10h à Paris et à 11h en province, abolition de l'esclavage colonial
1871 La Commune de Paris
C'est la première révolution prolétarienne. Outrés par l'armistice avec la Prusse, les Parisiens se révoltent contre le pouvoir et élisent une assemblée qui prend le nom de Commune. La répression de ce fait près de trente mille morts. Œuvre sociale de la Commune de Paris : abolition du travail de nuit dans les boulangeries, gestion démocratique des entreprises fermées par le patronat ou travaillant pour la Commune. Apparition du premier mouvement féminin de masse.
1884 SyndicatsLoi Waldeck-Rousseau autorisant les syndicats professionnels ouvriers et patronaux
1886 Fédération
Création de la Fédération nationale des syndicats (FNS), d'inspiration guesdiste. Jules Guesde, l'un des socialistes les plus connus et les plus actifs, contribue à la diffusion des idées de Marx en France
1890 1er mai
Première célébration française et internationale de la journée d'action du 1er mai. Le 1er mai 1891, à Fourmies (Nord) la troupe tire sur des grévistes : neuf morts, 35 blessés
1892 Bourses du travail
Création de la Fédération des Bourses du travail, marquée par le syndicalisme révolutionnaire de Fernand Pelloutier
1895 CGT : Congrès constitutif de la Confédération générale du travail (CGT) à Limoges (23-28 septembre
1900 Journal Création de La Voix du peuple, organe de la CGT
1902 Structures
Le Congrès de Montpellier donne à la CGT sa double structure : fédérations et unions départementales.
1906 Charte d'Amiens
Adoptée au congrès elle donne au syndicalisme confédéral quelques uns de ses traits spécifiques : la lutte des classes ; la lutte quotidienne pour des améliorations immédiates mais aussi la lutte pour la disparition du salariat et du patronat ; indépendance vis-à-vis des organisations politiques
1909 La Vie ouvrière
Premier numéro de cette " revue d'action " qui se définit comme " syndicaliste Révolutionnaire, antiparlementaire ".
1910 Retraites
Loi sur les retraites ouvrières et paysannes. L'âge de la retraite est fixé à 65 ans. L'espérance de vie est alors de moins de 49 ans.
1913 Internationalisme
Constitution du Secrétariat syndical international auquel participe la CGT. En 1919 il sera remplacé par la Fédération syndicale internationale (FSI).
1919 Conquête
Loi sur la journée de huit heures et sur les conventions collectives. Création de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC).
1921 Le Peuple,
Naissance de l'organe officiel de la CGT
1930 Droit social
Vote définitif de la loi sur les Assurances sociales
1934 Liberté
En riposte à l'émeute du 6 février, grève générale " contre le fascisme " à l'appel de la CGT et de la CGTU (organisation, née en 1920, d'une scission de la CGT)
1936 Accords Matignon
Réunification de la CGT et de la CGTU.Victoire électorale du Front populaire. Vague de grèves avec occupations d'usines. Accords Matignon : relèvement des salaires, extension des conventions collectives et institution de délégués du personnel, semaine de 40 heures et 15 jours de congés payés
1939 Années noires
Début de la Seconde Guerre mondiale (3 septembre).Le 18 septembre , le Bureau confédéral de la CGT vote une déclaration excluant les militants qui refusent de condamner le pacte germano-soviétique. Cette décision est approuvée par la Commission administrative le 25 septembre.1940, dissolution des centrales syndicales ouvrières et patronales.1941, promulgation de la Charte du travail interdisant les grèves et le lock-out
1943 Unification
Les Accords du Perreux , signés par Robert Bothereau et Louis Saillant pour les " ex-confédérés " ; Henri Raynaud et André Tollet pour les " ex-unitaires ", reconstituent la CGT.
1944 Résistance
Participation de la CGT au programme du Conseil national de la Résistance (CNR) définissant les nationalisations, la Sécurité sociale et les comités d'entreprises. Création de la Confédération générale des cadres (CGC).
1945 Conquêtes
Début des nationalisations, création des comités d'entreprise et mise en place de la Sécurité sociale. Fin de la seconde Guerre mondiale (8 mai : capitulation allemande, 2 septembre : capitulation japonaise).Création de la Fédération syndicale mondiale (FSM) à laquelle adhère la CGT.1946, promulgation du Statut général des fonctionnaires. Début de la Guerre d'Indochine (19 novembre 1946). Pendant toute la durée du conflit, la CGT organise des manifestations de solidarité à l'égard du peuple vietnamien et en faveur de la paix.
1947 Guerre froide
Lancement du " Plan Marshall d'aide à l'Europe ", destiné à assurer la reconstruction de l'Europe, sous la houlette américaine. Ce plan marque le début de la Guerre froide. Vague nationale de grève pour une hausse salariale de 25%, un minimum vital de 10 000 francs et la révision trimestrielle des salaires. Après la période noire qu'ont représenté les années de guerre puis d'immédiat après-guerre, la vie quotidienne reste tout aussi difficile. Scission de
la CGT : des responsables de la Confédération, réunis autour du journal Force ouvrière, favorables au plan Marshall et contre le mouvement de grève de1947, donnent leur démission et quittent la CGT pour créer la CGT-Force ouvrière (CGT-FO).
1949Division
La FSM critique le plan Marshall et l'influence américaine en Europe, ce qui provoque une scission. Les syndicats des Etats-Unis, d'Angleterre et des Pays-Bas se retirent de la FSM. Ils créent la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) à laquelle adhère la CGT-FO
1950 Conquêtes
Vote de la loi sur les Conventions collectives. Création du Salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig).
1953 Retraites
Du 4 au 25 août, grande grève dans les services publics. Le 4 août, la CGT puis la CFTC appellent à une journée d'action des secteurs public et nationalisé contre le recul de l'âge à la retraite. Les postiers de Bordeaux décident la poursuite du mouvement. Aussitôt les confédérations CGT, FO, CFTC appellent à la grève générale
dans ces secteurs. Le 14 août, on compte quatre millions de grévistes
1954 Libération
Début de la guerre d'Algérie (1er novembre). Durant tout le conflit la CGT soutient " les revendications des Algériens et leurs aspirations nationales. "
1956 Conquête
Troisième semaine de congés payés
1962 Paix
Une manifestation anti-OAS durement réprimée fait 9 morts au métro Charonne. Accords d'Evian, fin de la guerre d'Algérie (18 mars).
1963 Les mineurs
A l'appel de la CGT et de FO, vaste mouvement de grèves des mineurs. Ils s'inquiètent des incertitudes pesant sur leur profession et revendiquent une augmentation des salaires
1964 CFDT
Déconfessionnalisation de la CFTC qui devient la Confédération française démocratique du travail (CFDT). Une minorité garde le nom CFTC maintenue
1966 Unité
Accord revendicatif entre la CGT et la CFDT
1968 Grève générale
En mai et juin sept millions de travailleurs en grève et occupent leurs usines. Constat de Grenelle : augmentation de 35% du salaire minimum, reconnaissance de la section syndicale à l'entreprise…
1970 Unité
Nouvel accord CGT-CFDT sur des revendications prioritaires : revalorisation du Smic, retraite à 60 ans, semaine de 40 heures, emploi, heures de formation syndicale…
1973 CES
Création de la Confédération européenne des syndicats (CES).
1981Gouvernement de gauche
Vote de la Loi de nationalisation (cinq groupes industriels, 36 banques).Ordonnances réduisant la durée du travail à 39 heures, instituant la cinquième semaine de congés payés et ramenant l'âge de la retraite à 60 ans. Lois sur les droits des travailleurs dans l'entreprise, notamment le droit d'expression pendant le temps de travail. Création des Comités d'hygiène, de sécurité et conditions de travail (CHST)
1988 Infirmières
Mouvement de grève des infirmières à l'appel d'une Coordination nationale qui réclame notamment une augmentation significative des salaires et de véritables moyens pour la formation. Après la défection des autres syndicats, la CGT est seule à soutenir le mouvement.
1993 Syndicats
Création de la Fédération syndicale unitaire (FSU) par 13 syndicats exclus ou en dissidence avec la FEN.Création de l'Union nationale des syndicats autonomes (UNSA).
1995 Cheminots
Importants mouvements de grève contre le plan Juppé (novembre-décembre).Lors de son 45e Congrès, la CGT décide de rénover ses statuts et de quitter la FSM.
1999 CES
La CGT adhère à la Confédération européenne des syndicats.
2003 Retraites

 
Par Allain Louis Graux - Publié dans : SYNDICALISME
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Jeudi 10 janvier 2008
*1892"Le Socialiste", 16 octobre 1892
GREVE GÉNÉRALE
Jules Guesde : Réponse ouverte, 16 octobre 1892
Dans une lettre ouverte qu'il m'adresse par la voie de La Démocratie de l'Ouest, le citoyen Fernand Pelloutier, de
Saint-Nazaire, m'expose qu'il n'y a que " trois moyens de substituer à l'oligarchie actuelle un régime démocratique
ayant pour base l'égalité économique. Ce sont : le suffrage universel, la grève générale et la Révolution.
Et il s'étonne que, " répudiant comme lui l'insurrection, je refuse, contre lui, l'arme pacifique et légale de la grève
générale ", pour m'en tenir au seul suffrage universel qui, en mettant toutes choses aux mieux, demandera
cinquante ans pour aboutir. Jamais, ajoute mon correspondant, " les soldats de la grande armée socialiste n'attendront
aussi longtemps ". Nous l'espérons bien, camarade. Aussi n'avons-nous a aucun moment, dans le Parti ouvrier, laissé
croire aux travailleurs qu'ils pourraient s'affranchir électoralement. Si, en opposition avec les anarchistes, nous
préconisons la participation au scrutin, c'est comme moyen de propagande, d'organisation et de lutte. Le vote – de
classe – a pour but de constituer l'armée ouvrière, de l'entraîner par la petite guerre à coups de bulletins et de lui
faire occuper, dans les corps élus, les positions qui, les événements aidant, lui permettront d'écraser l'ennemi en
bloc et d'une seule fois. Mais jamais nous n'avons subordonné la prise de possession du pouvoir politique par le
prolétariat – ce qui est la condition sine qua non de l'émancipation du travail et de la société – à une majorité socialiste
dans le Parlement. Voudrions-nous reculer jusqu'à une pareille échéance la reprise et la socialisation des usines,
mines, chemins de fer, ateliers et autres moyens de production et de transport, que nous serions emportés par le
courant révolutionnaire, qui nous acculera à un 24 Février ou à un 4 Septembre dès que le Parti ouvrier aura groupé
autour de son programme d'expropriation une minorité prolétarienne suffisante. Si nous sommes obligés d'écarter,
comme un mirage trompeur, la grève générale qui hypnotise le citoyen Pelloutier et d'autres avec lui, c'est qu'elle
serait plus longue encore que le suffrage universel à nous conduire au but. Ce n'est pas cinquante ans, c'est un
siècle ou deux qu'exigerait cette suspension générale du travail, qui ne saurait cesser d'être mot vide pour devenir
une réalité victorieuse qu'autant que la généralité des travailleurs y serait consentante et participante. Or,
actuellement, alors que sans effort, sans risque d'aucune sorte, il serait loisible à la classe ouvrière de voter pour elle-
même, pour ses propres candidats et contre les candidats de la classe exploiteuse, une minorité seulement a
répondu à l'appel du socialisme. Qu'on juge après cela du temps qu'il faudrait pour que, au prix de son pain et du
pain des siens, du pain de la femme et des enfants, non seulement la majorité mais l'unanimité des salariés fût
amenée à faire le vide autour des chantiers abandonnés !
Ah ! certes, non, le Parti ouvrier n'ajournera pas à cette époque aussi lointaine qu'indéterminable la sortie de l'enfer
social. Parti de Révolution, et par suite, d'insurrection, lorsque l'insurrection devient plus que possible,
nécessaire, il n'accordera pas, il ne pourrait accorder sans trahison un pareil sursis à la digestion ou à
l'indigestion bourgeoise.
C'est violemment, par la force, que le Tiers-état s'est installé au pouvoir.
C'est violemment, par la force qu'à la première faillite de la bourgeoisie gouvernementale, le Quart-Etat organisé
dans son élite mettra sa main de producteur sur la République de l'heure présente.
Loin de " répudier le moyen révolutionnaire ", citoyen Pelloutier, nous l'avons toujours donné comme inévitable, parce
que l'histoire nous a appris qu'il n'y en avait pas d'autre.
Vous parlez de trois moyens entre lesquels on serait libre de choisir. Il n'y en a et il n'y en a jamais eu qu'un seul.
C'est l'Etat arraché à la classe privilégiée et devenant entre les mains de la classe sujette l'instrument de sa rédemption
et de la transformation sociale. De là la méthode ou la tactique de notre Parti, qui est la méthode ou la tactique des
partis socialistes de tous les pays : l'expropriation politique de la classe capitaliste aujourd'hui, son
expropriation économique demain.
J. Guesde – GREVE GÉNÉRALE http://www.marxists.org/francais/guesde/works/1892/10/guesde_1892...
 

                                                                          Sociologie de la CGT

La CGT qui représentait 53 % des salariés syndiqués en 1946, ne représente plus aujourd’hui que 3 % des syndiqués français, avec 700 926 adhérents en 2005.
Bernard Thibault (SNCF), en est le secrétaire général depuis 1999.
Sa sociologie s’est modifiée au cours du temps :
En 1946, elle représentait 53 % des salariés syndiqués.
-         ouvriers :                                    1945 : 65 % - 1998 : 39 % .   
-         techniciens, maîtrise, cadres :      «      12 %   -    «     27 % .
Son implantation est faible chez les femmes : 48 % du salariat pour 27 % des syndiquées.
La tendance est au vieillissement : en 1999, les 2/3 des adhérents ont plus de 40 ans.
Elle est sur représentée dans le secteur public par rapport au privé :
2001 – Fédérations des mines et de l’énergie, (EDF),                                          12 % des effectifs ;
                                      métallurgie                                                                       10 %
                                      services publics , la Poste                                                   9 et 9 %
                                      Santé ( Hôpitaux, cliniques)                                               8%
                                      SNCF                                                                                  8%
Cependant, la CGT demeure le première en terme d’audience électorale :
- Comités d’entreprise     : 2001 - 23 %
- Prud’hommes                : 2002 - 32,1 %       - CFDT : 25 %    - FO : 18 %
L’abstention aux élections prud’homales progresse régulièrement : 36,9 % dans le secteur privé en 1979 pour 67,3 % en 2002.
 
Les défis de la Cgt
l La nécessité de s’adapter à une rapide transformation du monde salarial qui ne représente plus (mais encore) que 27 % des salariés. Ouvriers et employés pour 53 % à 57 % du salariat forment les classes populaires.
   Les couches nouvelles de techniciens, ingénieurs et cadres se développent rapidement ;
-   L’emploi féminin représente un emploi sur deux.
-   Les populations salariales sont de plus en plus métissées.
Il devient nécessaire d’apporter des réponses au décalage entre la sociologie de la Cgt et les modifications de la composition du salariat.
Ceci dans un contexte où il faudrait aussi répondre à ces questions qui traversent le syndicalisme français :
-   Une faible implantation ;
-   Le syndicalisme français dans sa version Cgt a toujours marqué peu d’intérêt pour le syndicalisme de service par rapport à un syndicalisme de luttes.
-   L'histoire sociale française est articulée autour de grandes crises :
l La grève de 1906 ;
l Les grèves de 1917 à 1920 ;
-   Les grandes grèves du Front populaire en 1936/1938 ;
-   La libération de 1946 à 48 ;
-   Les grèves de 1968 ;
-   La grève de 1995.
Le mouvement syndical français entretient toujours un rapport étroit avec l’action politique.
L’hostilité du patronat est permanent et celle de l’Etat s’y ajoute le plus souvent. C’est pour cela que le syndicalisme de négociation ne s’est pas développé en France.
 
Quel projet syndical pour la Cgt ?
Bernard Thibault n’est plus un dirigeant membre du Conseil national du PCF. Cependant chaque tendance du parti communiste occupe une place au sein de la direction de la centrale. Il existe donc un risque du transfert des divergences qui agitent les communistes. Nous avons pu le constater lors du positionnement de la Cgt sur le projet de traité européen.
Comment la Cgt pourra t‘elle gérer cette question de son rapport aux partis politiques ?
Va t’elle aller vers un syndicalisme d’accompagnement après la rupture idéologique avec le PCF ?
Va t’elle conserver un modèle stratégique basé sur la lutte des classes ?
Après son adhésion à la nouvelle centrale mondiale, la CSI, à la centrale européenne CES, la Cgt va t’elle abandonner ses références communistes, s’orienter vers des références social-démocrates ? Un syndicalisme d’accompagnement ?
Quels seront ses rapports, parfois houleux, avec l’altermondialisme, bien qu’elle participe comme membre fondateur à l’association ATTAC.
 
 
Par Allain Louis Graux - Publié dans : SYNDICALISME
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Jeudi 10 janvier 2008
IV - La C G T
 
Présentation générale par la CGT
Le syndicalisme fait partie du patrimoine vivant de l’humanité et de la démocratie. Fait social devenu universel, il a d’abord émergé en Europe avec la révolution industrielle, et y est resté depuis profondément enraciné.

L’histoire plus que séculaire de la CGT s’inscrit dans cet ensemble. Née de la volonté des salariés de s’organiser collectivement et durablement pour défendre leurs intérêts face à l’oppression et à l’exploitation, pour conquérir des droits et les faire valoir, pour imaginer un monde plus juste et proposer des voies pour y parvenir, sont le cœur de son action syndicale.

Bâtie selon deux dimensions professionnelles et géographiques, la CGT s’est forgée et constituée au fil de l’histoire autour d’une conception de solidarité entre les salariés qui combine l’ancrage à l’entreprise et à son environnement territorial.
 La CGT est née en 1895 au Congrès de Limoges. Ce n’était cependant pas l’acte de naissance du syndicalisme français.
C’est après l’épisode sanglant de la répression de la Commune de Paris (1870) que des organisations ouvrières illégales surgissent et s’organisent. A partir de 1881, on compte en France cinq cent chambres syndicales de toutes natures, des associations mutualistes et des Bourses du travail.
*1791- La loi Le Chapelier-qualifiée de terrible par Jean Jaurès-confirme la suppression des corporations et l’interdiction des coalitions et les actions qui peuvent en découler comme la grève.
*1884- La loi Waldeck Rousseau abroge la loi Le chapelier et autorise la création des syndicats en France. Les activités de secours mutuel et les activités syndicales sont formellement séparées. Cette différenciation sera très importante dans l’évolution du syndicalisme en France à la différence du syndicalisme germanique, nordique, anglo-saxon.
Des congrès ouvriers se déroulent en 1876,1878,1879. Ces premiers congrès sont très composites : on trouve des sectes socialistes, des représentants de mutuelles, d’associations d’entraide. Deux formes d’organisations se sédimentent et s’opposent : les mutuelles qui sont les plus importantes grâce au soutien de Napoléon III et les chambres syndicales, plus radicales. Certaines mutuelles soutiennent les mouvements de grève en organisant la prévoyance et les caisses d’entraide.
*Le droit de grève a été reconnu le 25 mai 1864.
 
La structure fédérale ( verticale)
*1886 – Date de création de la première organisation :
 La Fédération Nationale des Syndicats et groupes corporatifs de France et des Colonies ( FSN).
Elle est animée par des «guesdistes».
*Jules Guesde a créé le Parti Ouvrier Français. C’est un personnage décisif du mouvement socialiste qui a fait pénétrer le marxisme en France.
Deux caractéristiques :
les ouvriers sont rassemblés en corporations par métier (plusieurs syndicats pour un même produit, rassemblés en Fédérations).
le syndicat est sous l’influence directe du POF.
 
La structure locale horizontale
Elle se développe à travers les Bourses du travail, avec le responsable ouvrier Fernand Pelloutier.
1892 – Les Bourses se fédèrent en Fédération Nationale des Bourses du Travail, en particulier dans les villes dirigées par des socialistes. Ce seront les bases ouvrières du «socialisme municipal».
Ses animateurs sont plutôt des anarchistes.
Les anarchistes voulaient changer le monde par l’action directe, les attentats. Cette forme d’action a tourné court et entraîné
 une forte répression. Les anarchistes se réfugient au sein des Bourses qu’ils vont influencer avec un message libertaire
 
Les deux formes d’organisation, fédérale et locale, vont marquer le mouvement ouvrier français et présider à l’organisation de la CGT : une organisation verticale en Fédérations de métiers et une structure horizontale en Unions Locales qui regroupent les syndicats de diverses entreprises d’un même lieu.
Au congrès de 1895, la FNS et La FNBT s’unissent et créent la première organisation confédérale : la CGT ; des organisations non fédérées la rejoignent.
En 1890, on comptait 400 000 syndiqués.
Cette CGT reste cependant profondément divisée. Pendant dix ans la structure demeure vide. C’est seulement en 1902 que la vraie fusion s’opère au Congrès de Montpellier.
 
Les trois courants idéologiques
-         les guesdistes : courant marxiste qui va voir son influence se réduire jusqu’en 1914, mais il conservera des positions fortes dans le Nord où il restera majoritaire.
-         les réformistes : minoritaire, il se renforce au cours des années et est vraisemblablement majoritaire en 1914. Cependant il ne dirigera jamais la CGT, du fait de structures de fonctionnement peu démocratiques.
          - le courant syndicaliste révolutionnaire :il est central et donne sa couleur au syndicalisme français :
une condamnation sans appel du capitalisme.
il rejette l’Etat ; favorable à sa destruction, il est opposé à sa conquête (la voie électorale). Cet « anarcho-syndicalisme » est l’héritier des libertaires anarchistes.
le rejet du politique. C’est une affirmation de l’indépendance syndicale à l’égard des partis politiques de la Gauche. Cette opposition sera confirmée par la charte d’Amiens* en 1906 qui est la marque particulière d’un syndicalisme français souvent accusé de politisé, alors qu’il est parmi les plus indépendants au sein du syndicalisme. * (voir précédemment : caractéristiques du syndicalisme en France)
C’est aussi l’année de la première grève générale de l’histoire.
l’élitisme : le syndicalisme doit forger ses propres méthodes de lutte, avec des minorités conscientes.
(* on retrouvera cette conception dans le bolchevisme puis dans les mouvements trotskistes, celle de l’avant-garde ouvrière).
Il ne s’agissait pas de rassembler mais de mettre ne action les militants les plus déterminés.
*Emile Pouget en 1907, déclarait dans une brochure de la CGT, que « la masse amorphe pour nombreuse et compacte qu’elle soit serait mal venue de récriminer puisqu’elle bénéficie des victoires obtenues...ce sont de véritables zéros humains dont la valeur ne peut apparaître qu’à la droite des salariés.
- Conception de la grève générale comme exaltation de l’action directe :*...l’action directe s’oppose à l’action indirecte de l’action de la démocratie et du parlement...(Hubert Lagardet- le socialisme ouvrier)*
 
Autres courants :
-         Les « possibilistes », courant très réformiste.
-         Les « alemanistes » de Jean Aleman, déporté après la commune de Paris.
-         Les « Blanquistes » d’Auguste Blanqui, qui fréquentera beaucoup les prisons pour ses tentatives de coup d’Etat, animera un courant de radicaux révolutionnaires.
-         Les socialistes indépendants, représentés par Jean Jaurès et Léon Blum, dirigeants du Parti socialiste
(le PSU ou SFIO créée en 1905 qui unifie les partis ouvriers).
Le syndicalisme révolutionnaire va dominer le mouvement ouvrier et syndical de façon courte entre 1906 et 1909. Ce syndicalisme radical a existé en Allemagne, en Angleterre, aux Pays-Bas, mais il n’y a qu’en France et en Espagne que le syndicalisme révolutionnaire a été dominant.
 
Interrogations sur son influence.
Avant 1914, le syndicalisme français ne rassemble que peu de troupes : 4 % des salariés. Ses zones d’influence sont limitées à quelques secteurs : les mines, les cheminots, le textile, le livre et la métallurgie dans une moindre mesure. C’est cependant au cours de cette période que seront lancés de puissants mouvements revendicatifs. Les luttes pour la journée de 8hoo se solderont par un succès en avril 1919 au lendemain de la Grande Guerre après la loi du 25 mars qui institue les cadres des Conventions Collectives.
Des éléments sont apportés pour la création d’un régime de retraites.
 
La guerre de 1914 (14/21) – Inversion de l’identité de la CGT.
En 1914, sous l’influence de Léon Jouhaud, dirigeant du courant réformiste, en quelques semaines l’attitude de la CGT va basculer. Antimilitariste, elle va devenir patriote et belliciste, et encourage l’effort de guerre. L’Union sacrée se met en place pour la « Revanche ».
1918 – Léon Jouhaud : « il faut renoncer à la politique du poing tendu pour adopter une politique de présence...être présent partout où se discutent les intérêts ouvriers. »
Trois raisons pour ce retournement :
1)-Entre les proclamations et l’action réelle, l’écart s’est creusé avant la guerre. La tendance est à l’intégration à la Nation.
2)-Le poids du nationalisme républicain dans les consciences ouvrières : 1914 a été vécu comme la réminiscence de 1789, la lutte contre les «barbares d’outre-Rhin», alors que le barbarisme féodal était plutôt chez le Tsar de toutes les Russies, avant que n’éclate la révolution d’octobre en 1917.
3)- La crainte de la répression : les souvenirs de la Commune et la crainte de l’emprisonnement ; le carnet B institué par Malvy (une sorte de livret militaire pour les ouvriers, passeport indispensable à l’embauche).
 
Durant la période de la guerre la CGT participe aux commissions sous l’égide de l’Etat. Elle rencontre peu de résistance jusqu’en 1917.
L’opposition syndicale et pacifiste va organiser deux conférences internationales :
à Zimmerwald (Suisse) avec la participation de Lénine et Trotski.
A Kienthal.
Ce sont ces militants qui animeront et formeront les cadres de la troisième Internationale organisée sous l’influence du parti communiste soviétique (bolchévik) qui a triomphé en Russie.
 
La Cgt qui est issue de la guerre est renforcée et chevauche de puissants mouvements sociaux qui correspondent aux frustrations économiques et sociales engendrées par le conflit. Les effectifs vont accompagner ce mouvement, ils vont doubler sur un fonds de tentative de révolution socialiste mondiale. Les Bolchéviks ont réussi en Russie, et à sa suite les gauches socialistes se soulèveront ou s’agiteront en Allemagne, en Belgique, en Hongrie, en Suisse, en Italie, en Grande-Bretagne, en Roumanie, en Bulgarie.
En France, les cheminots déclencheront en 1920 une grande grève à tendance insurrectionnelle. Elle provoquera une cassure entre les sensibilités au sein de la Cgt :
- les réformistes avec Léon Jouhaud (socialiste) vont s’opposer aux :
- révolutionnaires animés par les Pacifistes qui vont connaître un succès grandissant après-guerre. Ce courant donne naissance, politiquement, au Parti Communiste (SFIC*) au Congrès de Tours en 1920.
( Léon Blum gardera «la vieille maison SFIO* »alors minoritaire).
-   SFIC : Section Française de l’Internationale Communiste
-   SFIO :Section Française de l’Internationale socialiste
- syndicalement à la CGTU : Confédération Générale du Travail Unitaire.
 
1921- Scission de la CGT, naissance de la CGTU.
Le syndicalisme français apparaît divisé pour la première fois : CGT, CGTU, et CFTC.
*La CFTC (syndicalisme chrétien) est née en 1919.
La division entre les deux branches de la CGT persistera jusqu’en 1935/1936.
Comme le PC, la CGTU est l’organisation majoritaire, à tendance révolutionnaire et communiste. Elle devient la «courroie de transmission» du PC, ce qu’elle n’était pas initialement. Elle adhère à l’ISR.
Peu à peu la CGTU perd de sa substance, s’étiole, du fait de ses rapports de suggestion avec un PC qui se stalinise et se sectarise fortement. Cela conduit des militants à créer en 1924 une branche différente : La CGT- SR (syndicaliste révolutionnaire).
Au début des années 30, la CGTU a perdu beaucoup de ses adhérents, mais reste importante :
(1929 : CGT : 750 000 ; CGTU : 400 000.) à la différence d’autres pays européens, comme en Allemagne où le courant communiste est devenu marginal au sein du mouvement syndical, avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933.
Les axes de lutte choisis expliquent ce déclin relatif en France :
-         Actions sur les salaires, les retraites ;
-         Mais aussi sur des thèmes politiques : défense de l’URSS, grève générale de 1928 ;
-         L’antimilitarisme qui provoque l’internement de dirigeants ;
-         La campagne de dénonciation du colonialisme.
Cette histoire de la CGTU n’est toujours pas écrite, avec ses pages de régression sectaire et partisane, mais aussi ses pages de gloire pour des luttes difficiles à son honneur dans le contexte de l’époque.
 
LA CGT, de 1921 à ...
La CGT réformiste rattrape son retard dans le courant des années 20 et au début des années 30. Elle mène une action différente de la CGTU, une politique de participation, Jouhaud étant favorable à la « présence ».
Elle va participer à la création du Conseil national Economique en 1925 (disparu en 1939 et renaissant à la Libération en Conseil Economique et Social). Elle joue un rôle important au Bureau International du Travail, sous l’égide de la Société Des Nations. Elle est fortement représentée au sein de la Fonction Publique.
Cependant entre 1921 et 1935, le mouvement syndical s’est affaibli du fait de sa division. Si au sortir de la guerre seront signées les premières Conventions collectives, aucune ne sera négociée ensuite jusqu’au Front Populaire.
La réunification
A partir de 1934, des changements politiques s’opèrent en France, consécutifs à la prise du pouvoir par les nazis en Allemagne, suite au fascisme italien avec Mussolini en 1921.
Staline a changé de politique : il tend la main aux socialistes, particulièrement en France sous l’influence de Maurice Thorez, et aussi en Espagne avec la République qui a renversé la monarchie.
Le rassemblement politique entre la SFIO et la SFIC puis avec le Parti Radical donne naissance au Front Populaire, non sans difficulté.
Il se fait dans la lutte. Le 6 février 1934, la CGT et la CGT U mobilisent contre le coup de force des ligues d’extrême-droite. Le rapprochement entre CGT et CGTU est difficile, mais ses conditions sont favorisées par l’union politique.
En Mars 1936, les deux centrales se réunifient à Toulouse sous le sigle CGT.
Du point de vue sociologique, ce sont deux organisations complémentaires qui se rassemblent :
-         la CGTU avec les ouvriers spécialisés des industries privées, des grandes entreprises industrielles ;
-         la CGT qui repose sur la Fonction Publique, les secteurs les plus qualifiés, l’aristocratie ouvrière.
Ce sont ces éléments qui permettent de comprendre la dynamique populaire qui suivra la victoire électorale du Front Populaire. De puissants mouvements de grève éclatent en Juin 36 : 2,4 millions de grévistes, 11 000 grèves paralysent la production industrielle. Avec cette caractéristique :
moins l’organisation était importante et plus les grèves étaient massives ;
plus le syndicat était puissant et moins les grèves étaient suivies.
Dans le secteur privé, les syndicats de la CGTU étaient formés de petits noyaux très actifs à la différence de la CGT intégrée dans les administrations du secteur public. Il y a peu de grèves chez les fonctionnaires.
Le mouvement communiste est puissant. Sous son influence qui se renforce, un torrent de syndiqués défile et s’organise.
 
La CGT réunifiée : 800 000 s. en 1936 ; 5 millions en 1937 : une explosion syndicale.
Dans la métallurgie les effectifs sont multipliés par 100, par 30 dans la chimie.
Pour la première fois, nous avons en France un syndicalisme de masse : plus d’un ouvrier sur deux est syndiqué à la CGT.
 
 
Le courant communiste se renforce dans les fédérations qu’il domine. En 1937/38, existent au sein de la CGT, les éléments qui lui permettront de la contrôler à la Libération.
Le courant unitaire reconnaît le rôle des nationalisations qu’il condamnait auparavant pour dérive capitaliste.
L’euphorie est de courte durée :
-         en 1937, c’est la pause imposée à Léon Blum par les Radicaux ;
-         c’est le recul du Front Populaire. Daladier(Radical), nouveau Président du Conseil, prend des mesures de limitation des salaires et d’augmentation du temps de travail.
La grève générale de 1938 se traduit par un échec, après laquelle s’ensuit une très sévère répression patronale. La Cgt perd un tiers de ses effectifs. En 1939, elle ne compte plus que 2,5 millions et demi d’adhérents. Ce qui demeure néanmoins important.
La CGT est à nouveau divisée en trois tendances :
- le courant communiste ;
- le courant réformiste de Léon Jouhaud ;
Un nouveau courant appelé «syndicats», du nom de leur journal. Ces militants proviennent du courant réformiste et sont résolument anticommunistes. Ils représentent 20 % des syndiqués. Parmi eux se développe la tendance «planiste» (d’origine belge), qui a été exclue de la SFIO, mais reste influente à la Cgt.
 
23.08.1939 - Signature du parc germano-soviétique. C’est un véritable tremblement de terre.
Les «unitaires» qui approuvent ce pacte sont exclus de la Cgt. Dans les faits c’est une seconde scission, mais qui sera vécue différemment de celle de 1921.
Septembre 1939- C’est la guerre : Les troupes d’Hitler envahissent la Pologne.
Ces évènements empêchent la concrétisation de la scission.
16.08.1940- Le gouvernement de Vichy dissout les syndicats : Cgt, CFTC, patronal. Ils sont remplacés par des organisations corporatistes.
 
1940-1947 . La conquête communiste de la Cgt.
Pendant la guerre, une partie du mouvement syndical verse dans la collaboration. Ce sont essentiellement les syndicats planistes. René Beulin, bras droit de Léon Jouhaud est secrétaire d‘Etat à la production industrielle. C’est une partie très minoritaire du mouvement syndical.
Parallèlement un syndicalisme se développe dans l’illégalité, puis dans la Résistance.
En nov. 1940 - Déclaration politique de douze dirigeants syndicaux : CGT et CFDT s’opposent à la Charte du Travail de Vichy.
Septembre 1943 - Signature des accords du Perreux où Jouhaud était assigné à résidence. Unitaires et réformistes se retrouvent et recréent la CGT. De ce fait la Confédération va pouvoir participer au Conseil national de la Résistance.
La Libération en 1945, va permettre une nouvelle envolée syndicale.
1946 : six millions de salariés sont syndiqués à la Cgt unifiée.
Les Unitaires communistes, très actifs dans la résistance, sont l’aile marchante de la Cgt. C’est de cette période que date le contrôle de la Cgt par le PCF. Le syndicat se fait le défenseur de la bataille pour la production. Les communistes sont au gouvernement et M. Thorez encourage les travailleurs à se retrousser les manches.
Benoît Frachon, membre de la direction du PCF, devient le secrétaire général de la CGT. Elle adhère à la FSM (Fédération syndicale Mondiale – dirigée par les communistes).
1947- C’est le début de la «guerre froide» et les divergences réapparaissent au grand jour. De grandes grèves, très importantes, sont sévèrement réprimées par Jules Moch ministre socialiste qui crée les CRS. Ce sont de véritables affrontements sur fonds de tickets de rationnement et de privations. Les ministres communistes sont expulsés du gouvernement.
Le plan Marshall va cliver le mouvement syndical.
Les réformistes se regroupent autour de « Résistance ouvrière » qui devient Force ouvrière.
Fin 1947, à la suite des grèves, FO quitte la CGT. Ce sera la dernière grande scission de la confédération. Elle instaure l’ère du pluralisme syndical.
La CGT, fille aînée du PCF...
Toute l’histoire de la Cgt depuis 1947 jusqu’en 1990, est marquée par ses liens avec le PCF. Elle est tiraillée entre :
-         jouer un rôle de courroie de transmission du PCF et voir son influence et ses effectifs baisser ;
-         ou mettre l’accent sur l’autonomie et voir ses effectifs remonter.
C’est ainsi qu’une Cgt dogmatique alternera avec une Cgt pragmatique, créant une tension permanente.
1956-1982-
La CGT est plongé dans un ghetto par la guerre froide, du fait de son alignement idéologique sur les positions du PCF.
Après la fin de la guerre d’Algérie, elle sort de l’isolement en mettant sur pieds une nouvelle stratégie qui prend corps en 1966 avec : le pacte d’unité d’action avec la CFDT. Cette alliance suit la candidature de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1965, soutenue dès le premier tour par le PCF et la SFIO.
1967-1977 : dix années d’unité d’action.
Les grandes grèves de 1968, avec l’occupation des entreprises, vont conduire aux «accords de Grenelle». Les salaires vont considérablement progresser, en particulier le salaire minimum, et la section syndicale d’entreprise sera enfin reconnue.
Les divergences syndicales vont fragiliser cette unité mais elle se maintiendra jusqu’en 1977, jusqu’à la rupture par le PCF, du programme commun avec le PS. C’est une période de renforcement du mouvement syndical.
A partir de 1978, la CGT et la CFDT divergent.
Cette période 1960-1977 a constitué l’âge d’or du mouvement syndical. Depuis c’est la crise.
 
Sociologie de la CGT
La CGT qui représentait 53 % des salariés syndiqués en 1946, ne représente plus aujourd’hui que 3 % des syndiqués français, avec 700 926 adhérents en 2005.
Bernard Thibault (SNCF), en est le secrétaire général depuis 1999.
Sa sociologie s’est modifiée au cours du temps :
En 1946, elle représentait 53 % des salariés syndiqués.
-         ouvriers :                                    1945 : 65 % - 1998 : 39 % .   
-         techniciens, maîtrise, cadres :      «      12 %   -    «     27 % .
Son implantation est faible chez les femmes : 48 % du salariat pour 27 % des syndiquées.
La tendance est au vieillissement : en 1999, les 2/3 des adhérents ont plus de 40 ans.
Elle est sur représentée dans le secteur public par rapport au privé :
2001 – Fédérations des mines et de l’énergie, (EDF),                                          12 % des effectifs ;
                                      métallurgie                                                                       10 %
                                      services publics , la Poste                                                   9 et 9 %
                                      Santé ( Hôpitaux, cliniques)                                               8%
                                      SNCF                                                                                  8%
Cependant, la CGT demeure le première en terme d’audience électorale :
- Comités d’entreprise     : 2001 - 23 %
- Prud’hommes                : 2002 - 32,1 %       - CFDT : 25 %    - FO : 18 %
L’abstention aux élections prud’homales progresse régulièrement : 36,9 % dans le secteur privé en 1979 pour 67,3 % en 2002.
 
Par Allain Louis Graux - Publié dans : SYNDICALISME
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Jeudi 10 janvier 2008
 LA CGT - FO
Des femmes et des hommes libres dans une organisation indépendante, ensemble pour acquérir une force leur permettant de défendre leurs droits, d’en obtenir de nouveaux, de se faire respecter.
15 000 implantations syndicales réparties sur tout le territoire (métropole et DOM TOM avec 103 Unions Départementales, dans tous les secteurs d’activité avec 33 Fédérations nationales et regroupés au sein de la Confédération Force Ouvrière
Quelle est son histoire?
Née en 1895 sous l’appellation CGT, la CGT-FO est apparue sous ce sigle en 1948 à l’initiative de militant(e)s refusant l’emprise du parti communiste sur la CGT.

Depuis ses origines, le principe et la pratique de l’indépendance syndicale sont au cœur de son comportement, de ses analyses, de son rôle. Cette indépendance vaut à l’égard des partis politiques, des gouvernements, de l’État, du patronat et des églises.

Ainsi, par principe Force Ouvrière ne prend pas position à l’occasion des consultations politiques électorales à tous les niveaux. L’exception, conforme aux statuts confédéraux, a eu lieu en 1969, à l’occasion d’un référendum parce que nous avions considéré que la mise en place d’un sénat économique et social conduirait au corporatisme et à l’intégration du mouvement syndical, deux éléments contraires à l’indépendance.

À l’origine, au plan syndical, de la création de nombreuses structures de protection sociale collective (UNEDIC - Retraites complémentaires notamment), la CGT-Force Ouvrière, communément appelée Force Ouvrière a toujours considéré que la pratique contractuelle était un outil important pour construire et développer des droits collectifs à tous les niveaux (interprofessionnel - branches d’activité - entreprises).

En ce sens, Force Ouvrière a toujours combattu le tout État comme le tout marché.

Fondamentalement attachée aux valeurs républicaines (Liberté - Égalité - Fraternité - Laïcité), elle défend le service public et la sécurité sociale comme des structures assurant des droits égaux aux citoyens.

Cela explique le combat mené en 1995 contre l’étatisation de la sécurité sociale ou les conflits avec le patronat sur la refondation sociale, c’est-à-dire la livraison au marché de toutes les structures collectives et solidaires.

Ligne de conduite de Force Ouvrière depuis 1895, l’indépendance syndicale est aussi ce qui assure son avenir en tant que valeur fondamentale.

En témoigne en France ou ailleurs ceux qui s’y réfèrent ou tentent de s’y référer.
 * FO vue par elle – même.
 

HISTOIRE 
Sa création est récente : 1947, après la seconde guerre mondiale, au début de la guerre froide.
FO incarne le syndicalisme réformiste, la tractation, « les négociations de couloir ». Son orientation, comme pour le mutualisme, est faite de petites avancées.
Sociologie
FO fonctionne comme un groupe de pression formé de réseaux peu transparents, voire opaques. Les dîners d’affaires occupent plus de place que les manifestations. La franc-maçonnerie y exerce une influence significative.
« En 1982 : je crois à la négociation perpétuelle, aux petites améliorations grignotées chaque jour... »
(Ma route et mes combats – André Bergeron)
Politique
La « peur du Rouge », de l’infiltration communiste, a nourri une culture du soupçon ; ce qui a nuit à la nature de cette centrale. Cette peur a été avivée par les premiers travaux publiés en 1980 qui montraient que FO s’était maintenue grâce à son financement par la CIA.
FO a été longtemps, de 1947 à 1996, le syndicat préféré du patronat.
FO était au cœur du système paritaire : Présidence de la Sécurité Sociale, de l’UNEDIC, (bastions de FO).
C’est la CFDT qui a pris cette place ces dernières années.
 
1943-1948 : UNE NAISSANCE DIFFICILE.
En 1943, pendant la guerre, a lieu l’accord du Perreux qui réunifie la CGT. Malgré la clandestinité, les courants réformistes et communistes engagent une très dure compétition.
Les communistes jouent un rôle de premier plan. Ce courant unitaire est le fer de lance de la renaissance de la CGT ; il contrôle les 2/3 des fédérations.
Avant-guerre, trois courants se disputaient l’orientation et la direction de la CGT : Confédérés, Unitaires, Réformistes. A la Libération, les « collabos » sont épurés de l’organisation ; ce qui affaiblit le courant confédéré.
Le 24 novembre 1944, Léon Jouhaud (l’ancien secrétaire général)et Robert Bothereau publient leur journal : «  Résistance Ouvrière » qui se transforme en «  Force Ouvrière » en 1945.
Au congrès de 1946, FO représente 20% des mandats.
Les années 46 et 47 sont marquées par de grandes grèves dont celles de Renault. Elles conduisent à un effritement du syndicalisme dans un contexte d’affrontement idéologique. La grève Renault conduit au départ des ministres communistes du gouvernement, alors que sur le plan politique la SFIO s’engage dans la politique de la « troisième force ». Au niveau international, la guerre froide entre l’Est et l’Ouest s’installe. Les communistes s’opposent au Plan Marshall d’aide américaine à l’Europe. On appelle la CGT : «  la CGT K ( Komminform*, Kosaque )
*Organisation communiste internationale dominée par l’URSS
Le mécontentement social est réellement très important et conduit à des conflits violents:
- grève à la SNCF, avec déraillement d’un train qui provoque la mort de plusieurs personnes
Le climat social et politique est pré insurrectionnel.
La Fédération des PTT quitte la CGT et se constitue en syndicat autonome. A la suite plusieurs syndicats « sortent » de la CGT et s’autonomisent. Ils sont violemment anticommunistes. Cependant Jouhaud veut développer FO au sein de la CGT.
Le courant FO se désolidarise de la majorité CGT et décide de quitter la centrale à la fin 47.
Le premier congrès aboutissant à la création de la CGT-FO aura lieu en 1948.
Cette scission s’est faite dans l’impréparation. Jouhaud était persuadé que c’était la réédition de 1921 et que la CGT allait décliner au profit de FO qui finalement l’emporterait et deviendrait l’organisation syndicale majoritaire. Ce n’est pas ce qui s’est passé...
Les difficultés s’accumulent :
-                     Beaucoup d’anciens confédérés restent à la CGT.
-                     Deux fédérations importantes, dirigées par des réformistes, décident de ne pas suivre la scission :
                    - Le LIVRE, pour conserver l’unité ;
                    - L’EDUCATION, la FEN organise une consultation sur trois choix : rester à la CGT, se joindre à FO, se constituer en syndicat autonome. C’est ce dernier choix qui a été fait.
Le rayonnement de la CGT- FO est dès le départ limité.
 
LE CONGRES CONSTITUANT d’AVRIL 1948
Persuadés de représenter l’avenir, les délégués proclament la continuité avec la CGT, c’est pourquoi le sigle est conservé : CGT-FO. Les structures restent les mêmes que celles de la CGT.
FO revendique les principes d’avant-guerre :
-                     La politique de présence dans les entreprises nationalisées, les Comités d’entreprise créés à la Libération, au Conseil Economique Social.
-                     Elle met l’accent sur la négociation collective et donc pour les Conventions Collectives, pour l’idéal d’une libre discussion entre les employeurs et les employés, pour le contrat ...
Principes aujourd’hui repris par la CFDT et le MEDEF : le contrat plutôt que la loi.
FO revendique 1 million d’adhérents en 1948 ; ce qui semble selon l’historien socialiste Alain Bergougnioux, très exagéré. Il estime la réalité plus proche de 400 000 membres.
Aux élections à la sécurité sociale de juin 1948, FO n’obtient que la 3° position.
Sociologie.
FO est ancré dans la Fonction Publique : Sécurité sociale, Santé, PTT : chez les employés, les cadres, un peu dans la métallurgie et les cheminots, et dans les PME du secteur privé.
Le ciment de l’organisation, c’est l’anticommunisme de tous les instants, primaire, secondaire et supérieur.
 
LES ANNEES DE CROISSANCE : 1950-1980
Jusqu’en 1958, FO est à l’aise au sein des institutions parlementaires de la IV° République où les négociations de couloir, les dîners, permettent d’agir comme un groupe de pression. Avec l’arrivée du Général de Gaulle et l’avènement de la V° République, le parlementarisme est réduit. FO est ébranlée, déstabilisée. L’évolution politique s’oppose à son identité profonde.
Après 1962 et 65, avec la candidature de François Mittterand à l’élection présidentielle, communistes et socialistes se rapprochent. Plus cette alliance s’affirme et plus FO se retrouve isolée.
Après 1970, avec la naissance du Nouveau Parti socialiste en 1971au congrès d’Epinay, l’indépendance politique de FO est subie. L’isolement syndical s’y ajoute jusqu’en 1978, avec le rapprochement de la CFDT et de la CGT. La CFDT, après avoir tenté sans succès une alliance avec FO, a conclu un Pacte d’Unité D’action avec la CGT. FO, par son anticléricalisme style III° République, n’a pas analysé à sa juste mesure l’évolution du syndicalisme chrétien et la création de la CFDT en 1964. Ce dogmatisme idéologique à empêcher l’alliance avec la CFDT, alors que de nos jours elle signe moult accords avec la CFTC...
La politique contractuelle de FO s’oppose à la volonté autogestionnaire, au socialisme démocratique alors en vigueur à la CFDT. FO développe une pratique singulière : la politique contractuelle.
Elle se distingue aussi par une très grande hétérogénéité politique :
-                     Un courant « socialiste révolutionnaire » qui vote toutes les motions majoritaires depuis 20 ans.
-                     Des courants de Droite, mais la force politique dominante c’est le PS (60 % des délégués sont socialistes).
-                     La deuxième présence est celle du Parti des Travailleurs, qui pèse 20 % des délégués ; ce qui lui confère une influence sans mesure avec son importance politique (Glukstein : 0.5 % aux présidentielles).
-                     Sauf cas particulier et rare, l’extrême droite n’est pas présente à FO.
 
L’IDEOLOGIE
La pratique syndicale est « américaine » par sa volonté de mettre la négociation à tous prix au centre de son action : le bargaining. C’est alors la seule centrale française qui agit de cette manière. C’est le syndicat du « grain à moudre » cher à André Bergeron.. Cette conception amène FO à repousser toutes les formes de partage de la gestion. Ce qui explique son hostilité à l’égard des conceptions de la CFDT.
Pour FO, Partis et Syndicats ont des fonctions différentes :
-                     Les syndicats défendent les intérêts particuliers des travailleurs, les partis les intérêts généraux.
-                     Refus de la gestion, de la cogestion, de l’autogestion.
On observe dans cette attitude l’esprit de la Charte d’Amiens propre aux origines du syndicalisme français.
L’instrument du syndicalisme c’est le contrat collectif, la liberté de négocier à tous les niveaux, pour garantir les intérêts des travailleurs : conditions de travail et d’existence.
Cela implique une séparation très stricte entre le politique et le social, le contrat collectif apparaît comme la traduction du compromis social. C’est une théorie du pluralisme démocratique qui a des racines anciennes que l’on trouve chez Proudhon : résoudre les problèmes par soi-même dans une société divisée en classes.
Cette dimension proudhonnienne est cependant discutable car pour Proudhon le syndicalisme avait aussi une fonction gestionnaire : « l’atelier doit remplacer le gouvernement ». Les ouvriers satisferaient à leurs besoins à travers la gestion économique de l’usine, le compromis avec sa direction.
L’aspiration de FO est très libérale en séparant ainsi le politique et l’économique, et nie le rôle interventionniste de l’Etat républicain pour assurer l’équilibre et l’égalité entre tous les citoyens par la loi.
Evidemment ce rôle est différent selon la nature du pouvoir et la classe qui le dirige.
FO en cela se différencie autant de la CGT que de la CFDT, mais aussi avec le syndicalisme social-démocrate anglo-saxon et nordique où parti et syndicat se partagent les tâches.
C’est de ce fait une organisation singulière. Elle a été dirigée par quatre hommes :
                                                       Robert Bothereau    - 1948 –1963 ;
                                                       André Bergeron       - 1963-1989 ;
                                                       Marc Blondel            - 1989-2004 ;
 
                                                                        Jean Claude Mailly - 2004 ;   
                
FO a connu une assez grande stabilité avec assez peu de changement à sa direction et dans son orientation :
défense permanente des conventions, rares recours à la grève, maintien de l’action de groupe de pression, ancrage paritaire jusqu’en 1986. On peut noter cependant une inflexion de cette ligne, par une action plus revendicative avec Marc Blondel.
  
Un certain partage des tâches entre syndicats :
La CGT et la CFDT se mobilisent et engagent des actions, FO engrange et signe des accords ..
-         A partir de 1974, avec le plan d’austérité de Raymond Barre, cette politique contractuelle va se bloquer. L’arrivée de la Gauche au pouvoir en 1981 ne va pas favoriser cette politique. Bergeron est rendu furieuse par la participation de ministres communistes au gouvernement. Elle est hostile aux Lois Auroux. FO s’isole un peu plus ...
-         La croissance est faible : de 400 000 adhérents en 1948, on atteint 500 000 trente ans plus tard alors que la CGT est à 2 millions et la CFDT à 1,5 en 1978.
-         En 2005, on ne recense que moins de 300 000 adhérents.
-         Ces chiffres sont imprécis du fait de la culture du secret si chère à FO qui ne délivre aucun élément sur sa sociologie.
-         Son implantation est essentiellement dans la Fonction Publique.
-         Fo se place au 3° rang des organisations syndicales pour son influence aux élections professionnelles, dans les Comité d’entreprise et pour les délégués du personnel, y compris pour les commissions paritaires de la Fonction publique.
Les trois défis de FO.
- La fonction du syndicalisme : quel est le rôle d’un syndicalisme réformiste sans réforme ?
Car il n’y a plus de grain à moudre. Les reculs sociaux, sous les coups de boutoir de la droite libérale sont importants. Il n’y a plus de résultats, que des concessions...
Marc Blondel a dit : « après la chute du mur de Berlin, on prétend que FO n’a plus de sens. Il ne convient pas de réduire FO à l’anticommunisme. FO met en oeuvre un réformisme éloigné de la gestion d’un supposé Bien commun. »
Les alliances : quel est le positionnement de FO par rapport aux autre centrales.
- Avec la CGT, FO sera t-elle en mesure de dépasser son anticommunisme congénital, suite à l’affaiblissement du PCF et de la CGT elle-même ?
- avec la CFDT sera t-elle capable de dépasser son anticléricalisme qui n’est plus de mise depuis la transformation de cette centrale en une organisation ouverte ?
La place de syndicat contractuel a été ravi à FO par la CFDT à la Sécurité Sociale, à la CNAM, aux ASSEDIC.
En 1990, une recomposition syndicale a été tentée et s’est traduite par un échec : l’Union Départementale de Paris a été exclue et à rejoint le nouveau syndicat autonome, l’UNSA.
- L’isolement international :
FO est fondatrice de la Confédération Européenne des Syndicats (CES). Elle s’est montrée très hostile à l’entrée de la CFDT.
FO a cependant adhérer à la CSI, mais avec réserve.Si la représentativité change et se mesure en fonction des résultats d’élections professionnelles étendues aux nouvelles centrales, FO sera très affectée et perdra de son influence et de sa crédibilité.
Dès lors on comprend son opposition farouche à tous changements.
Son intérêt ne réside t-il pas à un rapprochement avec d’autres centrales, à un dépassement d’elle –même dans l’intérêt des salariés ?
Allain GRAUX
 le 2.02.2007
 
REFERENCES
Georges Ubbiali – université de Dijon
- L’altermondialisme en France, la longue histoire d’une nouvelle cause ( Agri Kollansky- Filleule-Mayer, chez Fayard)
- La valeur du travail- ( éditions Antipode)
- Histoire de la Cgt – Michel Dreyfus – Complexe 1995.
- Jacques Kergoat - la France du front populaire ;
- Daniel Guérin - juin 36, révolution manquée ( Babel poche)
- La naissance de Force Ouvrière, autour de Robert Bothereau – Michel Dreyfus, Gérard Gauthron, J.Louis Robert ( PU de Rennes, 2004)
- Histoire de la FEN – Guy Brucy – (Belin 2003)
- Epistémologie du syndicalisme – V.Chambarlhac, Georges Ubbiali (L’Harmattan,2005)
 - Andolfatto Dominique : Histoire des Syndicats(1906-2006) – (Le Seuil, 2006)
                                   Sociologie des Syndicats (La Découverte, 2000)
L
Par Allain Louis Graux - Publié dans : SYNDICALISME
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Mardi 13 novembre 2007
LE NOUVEAU TRAITE : adapter la France à l’EUROPE NEO LIBERALE
Le marché commun a été conçu par ses initiateurs comme un instrument de libéralisation des économies nationales des pays européens :
-          liberté de circulation des capitaux, des marchandises, des personnes, à l’intérieur des frontières de l’Europe. Pourquoi pas, si parallèlement, au lieu de détruire les services publics et les protections sociales nationales, au prétexte de la fameuse concurrence libre et non faussée, on avait construit des Services publics et des droits sociaux européens. Mais depuis les origines, l’Europe sociale n’a jamais été à l’ordre du jour, en dehors des périodes d’élection…
Nous pouvons constater que ce nouveau texte n’est que la copie de l’ancien Traité constitutionnel à peine modifié à la marge et que l’ouverture libérale se fait encore plus globale, dans un cadre mondialisé, toujours au détriment du service et du bien-être des peuples. Ainsi la distinction entre les SIG (services publics non soumis à la concurrence) et les SIEG (entreprises publiques d’intérêt général soumises à la concurrence) est des plus flous afin de permettre la transformation rapides des SIG en SIEG. La Commission a tout pouvoir pour ouvrir ces services à la concurrence, sans véritable contrôle des citoyens et d’un parlement croupion.
Dès 1958, le rapport Armand-Rueff était destiné à établir le plan de mesures pour permettre l’entrée de la France dans la CEE. Ainsi Pompidou déclarait en 69 : quand on choisit le libéralisme international, l’Etat doit diminuer son emprise sur l’économie au lieu de la diriger et de la contrôler. Soit tout laisser à la main invisible - divine selon Adam Smith, mais pas selon nos néolibéraux…En dehors du sursaut socialiste de 81, vite enterré en 83, tous les gouvernements vont perfectionner la machine dont rêvaient les libéraux depuis toujours :
-          plus de politique monétaire nationale, c’est la BCE qui décide ; au détriment des économies des pays de la zone euro.
-          Plus de marge budgétaire, c’est la politique européenne de stabilité, mais sans vraie politique et sans véritable budget économique européen.
-          Les seules régulations possibles échoient à l’UE avec pour seules motivations, principes et moyens la concurrence libre et non faussée.
Il est prévu d’élargir ce système avec l’Amérique du Nord par les accords transatlantiques, à l’image de ceux que l’UE veut imposer aux Etats du sud avec les accords d’échanges inégaux dits ACP
(Afrique-Caraïbes-Pacifique).
Tout ce qui est considéré comme un verrou par les ultras libéraux, dans les domaines législatifs, règlementaires, économiques, sociaux doit sauter. C’est l’objectif de la politique du gouvernement Sarkozy, dernière étape de ce plan diaboliquement néolibéral, pour intégrer la France, dernier bastion de la résistance à la normalisation libérale européenne.
Selon les idéologues qui nous gouvernent, le progrès dépendrait de la loi du plus fort. La sélection naturelle éliminerait les faibles par la compétition sauvage entre les hommes et les nations. Ce serait le meilleur moyen de faire évoluer les sociétés vers les solutions les plus efficaces. Aider les faibles, les pauvres serait contre productif. C’est la théorie du darwinisme social.
Pourtant la coopération, la solidarité, peuvent s’avérer bien plus efficientes que la libre compétition qui n’est que l’expression du renard libre dans le poulailler libre.
« La densité et la qualité des liens entre les individus et les groupes sociaux assurent à la fois l’épanouissement de la liberté individuelle et les bienfaits de la vie en société, pour procurer à chacun l’essentiel de ce dont il a besoin pour être. »*
« Les théories du ruissellement de la richesse du haut vers le bas est celle de toutes les révolutions conservatrices, mais ça ne s’est jamais produit »**.
En réalité la libre concurrence aggrave les déséquilibres et les différences au lieu de les résorber, accroît la richesse des plus aisés, et la pauvreté des plus miséreux. En France cette polarisation renforcée par les cadeaux du paquet fiscal aux plus riches, augmente leur taux d’épargne qui se traduit par la spéculation et la crise financière, hier immobilière, aujourd’hui pétrolière. Ceci au détriment de l’investissement (en particulier pour les PME) et du pouvoir d’achat salarial et social qui permettraient une relance économique sur des bases à la fois structurelles et de justice sociale.
Avant le grand crash ?
Allain GRAUX – le 13 novembre 2007
*Jacques Généreux - la dissociété.
**Pierre Alain-Muet- (ancien Président du conseil d’analyse économique).
 
Par Allain Louis Graux - Publié dans : union européenne
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Mardi 23 octobre 2007
UN TRAITE EUROPEEN COMPLIQUE
 
En mai 2005 une majorité d’électeurs français et aussi les Hollandais se sont prononcés contre la ratification du TCE. Si la procédure référendaire avait eu lieu dans l’ensemble des pays européens, après un large débat - pas à la sauvette comme en Espagne - il ne fait aucun doute que d’autres peuples auraient également voté contre ce projet de traité constitutionnel.
Or les 21 et 22 juin, un Conseil européen réunissant les chefs d’Etat et de gouvernements a donné mandat à la CIG de rédiger un nouveau traité. C’est ce texte élaboré dans le huis clos des bureaux de la Commission européenne que les chefs d’Etat vont adopter à la prochaine conférence de Lisbonne les 18/19 octobre. Il sera proposer à la ratification seulement après celle qui se tiendra en décembre, pour éviter quelques difficultés au gouvernement polonais lors des élections législatives du 21 octobre.
Pendant la campagne présidentielle, Sarkozy s’était engagé à réaliser un mini traité. Car selon lui le refus français serait dû à la longueur du texte, à des mots comme constitution. Or ce n’est certainement pas l’hymne européen que les Français ont rejeté, pas plus que la devise ou le drapeau, termes qui ont disparu de la nouvelle rédaction.
Sarkozy a annoncé aussi qu’il avait réussi à faire passer un traité simplifié. Or ce texte n’est ni mini, ni simplifié : il comporte plusieurs centaines de pages avec 297 modifications des traités précédents, y compris du défunt TCE, 12 protocoles et des dizaines d’annexes ayant la même valeur juridique.
Notre président s’est vanté aussi d’avoir obtenu le retrait de la fameuse concurrence libre et non faussée. Les communiqués de presse ont également vanté le fait que les services publics sont désormais protégés. Nous verrons que tous ces points ont été intégrés au nouveau traité.
Examinons d’abord la procédure :
L’article 48 du TUE et du traité de Rome (instituant la Communauté européenne) dit que :
le gouvernement de tout état membre ou la Commission, peut soumettre au Conseil des projets tendant à la révision des traités sur lesquels est fondée l’Union.
Si le Conseil, après consultation (seulement)du parlement et de la Commission émet un avis favorable à la conférence des gouvernements, celle-ci est convoquée par le Président du Conseil - actuellement le président portugais. Dans le cas de modifications monétaires, le conseil de la BCE est aussi consulté. Les amendements rentrent en vigueur après ratification par tous les Etats membres.
C’est pourquoi la CIG a commencé ses travaux le 23 juillet qui doivent aboutir jeudi et vendredi prochain, soit dans un délai très court..
Sarkozy a prétendu que le terme constitution était retiré, le mot oui, mais la valeur non, car le nouveau traité s’impose aux lois nationales et organise les institutions européennes. Rien n’a changé sauf le nom. Si ce mot a été enlevé, c’est pour ôter aux français le droit de s’exprimer par référendum comme le prévoit l’article 11 de notre constitution, comme ce fût le cas pour le traité de Maastricht.
" La substance de la Constitution est maintenue. C'est un fait"
C’est ce qu’a dit Angela Merkel, Chancelière d'Allemagne, (The Daily Telegraph, 29 juin 2007) La Commission européenne
"C'est essentiellement la même proposition que l'ancienne Constitution"
Margot Wallstrom, Commissaire européen, Svenska Dagbladet, 26 juin 2007 
 
En fait les gouvernements européens veulent agir vite, éviter tout débat démocratique gênant, avant les élections de 2009 au parlement européen, éviter que le nouveau traité soit l’enjeu de ces élections. C’est ce qu’a dit :
Giuliano Amato, ancien Président du Conseil Italien, ancien vice-président de la Convention sur l'Avenir de l'Europe, Réunion du Center for European Reform à Londres, 12 juillet 2007
"Il a été décidé que le document devrait être illisible. S'il est illisible, c'est qu'il n'est pas constitutionnel ; c'était là l'idée… Si vous parvenez à comprendre le texte au premier abord on risquerait des appels à référendum, parce que cela signifierait qu'il y a quelque chose de nouveau"
 
NOTRE PREMIERE EXIGENCE : c’est l’exigence démocratique.
Ce que les Français ont approuvé ou rejeté par référendum, les Français doivent en débattre et se prononcer à nouveau par référendum. Si on pense qu’ils ont pu changer d’avis, pour le savoir il faut le leur demander.
C’est possible de l’obtenir car à mon avis la simple procédure d’un projet de loi ne peut pas être appliqué, ce serait contraire au texte qui révise la constitution voté le 29 octobre 2004 selon l’article 88-1 qui s’applique exclusivement au TCE :
L’article 88-1, stipule que :
Elle (la République) peut participer à l’Union européenne dans les conditions prévues par le traité établissant une constitution pour l’Europe signé le 29 octobre 2004.
Or il ne s’agit plus de la constitution, ni du traité signé en 2004…
L’article 89
Le projet ou la proposition de révision doit être voté par les deux assemblées en termes identiques. La révision est définitive après avoir été approuvée par référendum.
Toutefois, le projet de révision n’est pas présenté au référendum lorsque le président de la République décide de le soumettre au parlement convoqué en Congrès ; dans ce cas, le projet de révision n’est approuvé que s’il réunit la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.
Donc la Constitution devrait être révisée, soit par le parlement réuni en congrès, soit par référendum.
Si c’est le Congrès, la majorité des 3/5 est nécessaire. elle n’est pas acquise sans les voix des parlementaires socialistes.
C’est pourquoi il est important d’exiger une consultation des Français par référendum, voie qui s’imposera au Président de la République s’il ne dispose pas de la majorité des 3/5 °au Parlement. C’est une exigence démocratique qui peut et doit rassembler tous ceux, qu’ils aient voté oui ou non,
respectent le vote des Français qui se sont exprimés auparavant par. référendum pour refuser le TCE
C’est pourquoi il est important de demander à tous les parlementaires et spécialement aux socialistes de respecter l’engagement pris par leurs dirigeants et leur candidate à l’élection présidentielle, de consulter les Français par référendum. Dire et agir dans un sens contraire serait une contradiction difficilement acceptable pour les électeurs de Gauche… Même Bayrou avait exigé un référendum. Ses dernières déclarations comme celles de Ségolène et de nombreux dirigeants socialistes ne vont pas dans le sens de leurs engagements précédents. C’est se parjurer. Ils porteront cette lourde responsabilité devant les Français et devant l’histoire.
Avec un référendum nous pourrions avoir ce débat qui permettrait d’examiner le contenu.
Ce sont deux démarches parallèles, et complémentaires : l’exigence démocratique et le contenu, auxquelles j’en ajouterai une troisième : une proposition alternative.
 
LE CONTENU : je n’évoquerai que les points principaux qui posent problèmes quant aux objectifs qui selon nous devraient être ceux de l’Union européenne.
 
- La concurrence libre et non faussée : si elle n’apparaît plus comme un objectif, elle le demeure en réalité car elle est présente dans différents chapitres
- P.16 annexe 1- et TUE protocole 6  :
« le marché intérieur tel qu’il est défini à l’art.(1-3) du TUE comprend un système garantissant que la concurrence n’est pas faussée
-   l’article 105 : le principe d’une économie de marché où la concurrence est libre.
Les Etats membres ne peuvent pas se soustraire à ces principes puisque l’établissement des règles de concurrence relève de la compétence exclusive de l’Union. C’est la Commission qui a l’initiative d’une recommandation, puis le Conseil (des ministres) et le Conseil européen (Les chefs d’Etat). Le Parlement, seule institution élue au suffrage universel direct est seulement informé…
 
-Une implication directe sur les services publics :
Ce qui entraîne la soumission des services publics aux règles de la concurrence libre et non faussée : « Les entreprises chargées de la gestion des SIEG (Substitut des Services Publics existants) ou présentant le caractère d’un monopole fiscal sont soumis aux règles des traités, notamment aux règles de concurrence dans les limites où l’application de ces règles ne fait pas échec à l’accomplissement de leur mission. Le développement des échanges ne doit pas être affecté dans une mesure contraire à l’intérêt de l’Union. »
Ce qui leur interdit toute aide des Etats (article 87).
Des débats ont d’ailleurs lieu sur l’interprétation des textes et la nécessité ou non d’une directive sur leur application dans des domaines comme l’éducation ou la santé, dans ce qu’il convient de distinguer entre les SIG qui ne sont pas soumis aux règles de la concurrence et les SIEG qui peuvent l’être s’ils retirent un bénéfice financier de leur activité. Ce qui dans ce cas leur interdit toute aide des Etats et les soumet à la concurrence. On voit ce que cela peut donner quand on encourage et développe les cliniques privées, les écoles privées, les transports privés, la privatisation de l’énergie .
 
Le pouvoir exorbitant de la Banque Centrale est préservé. La stabilité des prix fait maintenant partie des objectifs de l’Union, soit un euro fort au détriment de la croissance économique européenne.
 
Le préambule du traité (TFUE) a été modifié par un ajout qui indique que l’UE doit s’inspirer de « l’héritage religieux de l’Europe ». Un concept inacceptable, aux antipodes du pacte social laïque qui est un fait pour tous les êtres humains quelles que soient leurs origines ou leurs convictions.
Ce préambule place la construction européenne dans une filiation identitaire qui ignore les athées et les agnostiques.
Il est même ajouté à l’article 15-3 que : « reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l’UE maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec ces églises et organisations ».
TFUE 17bis – 2 «  le Parlement et le Conseil peuvent adopter des mesures d’encouragement communautaires… pour appuyer les actions des Etats membres prises en vue de combattre toute discrimination fondée sur le sexe, la race ou l’origine ethnique, la religion ou les convictions, un handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle. »
C’est remettre en cause l’universalisme, encourager le communautarisme religieux.
 
La défense commune de l’Union n’est envisagée que dans le cadre de l’OTAN :
La nouvelle formulation lie plus étroitement une future défense européenne à l’OTAN : « Les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, qui reste pour les Etats qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre » (futur article 27-7 TUE).
 
Le protocole n° 4 enfonce le clou, « rappelant que la politique de sécurité et de défense commune de l’Union respecte les obligations découlant du traité de l’Atlantique Nord » et « qu’un rôle plus affirmé de l’Union en matière de sécurité et de défense contribuera à la vitalité d’un alliance atlantique rénovée ».
 
Le militarisme est officiellement encouragé : « Les Etats membres s’engagent à améliorer progressivement leurs capacités militaires » (futur art. 27-3 TUE). Ce doit être d’ailleurs le seul endroit où le traité encourage les Etats à augmenter leurs dépenses publiques !
 
Au nom de la lutte contre le terrorisme les interventions militaires à l’étranger sont encouragées : « Toutes ces missions peuvent contribuer à la lutte contre le terrorisme, y compris par le soutien apporté à des pays tiers pour combattre le terrorisme sur leur territoire » (futur art. 28 TUE). Un tel article autorise, de fait, toutes les aventures militaires
 
La Charte des droits fondamentaux
La Charte des droits fondamentaux n’a pas été intégrée au traité modificatif.
 En effet les droits sociaux qui y sont contenus sont de très faible portée. Ainsi, le droit au travail et à l’emploi n’existe pas et seul apparaît le « droit de travailler ». Le droit à la protection sociale est remplacé par un simple « droit d’accès aux prestations de sécurité sociale et aux services sociaux » . Ce texte est ainsi en retrait par rapport à la Déclaration universelle des droits de l’homme et à la Constitution française.
Le droit à l'avortement et à la contraception ne sont pas reconnus par la Charte. Dans ce cadre, on peut craindre que la réaffirmation du « droit à la vie » ne soit utilisée par certains pour les contester devant la Cour de justice.
 
Pour l’essentiel, l’application des droits contenus dans cette Charte est renvoyée aux « pratiques et législations nationales ». Cette charte ne crée donc pas fondamentalement de droit social européen susceptible de rééquilibrer le droit de la concurrence qui restera dominant à l’échelle européenne.
D’ailleurs, pour se prémunir de tout dérapage possible, sa portée est explicitement restreinte. Son texte indique qu’elle « ne crée aucune compétence ni aucune tâche nouvelles pour l’Union et ne modifie pas les compétences et tâches définies dans les traités »,
Ce texte est encore de trop pour certains gouvernements. Ainsi le Royaume-Uni a obtenu d’en être dispensé (Protocole n°7) et la Pologne et l’Irlande envisagent de faire de même.
 
Les modifications institutionnelles
1) Droit d’initiative citoyenne
« Des citoyens de l’Union, au nombre d’un million au moins, ressortissants d’un nombre significatif d’Etats membres, peuvent prendre l’initiative d’inviter la Commission, dans le cadre de ses attributions, à soumettre une proposition appropriée sur des questions pour lesquelles ces citoyens considèrent qu’un acte juridique de l’Union est nécessaire aux fins de l’application des traités » (nouvel article. 8 B TUE).
Ce droit de pétition reste très sévèrement encadré. Il doit porter sur l’application des traités. Hors de question donc de demander une disposition qui les modifierait. C’est la Commission qui décide de l’opportunité ou pas de le faire..
2) Actes législatifs européens/rôle de la Commission
Le rôle de la Commission est indiqué dans un nouvel article 9 D du TUE : « Un acte législatif de l'Union ne peut être adopté que sur proposition de la Commission sauf dans les cas où les traités en disposent autrement ». Le rôle de la Commission est accru puisqu’un acte législatif peut déléguer à la Commission le pouvoir de modifier « certains éléments non essentiels » de cet acte (nouvel article 249 B TFUE).
 
3) Rôle des Parlements nationaux et du Parlement européen
Les Parlements nationaux apparaissent à plusieurs reprises (nouvel article 8 C TUE, protocole n°1 et 2…), avec la volonté manifeste d’en renforcer le rôle. Cet article renforce certes le rôle des Parlements nationaux. Cependant sa portée est très limitée puisque les Parlements nationaux ne se déterminent pas sur le fond du projet mais sur sa conformité juridique, respect ou pas du principe de subsidiarité.
Le rôle du Parlement européen est accru par une augmentation significative des domaines relevant de la codécision avec le Conseil.
4) Droit de recours individuel devant la Cour de justice
Il est restreint. En effet, le 4ème alinéa de l'article 230 TFUE est modifié. La rédaction actuelle prévoyait qu'un recours d'un individu était possible même si les décisions le concernant directement et individuellement avaient été « prises sous l'apparence d'un règlement ou d'une décision adressée à une autre personne ». Cette dernière possibilité a disparu.
 
5) Les autres modifications
L’Union se voit dotée d’une personnalité juridique ce qui lui permet de signer des accords internationaux au nom des Etats membres. La majorité qualifiée au Conseil passe à 50 % des Etats et 55 % de la population au 1er novembre 2014 avec des mesures transitoires complexes qui pourront durer jusqu’en 2017. Réduction du nombre de Commissaires avec là aussi une procédure de transition jusqu’au 31 octobre 2014. Création d’un poste de Président du Conseil européen pour un mandat de 2,5 ans renouvelable une fois et d’un Haut Représentant (le terme ministre a été rejeté) de l’Union pour les affaires étrangères.
 
ACTION
 
INITIATIVES EUROPEENES pour casser le consensus
-                                 l’exigence d’un référendum qui peut-être partager par tous les démocrates qu’ils aient voté oui ou non au référendum sur le TCE.
-                                 un débat public critique du contenu
MOYENS :
En EUROPE
-               Déclaration commune du Réseau de la Charte sur le contenu et la procédure antidémocratique.
-    Journée d’action commune en Europe le 26 janvier 2008, à l’occasion de la journée mondiale d’action des Forums sociaux.
-     Et toutes actions des mouvements nationaux.
En FRANCE :
-                                 Réactiver le collectif pour une autre Europe, inviter les PS à nous rejoindre sur le processus référendaire.
-                                 Faire pression sur les députés PS pour qu’ils respectent l’engagement du référendum. Si on Bloque le processus, on peut arriver à la veille de 2009 aux élections européennes avec la possibilité d’engager un débat pour élire des députés euroconstituants. Ce que les gouvernement voulaient éviter à tous prix.
-                                  Ecrire une lettre aux députés et sénateurs pour exiger le référendum.
-                                 Diffusion massive des informations et explications auprès des citoyens
 comme le 4 pages de l’association Attac.
En Côte d’Or : Une réunion publique est organisée le 13 novembre avec La coprésidente d’Attac Aurélie Trouvé, Michel Rousseau, coordonnateur du réseau de la Charte des principes, Joël Mékhantar, constitutionnaliste, professeur de droit public.
 
-                                 PRS organise partout en France des ateliers de lecture sur le traité. Vous pouvez me contacter pour celui qui aura lieu à Dijon en décembre
-                                 Toutes les initiatives seront les bienvenues. Comme pour le TCE, nous proposons de les faire connaître et de les relayer sur nos réseaux.
 
Observation :
Certains jugent ce scénario illusoire. Cependant que l’objectif référendaire soit atteint ou non, c’est une action mobilisatrice et rassembleuse au-delà des collectifs du Non, pour une autre Europe.
-                                 Des propositions alternatives existent : la Charte des principes, la Charte du coillectif pour une autre Europe ; les propositions d’Attac.
 
L’Europe est devenue une zone de paix. L’irrespect démocratique à l’égard de l’avis des citoyens européenns entraînerait la montée des nationalismes avec des conséquences qui pourraient se révéler tragiques comme nous avons pu le constater avec l’éclatement de l’ex-yougoslavie et de l’URSS.
Une autre Europe est non seulement possible mais NECESSAIRE
 
 
Allain GRAUX
   le 23/10/07
 
 
 
 
Ce sont eux qui le disent : Le Traité modificatif est le même texte que le Traité constitutionnel rejeté par référendum
Allemagne " La substance de la Constitution est maintenue. C'est un fait" - Angela Merkel, Chancelière d'Allemagne, The Daily Telegraph, 29 juin 2007 


Espagne
"Nous n'avons pas abandonné un seul point essentiel de la Constitution… C'est sans aucun doute bien plus qu'un traité. C'est un projet de caractère fondateur, un traité pour une nouvelle Europe"
Jose Luis Zapatero, Premier Ministre du Royaume d'Espagne, Discours du 27 juin 2007
Irlande
"90% [de la Constitution] sont toujours là…ces changements n'ont apporté aucune modification spectaculaire à l'accord de 2004".
Bertie Ahern, Premier Ministre de la République d'Irlande, Irish Independent, 24 juin 2007
République Tchèque
"Seuls des changements cosmétiques ont été opérés et le document de base reste le même" Vaclav Klaus, Président de la République Tchèque, The Guardian, 13 juin 2007)
Finlande
"Il n'y a rien du paquet institutionnel originel qui ait été changé"
Astrid Thors, Ministre des Affaires européennes de la République de Finlande, TV-Nytt, 23 juin 2007
Danemark
"Ce qui est positif c'est … que les éléments symboliques aient été retirés et que ce qui a réellement de l'importance – le cœur – soit resté"
Anders Fogh Rasmussen, Premier Ministre du Royaume du Danemark, Jyllands-Posten, 25 juin 2007)
France
"Toute la Constitution est là ! Il n'y manque rien !" 

Jean-Louis Bourlanges, ancien membre de la Convention sur l'Avenir de l'Europe, député européen (UDF), France Culture, 24 juin 2007 


Autriche
"Le traité pour une Constitution a été conservé en substance" 

Site du gouvernement de la république d'Autriche, 25 juin 2007 


Belgique
"Le nouveau traité reprend les éléments les plus importants du traité Constitutionnel."
Guy Verhofstadt, Premier Ministre du Royaume de Belgique, Agence Europe, 24 juin 2007 
Italie
"En ce qui concerne nos conditions, j'ai souligné trois « lignes rouges » portant sur le respect du texte de la Constitution : conserver un président permanent de l'Union, un seul responsable de la politique étrangère et un service diplomatique commun, préserver l'extension du vote à la majorité, la personnalité juridique unique de l'Union. Tous ces éléments ont bien été conservés."
Romano Prodi, Président du Conseil italien, ancien Président de la Commission européenne, La Repubblica, 24 juin 2007)  


Lituanie
"La Lituanie a rempli 100%  des objectifs qu'elle s'était fixés avant la réunion, y compris celui essentiel du maintien de la substance du traité Constitutionnel."
Bureau du Président de la République de Lituanie, communiqué de presse  


Luxembourg
"La substance a été préservée du point de vue du Luxembourg"  

Jean-Claude Juncker, Premier Ministre du Grand Duché de Luxembourg, Agence Europe, 24 juin 2007
Slovénie
"Avec ce nouveau traité, l'UE préserve un contenu qui n'est pas essentiellement différent du Traité Constitutionnel… Toutes les solutions institutionnelles importantes demeurent.. Certains éléments symboliques ont été effacés et certaines formulations atténuées". 

Janez Jansa, Premier Ministre de la République de Slovénie, Cellule de Communication du Gouvernement 


Le principal auteur de la Constitution 

"En termes de contenu, les propositions demeurent largement inchangées, elles sont justes présentées de façon différente"
"La raison de ceci est que le nouveau texte ne devait pas trop ressembler au traité constitutionnel. Les gouvernements européens se sont ainsi mis d'accord sur des changements cosmétiques à la Constitution pour qu'elle soit plus facile à avaler" - Valéry Giscard d'Estaing, devant la commission des Affaires constitutionnelles du Parlement européen, le 17 juillet 2007
"Ce texte est en fait, le retour d'une grande partie de la substance du Traité Constitutionnel" - Valéry Giscard d'Estaing, The Daily Telegraph, 27 juin 2007
Le Parlement européen
"se félicite (...) que le mandat préserve en grande partie la substance du traité constitutionnel" - Article 8 de la résolution adoptée par le Parlement européen le 11 juillet 2007 – Rapport  Leinen A6-0279/2007
"Les Etats membres ont cherché à faire du neuf avec du vieux (…) pour le faire passer"- Jo Leinen (PSE, DE), président de la commission des affaires constitutionnelles, le 17 juillet 2007
"Le gouvernement britannique a déclaré que le nouveau traité ne contient aucun élément constitutionnel; c'est une approche cynique" - Timothy Kirkhope, député européen PPE-DE, UK, le 17 juillet 2007
"En termes d'obligations juridiques, il n'y a pas de différences" entre les deux textes « Jens-Peter Bonde, député européen IND/DEM, DK, le 17 juillet 2007
La Commission européenne
"C'est essentiellement la même proposition que l'ancienne Constitution" 
Margot Wallstrom, Commissaire européen, Svenska Dagbladet, 26 juin 2007 
Sur la transparence de la méthode et la lisibilité du nouveau texte :
Le principal auteur de la Constitution :
"Une dernière trouvaille consiste à vouloir conserver une partie des innovations du Traité constitutionnel, et à les camoufler en les faisant éclater en plusieurs textes. Les dispositions les plus innovantes feraient l'objet de simples amendements aux traités de Maastricht et de Nice. Les améliorations techniques seraient regroupées dans un Traité devenu incolore et indolore. L'ensemble de ces textes serait adressé aux Parlements, qui se prononceraient par des votes séparés. Ainsi l'opinion publique serait-elle conduite à adopter, sans le savoir, les dispositions que l'on n'ose pas lui présenter "en direct !" 
-                                 Valéry Giscard d'Estaing, Le Monde, 14 juin 2007
Italie
"Il a été décidé que le document devrait être illisible. S'il est illisible, c'est qu'il n'est pas constitutionnel ; c'était là l'idée… Si vous parvenez à comprendre le texte au premier abord on risquerait des appels à référendum, parce que cela signifierait qu'il y a quelque chose de nouveau" 
Giuliano Amato, ancien Président du Conseil Italien, ancien vice-président de la Convention sur l'Avenir de l'Europe, Réunion du Center for European Reform à Londres, 12 juillet 2007
Belgique
"Le but du Traité Constitutionnel était d'être plus lisible… Le but de ce traité est d'être illisible…La constitution voulait être claire alors que ce traité devait être obscur. C'est un succès ". 
Karel de Gucht, Ministre belge des Affaires étrangères, Flandre info, 23 juin 2007
Luxembourg
"Bien entendu, il y aura des transfert de souveraineté. Mais serais-je intelligent d'attirer l'attention du public sur ce fait ?" - Jean Claude Juncker, Premier Ministre du Luxembourg
France
"C'est incroyable tout ce qu'on a glissé sous le tapis !" - Gérard Onesta, député européen (Vert) devant la Commission des affaires constitutionnelles du Parlement européen, 25 juin 2007
Citations issues de  http://www.observatoiredeleurope.com/, et de
www.europarl.europa.eu/news/expert/infopress_page/003-9201-197-07-29-901-20070716IPR09200-16-07-2007-2007-false/default_fr.htm
 
Les 3/5 °
Or la majorité issue des urnes le 17 juin est théoriquement trop courte pour réunir les suffrages des 3/5 des députés et des sénateurs, nécessaires à cette révision. Le sénateur Jean-Luc Mélenchon (PS, Essonne), le souligne dans Le Figaro du 21 juin, prévoyant que la majorité « devra obligatoirement composer » avec la gauche.
Sur 577 députés, 323 appartiennent à l'UMP et 20 au Nouveau Centre; sur 331 sénateurs, 146 sont à l'UMP et 33 au centre. Cela ne fait donc que 522 parlementaires, alors qu'il en faudrait 545. Il en manque 23. Même si l'on ajoute quelques non-inscrits et les 4 députés du MoDem de François Bayrou, il en manque toujours une dizaine.
Certes ce calcul reste virtuel, car il suppose que tous les députés et les sénateurs votent : la majorité des 3/5 s'entend sur les suffrages exprimés, sans prendre en compte les abstentions et les blancs. Elle reste néanmoins fragile. Elle oblige, de fait, à des compromis.
 
 
Par Allain Louis Graux - Publié dans : union européenne
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Vendredi 5 octobre 2007
DANGER DE GUERRE
Liban, de 1975 à 2005.
Trente ans après le déclenchement de la guerre civile, le 13 avril 1975, qui allait ravager le pays pendant quinze ans, l’armée syrienne se retire du pays deux mois après l’assassinat de l’ex-premier ministre Rafic Hariri (le 14.02.2005), représentant de la droite affairiste. Les Etats-Unis et leurs alliés israéliens ont réussi à impliquer la Syrie en lui collant sur le dos l’organisation de l’assassinat sur la base de témoignages bidons obtenus d’un témoin unique parjuré*. Depuis aucune preuve tangible n’a permis d’étayer cette thèse de l’implication syrienne.
Première interrogation : la dictature syrienne n’est pas exempte de coups tordus, mais en l’occurrence il faut se poser la question : à qui profite le crime ? De même à qui profite les assassinats de députés chrétiens libanais à la veille des élections à la Présidence ? Plutôt d’accuser la Syrie ne pourrait-on pas regarder du côté des clans chrétiens qui se la disputent puisque le Président au Liban ne peut-être que Chrétien…
La Syrie sortie du Liban, les Etats-Unis et Israël pensaient avoir neutraliser le Liban et isolé le Hezbollah . Mais ce dernier est resté la force principale, alliée à la gauche libanaise, dominant le Sud du pays et Beyrouth.
Le 12 juillet 2006, l’armée d’Israël, sous le prétexte fallacieux de l’enlèvement de soldats israéliens qui en fait avaient pénétré dans un secteur contesté de la frontière libanais attaque le Liban pour détruire le Hezbollah.
La population syrienne -je peux en témoigner car j’étais sur place- témoignait de sa solidarité et de son soutien unanime au peuple libanais : pas une échoppe, pas un taxi, sans le portrait du chef du Hezbollah voisinant avec celui de Bachar Al Assad. Les autorités syriennes malgré toutes sortes d’accusations et de provocations sont restées calmes pour n’offrir aucun prétexte à une attaque militaire contre la Syrie. Elles avaient parfaitement compris que ceux qui étaient visés par cette opération étaient les alliés potentiels de l’Iran en cas de conflit avec ce pays.
Parallèlement en juin 2006, Israël avait entrepris d’envahir et de détruire Gaza, d’arrêter les dirigeants du Hamas.
Washington et Tel Aviv, en isolant la Syrie, détruisant Gaza et le Hamas, Le Hezbollah, pensaient pouvoir se mettre à l’abri de représailles qui ne manqueraient pas de suivre un bombardement préventif de l’Iran.
Alors pourquoi ne pourrait-on pas penser que l’assassinat du premier ministre libanais serait le fait d’une manipulation ou d’un coup tordu du Mossad (les services secrets israéliens). Ce ne serait pas la première fois si on se rappelle ses implications dans l’affaire Ben Barka, un certain attentat de Carlos en France, ou le montage du détournement d’un avion sur Entebbe (Révélé récemment par les archives britanniques)…
Farfelu mon hypothèse ! Pas plus que les armes de destruction massive introuvables en Irak…
Après l’ Irak, et le Liban, L’IRAN
C’est en 1970, en pleine guerre froide, que l’Iran du Shah a signé le traité de non-prolifération nucléaire. Ce traité garantit l’accès à un usage pacifique de l’énergie atomique, sous réserve de contrôles effectués par l’Agence internationale de l’énergie atomique ( AIEA).
Le TNP a été ratifié par 188 pays y compris par les cinq puissances nucléaires membres permanents du Conseil de sécurité, mais pas par les alliés des Etats-Unis qui possèdent la bombe : Israël, le Pakistan, et par l’Inde qui est très courtisée actuellement par Washington…à la recherche d’alliances.
Le 18.12.2003, Téhéran signe le protocole additionnel du TNP qui renforce considérablement les capacités de surveillance de l’AIEA.
Le 15.11.2004, l’Iran par un accord signé à Paris, s’est engagé à suspendre toutes ses activités d’enrichissement d’uranium. En échange, la France, l’Allemagne, la Russie devaient faire des propositions de coopération au plus tard pour le 7.08.2005.
Si l’Iran se préoccupe d’être en mesure d’assurer sa défense, c’est que ce régime a de bonnes raisons de penser que le gouvernement de Bush veut en finir avec lui. Il n’est que de regarder un atlas pour constater que ce pays est encerclé de bases américaines, en Irak mais aussi en Arabie, En Afghanistan, dans les ex-républiques soviétiques d’Asie centrale, et de gouvernements voisins qui lui sont hostiles et pour Israël menaçant et doté de la bombe. Et sous la menace directe des porte-avions nucléaires américains qui croisent dans le détroit d’Ormuz
Depuis plus de dix ans, des opérations menées par Etats interposées, se poursuivent pour déstabiliser l’Iran :
-          fournitures d’armes et d’argent aux groupes rebelles kurdes, baloutches, arabes sunnites, Azéris *
-          guerre économique par la manipulation des taux de change.
-          des « preuves » d’implication en Irak : fausses cartes, explosifs, et arrestations de diplomates iraniens… (On sait depuis les déclarations de Powel à l’ONU, ce que valent les preuves américaines.)
Pourtant l’Iran avait coopéré avec les services américains contre les partisans d’El Qaida en Irak et en Afghanistan.*(Al Hayat – Londres – Courrier international N°878)
Cette politique est allée à l’encontre des buts recherchés, elle a renforcé le pouvoir du président extrémiste Ahmadinejad. Au lieu d’ébranler le régime, les pressions américaines ont exaspéré les Iraniens de toutes tendances.
Les raisons invoquées pour attaquer l’Iran, dictature théocratique, ne valent pas plus que celles qui pourraient être invoquées à l’égard du Pakistan ou de l’Arabie saoudite:
-          la misogynie et l’homo phobie …
-          L’Iran veut détruire Israël ? En dehors du fait que les propos du Président iranien ont été sciemment mal traduits en anglais, il est remarquable que tous les pays arabes disent la même chose pour dénoncer la politique à l’égard des Palestiniens, y compris les saoudiens sans que pour autant cela soit suivi d’effet.
-          Avoir la bombe serait courir le risque de la vitrification s’ils l’utilisaient. En réalité ils ne sont pas prêts de l’avoir…En avril 2007 l’AIEA estimait que l’Iran ne disposera pas des capacités à produire la bombe d’ici quatre à six ans.
Une politique ancienne
Dès le 29 janvier 2002, Georges Bush classait l’Iran, avec la Corée du Nord et l’Irak, dans l’axe du mal. Le 18 juin 2003, il ne tolèrerait pas l’accession de l’Iran à l’arme nucléaire. Pourtant à cette époque, c’est le bon Président Khattami qui était au pouvoir et appelait : au dialogue des civilisations. Il avait même proposé une négociation en trois points à Washington : les armes, la sécurité et le terrorisme, la coopération économique et à …contribuer à la transformation du Hezbollah en parti politique.
Une nouvelle aventure militaire.
 Malgré le désastre Irakien, rien n’indique que le président Bush ait renoncé à attaquer l’Iran. Cet objectif s’inscrit dans sa vision « d’une troisième guerre mondiale » contre le « fascisme islamique ». (Alain Gresh*)
Cette stratégie de diabolisation, outre qu’elle assimile injustement l’Iran (ses Pasdarans) au terrorisme islamique des talibans et d’El Qaida, peut déboucher sur une aventure militaire catastrophique, non seulement pour les Etatsuniens, mais pour tout le Moyen-Orient et l’Europe. Les risques encourus sont incommensurables. Que fera le Pakistan en pleine période d’instabilité électorale si les intégristes prennent le pouvoir, en cas de frappes militaires d’Israël sur l’Iran ? Ce pays dispose de la bombe et Israël aussi…
Or certaines sources bien informées indiquent que les Etats-Unis et Israël pourraient procéder à l’envoi de cinq mille missiles en une heure sur l’Iran d’ici novembre à février…
Paul Craig Roberts, ancien secrétaire d’Etat de Reagan a déclaré à l’agence russe Novosti le 20 juillet que Georges W. Bush avait élaboré les bases juridiques permettant d’instaurer l’état d’urgence et que d’ici un an, les Etats-Unis pourraient devenir un Etat policier dictatorial, en guerre contre l’Iran. ..
Il a mis en garde contre l’administration Bush, qui prépare quelque chose afin d’effrayer le pays et réunir la population autour des républicains, qui dans le cas contraire pourraient perdre totalement le pouvoir lors des prochaines élections.
L’amiral Willian Fallon, le nouveau chef du commandement central s’inquiète, paraît-il (selon Frank Rich du New York Times*) de « notre refus d’agir militairement si le conflit s’étendait au-delà de l’Irak…et de la demi douzaine de généraux qui ont refusé le poste de « chef de guerre » à la Maison Blanche, l’année dernière.
D’autres éléments sont inquiétants comme la récente incursion reconnue de l’aviation israélienne en Syrie* qui a visé « au moins un centre de lancement de missiles Scud et d’entreposages d’armes de destruction massive » selon l’agence de presse francophone Métula basée en Israël. Selon CNN, c’était un convoi d’armes qui était visé…Pour le New York Times, il s’agissait de photographier des installations nucléaires syriennes...L’observer de Londres titre « le raid sur la Syrie, une répétition avant l’Iran ? ». * En fait des fuites organisées dans les milieux proches de Bush associent des livraisons nucléaires de la Corée du Nord à la Syrie, axes du mal avec l’Iran. Les connaisseurs de ces pays accueillent ces affirmations avec scepticisme. Ils soulignent que la Syrie, au bord de la faillite, n’a, ni les moyens économiques ni la base industrielle nécessaire pour développer un programme nucléaire auquel elle a renoncé depuis longtemps.
 
On peut légitimement discuter de la nécessité de déclencher une guerre préventive, en fonction des objectifs réels, d’un danger potentiel. On doit plus que s’interroger sur la nécessité de déclencher « la guerre mondiale contre le terrorisme » en attaquant l’Iran.
En fait il s’agit pour Bush de poursuivre par tous les moyens sa politique de remodelage du Moyen-Orient, en réalité de détruire toutes les capacité militaires opposées à sa politique dans la région et de contrôler les ressources pétrolières du Golfe.
En fait d’armes nucléaires, l’évocation d’utiliser les mini-nukes, les armes nucléaires tactiques, marque une évolution extrêmement dangereuse pour l’humanité toute entière du concept de dissuasion.
En France, Nicolas Sarkozy et son ministre Kouchner (qui était favorable à l’intervention en Irak)ont donné tous les signes d’un soutien à la politique guerrière de l’empire américain :
- menaces de bombardement sur l’Iran ;
- rapprochement avec les Etats-Unis et retour prévu de la France au commandement intégré des forces de l’Otan.
- la France s’est aussi dotée de missiles nucléaires tactiques…
Une prise de conscience de l’opinion devant les dangers d’une guerre qui pourrait se généraliser semble pour le moins nécessaire
Allain Louis GRAUX
    le 4 octobre 2007
 
*James Petras – professeur émérite de sociologie – Université Birmingham de New York.
*Selig S.Harrison- Directeur du programme Asie du Center for International Policy (Washington)- Le Monde diplomatique – octobre 2007 – et Alain Gresh ( Manière de Voir : Tempêtes sur l’Iran – Juin. Juillet 2007.)
*Courrier international N°881
*Libération du 13.09.07 et Courrier international 881
 
 
Par Allain Louis graux - Publié dans : politique
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